L'histoire de la Pennsylvanie, qui s'étend des Grands Lacs à l'Atlantique, tout en étant proche de la vallée de l'Ohio, fut marquée par une forte immigration et un dynamisme économique, intellectuel et politique qui ont conforté son rôle central dans l'histoire des États-Unis.

L'époque des Amérindiens et des Suédois thumb|upright=1.2|La Nouvelle-Suède, à l'embouchure du fleuve Delaware, appartenait à la Pennsylvanie avant la création du Delaware. Avant sa colonisation, la région était habitée par les Delawares (aussi connus sous le nom de Lenapes), les Susquehannock, Iroquois, Ériés, Shawnees, et d'autres tribus amérindiennes . La forte influence suédoise issue de la colonisation de la Nouvelle-Suède sur les berges du fleuve Delaware entre 1638 et 1655 est toujours présente à l'époque des débuts de la Pennsylvanie, à laquelle elle est rattachée dans les années 1680. La Nouvelle-Suède, fondée par l'ancien gouverneur de la colonie néerlandaise plus au nord, Pierre Minuit, n'a existé que pendant 17 ans mais réussit néanmoins à enraciner durablement une communauté d'au moins 500 colons scandinaves. La nouvelle colonie de Pennsylvanie englobe en effet les trois comtés du futur État du Delaware, sa façade maritime avant la croissance de la ville de Philadelphie. La région intérieure n'est colonisée qu'au .

L'arrivée de William Penn

Le roi Charles II d'Angleterre avait contracté un emprunt important auprès du père de William Penn, le quaker qui a donné son nom à la Pennsylvanie. Ce dernier, renvoyé de l'université de Cambridge, est par ailleurs en procès contre l'Église d'Angleterre et exclu peu à peu de la société anglaise. Son père, amiral et contrôleur de la marine, trouve alors un arrangement avec le roi. Le souverain lui offre le des terres en Amérique, au sud-ouest du New Jersey, loin des procès et des difficultés rencontrées en Angleterre. Là, il peut fonder une colonie, libre d'exercer sa religion. Le quaker y fonda la ville de Philadelphie, en y appliquant les préceptes de gouvernement d'une société libérale idéale. Penn appela la région Sylvania (forêt en latin), que le roi changea en Pennsylvanie. Les quakers ne venant pas en assez grand nombre pour peupler sa colonie, William Penn fit appel à des mennonites allemands, des frères moraves, des amish alsaciens, des presbytériens écossais et des baptistes irlandais et galloisÉvelyne Navarre, « Le puritanisme fondateur », La Nouvelle Revue d'histoire, septembre-octobre 2016, . Le climat de tolérance religieuse encourage l'économie. Après la guerre de Trente Ans (1618-1648) dans l'empire germanique, allemands s'installent en Pennsylvanie.

Le poème des Allemands de Germantown contre l'esclavage

La Protestation de Germantown est un texte de protestation contre l'esclavage écrit en 1688 dès le début de la fondation de la Pennsylvanie. C'est le premier des colonies anglaises d'Amérique du Nord, sa réflexion prolongeant celle engagée dans le texte Enquiries into vulgar and common errors écrit en 1646 par l'écrivain puritain de la Première Révolution anglaise Thomas Browne. L'un des quatre coauteurs est le quaker mennonite Francis Daniel Pastorius, fondateur cinq ans plus tôt de la ville de Germantown, aujourd'hui incluse dans Philadelphie, en Pennsylvanie, première colonie allemande et point d'entrée qui permet l'arrivée d'une importante immigration ultérieure en provenance d'Allemagne et des pays ou régions sous influence culturelle allemande (Suisse, Alsace)Éric Mousson-Lestang, « La part allemande de l'Amérique », La Nouvelle Revue d'histoire, n°86, 2016 (septembre-octobre), p. 52-54.. Francis Daniel Pastorius est l'homme qui cinq plus tôt avait négocié l'achat de la terre avec William Penn. Rédigé comme un poème, en vers, le texte critique aussi l'usure et la transgression des principes de la religion dans des termes clairs et fleuris.

En 1693, un autre pamphlet du même type est publié par un autre quaker, George Keith. En 1696, la réunion annuelle des quakers à Annabelle, toujours en Pennsylvanie, met plus largement l'accent sur la nécessité de réfréner la traite négrière en réprimandant les membres qui achètent des esclaves importés., allant plus loin que la première protestation de 1688, disant simplement qu'il ne fallait pas faire aux Noirs ce qu'on aurait pas aimé subir soi-même.

Une croissance démographique rurale mais très rapide thumb|Femmes amish dans le comté de Lancaster, en Pennsylvanie. La Pennsylvanie représente âmes dès 1700, sur une population de qui se répartit principalement en Nouvelle-Angleterre, avec âmes, dont au Massachusetts et au Connecticut. Vers 1750, la population de Philadelphie dépasse celle de Boston, mais l'essentiel des nouveaux arrivants sont des paysans parfois improvisés, qui fondent des villages où affluent les Amish allemands et alsaciens, les huguenots français et autres presbytériens écossais ou non conformistes anglais"Les Américains", par André Kaspi. Près de luthériens allemands s'installent en Pennsylvanie. Dès 1766, l'imprimeur et journaliste Benjamin Franklin fait remarquer qu'un « tiers de la Pennsylvanie est allemande », avec à Allemands. En 1790, l'Amérique est encore très rurale, car les cinq premières agglomérations ne représentent que , soit seulement 5,5 % de la population. Plusieurs communautés Amish vont ensuite se figer dans le temps, conservant toutes les traditions datant de l'époque de leur arrivée.

Forts de l'ouest, rébellion de Pontiac et « Paxton boys »

thumb|upright=1.5|left|Forts et batailles de la guerre de Pontiac, en grande partie en Pennsylvanie Après leur victoire contre les Français lors de la guerre de Sept Ans, les Britanniques prennent possession de la ligne de fortifications construite par Paul Marin de la Malgue à l'extrémité occidentale de la Pennsylvanie, comprenant le fort de la Presqu'île, le Fort Le Boeuf, le fort Machault et le fort DuquesneEdmond Dziembowski, La Guerre de Sept Ans, Perrin 2015, . Plusieurs furent détruits par les Amérindiens lors de la rébellion de Pontiac. Avant même la Guerre de sept ans, ces terres étaient convoitées, non pas par la Pennsylvanie, mais par le gouverneur de la Virginie, Robert Dinwiddie et le marchand John Hanbury III, allié aux frères de George Washington dans l'Ohio Company. Dans ce but, le , trois ans avant le début de la guerre, Robert Dinwiddie charge George Washington de rencontrer les Français au Fort Le Boeuf, au prétexte d'une lettre au gouverneur de la Nouvelle-FranceNos racines, l'histoire vivante des Québécois, Éditions Commémorative, Livre-Loisir Ltée. . Les tribus de la vallée de l'Ohio, Delawares, Shawnees et Mingos, y avaient émigré au début du pour échapper à la domination des Britanniques, des Français et des Iroquois, sans affinités particulières avec les Français. Rassurés par la Proclamation royale de 1763, interdisant la colonisation à l’ouest des Appalaches, les Indiens signèrent une paix séparée avec les Britanniques à la condition que leurs troupes quittent la vallée. Ceux-ci renforcèrent au contraire les forts de la Frontière sauvage, ce qui conduisit les tribus de l'Ohio à repartir en guerre en 1763, dans le cadre la rébellion de Pontiac. La terreur qui en résulta convainquit les Pennsylvaniens de l'Ouest que leur gouvernement les protégeait très mal, d'où un soulèvement mené par un groupe d'auto-défense du village de Paxton, en Pennsylvanie, appelé les Paxton Boys. Ceux-ci s'attaquèrent aux Amérindiens dont la plupart vivaient paisiblement, convertis au christianisme, dans de petites enclaves au milieu des implantations européennes.

La plus riche et la plus remuante des treize colonies

Vers 1720-30, le pain est déjà trois fois moins cher qu'au Massachusetts, notamment qu'à Boston. La Pennsylvanie s'émancipe en 1760 de la tutelle seigneuriale des frères Penn, héritiers privilégiés du généreux fondateur. L'ambassadeur pour le procès à Londres n'est autre que Benjamin Franklin, un ancien imprimeur de Philadelphie entré au service des postes royales et en politique. Ayant commencé à publier l’Almanach du Bonhomme Richard le Independence Hall Association (1999-2007)., Franklin en a tiré pendant 25 ans réussite économique et popularité. L’almanach se vendait à plus de exemplaires par anOracle ThinkQuest (2003).. Franklin y incluait des proverbes sur l’industrie et la frugalité, ou des paraboles empruntées à Lord Halifax, dont de nombreux aphorismes relèvent d’un « scepticisme de base dirigé contre les motivations des hommes, les mœurs, et l’époqueNewcomb (1955), .. »

Après l'émancipation de 1760, seule la Couronne britannique est en mesure de lever taxes et impôts dans la colonie. La Pennsylvanie devient un contributeur net d'environ par an, et ne reçoit au mieux que de la puissance coloniale. Ces données fiscales, souvent niées par les autorités britanniques, rendent sensible la volonté de taxer à merci toute activité coloniale rentable, et contribuent à la montée d'un puissant sentiment indépendantiste en Pennsylvanie.

Dans les années 1770, la Pennsylvanie s'oppose frontalement au Stamp Act, véritable « taxe sur le savoir », ce qui en fait l'un des principaux foyers de la Révolution américaine. Après le succès des treize colonies insurgées, Philadelphie fait office de capitale des États-Unis jusqu'à l'achèvement de Washington, choisie en 1799 sur un site encore vierge pour ne privilégier aucune des treize ex-colonies. Les deux Congrès continentaux siégèrent dans cette ville où furent adoptées la Déclaration d'indépendance et la Déclaration des Droits.

La deuxième des colonies par la population en 1780 La Pennsylvanie connut dans la moitié du , une forte immigration de familles modestes venues d'Allemagne et d'autres pays européens qui s'installèrent comme cultivateurs au pied des Appalaches et sur tout le territoire de la colonie, qui n'a pas une grande façade maritime. Ces familles sont nombreuses à s'être révoltées contre la domination britannique lors de la guerre d'indépendance des États-Unis.

La Pennsylvanie n'est alors plus seulement la plus riche et la plus remuante des colonies américaines mais aussi l'une des plus peuplées, juste derrière la Virginie, avec plus de en 1780. Sa population a été multipliée par quatre depuis 1750, une croissance plus rapide que dans toutes les autres colonies si l'on met à part le cas d'une autre colonie rurale qui a connu une forte immigration elle aussi, la Caroline du Nord. Au cours de cette période en général, l'accroissement naturel des treize colonies en général correspond à 95 % de leur croissance démographique, qui est globalement très rapide. En moyenne, le taux de mortalité y est d'environ 25 % contre une moyenne d'environ 35 % à 40 % en Europe. Parmi les causes possibles, les historiens évoquant un meilleur chauffage, meilleure alimentation et plus grande immunisation contre les épidémies car l'habitat est plus dispersé. La Caroline est cependant une des rares colonies où la croissance par l'immigration joue un rôle encore plus important que l'accroissement naturel. La Pennsylvanie se peuple par le biais de villages, tendance qui se poursuit lors de la décennie suivante : en 1790, l'Amérique est encore très rurale, car les cinq premières agglomérations ne représentent que , soit seulement 5,5 % de la population. À partir de 1790 ont lieu les premiers recensements par ville et par états, au moment d'une polémique nationale sur l'opportunité d'étendre la colonisation à l'ouest. Il est alors décidé que le seuil de doit être atteint avant de créer un nouvel État.