La société romaine antique (societas hominum) s’organise selon une hiérarchie strictement définie, où chacun a son rang qui lui définit ses droits et ses devoirs.
On ne peut parler de classes sociales stricto sensu, car les clivages ne sont pas strictement socio-économiques, mais sont basés sur un droit ou statut des hommes, individuellement ou collectivement. La place d'un homme est définie par sa fonction dans la hiérarchie des institutions et des lois, autant que par sa richesse et bien plus par son origine. C'est une association basée sur le droit et l'intérêt communidée commune dans De Republica, I,25 de Cicéron et ou Cité de Dieu, Augustin d'Hippone. La société romaine met en place, dès le , le cens, une sorte d'état civil. Sous la monarchie romaine existaient deux classes principales, les nobles et le peuple (populus), outre les esclaves et les non-citoyens. Après l'instauration de la République, la société romaine se définissait elle-même comme une société d'ordres (ordines) implacablement stratifiée. Les possibilités d'ascension dans l'échelle sociale étaient réelles, même si la quasi-totalité de la population restait très pauvre. Pendant près d'un millénaire, Rome allait cependant évoluer et ses structures sociales se modifier pour donner naissance à la société médiévale.
Statut
Pour décrire la position d'une personne dans le système romain, on distingue trois statuts différents. L'homme est-il libre ou esclave, l'homme est-il à la tête d'une famille, l'homme est-il citoyen ?
Status libertatis
Le statut social et juridique des esclaves dans la Rome antique a varié selon les époques. Le droit archaïque (ius civile Quiritium) était d'inspiration patriarcale ; l'esclave vivant dans les mêmes conditions que son maître et famille. Après l'afflux d'esclaves provoqué par l'expansion territoriale du , le commerce et l'exploitation des esclaves a été plus dur : l'esclave ne devenant plus qu'une chose (servi pro nullis habentur).
Les affranchis avaient un statut intermédiaire spécifique : ils bénéficiaient des droits civils et politiques attachés à la citoyenneté, à l'exception du droit d'être élu magistrat. Leurs fils, en revanche, devenaient des citoyens à part entière.
Les hommes nés libres (ingenui) pouvaient alors être : Étrangers : Pérégrins (peregrini) hommes libres, citoyens dans leur communauté (civitas), mais étrangers pour les Romains, et soumis à la capitation. Le ius gentium (droit des gens) s'appliquait à eux, plutôt que le ius civile, réservé aux citoyens. Citoyens (cives) barbares externes déditices : pérégrins appartenant à une tribu vaincue ou révoltée contre RomeLex Aelia Sentia en 4 ap. J.-C. Citoyens latins (Latini) à partir de -338, disposant de droit inférieur et jusqu'à l'édit de Caracalla de 212, année de la généralisation de la citoyenneté romaine. Citoyens romains
Status civitatis Selon le droit romain (ius civile), seuls les citoyens romains ont les pleins droits civils et politiques. Ces statuts se sont créés et modifiés suivant les époques (voir la partie historique de cet article pour plus de détails).
Le citoyen qui peut l'être de plein droit est le citoyen romain et peut faire partie de La nobilitas après la Lex Hortensia en -287, d'origine patricienne ou plébéienne, famille ayant un consul dans leurs ancêtres. Patriciens remplacés par les Patrices par Constantin . Chevaliers de l'ordre équestre, classe de militaires et de commerçants, son appartenance est définie par l'argent (cens). Les equites forment la classe des militaires-magistrats et des commerçants riches. Sénateur de l'Ordre sénatorial, leur nombre est fixé et ne dépend pas que du cens. Les senatores forment la classe des riches propriétaires terriens. Décurions et l'ordre décurional sous l'empire. Plébéiens dont les proletarii sont les membres de la classe laborieuse.
Le citoyen latin n'est que plébéien.
Status familiae Le status familiae est le statut de la femme, de l'individu dans la famille. Les Patres familias ont toute l'autorité dans la famille (), et chacun est soumis à lui sur la base de l'« adgnatio » (parenté seulement du côté du père). Les alieni iuris (personnes soumises complètement à l'autorité) et les sui iuris (les personnes autonomes, et celles qui peuvent prétendre au pater familias). Les fils de famille Filius familias ont le ius suffragii et le ius honorum, mais ce droit reste limité à la volonté du patriarche.
Autres distinctions Les Honestiores vivent dans les Domus, les Humiliores dans les Insulae. La distinction entre Honestiores et Humiliores date de l'Empire.
Historiographie En l'absence de documents écrits, les sources de la période monarchique sont surtout basées sur la tradition, donc parcellaires et sujettes à caution. Les seules sources objectives viennent de l'archéologie.
La societas hominum de la république romaine a été décrite par de nombreux auteurs antiques pendant plus d'un demi-millénaire comme une association basée sur le droit et l'intérêt commun. Les autres termes utilisés comme pactus ou concordia montrent pourquoi les notions de droit et de clivage étaient des notions fondamentales et au centre de la politique romaine pour les auteurs antiques. Ces auteurs, pour la plupart d'origine aisée, n'ont pas nécessairement décrit la société réelle, mais la société telle qu'eux la percevaient et telle qu'ils désiraient la promouvoir. Les informations pour décrire la vie des plus nombreux, c’est-à-dire des paysans qui représentaient 95 % de la population, sont données par des informations indirectes ou des données archéologiques.
Caton l'Ancien, plus tard Cicéron, Appien, Tite-Live dans des registres différents décrivent l'ère des crises.
Histoire des groupes sociaux de la Rome antique
Naissance du patriciat
Contrairement à ce que nous disent les sources antiques, il n'existait pas à l'origine de division plébéiens - patriciens mais une division basée sur le clientélisme qui était présente dans toute l'Italie mais aussi dans le monde gaulois. La civilisation était pastorale. Les curies (curiae) forment des petites assemblées de villages basées sur les collines de Rome comme ailleurs en Italie. Ces assemblées vont se coaliser au - , et ont pour représentants les gentilices. À partir du l'Italie entière se transforme, les Grecs installent des colonies, les Étrusques étendent leur royaume vers le sud, le commerce s'intensifie, l'agriculture se transforme, de nombreuses villes se créent, tandis que les communautés villageoises ont tendance à régresser. Les antiques dateront de -750 la naissance de Rome, à la croisée des nouvelles routes commerciales. Une assemblée d'anciens (senes) (homme mûr) et Patres, ayant autorité sur les membres de leur famille mais aussi sur le plus grand nombre possible de clients, dirige. Les Patres nomment un roi (rex), provisoirement doté du pouvoir durant l'Interroi (cette pratique durera même sous la République, entre les élections de consuls.). Les auspices restaient aux mains des patres. Le concept de patricien, ceux qui descendent des patres, a dû se constituer à cette époque, et se place au-dessus des Quirites formant ainsi une noblesse. Le clientélisme permettait à ces patriciens, les gentes (principes ou hegemones suivant les auteurs) d'organiser des forces militaires et faire des coups de main contre l'ennemi extérieur. Et finalement dans l'ensemble de l'Italie, les rois (reges) reçoivent leurs charges de façon héréditaire, tandis que les principes par absorption des vaincus forment des clientèles toujours plus grandes. Les Comices curiates, assemblée dominée par le clientélisme, validaient les propositions des rois.
Naissance de la plèbe
Au , à Rome, le roi (rex) Tullus Hostilius crée les curiae novae, non pas sur des origines toponymiques ou ethniques, mais en s'appuyant sur les gentilices.
Dès le , Rome est la plus grande ville de l'Italie. Les armées les plus puissantes sont organisées en phalange d'hoplites, soldats pédestres lourdement et uniformément armés et protégés. La cavalerie, et plus particulièrement les chars, apanage des gentilices, est marginalisée par ce type de formation militaire. D'autre part, ces mêmes gentilices ne sont plus en mesure d'aligner et surtout d'équiper un nombre suffisant d'hoplites pour pouvoir lutter contre des cités étrusques s'appuyant sur une population (étrusque : demos) nombreuse. Rome est alors conquise par les Étrusques qui vont doter la ville d'infrastructures nombreuses, temples, ports, bâtiments publics, adductions d'eau, et c'est par milliers que des étrangers viennent s'installer à RomeLes inscriptions des pierres tombales indiquent à cette époque une très forte mobilité géographique et sociale dans toute l'Italie.
Pour pouvoir résister aux invasions extérieures, les rois étrusques de Rome vont chercher à créer leur propre armée d’hoplites. Ils vont y intégrer les nouveaux venus non soumis aux liens exclusifs clients-patrons, et en intégrant des hommes pour lesquels ce lien se distend. Ces hommes se liguent alors en sodales par la fides pour défendre la cité. Cette relation est fondamentale. Les inscriptions tombales indiquent à cette époque une très forte mobilité géographique et sociale dans toute l'Italie différente de la précédente. Servius Tullius, premier roi non élu et d'origine servile comme son nom l'indique, transforme l'armée et par conséquent le rôle de chacun au sein de la cité. Il change donc le fondement de la société romaine. Comme le niveau d'équipement d'un hoplite dépend de sa fortune, pour connaître le nombre et le type des combattants disponibles, le cens est créé, les Comices centuriates et les Tribus s'occupent de cette tâche. Servius Tullius va jusqu'à distribuer lager publicus, c'est la première réforme agraire.
L'armée est à la fois une force politique et militaire. Le poids politique de l'homme reste proportionnel au cens, c’est-à-dire au degré de fortune. On dénombre : Les juniores (moins de 46 ans) et les seniores (plus de 46 ans) formant la classe centurie en groupe de 100 hommes, mais les patriciens, regroupés en six centuries équestres, passent à 18 et restent politiquement prépondérantes L'''infraclassis formé par les plus pauvres ou proletarii. Certaines activités, pour raisons religieuses, sont considérées comme inférieures : la céramique et le travail du bronze sont réservés à cette population. D'autre part, les nobles étrusques, la minores gentium sont intégrés à la classe patricienne, ce qui permet au roi étrusque d'avoir une plus grande écoute au sénat.
Le régime des rois étrusques va faire aussi prendre conscience aux Romains de la notion de corps civiques, en dehors du contrôle exclusif et très local de l'aristocratie. D'autre part les relations religieuses qui sous-tendent la relation client-patron s'étiolent, le culte des ancêtres s'est transformé en culte des héros. Le populus va prendre conscience qu'il forme la plèbe et les institutions reconnaître son existence et sa fonction subalterne.
La population, dès lors augmente constamment, citoyens (cives) sous Servius, en -508, en -498. Après la chute de la monarchie romaine en -509, il se forme une oligarchie et des magistrats patriciens succèdent aux rois. Selon certaines sources, le consulat n'est pas une institution latine, car l'habitude à la chute de la royauté était plutôt d'instituer un magistrat unique ayant un pouvoir immense mais pour une durée limitée. Aujourd'hui encore, les historiens ne savent pas d'où peut provenir l'idée d'un pouvoir partagé à l'identique entre deux consuls pour une durée faible. L'idée romaine qui est à l'origine de la création de la République romaine, semble donc profondément originale.
Suppression du caractère ethnique Les institutions de la République romaine sont organisées telles que nous les connaissons par étapes sur plusieurs générations, sous l’effet de l’antagonisme entre les patriciens et les plébéiens :