La Faculté libre de droit, d'économie et de gestion (FACO Paris) est un établissement privé d’enseignement supérieur, sous statut associatif, fondé en 1968 à Paris sous le nom de Faculté autonome et co-gérée d'économie et de droit (FACO) par son premier doyen, Achille Dauphin-Meunier.
Au cours du temps, elle a conservé son sigle « FACO », mais a changé plusieurs fois d'appellation : Faculté libre autonome et cogérée d'économie et de droit, Faculté libre d'économie et de droit, puis Faculté libre de droit, d'économie et de gestion, qui est son nom actuel.
Initialement installé rue de Rennes, le siège de la FACO est situé depuis la fin des années 1970 au 115, rue Notre-Dame-des-Champs à Paris ( arrondissement).
Fondation en 1968 La FACO est légalement enregistrée à la Préfecture de Police de Paris le conformément aux dispositions de la loi du relative au contrat d'association. Elle a ouvert ses portes quatre mois plus tard, le Les Cahiers du CEPEC, , Allocution de Gaston Morancé, . Elle s'est installée à l'origine au 44 rue de Rennes, à Paris.
Un quadruple contexte
La FACO est issue d'un quadruple contexte : fin annoncée des facultés profanes de l'Institut catholique de Paris, crise de l'Église catholique postconciliaire, événements de Mai 68, témoignant d'une crise des valeurs traditionnelles, et crise de l'Université française.
Jusqu'en 1968, l'Institut catholique offre un enseignement de droit et de sciences économiques. Dauphin-Meunier, professeur à l'Institut catholique de 1941 à 1944, puis de 1946 à 1968, était son directeur du département d'économie politique au moment de la crise de l'Institut. En 1966, un nouveau recteur prend la tête de l'Institut, Pierre Haubtmann, ancien aumônier de l'Action catholique ouvrière et « artisan de l'ouverture conciliaire ». Fin 1966, il donne une conférence de presse, qui provoque l’indignation de professeurs et de parents d’élèves : « Nous n'avons rien à gagner à paraître singer l'État. [...] Nous voulons autre chose qu'une concurrence. [...] Avant tout, il nous faut remplir notre mission ecclésiale. Il nous faut développer par priorité, mais sans exclusive, le secteur religieux »Le Monde, 14 décembre 1966, "Ne paraissons pas singer l'État ", déclare Haubtmann", Université libre, , 1979, "L'histoire des facultés libres: une révolution tranquille", . En , Haubtmann annonce la suppression de la première année de droit et la fin progressive des enseignements profanes à l'Institut. Une grève éclate à l'Institut le . La corpo des étudiants en droit a pris l'initiative d'une autre grève en pour maintenir la faculté de droit. Dauphin-Meunier la soutient et déplore la non-consultation des professeurs ; le vice-recteur réprouve ses propos au caractère « très polémique ». Une journaliste du Monde a pu écrire à raison : Le Monde du 12 décembre 1975, cité par Université libre, , 1979.
La crise de l’Institut s’inscrit dans la crise de l’Église issue du concile Vatican IICf. Jean-Jacques Latour, « Monseigneur Pierre Haubtmann et l'après concile, 1966-1971 » dans Institut catholique de Paris. Le livre du centenaire, Beauchesne, : « La réforme de la Catho, à l'instar de la réforme liturgique, allait devenir le lieu symbolique de la sympathie ou de la résistance à l'esprit conciliaire, de l'adhésion ou de l'opposition aux options prises par l'épiscopat français». Lorsque la grève éclate en , des étudiants et des éléments extérieurs organisent une réunion, avec Michel de Saint-Pierre, et cela apparaît comme une manifestation d'opposition au mouvement d'aggiornamento de l'Église dès lors que le romancier est à la pointe du combat traditionaliste depuis son livre de 1964 Les Nouveaux prêtres. Les grévistes réclament l'élection d'un nouveau recteur, qui serait élu par les professeurs avec l'accord du pape, une manière implicite de dénoncer l'épiscopat français trop attaché au progressisme postconciliaire. La grève est cependant désavouée par le doyen de la faculté de droit et par les corpos de droit et de lettres, même s'ils sont d'accord sur le fond"Manifestation d'étudiants pour protester contre la réforme de l'Institut catholique", Le Monde, 25 octobre 1967, , Le Monde, 26 octobre 1967, "La petite fronde de l'Institut catholique de Paris était un acte d'opposition à l' " aggiornamento " de l'Église"; Ibid., 27 octobre 1967, , "Les étudiants en lettres et en droit s'opposent vigoureusement à la réforme de Haubtmann, Ibid., 13 novembre 1967, "A Lourdes, Haubtmann réaffirme sa détermination d'appliquer les décisions des évêques protecteurs", Ibid., 17 novembre 1967. La revue anticommuniste et catholique traditionaliste de Jean Madiran, Itinéraires, a accusé Haubtmann de jeter « le discrédit le plus notoire dans l’opinion publique » sur l’enseignement profane délivré par l’Institut, car il a présenté cet enseignement comme « une singerie de celui de l’État »Itinéraires, juillet 1967, , dossier sur la crise de l’Institut : articles de presse et courriers. Dauphin-Meunier a collaboré à Itinéraires, contre laquelle le comité permanent de l'épiscopat français a en mis en garde les catholiques contre ceux qui contestent « au nom d'une fidélité au passé les principes du renouveau entrepris ». Et on le trouve en invité d'honneur à un dîner de l'Union des intellectuels indépendants, aux côtés de Marcel Lefebvre, qui s'en prend aux « forces progressistes » qui « dès les premiers jours du Concile », l'auraient investi et stigmatise « une influence diabolique [qui] voulait détourner le concile de sa fin ». Dauphin-Meunier y présente sa FACO et souligne que l’une des causes du désarroi des jeunes, ce sont « les parents qui ont été incapables d’inculquer à leurs enfants le sens du devoir bien fait, l’amour de la Patrie, qui ont laissé déshonorer l’Armée, la Magistrature et laissent à présent conduire le pays tout doucement vers la soviétisation »Le Monde, 20 mars 1969.
Lors d'un dîner-débat du Centre d'études politiques et civiques en 1969, Gaston Morancé, alors président de la FACO, a évoqué et , qui a déterminé la fondation de cette faculté libre : Les Cahiers du CEPEC, , dîner-débat, le 22 janvier 1969, sur le thème « Une Université libre est-elle possible ? Est-elle souhaitable ?", allocution de Morancé, . En , Dauphin-Meunier annonce l'ouverture d'une nouvelle Faculté libre de droit et de sciences économiques pour le , et souligne que cette nouvelle faculté va se réclamer de « la morale chrétienne ». Il ne conteste pas que « les événements de mai 68 ont accéléré la maturation d'une idée qui germait depuis avril »Le Monde, 12 juillet 1968, "Une faculté autonome et cogérée d'économie et de droit ouvrira à Paris à la rentrée", Ibid., 13 juillet 1968. Dans un entretien donné au périodique des étudiants du Comité des étudiants pour les libertés universitaires (CELU) en 1970, il déclare que la FACO a été fondée en et . Il blâme la , alors qu'il convient de et préparer les étudiants à leurs futures responsabilités professionnellesUniversité libre, , 1970, "Entretien avec Achille Dauphin-Meunier", . Sur ce périodique qui dénonce la subversion gauchiste et prône l'autonomie réelle des universités, qui seraient financées par les familles, concurrentielles, autonomes et cogérées, cf. Notice d'Université libre sur le site de l'Institut français de l'éducation.
Dauphin-Meunier a été soutenu par des parents d’élèves, qui dès le printemps 1967 ont fondé l’Association des parents pour la promotion de l’enseignement supérieur libre (APPESL). Elle regroupe en 1969 « plusieurs milliers d'adhérents » selon son président Aimé Aubert, qui dirige alors depuis 1965 le discret et puissant Service des études législatives du Conseil national du patronat français. De concert avec des responsables de l'Association des parents d'élèves de l'enseignement libre (APEL) et des professeurs de l’Institut, elle a décidé de fonder une université libre, indépendante à la fois de l’État et de l’Église, enseignant le droit, l’économie et la gestion. Son association a consacré « tous ses efforts » à la naissance de la FACO à partir de l'été 1968. Lui aussi dresse et dénonce Les Cahiers du CEPEC, , Allocution d'Aubert, . Les APEL de la région académique de Paris sont représentées au conseil de l'APPESL. Dauphin-Meunier tient une conférence de presse avec l'APPESL quelques jours avant l'ouverture de la nouvelle faculté pour la présenter.
Dans sa conférence au CEPEC comme dans d'autres interventions, Dauphin-Meunier a repris une des critiques faites par les étudiants en mai 68 contre « les mandarins qui n'aiment pas leurs élèves » : il a critiqué leur absentéisme (du fait que des professeurs partent à l'étranger pour de longs mois ou bien enseignent dans les facultés de province et résident à Paris, ou bien du fait de l'abus des congés au titre de la recherche), le manque de vocation de certains universitaires, et le « cumul des chaires »« La faculté libre autonome et cogérée d'économie et de droit », Aspects de la France, , 21 novembre 1968. La FACO « met en œuvre sagement deux revendications intelligentes des contestataires : la participation et la formation utile des étudiants ». Dauphin-Meunier vante son « souci constant du réel, de l'utile, du concret ».
Dauphin-Meunier est favorable à des universités autonomes et concurrentielles, pratiquant une , et délivrant leurs propres diplômesUniversité libre, , 1970, "Entretien avec Achille Dauphin-Meunier", .
Des débuts difficiles du fait de la
Dauphin-Meunier a critiqué l'ancien doyen de la faculté de droit de l'Institut, Pierre de Font-Réaulx, qui a mis en garde les parents d'élèves contre la FACO, ce qui expliquerait que seule une trentaine d'étudiants de l'Institut se sont inscrits sur les 150 inscriptions annoncées. 450 étudiants ont suivi les cursus proposés par la FACO la première année. Comme les facultés catholiques, la FACO a été concernée par la entre 1969 et 1971, du fait de l'annulation par le Conseil d'État d'un arrêté ministériel du attribuant l'équivalence du premier cycle de la licence en droit ou en sciences économiques aux étudiants de la FACO, à la demande de syndicalistes CFDT, et malgré l'intervention de l'APPELS, notamment de son délégué général, le général Audémard d'Alançon.
Mais la publication au Journal officiel le d'un texte aménageant les dispositions de la loi d'orientation de l'enseignement supérieur sort les étudiants de la FACO de l'incertitude. L'article 2 d'une loi du modifie la loi de 1969 et offre la possibilité aux facultés libres de passer une convention avec une université publique : des professeurs de facultés d'État peuvent constituer des jurys chargés d'interroger les étudiants des facultés privées et de valider leurs connaissancesLe Monde, 17 juillet 1971, "Euphorie à la FACO", Université libre, , 1979, "L'histoire des facultés libres: une révolution tranquille", . La FACO a présenté ses étudiants aux jurys de la faculté de droit de Nanterre en 1969 et 1970, et chercha à présenter ses candidats juristes devant un jury établi par le Centre d'études juridiques de Sceaux fin 1970, pour valider leurs connaissances.
La FACO dans les années 1970
Administration de la FACO