La Traversée de Paris à la nage est une course de nage en eau libre sur la Seine, organisée par le journal L'Auto et Georges Moëbs, qui a lieu pour la première fois en 1905. Elle fait alors , du pont National au viaduc d'Auteuil. À partir de 1906, une scission se fait au sein de l'organisation, et une seconde course, elle « amateur », est organisée concurremment, mise sur pied par Moëbs et le journal Les sports. vignette|droite|upright|La traversée de 1918, par le boulanger Georges Michel. vignette|upright|Départ de la traversée en 1929, depuis le pont National. vignette|upright|Barques et bateaux accompagnants en processions de la traversée en 1929 (Pont de Bercy). Alors nageur de haut niveau, Henri Decoin participe à l'édition amateur de 1913 mais, après avoir été longtemps deuxième, il abandonne. L'aviateur Charles Nungesser participe à celle de 1918.

La course vignette|centre|350px|Plan de la course amateur de 1923, d'après Le Miroir des sports.

Historique Les débuts La première course (1905) attire plusieurs centaines de candidats, pour la plupart inconnus. Devant cet afflux, une épreuve qualificative est organisée à Joinville-le-Pont le L'Auto, 4 septembre 1905.. Finalement aucun de ces postulants n'est qualifié, le dernier abandonnant lors du dernier des 5 kilomètres de la finale. Ne s'alignent donc que 8 candidats confirmés, exemptés de l'épreuve qualificative : les Anglais , Billington, Burgess et Holbein, les Français Paulus, Bougoin et Poullitou, et la célèbre Australienne Annette Kellerman.

Les favoris sont Nuttal, Billington et BurgessL'Auto, 10 septembre 1905.L'Auto, 7 septembre 1905.. Burgess, Holbein et Annette Kellermann ont tenté — en vain — la traversée de la Manche trois semaines plus tôtL'Auto, 25 août 1905..

La course a lieu le dimanche : elle fait , du pont National au viaduc d'Auteuil. Finalement seuls 4 participants franchissent la ligne d'arrivée : Paulus est vainqueur à 42 ans, suivi de Burgess, Holbein et Annette Kellermann. Le sergent Poullitou (de l'École militaire de gymnastique de Joinville) est sommé d'abandonner par sa hiérarchie car il n'avait pas de permission, les 3 autres sont vaincus par la fatigue et le froid.

Dès 1906, une scission s'effectue entre Georges Moëbs et L'Auto, sur fond de désaccord entre la gestion des amateurs et celle des professionnels. Deux courses ont donc lieu dès lors chaque été, L'Auto conservant la main sur celle des professionnels tandis que celle prise en charge par Moëbs et de la S.N.E.N. est réservée aux amateurs. Les deux premières courses sont remportées par le champion olympique anglais Jarvis. Les parcours des deux courses étant identiques, les journalistes essaient de comparer les temps de leurs champions, même si la force du courant a pu varier.

Devant le succès populaire de ces premières traversées (le journal L'Auto signale venues sur les bords de la Seine assister à celle de 1905), d'autres traversées de villes s'instituent, en province (Toulouse en 1906, Lyon en 1907, Lille en 1910, Bordeaux en 1912, etc.) et à l'étranger (Londres en 1907, Bruxelles, Rome, etc.)

Les années 1910 Les années d'avant-guerre voient chez les professionnels la suprématie de l'Anglais Billington, ne laissant à ses principaux rivaux, les jeunes Français Chrétien et Estrade, que des places d'honneur.

En 1914, si l'édition amateur est courue deux semaines avant la déclaration de la guerre, celle des professionnels qui aurait dû se dérouler en août n'a pas lieu du fait des circonstances, Paris devenant un camp retranché dont la vie ordinaire est suspendue sous la menace directe du Plan Schlieffen. En 1917 et 1918, le front s'étant éloigné de Paris, la course professionnelle peut reprendre. Chez les hommes, y figurent principalement des poilus en permission (dont les mérites sont encensés par les journaux) et des vétérans. En 1918, le populaire as de l'aviation Charles Nungesser participe à la course : il « termine vaillamment le parcours donnant une rude épreuve de son courage, car il souffre encore de ses blessures et manque totalement d’entraînement ».

C'est encore l'époque où cette course attire des sportifs polymathes, des aventuriers touche-à-tout et casse-cous : Nungesser (1918) en est un bel exemple, mais il ne faut pas oublier Holbein ( en 1905) qui finit deuxième sur le Bordeaux-Paris à vélo en 1891, Marie Marvingt ( amateur en 1906) qui fut aviatrice, alpiniste, etc. Violette Morris ( amateur en 1921) qui fut pilote automobile, boxeuse, lanceuse de poids, etc.

Les années 1920

Les années 1930

Palmarès Pour des questions de suspense, les courses de L'Auto sont souvent à handicaps. Le classement présenté ici est celui du temps de parcours.

Palmarès hommes Lorsqu'il y a lieu, les nageuses figurant dans le classement mixte sont signalées par le symbole ♀.

Course de L'Auto vignette|Les vétérans Émile Paulus (g.) et Bill Burgess (d.), respectivement premier et deuxième de la traversée de Paris à la nage en 1905, prennent la pose au départ de la course en 1917. vignette|upright|L'Anglais David Billington, six fois vainqueur de la traversée de Paris à la nage, entre 1907 et 1923. Course organisée par le journal l'Auto puis par la Ligne Nationale de Natation, et ouverte aux professionnels (parfois appelée championnat de Paris de grand fond) : AnnéeVainqueurdeuxièmetroisièmequatrième1905L'Auto, 11 septembre 1905. Émile Paulus (3h29, nage indienne) Bill Burgess (4h28, nage indienne) Montague Holbein (4h48, dos) Annette Kellermann ♀ (4h58, trudgeon)1906L'Auto, 16 juillet 1906. Albert BougoinComment j'ai gagné Paris à la nage, La Vie au Grand Air du 28 juillet 1906, p.559, article complet par le nageur lui-même. (3h06) David Sydney BillingtonDit 'Boy' (1885-1955), fils du tenancier de la piscine de Bacup (Lancashire), Champion du monde de natation sur en août 1905, multiple champion d'Angleterre sur le mille successivement à compter de 1900, et champion d'Angleterre du cinq milles. Il fut sur diverses distances Champion d'Angleterre à neuf reprises. Il détint un temps l'ensemble des records du monde de 100 yards à 13½ miles. Il remporta aussi la traversée de la Tamise de 5 milles, appelée "Lords and Commoners". À compter de 1906, le reste de sa carrière fut professionnelle. En 1926, il publia "How to Become a Good Swimmer". (3h07) Greasley (3h12) Émile Paulus1907Le Petit Parisien, 8 juillet 1907. David Sydney Billington (2h18) Eugène Estrade (2h29) Davide Cattaneo (2h31) Altieri (2h35)1908La Croix, 14 juillet 1908. David Sydney Billington (2h30) Albert Chrétien (2h35) Georges Michel (2h45) Armand Ponthieux (2h47)1909L'Auto, 28 juin 1909. David Sydney Billington Eugène Estrade Albert Chrétien Pezié1910L'Auto, 4 juillet 1910. David Sydney Billington Georges Michel Albert Chrétien Charles Hanouet1911L'Auto, 3 juillet 1911. David Sydney Billington (2h15) Albert Chrétien (2h30) Charles Hanouet (2h31) Georges Michel1912L'Auto, 8 juillet 1912. David Sydney Billington (2h15) Eugène Estrade (2h31) Louis DesseinChampion du Nord selon L'Auto, 7 juillet 1912. (2h40) Georges Michel1913L'Auto, 8 septembre 1913. David Sydney Billington (1h59) Davide Cattaneo (2h10) Charles Hanouet (2h11) Albert Chrétien (2h12)1917L'Auto, 30 juillet 1917. Nicolas Biewesch Georges Michel Georges Pouilley Émile Paulus1918L'Auto, 26 août 1918. Georges MichelÉgalement vainqueur de la traversée de la Manche le 10 août 1926, accomplie en 11 heures et 5 minutes. Le boulanger Georges Michel est le premier Français à réussir cette traversée. Georges FleurixVice-champion olympique de Water-Polo en 1924. Gaston Nivet Simon Lavogade1919L'Auto, 25 août 1919. Costa MalitoBillington nagea en 2h41, mais il ne participait qu'à titre officieux pour cause professionnalisme . (2h43) Luigi Bacigalupo Antonio Sachner Suzanne Wurtz ♀ 1920Le Miroir des sports, 2 septembre 1920. Luigi Bacigalupo (3h)Billington nagea en 2h47, mais il ne participait qu'à titre officieux. Georges Michel Armand Lanoix 1921L'Auto, 29 août 1921. Luigi Bacigalupo (1h54) Costa Malito Armand Lanoixégalement vainqueur de la traversée de Strasbourg à la nage, en juillet 1922 - Le Miroir des Sports, 20 juillet 1922, p.35. Robert Desmettre 1922Le Petit Parisien, 28 août 1922. Antonio Sachner (3h04) Costa Malito David Sydney Billington René Richard1923Le Petit Parisien, 20 août 1923. David Sydney Billington (3h05) Costa Malito René Richard Georges Pouilley 1924L'Auto, 25 août 1924. Antonio Sachner (2h46) Georges Michel Georges Pouilley Fernand Moine 1925Le Petit Parisien , 13 juillet 1925. Luigi Bacigalupo (2h38) Jean Vos Henri Duvanel F. Oreille 1926L'Auto, 19 juillet 1926. Albéric BooneVainqueur la même année de la Traversée de Lille à la nage - Le Petit journal, 16 août 1926, p.3. Léon Tallon René Richard Nicolas Biewesch

vignette|upright|Le Bordelais Jean Rebeyrol (ASPTT), vainqueur à quatre reprises de la traversée de Paris à la nage, et également champion de France de grand fond de 1921 à 1926. De 1914 à 1916, la course n'a pas lieu. À compter de 1927, c'est une course de relais qui est organisée, car la traversée Paris Soir, 9 août 1927.Le Miroir des sports, 24 juillet 1928.

Courses amateurs Cette épreuve amateur est organisée par la SNEN (Société nationale d'encouragement à la natation) de Georges Moebs, sous le patronage successif des journaux Les Sports, puis Le Petit Parisien et enfin Le Journal. Elle se tient traditionnellement au mois de juillet. Sa dernière édition a lieu en 1930.

À partir de 1922, une traversée de Paris concurrente est mise en place au mois d'août (ou début septembre) sous l'égide de la F.F.N.S. (Fédération Française de Natation et de Sauvetage) avec le parrainage du Petit Parisien. Elle est la seule qui subsiste à partir de 1931.

Selon les années, l'une ou l'autre de ces deux traversées délivrait alternativement le titre de « champion de France de grand fond » au nageur français arrivé premier.

Durant les années 1940, le Swimming-Club prend le relais en relançant la traversée de Paris à la nage avec le concours de Paris-Soir.