L'histoire des agences de presse en Russie a vu se succéder plusieurs agences nationales importantes, en lien avec celles des autres pays.
Les prémices, le télégraphe optique russe L'immense étendue de l'empire russe fait obstacle continuel à la transmission des ordres envoyés de la capitale. Du coup, un "grand nombre de personnes avaient essayé à Saint-Pétersbourg de construire" le Télégraphe optique russe, mais sans succès. Parmi elles, l'abbé Valentin Haüy, connu pour sa méthode d'éducation des aveugles, a fait une proposition sans suite, dans une brochure publiée en 1805. Les journaux russes annoncèrent peu après, en 1808, qu'un autre français, Volque, allait équiper Saint-Pétersbourg d'un télégraphe aérien, mais il n'obtint pas le marché, pas plus qu'au Danemark, où il espérait placer son invention. Un premier télégraphe optique est déployé en 1824, de la capitale au Lac Ladoga"Russia in the Microphone Age: A History of Soviet Radio, 1919-1970", par Stephen Lovell, page 15 .
Finalement, le Télégraphe optique russe voit le jour en 1831 sous la forme d'une déclinaison du Télégraphe Chappe. Un ancien employé de Chappe, Pierre-Jacques Chateau, renvoyé de l'Administration télégraphique au moment de la Révolution de 1830, est venu proposer au Tsar un système utilisant le télégraphe de Chappe mais en diminuant le nombre des signauxSelon un mémoire publié à Paris par l'inventeur, en 1842. Sa proposition a été acceptée et il a établi en Russie deux lignes de télégraphie aérienne, l'une, simplement expérimentale, de huit postes entre Saint-Pétersbourg et l'île de Cronstadt, et l'autre, beaucoup plus longue de cent quarante-huit postes entre Saint-Pétersbourg et Varsovie. Toutes les deux avaient une vocation militaire. Une de lanterne, fonctionnant à l'huile"Télégraphe de jour et de nuit, suivi d'un télégraphe de jour à double transmission", par Pierre Jacques Chatau, Imprimerie d'A. Blondeau, 1842 , permettait de transmettre la nuit.
L'arrivée du télégraphe électrique à Saint-Pétersbourg Saint-Pétersbourg est connectée aux capitales européennes par le télégraphe en , pendant la Guerre de Crimée, sept ans avant que le chemin de fer n'en fasse de même. Une partie du trajet vers Saint-Pétersbourg s'effectue alors toujours en voiture et à cheval"Un siècle de chasse aux nouvelles: de l'Agence d'information Havas à l'Agence France-presse (1835-1957)" par Pierre Frédérix, Flammarion, (1959), page 142. Quelques années après, le télégraphe sert aussi pour les journaux.
L'agence de presse britannique Reuters compte dès 1857 parmi ses clients, Posrednik, quotidien russe des matières premières, édité par Pavel Stepanovitch Oussov, un journaliste qui a travaillé en Angleterre. Son père est professeur de sciences agricoles à l'Université de Saint-Pétersbourg et directeur de l'hebdomadaire L'agriculture et la vraie science. Oussov fut d'abord adjoint à la rédaction en chef d'un autre journal, L'Abeille du nord ("Severnaïa Ptchela" en russe), fondé par l'écrivain conservateur Thaddeus Boulgarine en 1825.
Vers la fin de l'année 1856, le "Saint-Pétersbourg Vedomosti" et le Journal de Saint-Pétersbourg souhaitent publier des actualités étrangères sous la forme de télégrammes. Pavel Oussov s'adresse immédiatement à Louis Schneider, correspondant à Berlin de L'Abeille du nord, pour qu'il trouve, avant les concurrents, un accord avec l'agence de presse allemande WolffRecherches, documents et analyse de Klyuchkovska Larisa, professeur au département d'histoire de journalisme et la littérature russe de la faculté de journalisme de l'Université d'État de Moscou. La première dépêche télégraphique russe est ainsi parue dans L'Abeille du nord du .
La mutualisation du coût des nouvelles étrangères Constatant ensuite que chacun des journaux russes paie pour la même nouvelle de l'étranger, Oussov propose de partager les coûts d'un service mutuel, puis convainc les éditeurs de deux autres journaux, la "Saint-Pétersbourg Gazette" et Russkii Invalid (journal militaire publié dans la capitale russe de 1813 à 1917) de partager les télégrammes de l'étranger, d'une manière telle Wolff soit forcé de baisser les prix de ses services. Il en persuade aussi le Journal de Saint-Pétersbourg.
Pour cela, Pavel Oussov crée en son nouveau journal : Posrednik. Son premier numéro, sorti le , comportait un télégramme de Londres daté de la veille. En , grâce à l'intermédiation d'un marchand britannique opérant en Russie, c'est au tour de l'agence de presse Reuters de tenter de s'implanter en Russie, comme il veut le faire en Italie, où le monopole d'Havas dans les départements français du Piémont, depuis les années 1840, est mal vu par Camillo Cavour""The Ring Combination": Information, Power, and the World News Agency Cartel, Volume 1", par Alexander Scott Nalbach, University of Chicago, Department of History, 1999, page 78. Le Reuters rencontre en Russie Oussov.
En , Reuters lui écrit, pour l'informer de l'accord de partage des nouvelles commerciales et financières avec Wolff et Havas. Reuters tente de se partager le marché russe avec le Bureau Télégraphique Wolff, lui concédant les nouvelles politiques pour se concentrer sur les seules informations commerciales, mais celui-conserve la prédominance, le Journal de Saint-Pétersbourg organe semi-officiel, s'opposant en particulier à Reuters. Reuters obtient cependant un contrat avec Posrednik. Il revient en Russie en 1862. Posrednik fait ensuite faillite, en 1864, à la suite de difficultés financières.
La création de l'Agence télégraphique RTA en 1866 Jusqu'aux années 1860, malgré l'incursion de Reuters en 1857, le Bureau Télégraphique Wolff, basé en Prusse, est la seule agence étrangère tolérée en Russie. Les journaux russes qui désiraient publier des nouvelles de l'étranger devaient s'adresser au ministre des affaires étrangères et se contenter des bulletins qu'il publie. En 1865, plusieurs journaux russes se plaignent de cette situation. L'Agence télégraphique RTA est alors fondée en par le marchand-banquier banquier K.V. Troubnikov"Foreign News in Imperial Russia: The Relationship Between International and Russian News Agencies, 1856-1914", par Terhi Rantanen Suomalainen Tiedaekatemia, 1990, page 83, qui a des intérêts personnels dans plusieurs journaux russes, en particulier Birjevye Vedomosti ("La Gazette des marchés", en russe), publiée depuis 1861, avec une tolérance relative de l'administration du Tsar à Saint-Pétersbourg. Troubnikov avait déjà dénoncé à plusieurs reprises le monopole du Bureau Wolff en Russie""The Ring Combination": Information, Power, and the World News Agency Cartel, Volume 1", par Alexander Scott Nalbach, University of Chicago, Department of History, 1999, page 114. Le négociant et éditeur de presse doit cependant accepter une supervision de l'État russe, par le biais d'un censeur installé au sein même de l'Agence RTA. Il promet rapidement de tisser un réseau de collecte des nouvelles""The Ring Combination": Information, Power, and the World News Agency Cartel, Volume 1", par Alexander Scott Nalbach, University of Chicago, Department of History, 1999, page 116.
Les difficultés de Reuters face au bureau Wolff Troubnikov est surtout abonné à Reuters et diffuse ses dépêches dans les journaux russes à la place de ceux du Bureau Télégraphique Wolff"When News Was New", par Terhi Rantanen, page 100. Cette situation nouvelle correspond à l'expansion rapide de Reuters, qui a créé des bureaux à Hambourg, Hanovre, Cassel et Brème, et même deux filiales allemandes, une à Munich, le Bureau de correspondance du Sud et une autre à Berlin, le Bureau de correspondance du Nord sous la direction d'Ofrats Alberts"When News Was New", par Terhi Rantanen, page 97. Le bureau de Hanovre rapporte à lui seul 2000 sterling par mois à Reuters, dont la percée provoque un ressentiment au sein du Bureau Télégraphique Wolff, qui se transforme alors en Agence Continentale allemande.
Le Journal de Saint-Pétersbourg, Russkii Invalid et surtout Golos, fondé en 1863 par le journaliste Andreï Kraïevsky, commencent à publier les nouvelles de RTA à partir du mois de , mais continuent à recevoir ceux du Bureau télégraphique Wolff. Entretemps, la guerre austro-prussienne met en difficulté Reuters : de Vienne, l'Agence anglaise annonce une "victoire complète" de l'Autriche à la bataille de Sadowa. La victoire prussienne ne devient compréhensible qu'après le reportage de William Howard Russell, du Times"The Medium and Its Message: Reporting the Austro-Prussian War in the "Times of India" d'Amelia Bonea, page 183 . Peu après, plusieurs clients russes se disent déçus des services de Troubnikov et créent une autre agence, qui est en lien direct avec l'Agence Continentale allemande, dont ils redeviennent ainsi clients. De plus, l'Agence RTA se heurte à la censure du gouvernement, qui freine ses perspectives de développement"The Media In Russia", par Arutunyan, Anna, page 26.
L'Agence RTA a ainsi périclité, d'autant plus qu'elle n'a pas tenu ses promesses de collecte des informations sur le marché intérieur, malgré le succès du télégraphe dans le pays. Le réseau public a réussi à déployer de nombreuses stations télégraphiques, dont le nombre est passé de 160 à 714 dans les années 1860, qui lui permettent de relier la capitale à Vladivostok en 1871"The News under Russia's Old Regime: The Development of a Mass-Circulation Press", par Louise McReynold, page 47 . En 1869, le Cartel des agences de presse conclut un nouvel accord de partage du monde qui décide de confirmer que la Russie est le territoire de l'Agence Continentale.
L'agence télégraphique ITA, fondée en 1872 En 1872, le journaliste Kraïevsky se déclare à son tour insatisfait de la diffusion des nouvelles en Russie, ou l'Agence Continentale se plie à la censure. Il crée l'Agence télégraphique ITA (International Telegraph Agency), en s'appuyant sur son journal Golos (La Voix), qui ne lui survivra pas"Fighting Words: Imperial Censorship and the Russian Press, 1804-1906", par Charles A. Ruud, page 202 : le gouvernement russe ne lui renouvelle pas l'accès au réseau télégraphique à la fin de l'année 1882. Cette agence de presse lui permet d'élargir le réseau de correspondants internationaux qu'il a déjà mis sur pied pour Golos"The News under Russia's Old Regime: The Development of a Mass-Circulation Press", par Louise McReynolds, page 47 .
En 1876, Havas envoie Elie Mercadier à Saint-Pétersbourg, pour négocier avec M. de Pogenpohl, directeur de l'Agence Générale ITA, qui a alors un statut "officiel" mais dont le service est jugé "mauvais", du côté français. L'enjeu nouveau est la couverture de la guerre de 1876 entre les empires austro-hongrois, russes, et ottomans, que Sigismund Englander est parti couvrir pour Reuters, de Constantinople. Havas s'adresse alors aussi à Reuters pour "coordonner" les "efforts afin d'obtenir, tant du côté turc que du côté russe, un service supérieur à celui que les journaux vont tenter d'avoir""Un siècle de chasse aux nouvelles : de l'Agence d'information Havas à l'Agence France-presse (1835-1957)" par Pierre Frédérix, Flammarion, (1959), page 143. Reuters décline l'offre et Havas installe à Bucarest un correspondant qui est présenté au général commandant l'armée russe. Elie Mercadier installe dans la capitale russe un traducteur, pour transmettre à Paris des revues de presse, puis le Grand-Duc accorde à Havas l'usage des fils militaires russes, peu avant que l'armée russe ne traverse le Danube, le "Un siècle de chasse aux nouvelles: de l'Agence d'information Havas à l'Agence France-presse (1835-1957)" par Pierre Frédérix, Flammarion, (1959), page 144. Havas indique alors à son envoyé spécial en Roumanie un message disant « M. de Pogenpohl fera certainement le service à un point de vue tout à fait russe. Vous devez vous préoccuper, de votre côté, du point de vue roumain".
La Northern Telegraph Agency, de 1882 à 1894