La crise économique asiatique est une crise économique qui touche les pays de l’Asie du Sud-Est et les pays avoisinants la région à partir de . Cette crise se propage, quoique de manière diluée, à d’autres pays émergents, dont notamment la Russie, l'Argentine et le Brésil. Cette crise est due aux déséquilibres macroéconomiques accumulés par les pays asiatiques qui ont bénéficié d'un afflux massif de capitaux étrangers dans les années 1980 et 1990.

Causes Les pays d'Asie du Sud-Est connaissent une croissance rapide dans les années 1980 et 1990. La libéralisation économique permet d'assurer une mobilité totale des capitaux ; les capitaux étrangers affluent, et les pays s'endettent. La dette extérieure de la région gonfle, et les entrées de capitaux provoquent une surévaluation des taux de change des monnaies nationales Hirst, Paul et Thompson, Grahame, 1999, Globalisation in Question, 2nd edition, Cambridge, Polity Press, p. 134-162..

Le cas le plus classique est celui de la Thaïlande. Se réformant au début des années 1980, elle mène une politique de change fixe face au dollar américain, c'est-à-dire que la Banque de Thaïlande défend la parité de la monnaie sur les marchés de devises. La stabilité du taux de change donne confiance aux investisseurs étrangers, qui y placent de plus en plus de capitaux. La croissance est tirée vers le haut, avec 12% en 1990, puis 8,5% en 1995. Le pays doit toutefois importer des biens qu'il ne produit pas, rendant la balance courante déficitaire. La vague de libéralisation qui commence en 1993 permet au pays d'ouvrir davantage ses frontières aux capitaux, et aux banques d'emprunter en monnaie étrangère, dont, surtout, en dollar.

L'afflux massif de capitaux alimente une bulle immobilière, ainsi qu'une appréciation du baht vis-à-vis du dollar et du yen qui fait perdre de la compétitivité au pays. D'intenses transactions agressives de fonds spéculatifs américains, pour réduire le coût de leur crédit en baht, ont tendance à faire chuter le baht. Afin d'éviter une surchauffe de l'économie et ne pouvant plus soutenir sa monnaie, la banque centrale augmente les taux d'intérêt et fait flotter le baht à la suite des conditions du FMI. Le dollar s’apprécie fortement et les banques thaïlandaises qui avaient emprunté dans cette monnaie se retrouvent dans l'impossibilité de rembourser leurs emprunts. La balance commerciale se dégrade, les faillites se multiplient, et une panique financière fait fuir les capitaux.

Cette crise produit un effet domino sur les pays les plus liés à la Thaïlande. La Malaisie, les Philippines et l'Indonésie sont frappées de plein fouet ; les dettes privées et les dettes extérieures explosent. Taïwan voit sa monnaie se déprécier de plus de 45 % par rapport au dollar en l'espace de trois semaines. Brunei, Singapour, Taïwan et le Viêt Nam ont été moins touchés, bien que tous aient souffert d'une baisse de la demande et d'une perte de confiance en la région. En revanche, la Chine a joué un rôle stabilisateur décisif en maintenant le taux du yuan contre le dollar.

Le développement économique rapide des pays asiatiques de 50 a 97 La situation économique de ces pays dans les années 1950 n’est guère florissante à part pour le Japon. En effet, malgré sa destruction économique après la Seconde Guerre mondiale, ce dernier réussit rapidement à remonter les échelons pour devenir une grande puissance économique enregistrant en 1972 un PNB de de dollars comparativement à en 1946. Peu après, créant un « effet domino », les pays de proximité commencent aussi à voir une croissance économique rapide. Ce sont les « dragons » (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong Kong) et les « tigres » (Indonésie, Malaisie, Thaïlande et Philippines) qui ont beaucoup profité de cette période pour sauver leurs économies. C’est durant cette période qu’on adopte le terme « miracle asiatique » pour décrire la région tout en tentant d’expliquer cette croissance économique rapide. Un des facteurs explicatifs est la stabilité macroéconomique de la région : « À partir des années 60, les pays asiatiques ont connu une importante stabilité macroéconomique sur les plans suivants : inflation stable, déficits budgétaires relativement faibles et évolution relativement stable du taux de change ». Ensuite, plusieurs facteurs centrés sur un nouveau modèle d’exportation, qui est en croissance rapide dans la région, contribuent à l’essor de ces pays. En effet, il y a une diversification dans les produits exportés qui permet de stabiliser les revenus dans le secteur ainsi qu’une sophistication technologique qui assure des produits de qualité. La Banque mondiale surligne certains facteurs ayant conduit à la croissance économique impressionnante de la région notamment dans l’investissement dans les secteurs privés ainsi que dans l’éducation. La Banque mondiale juge en 1993 les politiques asiatiques vertueuses, encourageant à l’épargne (crédit à la consommation, taux d’intérêts élevés pour éviter l’inflation, préservation de l’agriculturel’Indonésie réinvestit sa rente pétrolière dans la modernisation de son agriculture et se rapproche de l’autosuffisance alimentaire, effort de formation de la main d’œuvre) (88 % de la population coréenne passée par le cycle secondaire). L’État intervient et soutient l’économie, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports.

Dans les années 1990, ces économies prospères et en pleine croissance attirent les investissements étrangers. Sous la pression de l’OMC et du FMI, ces pays acceptent de déréglementer leurs marchés financiers, ce qui facilite les mouvements de capitaux, dans les deux sens, mais aussi le développement de la dette de ces pays.

Ainsi, entre 1993 à 1996, les dettes étrangères des quatre grandes économies de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) ont augmenté de 100 % de leur PIB à 167 % et ont même grimpé au-delà de 180 % de leur PIB au maximum de la crise. En Corée du Sud, le ratio est passé de 13 à 21 %, et est même monté jusqu'à 40 % du PIB. Seules la Thaïlande et la Corée du Sud ont évité une hausse des paiements d'intérêts sur la dette extérieure par rapport aux exportations.

La place et le rôle de la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) Le FMI (Fonds Monétaire International), créé en 1945 par les pays riches conformément aux recommandations de Bretton WoodsSciences humaines - Hors série n. 22 - septembre / octobre 1998, p. 8, a été mis en place afin de développer le commerce international entre les pays par la levée des mesures protectionnistes (droits de douane, quotas et autres barrières) et de prévoir et gérer des crises économiques notamment dans les pays en développement. Le fonds a donc dû jouer un rôle avant et après la crise asiatique de 1997. Le FMI avait mis en place, à la suite de la crise mexicaine, des stratégies afin de s’assurer de prévoir et éviter ces crises se centrant sur la SDDS (Special data dissemination standard). Il s’agit d’un programme qui a pour but d’aider les pays impliqués à diffuser leurs données financières en toute transparence. Ce programme, bien intentionné, a prouvé ses défauts à la suite des événements qui ont conduit à la crise de 1997. En effet, les pays les plus touchés par la crise (Thaïlande, Corée du Sud, l'Indonésie et la Malaisie) n’ont pas été très transparents dans leurs rapports sur leur niveau d’endettement. Malheureusement, cela a conduit le FMI et d’autres fondations, comme la Banque mondiale, à se tromper sur la situation réelle de ces nations. Par exemple, un rapport de la Banque mondiale (BM) estimait en 1993 que l’Asie du Sud Est était entrée à une croissance saine et forte (9 % sur les 10 dernières années), et notait qu’elle avait divisé par trois son taux de pauvreté en 30 ans (cas marquant de l’Indonésie).. La plupart de ces pays suivent en réalité des politiques budgétaires très raisonnables.

Cependant, jusqu'en 1999, l'Asie attire près de la moitié de tous les flux de capitaux vers les pays en voie de développement. Par conséquent, la crise financière asiatique diffère fondamentalement de crises typiques, en étant une crise du compte de capital et non une crise de la balance courante. Malheureusement, cette conception erronée a conduit le FMI à proposer des réponses inappropriées - qui ont aggravé la crise.

Dans une crise du compte de capital, la force motrice est composée des flux de capitaux. Les entrées massives de capitaux dépassant le déficit du compte courant, stimulent d'abord l'économie par l'expansion monétaire et du crédit, une reprise cyclique et la consommation domestique. Ceci augmente encore le déficit du compte courant. En outre, ces entrées de capitaux sont à court terme et en devises étrangères et par conséquent, l'Asie de l'Est est exposée à une double discordance sérieuse (en monnaie commune et un décalage en échéances). Par conséquent, les strictes mesures d'austérité macroéconomique ont déclenché une fuite massive de capitaux, des taux de change plongeant, l'effondrement de la demande intérieure et une spirale de faillites massive de banques et entreprises..

Le terme « miracle asiatique » augmente la popularité de l’Asie et des investisseurs étrangers, attirés par le potentiel des gains importants, commencent à placer des capitaux en masse dans des entreprises privées un peu partout dans la région de l’Asie du Sud-est. C’est avec ces capitaux sur le taux de change irréaliste. En effet, plusieurs pays de la région, aveuglés par les investissements, surévaluent leur monnaie en les rattachant au dollar américain. Cela signifie qu’on donnait la même valeur à un baht thaïlandais qu’à un dollar américain, même si cela ne faisait aucun sens du fait de la situation économique du pays. Des doutes commencent à se propager lorsqu’on « s’aperçoit que les crédits ont augmenté beaucoup plus vite que cela n’était économiquement justifié ; que les créances douteuses se sont accumulées et dangereusement multipliées ; que la qualité des portefeuilles de nombreuses institutions financières est très insuffisante ; et que le secteur financier, qui traverse une période de réforme longue et douloureuse, a besoin d’un apport massif de fonds publics ». C’est durant l’été 1997 que les investissements étrangers, si importants pour la Thaïlande, sont retirés rapidement et en masse. Face à la fuite des capitaux et aux ventes de bahts, les autorités tentent de défendre leur monnaie (23 milliards de dollars épuisés par la Banque centrale thaïlandaise), mais le cette dernière décide de laisser flotter sa monnaie. La défiance des spéculateurs se reporte alors sur les autres monnaies de la zone (peso philippin, ringgit malais, roupie indonésienne) et les capitaux fuient le continent.

Cette défiance est encore aggravée par les experts économiques internationaux. La plupart réclament que les mécanismes du marché jouent seuls, et qu’aucune institution n’intervienne pour juguler ou limiter les effets de la crise. C’est entre autres le cas de Milton Friedman, de la banque Morgan Stanley, l’administration Clinton considérant la crise comme « de menus écueils » et refusant à ces pays l’aide du Trésor américain, comme celle proposée au Mexique lors de la crise tequila en 1994.

La perte de confiance dans les monnaies asiatiques s'étend et entraîne la dépréciation de la roupie indonésienne, du ringgit malais et du peso philippin. À l'automne, la crise s’étend à la Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong. Cette perte de confiance rapide est accentuée par le rapprochement dans les mêmes produits financiers des valeurs de toute la région. La situation financière des banques et des entreprises locales, qui étaient fortement endettées à court terme en dollars et en yens, s'est rapidement détériorée.