Assur, ou Assour (en assyrien : Aššur), est un dieu de la Mésopotamie antique, la divinité tutélaire de la ville d'Assur, et de l'Assyrie.

Incarnation divine de la cité d'Assur et de l'Assyrie, il ne dispose pas de domaine de spécialité particulière contrairement aux autres divinités. Il est considéré comme le véritable maître de l'Assyrie, dont les souverains ne sont que les seconds et exécutants des volontés. Quand ce royaume s’affirme comme une puissance politique et militaire de premier plan dans la seconde moitié du , il devient une divinité impérialiste commandant aux souverains terrestres d'étendre son royaume et un dieu souverain suprême, en intégrant les traits du dieu Enlil. Quand l'Assyrie devient un empire dominant la majeure partie du Moyen-Orient aux , il prend les traits d'une divinité universelle, dont les autres divinités ne sont que des aspects. Il rentre alors en concurrence avec le dieu Marduk, incarnant le royaume rival de l'Assyrie, celui de Babylone, dont il reprend divers aspect de la théologie et du culte.

Bien que les rois assyriens font la guerre aux autres pays en son nom et considèrent que leur victoire amène la soumission des vaincus au dieu Assur, ils ne tentent pas de leur imposer son culte, qui reste au contraire pour l'essentiel cantonné à la cité d'Assur, dont il est indissociable et indéracinable. Son grand temple, qui est érigé sur le point le plus élevé de la ville, est à plusieurs reprises reconstruit et agrandi pour correspondre à l'élévation du statut du dieu et de l'Assyrie. Son culte renvoie à son aspect souverain et politique : toutes les provinces assyriennes doivent symboliquement contribuer à ses offrandes, les rois assyriens y sont couronnés et participent à divers rituels confirmant leur soumission aux volontés du dieu en même temps que leur légitimité à exercer le mandat qu'il leur a confié.

Le temple d'Assur est détruit en 614 par les troupes Mèdes lors de la chute de l'empire assyrien, acte qui a probablement constitué un point d'orgue de la fin de cet empire, en symbolisant le fait qu'il avait été abandonné par son dieu. Son culte reprend progressivement dans les siècles suivants, et connaît un renouveau à partir de la fin du quand Assur redevient une ville importante. La destruction de la ville par les Sassanides au début du de notre ère semble avoir sonné le glas de la ville et du culte du dieu qui se confondait avec elle.

Le nom Aššur et ses significations

Dans les textes assyriens, le terme Aššur peut faire aussi bien référence à une ville qu'à une divinité, qui partagent le même nom, le dieu étant la divinité principale de la ville, où se trouve son sanctuaire (situation qui rappelle celle d'Athéna à Athènes). Le nom du dieu apparaît autour de 2050 av. J.-C., celui de la cité environ deux siècles auparavant. Au , les deux noms et les notions qu'ils recouvrent sont liés de manière inextricable. Il est impossible de déterminer lequel précède l'autre : on ne sait pas si la ville a donné le nom au dieu qui l'incarne, ou l'inverse.

En écriture cunéiforme, il y a plusieurs moyens de rendre le nom du dieu,toujours précédé du déterminatif de la divinité DINGIR (noté dans les transcriptions ; 25px en graphie néo-assyrienne) : avec deux signes phonétiques aš-šur (25px19px20px) ou a-šur (par exemple 25px13px20px ou 25px13px18px35px), avec le logogramme (signe valant pour un mot) AŠ (un simple clou horizontal : 25px20px).

À partir de l'époque médio-assyrienne (), les textes assyriens désignent leur royaume, ou du moins son espace central (c'est-à-dire sous administration directe) comme le « pays d'Assur » (māt Aššur). Pour préciser s'ils font référence à la ville ou au dieu, les scribes assyriens peuvent employer dans l'écriture cunéiforme un type de signe appelé déterminatif qui indiquera soit s'il s'agit d'un lieu (signe KI), soit s'il s'agit d'un dieu (signe DINGIR). Dans la plupart des cas « pays d'Assur » est inscrit sans déterminatif, ce qui ne permet pas de trancher. Mais dans un certain nombre d'autres cas, l'expression est écrite avec le déterminatif de la divinité devant le mot Aššur, indiquant qu'on fait alors référence au « pays du dieu Assur » (māt Aššur). Dans d'autres cas, tardifs (sous les Sargonides), c'est le déterminatif du lieu qui est employé, l'expression faisant alors référence à la ville (māt Aššur). Dans d'autres cas encore, surtout également, les deux déterminatifs sont employés en même temps (māt Aššur).. Cela reflète des pratiques générales attestées dès les débuts de l'histoire assyrienne, impliquant dans certains car l'écriture du nom du dieu en y ajoutant le déterminatif du lieu et celui de la ville avec le déterminatif du dieu, renvoyant au fait que le dieu, la ville et le pays sont inséparables, au point de se confondre.

La personnification divine de l'Assyrie

Le dieu de la cité d'Assur

thumb|Localisation d'Assur et des principales villes assyriennes.

La confusion entre le nom du dieu et celui de la cité renvoie à la fonction principale de cette divinité : Assur est le dieu tutélaire de la ville d'Assur, qu'il personnifie, possède et protège avec ses habitants. Cela explique la raison pour laquelle il n'a pas de champ de compétence particulier ni de relation généalogique avec les autres grandes divinités mésopotamiennes. Par exemple selon les contextes il dispose d'une parèdre différente : Ninlil/Mullissu, ou bien Sheru'a (qui peut également être présentée comme sa fille), ou encore Ishtar ; sa contrepartie féminine Aššuritu(m) apparaît dans plusieurs textes d'époques diverses, mais il s'agit plutôt d'une autre manière de nommer Ishtar (qui reçoit l'épithète Aššuritu(m) quand il s'agit de son aspect vénéré dans son temple d'Assur), ou une des deux autres parèdres potentielles du dieu.

Selon W. Lambert, Assur pourrait être la divinisation de l'éperon rocheux sur lequel sont bâtis la ville d'Assur et son temple.. Il n'incarnerait donc pas à l'origine la cité à proprement parler mais une partie d'elle et son attribution se serait étendue au reste. Cette colline, nommé Abih dans des textes assyriens, est en tout cas liée de près au dieu qui y conserve son lieu de culte principal. Dans un sceau-cylindre de la période trouvé à Acemhöyuk en Anatolie, qui est identifié par une inscriptions comme celui du dieu, une figure identifiée comme symbolisant le dieu est un rocher disposant de quatre jambes, avec une tête de taureau. Un bas-relief de la même période mis au jour à Assur le représente comme un dieu-montagne sous forme humaine. Les sources paléo-assyriennes le présentent plus largement comme un dieu mystérieux et difficile à saisir, associé aux éléments naturels : il est lié au taureau dans l'art et par un des noms de son sanctuaire (« Taureau sauvage »), et une inscription du roi Ilushumma dit qu'il a fendu le mont Ebih pour en faire jaillir deux sources alimentant la cité en eau.

Il n'est pas possible de déterminer quand il est devenu la divinité principale des lieux, ou même quand son culte a démarré. Aucun bâtiment n'a été repéré à l'emplacement de son sanctuaire avant la fin du (la tradition assyrienne postérieure attribue la première construction au roi Ushpia). Le principal édifice de culte mis au jour pour ces époques est celui qui est par la suite dédié à la déesse Ishtar. Il est donc possible que ce soit une déesse qui exerce la fonction de divinité principale d'Assur à ces époques, avant d'être supplantée par le dieu éponyme. Il est également possible que le lieu de culte d'Assur ait déjà existé mais ne se soit pas déroulé dans des bâtiments, mais à ciel ouvert, ce qui expliquerait l'absence de constructions en dur.

Durant la période paléo-assyrienne (), alors qu'Assur est une cité sans importance politique notable, elle est animée par une communauté marchande dynamique connue par des lettres provenant de Kanesh (Kültepe) en Anatolie au , un des comptoirs où ils sont installés dans cette région riche en métal. Ces textes contiennent plusieurs informations sur l'importance du dieu Assur dans la vie des gens de la cité à cette période en tant que divinité tutélaire de celle-ci et de sa communauté, y compris quand elle réside à l'étranger. Elle se voit notamment par le fait qu'il est souvent simplement par le terme signifiant dieu (ilum). De nombreuses personnes ont un nom théophore comprenant le nom du dieu, et plusieurs lettres contiennent des injonctions de personnes résidant à Assur envers des marchands en déplacement loin de la cité pour qu'ils viennent honorer le dieu. Le temple d'Assur reçoit des offrandes des marchands, en remerciement de son appui dans leurs entreprises, qui enrichissent son trésor (qui semble gardé dans l'« hôtel de ville », centre des institutions urbaines, plutôt que dans son temple) et il investit une partie de ses ressources dans le commerce. Des prêtres du dieu financent par ailleurs des expéditions commerciales. Les hommes d'Assur prêtent serment par les armes du dieu (patrum, šugariā'um) qui sont dans son temple (alors que les femmes prêtaient serment par la déesse Ishtar). Dans les comptoirs d'Anatolie, des emblèmes du dieu sont présents pour les serments, dans des sortes de chapelles consacrées au dieu. Certaines familles consacrent une de leurs filles au dieu (gubabtum), qui ne se marient pas et vivent de manière indépendante. Leur rôle religieux n'est pas clair : on sait seulement qu'elles adressent des prières au dieu, si on les assimile aux naditum qui ont un statut semblable dans la Babylonie de la même période elles ne participent pas au culte. Des femmes spécialisées dans la divination sont également chargées d'interpréter des oracles envoyés par le dieu.

Par la suite, quand l'Assyrie prend un essor territorial considérable et que le dieu Assur prend une stature de plus en plus importante, il reste étroitement lié à sa ville d'origine : il n'aura qu'un seul grand sanctuaire, celui qui s'y trouve, où se déroulent des rituels d'une importance capitale dans la vie du royaume. Tout se passe comme si le dieu ne pouvait jamais être déconnecté de sa ville éponyme et son culte implanté ailleurs. De fait, même si elle perd progressivement le statut de capitale politique du royaume, la ville d'Assur conserve un rôle religieux et cultuel incontournable dans l'empire, au point qu'on a pu y voir une sorte de « Vatican assyrien ».

Le roi de l'Assyrie

Dès les premiers temps de la cité-état d'Assur, dans les premiers siècles du , Assur est présenté comme le véritable « roi » (šarrum) de la ville, le souverain humain n'étant qu'un prince (rubūm), ou, plus révélateur, le « d'Assur » (iššiak Aššur). Les sceaux des rois paléo-assyriens Silulu et Erishum présentent une formule résumant cette situation : Elle est reprise plus tard dans un hymne de couronnement daté de l'époque médio-assyrienne, puis dans celui daté du règne d'Assurbanipal M. Liverani, « Thoughts on the Assyrian Empire and Assyrian Kingship », dans .. De fait et de façon significative, le rituel de couronnement des rois assyriens se déroule dans le sanctuaire d'Assur, voyant ceux-ci recevoir les insignes du pouvoir et donc son mandat divin pour diriger l'Assyrie au nom du dieu Assur. Dans ce même texte, le roi est également présenté comme investi de la fonction de prêtrise (šangutu) du dieu S. Jakob, « Economy, Society, and Daily Life in the Middle Assyrian Period », dans .. Il en résulte le fait que le culte du dieu passe forcément par l'intermédiaire de son représentant terrestre : des rites du temple d'Assur se tiennent en sa présence, et les prières adressées au dieu sont pour la plupart faites au nom d'un souverain assyrien et rarement en celui d'une autre personne, situation la plus habituelle pour les autres divinités.

Une prière prononcée par un prêtre lors d'un rite de couronnement connu par une tablette datée du règne de (1114-1076) développe la théologie du pouvoir assyrienne :