Brême ( ) – ou en forme longue Municipalité de Brême () – est une ville hanséatique de , située au nord-ouest de l'Allemagne, autrefois membre de la Ligue hanséatique. Brême constitue l'une des deux villes enclavées dans le Land de Basse-Saxe, avec celle de Bremerhaven. Elle est la capitale du Land de Brême (Freie Hansestadt Bremen) ou « cité hanséatique libre de Brême ». En 2005, on estimait la population de l'aire métropolitaine de Brême à .
Géographie C'est une ville portuaire située le long du fleuve Weser, à environ au sud de son estuaire en mer du Nord.
Histoire
Préhistoire Des enquêtes archéologiques récentes à Brême, notamment sur le site mésolithique de Lehe, ont révélé environ 5 000 artefacts en silex, 13 foyers et des ateliers de taille attestant une occupation humaine saisonnière datée d’environ 9 000 à 8 000 avant J.-C., soit au début du Mésolithique. Des témoignages plus anciens évoquent également la présence d’artefacts lithiques préhistoriques dans le nord-est de la Basse-Saxe, ce qui suggère une continuité des occupations humaines sur le plateau géologique (geest) de Brême durant le Paléolithique supérieur et final. Les données relatives au Néolithique sont plus lacunaires dans la région, ce qui reflète le déficit de recherche dans les basses terres de Basse-Saxe.
Antiquité Sur le plan historique, le territoire de Brême au se trouve en région de peuplement germanique, dans une zone qui n’a jamais été romanisée. Il est notamment habité par les Chauques (Chauci), peuple germanique établi entre l’Ems et l’Elbe, dont la présence est attestée dès la fin du , depuis Tacite jusqu’à la période des campagnes de Germanicus.
En , le géographe Claude Ptolémée mentionne la colonie de Fabiranum à l'endroit où Brême allait plus tard s'élever. Les sources mentionnent également que les Chauques étaient en contact militaire et politique avec Rome et qu’ils ont été absorbés progressivement dans le groupe plus large des Saxons dès le .
Moyen Âge
Haut Moyen Âge
Période carolingienne La région de Brême fut intégrée à l’Empire carolingien lors des guerres saxonnes menées par Charlemagne entre 772 et 804. Cette conquête visait à soumettre les tribus saxonnes païennes et à les convertir de force au christianisme, ce qui marqua le début d’une présence politique franque durable dans la région. Dès 782, le nom de Bremen est mentionné pour la première fois dans la Vita Willehadi. En 787, Charlemagne érigea Brême en évêché et nomma l’anglo-saxon Willehad comme premier évêque, bien que l’acte de fondation soit parfois considéré comme un faux postérieur. Après la mort de Willehad en 789, le siège resta vacant jusqu'à ce qu’il soit uni à l’archevêché de Hambourg en 848, donnant naissance à l’archevêché de Hambourg-Brême.
Dans la seconde moitié du , Brême bénéficia d’une extension de ses privilèges commerciaux : l’archevêque Rimbert obtint en 888 de la part du roi Arnulf de Carinthie les droits de marché, de frappe monétaire et de péage pour la ville.
En 859, des raids vikings conduits par le chef danois Rorik frappèrent la région. Plus tard, en 915, Brême fut attaquée et incendiée par des troupes hongroises (Magyars) après leur victoire sur une armée saxonne à Eresburg. Ces attaques témoignent de la position exposée de la ville dans un nord de l’Empire encore vulnérable.
À partir du , Brême consolide son rôle de centre religieux et intellectuel. Le chanoine Adam de Brême y rédige vers 1070 la Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum, chronique majeure retraçant l’histoire de l’archevêché et décrivant les peuples du Nord, y compris les premières mentions géographiques du Vinland. Parallèlement, la cathédrale Saint-Pierre fait l’objet de campagnes de reconstruction en style roman.
La ville, encore sous contrôle de l’archevêque, développe aussi ses fonctions économiques : des privilèges commerciaux sont attestés dès 965 et étendus par la suite. Brême devient alors un relais dans les échanges avec la Scandinavie et les îles britanniques, bénéficiant de l’action missionnaire de son clergé, à la suite d'Anschaire de Brême, vers l’Islande et le Groenland.
Au , l’expansion urbaine s’accompagne d’une transformation du paysage environnant : sous l’impulsion des archevêques, de vastes zones marécageuses sont drainées grâce à la construction de digues le long de la Weser et de ses affluents. La colonisation agricole est également encouragée par l’installation de colons venus des Pays-Bas (:de:Hollerkolonisation) dès 1106, notamment dans la basse Weser.
Au , la puissance des évêques de Brême est concurrencée par celle d’Henri le Lion, duc de Saxe, qui cherche à étendre son autorité régionale en s’opposant à l’Église temporelle. Sa stratégie d’expansion territoriale l’amène à exercer un rôle de suzerain de facto sur la région du duché de Saxe, affaiblissant progressivement le contrôle épiscopal et favorisant l’essor d’un gouvernement civil dominé par les marchands et la bourgeoisie.
Conséquence directe de cette évolution, Brême se transforme en ville marchande indépendante, développant dès le une activité commerciale active sur la mer du Nord, avec des relations établies vers l’Angleterre et les Flandres, dans la lignée d’un commerce urbain déjà ancien.
En 1186, l’empereur Frédéric Barberousse accorde à Brême le , confirmant ses droits municipaux, son autonomie judiciaire et fiscale, ainsi qu’une protection impériale contre toute emprise seigneuriale ou ecclésiastique. Ce privilège marque une étape décisive vers l’émancipation de la ville, prélude à son futur statut de ville libre.
Période hanséatique
Brême devient membre de la Ligue hanséatique pour la première fois en 1260, profitant de réseaux de commerce florissants dans la mer du Nord et l’Europe du Nord. Toutefois, la ville entretient une relation complexe avec la Ligue : ses marchands nouent souvent des alliances politiques et économiques indépendantes, notamment avec les chefs frisons de la Weser, ce qui s’inscrit dans une posture ambivalente à l’égard du consensus hanséatique.
Affaiblie par la () et confrontée à un boycott de la Hanse contre la Flandre, Brême est exclue ou en situation de quasi-exclusion en 1358. Ses représentants, Bernhard von Dettenhusen et Heinrich Doneldey, se rendent alors à Lübeck pour solliciter la réintégration : ils acceptent de soutenir les mesures hanséatiques (boycott, lutte anti‑piraterie), ce qui permet à la cité de retrouver pleinement son statut à partir de 1359 .
Durant cette période, Brême poursuit son affirmation architecturale et institutionnelle. Un Roland monumental en grès, réalisé en 1404, symbolise l’émancipation de Brême vis-à-vis du pouvoir épiscopal. En 1409, la construction du nouvel Hôtel de Ville gothique est achevée, soulignant le prestige urbain.
Malgré sa réintégration, Brême reste une cité difficile à intégrer pleinement : en 1425, des troubles internes conduisent à la dégradation symbolique des liens avec la Ligue (des documents hanséatiques brûlés sur la place du marché), entraînant son expulsion en 1427 . Ce conflit illustre les tensions entre les intérêts locaux et la cohésion du réseau hanséatique.
Brême traverse alors une période de troubles politiques majeurs. Des années de violences internes s’enchaînent, avec, selon la chronique municipale, un meurtre de bourgmestre suivi d’une mise au ban impérial qui perdure jusqu’en 1438, date à partir de laquelle la ville retrouve son statut d’ensemble.
La réaffirmation progressive de l’autorité municipale et sa réintégration dans la Hanse en 1441 s’accompagnent d’un renforcement des institutions : les statuts de 1451 organisent la corporation des marchands (Elterleute), marquant le début de la régulation économique structurée, tandis que les patriciens (marchands, propriétaires, plus tard les juristes) consolident leur influence au sein du conseil municipal.
Face aux menaces extérieures, notamment des seigneurs locaux, la ville renforce ses défenses et retarde en partie l’effondrement, ce qui lui permet de traverser les décennies difficiles précédant la Réforme. Dès le tournant du , les tensions religieuses montent, jetant les bases des bouleversements qui s’annoncent.
Temps modernes
Principauté archiépiscopale de Brême Au Moyen Âge, il convient de distinguer la ville de Brême de la principauté archiépiscopale de Brême (Erzstift Bremen). La principauté, État ecclésiastique du Saint-Empire dirigé par l’archevêque en tant que prince-évêque, s’étendait du à 1648 sur un territoire situé majoritairement au nord de la ville. La ville elle-même, après s’être progressivement affranchie de la tutelle épiscopale au cours des , obtint un statut de ville libre d’Empire (Freie Reichsstadt), relevant directement de l’empereur et dotée d’un gouvernement municipal autonome. Cette situation créa un enclavement politique : la ville formait une entité indépendante, enclavée dans le territoire de l’archevêché, avec lequel elle entretenait des rapports souvent conflictuels.
La première prédication réformée à Brême eut lieu dès novembre 1522, lorsqu’un moine augustin originaire des Pays‑Bas, Heinrich von Zütphen, s’exprima dans une chapelle de l’église Saint‑Anschaire. Cette initiative provoqua une vive réaction du chapitre cathédral, mais le conseil municipal soutint Zütphen et refusa de le livrer à l’archevêque, marquant une intervention politique notable dans les affaires religieuses.
À partir de 1524, des prédicateurs évangéliques sont officiellement appelés dans les paroisses, et en 1525, les messes catholiques sont interdites dans la ville. Les interdictions s’étendent aux paroisses rurales en 1527, puis aux couvents en 1528, entraînant la transformation du couvent Saint-Catherine en école latine et celui des Franciscains en hôpital.
En , des tensions éclatent à Brême autour de l’appropriation par l’ordre Teutonique et certaines élites ecclésiastiques des terres communes de la Bürgerweide. Le conflit, connu sous le nom de la révolte des 104 hommes, dégénère en avec l’assassinat du commandeur Rolf von Bardewisch par des citoyens insurgés. En , la pression populaire contraint le conseil municipal à reconnaître un comité de 104 représentants élus (26 par paroisse) chargé de participer aux décisions politiques.
Cependant, l’élan s’essouffle rapidement et le conseil reprend le pouvoir en septembre 1532, annulant les décisions des « 104 » et adoptant en la Neue Eintracht (Nouvelle Concorde), qui réaffirme la primauté du conseil tout en prévoyant un droit de convocation d’assemblées citoyennes. Le chapitre cathédral suspend l’accès à la cathédrale (fermée pendant 15 ans), ce qui donne lieu à la mise en place, en 1534, d’une Kirchenordnung approuvée par Luther. Cette ordonnance est en grande partie reflétée dans la « Neue Eintracht » de 1534, réaffirmant l’ordre municipal tout en instituant un mécanisme formel (convents de citoyens) permettant à la communauté de participer aux décisions publiques.
Enfin, la transition confessionnelle se poursuit jusqu’à aboutir à une église majoritairement réformée dès 1581, instillée par le superintendant Christoph Pezel, gendre de Philippe Melanchthon. Une nouvelle Kirchenordnung (Consensus Bremensis) fut alors introduite, et vers 1600, le catéchisme de Heidelberg fut adopté par les paroisses urbaines.
Au cours de l’époque moderne, Brême consolide son statut de ville libre impériale en défendant avec succès son autonomie lors de la guerre de Trente Ans (1618–1648), notamment face à l’occupation suédoise : malgré les pressions, elle conserve son statut impérial et refuse une médiatisation à la Suède.