La critique de l'islam est une approche de l'islam animée par l'esprit critique s'intégrant dans le cadre de la critique de la religion. En effet, l'islam est souvent soumis à la critique de la raison et de la méthode scientifique. Cette approche critique prend son origine dans différentes disciplines d'ordre scientifique, théologique, historiographique, éthique, politique, qui analysent ses contenus d'un point de vue neutre et objectif. En ce sens, les résultats d'une analyse critique sont en principe exempts de jugements de valeur.

La critique d'une religion peut aussi être d'ordre social, en ce sens qu'elle provient de la société, que celle-ci soit musulmane ou non. Cette critique peut être menée sous un angle séculier (ce qui ne se limite pas à l'athéisme), sous l'angle d'une autre religion, doctrine, ou confession qui relève de la même religion. La critique peut être active et prendre la forme d'une protestation individuelle ou collective contre tel ou tel aspect de la religion. Elle peut aussi utiliser l'humour.

Différentes perceptions de l'islam Monde médiéval de culture musulmane

L'islam en tant que croyance religieuse partage bien des caractéristiques avec les autres religions et philosophies religieuses. Les croyances, mythologies, religions polythéistes et monothéistes ont toujours eu leurs détracteurs ou critiques et cela dès l'Antiquité.

Comme leurs homologues monothéistes, les critiques médiévaux musulmans ont longuement réfléchi et travaillé à réconcilier raison, découvertes et tradition islamique. Pendant les premières années du règne califal, la loi islamique (dénommée Charia) a permis aux citoyens d'exprimer librement leurs opinions, leurs critiques et leurs mécontentements contre l'islam ou l'autorité religieuse active, dans la mesure où certains considèrent que l'autorité religieuse se différencie clairement du vrai contenu de l'islam. Malgré l'assassinat de deux des plus grands libres-penseurs dans le monde musulman, Mansur al-Hallaj et Sohrawardi, qui n'est pas non plus à éloigner des relations conflictuelles avec les savants littéralistes logiquement plus rigoureux de leur temps, il y a eu de nombreux cas de grands penseurs ou d'hommes renommés en toutes sciences qui, sans la moindre oppression ni violence, ont émis des critiques virulentes contre l'islam, le Coran et le dogme en particulier.

De nombreux penseurs (philosophes, mathématiciens, astronomes…) arabes ou persans ont exprimé des critiques plus ou moins vives à l'encontre de leur religion et de ses rites. On citera ici à titre d'exemple : Le poète Aboû Nouwâs (747-815) « J'ai quitté les filles pour les garçons et pour le vin vieux, j'ai laissé l'eau claire. » « Loin du droit chemin, j’ai pris sans façon / celui du péché, car je le préfère. » « Je désire un éphèbe [dont il soit] licite [de jouir] (ġulāman ḥalālan) » Le physicien Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi (865-925) « Si l'on demande aux gens de cette religion la preuve du bien-fondé de leur religion, ils s'enflamment, se mettent en colère et font couler le sang de quiconque les confronte à cette question. Ils interdisent la spéculation rationnelle et s'efforcent de tuer leurs adversaires, ceux qui se posent des questions les confrontent. Voila pourquoi la vérité a été tue et dissimulée. » « Vous annoncez que le plus pertinent des miracles est là sous nos yeux, à savoir le Coran. Vous dites : 'Quiconque nie ce livre, qu'il en produise un semblable'. En fait, nous en produirons mille semblables, tirés des œuvres de rhéteur, d'orateurs éloquents et de poètes valeureux, qui sont formulés de manière plus appropriée et exposent les choses de manière plus succincte. Ils transmettent mieux le sens et leur prose rimée offre un meilleur mètre. (…) Par Dieu, ce que vous dites nous étonne ! Vous parlez d'un ouvrage qui raconte des mythes anciens et qui, en même temps, est plein de contradictions et ne contient aucune information ou explication utile. Puis vous dites : 'Produisez-en un tel pareil' ? "Produisez quelque chose comme ça". » Le poète Abu-l-Ala al-Maari (973-1057) « Le Coran, la Torah, les Évangiles… à chaque génération ses mensonges » « Réveillez-vous, réveillez-vous, ô égarés ! Vos religions [Coran, Torah, Évangile] sont subterfuges des Anciens. » « Ils récitent leurs livres sacrés, bien que les preuves accablantes m'ont prouvé que cela n'était que de la fantaisie du premier au dernier (verset/livre). Ô Raison, toi seule parle le langage de la vérité. Puissent périr les idiots qui ont écrit les livres de même que ceux qui les ont interprétés. » Le mathématicien, astronome et poète Omar Khayyam (1038-1124) « Referme ton Coran. Pense et regarde librement le ciel et la terre »

Monde médiéval de culture judéo-chrétienne Les premières critiques contre l'islam sont le fait de païens arabes et de Juifs habitant le sud de l'Arabie, en particulier les tribus juives de Médine qui accusaient Mahomet d'avoir mal cité leurs propres textes sacrés. À cela, les musulmans répondent que le Coran, en tant que révélation divine, corrige les textes juifs et chrétiens, et que toute différence entre les deux doit donc être comprise comme la preuve d'une altération des textes antérieurs.

Les plus anciennes analyses connues à ce jour provenant de textes non islamiques se trouvent dans les écrits des religions monothéistes du Moyen Âge, tels ceux de Jean Damascène, ou venant de chrétiens originaires de régions comme la Syrie qui tombèrent sous la domination des premiers califes. La principale critique écrite vient de Jean Damascène : La source de la connaissance contient trois parties, dont la seconde, « Des Hérésies » (De Haeresibus)), traite de l'islam dans le chapitre 101, « Hérésie des Ismaélites ». Le Coran et le Hadîth étaient suffisamment familiers à Jean Damascène pour qu'il les cite en arabe.

En Europe occidentale, une traduction en latin du Coran, la Lex Mahumet pseudoprophete (« Loi du pseudo-prophète Mahomet ») a été réalisée en 1142 par commande de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui rédigera ensuite des traités pour réfuter les doctrines musulmanes.

Du « Grand Siècle » au monde moderne Des jugements de valeur négatifs sur l'islam en France par différents auteurs Michel de Montaigne (1533-1592) « Quand Mahomet promet aux siens un paradis tapissé, paré d'or et de pierreries, peuplé de garces d'excellente beauté, de vins et de vivres singuliers, leur sens et entendement sont entièrement étouffés en leur passion »Essais, incertain

Blaise Pascal (1623-1662 scientifique et philosophe français) dans les Pensées : « La religion Mahométane a pour fondement l’Alcoran et Mahomet. Mais ce Prophète qui devait être la dernière attente du monde a-t-il été prédit ? Et quelle marque a-t-il que n’ait aussi tout homme qui se voudra dire Prophète ? Quels miracles dit-il lui-même avoir faits ? Quel mystère a-t-il enseigné selon sa tradition même ? Quelle morale, et quelle félicité ? »

Bossuet (1627-1704), écrivain, précepteur de Louis XIV, évêque de Meaux dans le Panégyrique de Saint Pierre Nolasque (1665) :

« […] cette religion monstrueuse, qui se dément elle-même, a pour toute raison son ignorance, pour toute persuasion sa violence et sa tyrannie, pour tout miracle ses armes, armes redoutables et victorieuses, qui font trembler tout le monde, et rétablissent par force l'empire de Satan dans tout l'univers. »Jacques Bénigne Bossuet, Panégyrique de saint Pierre Nolasque, Prêché le 31 janvier 1665, dans l'église des Pères de la Merci, à Paris.

Montesquieu ; ~1689-1755, philosophe et écrivain français :

« C’est un malheur pour la nature humaine, lorsque la religion est donnée par un conquérant. La religion mahométane, qui ne parle que de glaive, agit encore sur les hommes avec cet esprit destructeur qui l’a fondée. » (De l’Esprit des lois, livre XXIV, chapitre 4). « La religion des Guèbres rendit autrefois le royaume de Perse florissant ; elle corrigea les mauvais effets du despotisme : la religion mahométane détruit aujourd’hui ce même empire. »

Voltaire, 1694-1778, écrivain et philosophe français : Le personnage de Mahomet a fortement intéressé Voltaire qui lui a consacré une pièce de théâtre Le Fanatisme ou Mahomet et suggéré de nombreux commentaires. Voltaire considère Mahomet comme un imposteur, un faux prophète, un fanatique et un hypocrite dans son œuvre Le Fanatisme, qui ne vise pas uniquement le fanatisme musulman mais aussi, indirectement, le fanatisme chrétien de son époque. Il développa de féroces commentaires dans le Dictionnaire philosophique. Dans son Essai sur les Mœurs, il évoquera toutefois le grand homme qui a changé la face d’une partie du monde, « Remarque pour servir de supplément à l'Essais sur les Mœurs » (1763), dans Œuvres complètes de Voltaire, Voltaire, éd. Moland, 1875, t. 24, chap. 9-De Mahomet, .

Nicolas de Condorcet (1743-1794) : « La religion de Mahomet, la plus simple dans ses dogmes, la moins absurde dans ses pratiques, la plus tolérante dans ses principes, semble condamner à un esclavage éternel, à une incurable stupidité, toute cette vaste portion de la Terre où elle a étendu son empire »Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, sixième époque.

Chateaubriand (1768-1848, écrivain et homme politique français) : « Je dois remarquer que j’ai été le seul, avec Benjamin Constant, à signaler l’imprévoyance des gouvernements chrétiens : un peuple dont l’ordre social est fondé sur l’esclavage et la polygamie est un peuple qu’il faut renvoyer aux steppes des Mongols. » (Mémoires, XXIX, 12). « Tous les éléments de la morale et de la société politique sont au fond du christianisme, tous les germes de la destruction sociale sont dans la religion de Mahomet. » (Mémoires d’Outre-tombe, 1828).

Alfred de Vigny (1797-1863, écrivain français) :

« Croyez en Dieu et en son prophète qui ne sait ni lire ni écrire (dans le Coran). » (Journal d’un poète, été-automne 1829). « Si l’on préfère la vie à la mort on doit préférer la civilisation à la barbarie. L’islamisme est le culte le plus immobile et le plus obstiné, il faut bien que les peuples qui le professent périssent s’ils ne changent de culte. » (Journal d’un poète, année 1831).

Alexis de Tocqueville (1805-1859) « Mahomet a fait descendre du ciel, et a placé dans le Coran, non seulement des doctrines religieuses, mais des maximes politiques, des lois civiles et criminelles (i.e. traitant du domaine pénal), des théories scientifiques. L'Évangile ne parle, au contraire, que des rapports généraux des hommes avec Dieu et entre eux. Hors de là, il n'enseigne rien et n'oblige à rien croire. Cela seul, entre mille autres raisons, suffit pour montrer que la première de ces deux religions ne saurait dominer longtemps dans des temps de Lumières et de démocratie, tandis que la seconde est destinée à régner dans ces siècles comme dans tous les autres »De la démocratie en Amérique, chapitre V.

« J'ai beaucoup étudié le Coran à cause surtout de notre position vis-à-vis des populations musulmanes en Algérie et dans tout l'Orient. Je vous avoue que je suis sorti de cette étude avec la conviction qu'il y avait eu dans le monde, à tout prendre, peu de religions aussi funestes aux hommes que celle de Mahomet. Elle est, à mon sens, la principale cause de la décadence aujourd'hui si visible du monde musulman et quoique moins absurde que le polythéisme antique, ses tendances sociales et politiques étant, à mon avis, infiniment plus à redouter, je la regarde relativement au paganisme lui-même comme une décadence plutôt que comme un progrès »Œuvres, papiers et correspondances, 22 octobre 1843.