vignette|Maures pillants un village nègre, planche de René Geoffroy de Villeneuve (1767-1831). Une razzia est une attaque rapide de type pillage en territoire ennemi ou neutre dans le but de prendre du butinLarousse illustré, 2007.
Dénominations et étymologie Le mot « razzia » provient de l'arabe ghazwa (), qui désigne à l'origine un type d'incursion guerrière bédouine visant le vol de chameaux. Le terme arabe, associé à l'idée de rééquilibrage des ressources, jouit d'une connotation plutôt positive. Son sens s'élargit peu à peu à tout acte de combat de petite envergure visant les possessions ou les bêtes de groupes ennemis, et donne des dérivés tels que ghâzi, qui désigne un mercenaire guerroyant au nom de sa foi islamique. La ghazwa, en ce qu'elle relève du maintien de l'ordre social et environnemental, est alors encadrée par des règles et entraîne peu d'effusions de sang, les combattants ennemis étant souvent laissés en vie.
Le terme français « razzia », dont les premières occurrences écrites remontent à 1840 ou 1841, est emprunté à la variante ghaziya dans le contexte de la colonisation française de l'Algérie : initialement décrite comme une pratique locale, la razzia est récupérée par les chefs militaires français, qui désignent sous ce nom leurs propres expéditions sanglantes contre les populations algériennes. Dès lors, contrairement à sa racine arabe, le mot français véhicule une connotation péjorative, étant associé aux notions de destruction et de mise à sac. Des multiples emprunts similaires attestés au , seuls « razzia » et son dérivé verbal « razzier » subsistent en français contemporain.
Anthropologie La pratique de la razzia, très ancienne, a existé partout dans le monde et il en existe de nombreuses preuves archéologiques, épigraphiques et génétiques.
Les razzias historiques consistent souvent en un pillage des biens, et sont parfois accompagnées de massacres sur les hommes, des viols ou asservissements de femmes et des enlèvements d'enfants. Certaines victimes devenaient des esclaves sexuels, les plus âgées et les enfants, des serviteurs. Cette forme de prédation n'est pas spécifique au genre humain : elle existe aussi dans la nature, par exemple chez les fourmis « légionnaires » Eciton burchellii ou « amazones » Polyergus rufescens, qui se lancent régulièrement dans des razzias contre d'autres espèces de fourmis comme les Atta ou les Rufibarbes pour ramener des nutriments et des larves destinées à l'esclavage...
L'esclavage résultant des razzias pouvait prendre fin par affranchissement, dans des cas où la personne asservie adoptait la culture de la société qui la détenait.
Exemples historiques de razzias Des razzias étaient pratiquées depuis l'antiquité, notamment en Afrique comme en Europe du Nord, pour alimenter la le marché aux esclaves en Grèce, à Carthage et dans l'Empire romain, puis la traite orientale et enfin la traite occidentale ; ainsi, les Garamantes et les Gétules sahariens effectuaient des razzias sur les territoires subsahariens, au moyen de chars attelés à quatre chevaux, et vendaient leurs captifs dans les territoires impériaux des provinces africaines de l'empire romain ; Les Romains effectuaient des razzias régulières sur les peuples insoumis à l'empire romain, poursuivis par les Romains d'orient sur les Sklavinies ; Les Illyriens effectuaient en Italie et en Grèce (notamment la prospère grande Grèce) des razzias pour lesquelles ils utilisaient des libournes, navires rapides transportant une cinquantaine d'hommes. Leurs razzias provoquèrent des guerres acharnées. Certains auteurs romains prétendirent que la piraterie illyrienne en Adriatique aurait été voulue par Julien, empereur ayant des ascendants illyriens ; Les Celtes (peuples celtiques) pratiquaient des razzias entre eux, mais aussi au loin comme la « Grande Expédition » vers l'Italie, les Balkans et l'Anatolie. Dans occident celtique, elles l'étaient notamment en Irlande (voir le mythe Táin Bó Cúailnge) ; Les Germains (peuples germaniques) ont effectué des razzias notamment sur les Gréco-Romains, comme la « Guerre des Cimbres » de l'actuel Danemark vers l'Hispanie, la Gaule et la Méditerranée. Parmi les Germains, les Vandales s'étant emparés de la flotte romaine à Carthage, s'en servirent pour razzier, puis annexer, les grandes îles de Méditerranée occidentale ; toujours parmi les Germaniques, les Angles et les Saxons razzièrent à maintes reprises la Grande-Bretagne avant de s'en emparer, ce qui est le phénomène fondateur de la civilisation anglo-saxonne ; Parmi les Scandinaves, les « Vikings » (qui ne sont pas un peuple mais des marins pillards et marchands associés) et les « Varègues » (qui sont des colonisateurs) se livraient principalement à la razzia ; Tant que les Slaves restaient fidèles à leur religion polythéiste, ils furent soumis aux razzias des États chrétiens (principalement les royaumes germaniques et les thalassocraties italiques de Gênes et Venise) envers ceux qu'ils considéraient païens pour être vendus comme esclaves : le mot « esclave » provient d'ailleurs du vénitien sclavo, esclavo (en latin médiéval sclavus)Alberto Manco, « On the toponym Schiava ‘slave' », in : Indogermanische Forschungen n° 113, 2008.; Après avoir d'abord razzié l'empire des Carolingiens, les Magyars, vaincus au Lechfeld, se tournèrent vers l'Est : en Galicie, sur le plateau transylvain, le long des Carpates, du bas-Danube et de la Mer Noire, ils capturèrent des Slaves, des Valaques, des proto-Bulgares et des Grecs vendus aux marchands vénitiens dans les ports adriatiques ; Les guerres de la péninsule ibérique durant les cinq siècles (entre 711 et 1492) de la Reconquista ont donné lieu à des razzias, non pas tant des ibéro-musulmans sur les ibéro-chrétiens ou inversement, que des armées en maraude contre les cultivateurs civils ou les petites bourgades, toutes religions confondues. ; Les croisades ont aussi été l'occasion de multiples razzias des combattants affamés sur les populations civiles, non seulement durant les conquêtes chrétienes ou les reconquêtes musulmanes, mais aussi sur les parcours, en Occitanie, en Italie, dans les Balkans, en Anatolie et en Syrie, d'autant que la notion d'« incroyant » pouvait alors être facilement élargie non seulement aux fidèles d'une autre religion, mais aussi aux coreligionnaires d'une autre obédience que celle des assaillants ; Plus tard, les populations chrétiennes d'Anatolie, de Grèce, des Balkans et d'Europe orientale ont été l'objet des razzias des Ottomans et de leurs alliés akindjis, criméens ou circassiens ; Dans l'Europe chrétienne, du Moyen-Âge jusqu'au , les razzias épisodiques dirigées spécifiquement contre les juifs sont nommées pogroms, terme signifiant « destruction, émeute » ou « démolition violente » et intègrant une motivation de xénophobie et de racisme. ; Les colonisateurs tant orientaux qu'européens razzièrent massivement les peuples indigènes notamment amérindiens et africains (pour la plupart bantous). Tant que ceux-ci restaient fidèles à leurs religions polythéistes d'origine ils étaient, pour les monothéistes, de méprisables « païens », des « incroyants », des « cafres », razziables et corvéables : « cafre » vient du mot kāfr soit « mécréant, incroyant, païen, infidèle » désignant les adeptes d'une croyance autre que le judaïsme, le christianisme ou l'islamArticle « Cafre » CAFRE, CAFFRE du Trésor de la Langue Française informatisé. ; En Méditerranée, en Afrique du Nord antique : Les Égyptiens anciens effectuaient des razzias sur les Libyens, dans les territoires orientaux de la Libye antique et la partie occidentale du NilLes Relations des Libyco-Berbères avec l'ancienne Égypte: le rôle des Tehenu dans l'histoire de l'Égypte. El-Mosallamy, A.H.S. Libya antiqua, , 1986. Des captifs et du bétail étaient récupérés par les Égyptiens. Ces razzias se seraient répétées périodiquement pendant deux millénaires ; Les Libyens anciens orientaux, considérés comme l'un des peuples de la mer et ennemis de l'Égypte, entre autres les Libou, Tehenou, Temehou ou Mâchouach (Mâ), razzièrent les Égyptiens dans en Égypte occidentale et tentèrent régulièrement de s'introduire dans le delta du Nil. En réponse, le royaume égyptien effectuait des répressions et captures d'esclaves bien représentées dans les fresques de l'art égyptien ; Les Libyens anciens et leurs descendants berbères sur les Subsahariens, qu'ils appelaient « Ignawen » (les « Noirs » ou « Soudanais »), et dont les descendants sont aujourd'hui représentés par les Haratin au Maghreb-Extrême et au Maghreb central et les Chouachin au Proche-Maghreb ; Au Maghreb les Numides et les autochtones montagnards de l'Aurès (ancêtres des Chaouis), guidés par leurs chefs, avaient effectué des razzias contre l'exarchat de Carthage, pillant et détruisant les villes de Lambèse, Diana Veteranorum, Thamugadi et Bagai ; Les colons européens ont effectué des razzias dans des villages indigènes : Jimena Paz Obregón Iturra décrit les razzias espagnoles dans les « colonies indiennes », dans le but de s'emparer de terres, d'or, de salines et des humains qualifiés de « pièces » ; les proies ainsi capturées n'étaient pas seulement des hommes, comme sur les champs de bataille, mais aussi des femmes et des enfants. Les premières razzias espagnoles ont eu pour cibles les Guanches autochtones des îles CanariesYves Jacob. La Canarienne - Le crépuscule des Guanches. qui furent presque tous exterminés, et les Rifains. Ces razzias ont contribué à la prise de Penon de Velez, et la prise de Melilla. Le butin provenant des razzias espagnoles était écoulé par les Mizrahites, maîtres du commerce de la région, y compris celui des esclaves entre les Chrétiens et les Musulmans.. En Afrique du Nord, les razzias espagnoles ont fini par déclencher des représailles, siècles jalonnés par des expéditions punitives arabes (1569-1571, 1586-1618), et par favoriser un fort mouvement maraboutique radicalisé« Les habitants et l'habitat dans le Rif — 1830-1962 » dans lEncyclopédie de L'AFN. En 1586, les troupes de Mourad III pillent Teguise, capitale de Lanzarote dans l'archipel canarien, et capturent la femme du marquis. Entre 1593 et 1595, les Maures tiennent en permanence le nord-est de Fuerteventura. En 1618, Soliman investit le Jameo del Agua, un tunnel de lave qui servait de refuge, et s'empare de 800 personnes dont il échangea la vie contre du bétail. La dernière incursion arabe aura lieu à Jandia en 1779. Des razzias espagnoles plus tardives sur la côte marocaine et le Sahara occidental à partir des îles Canaries y entretenaient le système esclavagiste ; Les Portugais au Maroc en pays Abda et Doukkala et plus tard au Brésil, en Angola, au Mozambique ; Les Normands, les Italiens et les Espagnols sur les îles de Kerkennah en Tunisie ; Les Français effectuaient des razzias dans les régions berbérophones du Maghreb. Des documents coloniaux admettent qu'il s'agissait d'une technique de guerre inspirée d'une tactique déjà utilisée par les Ottomans sur les Berbères (ruraux) afin de les soumettre (notamment à l'impôt)Dans les documents anciens « Kabyles » est synonyme de « Berbères » et « Maures » désigne les Maghrébins arabophones citadins.; les Ottomans ont aussi effectué des razzias à la frontière de la Tunisie et de la Tripolitaine ;