Georges Cadoudal, né à Brec'h le et mort guillotiné le à Paris, est un général chouan, commandant de l'Armée catholique et royale de Bretagne.

Fils de paysans aisés, charismatique et doué d'une force herculéenne, Cadoudal est d'abord partisan de la Révolution française. Il s'en détache en 1791, après la constitution civile du clergé, puis prend les armes contre elle en 1793 pour s'opposer au recrutement militaire de la levée en masse. À la suite de l'échec des rébellions paysannes en Bretagne, Cadoudal gagne la Vendée en juin. Capitaine dans les compagnies bretonnes sous les ordres de Bonchamps, il prend part aux batailles de la guerre de Vendée. Après la défaite des Vendéens à la deuxième bataille de Cholet et la mort de Bonchamps, il sert sous les ordres de Stofflet et participe à la Virée de Galerne. Il combat avec les Vendéens jusqu'à l'ultime bataille de Savenay.

De retour dans le Morbihan, Cadoudal prend le commandement des troupes de Chouans qui se forment dans le pays d'Auray. Il refuse de signer le traité de la Mabilais et de reconnaître la République. Colonel en 1795, il se distingue lors de l'expédition de Quiberon, après la débâcle de l'armée des émigrés, il parvient à sauver ses troupes des colonnes républicaines et est proclamé général par ses hommes.

Commandant en chef de l'armée catholique et royale du Morbihan, Cadoudal prend le contrôle de presque toutes les campagnes du département tandis que les Républicains ne conservent plus que les villes. Défenseur d'une chouannerie populaire, il s'oppose à son chef, Joseph de Puisaye et à la domination des officiers émigrés. Il signe la paix en 1796, puis reprend la guerre en 1798. Il renonce à prendre Vannes mais il s'empare de plusieurs petites villes à l'automne 1799, avant d'être tenu en échec à la bataille du pont du Loc'h.

Après avoir signé le traité de Beauregard, il refuse le grade de général dans l'armée républicaine et s'oppose au premier consul Napoléon Bonaparte. Fait lieutenant-général et commandant des troupes royales de Bretagne, il trouve refuge en Angleterre à la suite de l'attentat de la rue Saint-Nicaise à Paris en 1800 commis par deux de ses officiers. Cadoudal regagne Paris en 1804, il y organise un complot visant à capturer ou tuer le premier consul avec une troupe d'hommes armés tandis que le général Pichegru prendrait la tête du gouvernement et proclamerait . La conspiration est déjouée par la police de Fouché et les conspirateurs sont arrêtés.

Jugé avec le général Moreau, Cadoudal est condamné à mort le et guillotiné à Paris, place de l'Hôtel-de-Ville, le avec onze autres royalistes. Sa famille est anoblie par et il est fait maréchal de France à titre posthume.

Famille et enfance gauche|vignette|Le manoir de Kerléano, maison natale de Georges Cadoudal, à Auray.

Georges Cadoudal naît le au sein d'une famille de paysans aisés, à la ferme de Kerléano, alors hameau situé sur la commune de Brech, depuis lors rattaché à AurayCollectif, Dictionnaire d’histoire de Bretagne, page 122, Skol Vreizh, Morlaix, 2008, . La ferme de Kerléano est agrandie et transformée en manoir au . Il est le fils de Marie-Jeanne Le Bayon, « une des plus belles femmes du pays », (1750-1794) et de Louis Cadoudal (1735-1811), laboureur et champion de soule, dont il hérite la grande force physique.

La famille compte dix enfants dont cinq atteignent l'âge adulte : Georges, Julien (1775-1801), colonel dans l'armée vendéenne, Joseph (1784-1852), qui est anobli, dont postérité, Marie-Jeanne (1786-1858), et Louis (1790-1853), également anobli, dont postérité par lettre patente du roi datée du avec pour blason « D'argent à la croix engrêlée de sable ».

Denis Cadoudal, frère de Louis, homme pieux du Tiers-Ordre de Saint François, vivait également au sein du foyer familial.

Assez tôt dans son enfance, Georges Cadoudal est envoyé au collège Saint-Yves de Vannes, dirigé par les prêtres du diocèse de Vannes (aujourd'hui le collège Jules Simon) qui sera une pépinière de chefs chouans. Dans ce collège, où sont envoyés les fils des paysans et marins aisés, l'enseignement comprend les études théologiques, le français, le latin et les mathématiques. À l'issue de ces études, la plupart des élèves se destinaient au séminaire ou au droit. Cadoudal est très bien considéré par ses condisciples durant ces années.

Il devient clerc de notaire chez Maître Glain à Auray (Morbihan), non sans avoir envisagé une carrière dans la marine ou le sacerdoce dans les ordres.

La Révolution française Dans un premier temps, Cadoudal et les collégiens de Vannes se montrent favorables à la Révolution française. Les 26 et voient se dérouler à Rennes une révolte des étudiants de Rennes contre la noblesse connue sous le nom de « journées des bricoles ». Jean-Victor Moreau, le meneur des étudiants rennais, appelle alors à l'aide les jeunes gens des villes de Bretagne. Les collégiens de Vannes répondent favorablement, envoient une lettre de soutien à Moreau, et forment une compagnie commandée par Cadoudal devant se rendre à Rennes. Cependant, cette compagnie ne quitte pas Vannes, Henri de Thiard de Bissy parvenant à négocier la fin des affrontements entre les deux ordres.

Cependant, l'engouement révolutionnaire de Cadoudal et de ses condisciples diminue fortement par la suite. La Constitution civile du clergé et les persécutions contre le Clergé réfractaire à partir de 1791 marquent la rupture avec la Révolution. Mais l'évènement qui met le feu aux poudres est la levée en masse et la conscription pour soutenir les guerres révolutionnaires. Les paysans du pays d'Auray se soulèvent en grand nombre en et Cadoudal se signale au combat de Mané-Corohan le , perdu cependant pour les insurgés.

La Guerre de Vendée gauche|vignette|La déroute de Cholet, huile sur toile de Jules Girardet, 1883.Musée d'art et d'histoire, Cholet.

En , Georges Cadoudal rejoint l'armée vendéenne à Chalonnes-sur-Loire, peu de temps après la bataille de Saumur. Il se place sous les ordres du général Charles de Bonchamps et sert au sein des compagnies bretonnes qui rassemblent les insurgés du nord de la Loire. Le , les Vendéens attaquent Nantes afin de soulever la Bretagne. Cadoudal participe à la bataille de Nantes mais l'offensive échoue, les Vendéens sont repoussés par Républicains et le général en chef Jacques Cathelineau est mortellement blessé au cours du combat.

Pendant la suite de la guerre, Cadoudal prend part aux batailles livrées par la division de Bonchamps, la meilleure de l'armée vendéenne. Cadoudal reçoit le grade de capitaine de cavalerie et rencontre un aubergiste angevin de Château-Gontier, Pierre-Mathurin Mercier, avec qui il se lie d'amitié.

Mais finalement à la suite de l'arrivée de l'Armée de Mayence, les Républicains contre-attaquent et remportent le une victoire décisive lors de la deuxième bataille de Cholet. Maurice d'Elbée, le nouveau général en chef, est grièvement blessé et Charles de Bonchamps est tué au combat.

vignette|upright|La cache de Cadoudal à la Forest (Locoal-Mendon).

Acculés sur la Loire, les Vendéens, désormais commandés par Henri de La Rochejaquelein, secondé par Jean-Nicolas Stofflet, n'ont d'autre choix que de traverser le fleuve au nombre de à , accompagnés de dizaines de milliers de non-combattants, femmes et enfants. Leur dernier espoir est de soulever la Bretagne et le Maine et de prendre un port afin d'obtenir un débarquement de troupes britanniques et des régiments de l'Armée des émigrés. Le , après avoir pris Laval où ils reçoivent les renforts de milliers de Bretons et Mainiots, les Vendéens remportent une importante victoire à la bataille d'Entrammes, Château-Gontier est occupé par les forces royalistes, c'est sans doute à ce moment que Cadoudal rencontre sa future fiancée, Lucrèce Mercier, sœur de Pierre-Mathurin.

Après cette victoire, Georges Cadoudal repart dans le Morbihan recruter des renforts. Il rejoint les Vendéens au début du mois de novembre, à Fougères avec 150 hommesYves Gras, La Guerre de Vendée, éditions Economica, 1994, 104. et sert sous les ordres de Stofflet. Cependant les Vendéens et les Chouans ne parviennent pas à prendre le port de Granville et sont refoulés. Malgré une victoire à la bataille de Dol, les royalistes, affaiblis par les maladies sont massacrés à la bataille du Mans. Après la disparition de Talmont et de Forestier, Cadoudal reçoit le commandement de la cavalerie vendéenne. Finalement, les derniers survivants commandés par Fleuriot sont encerclés à Savenay par l'armée républicaine. Lors de la bataille, Fleuriot prend la tête de la cavalerie où combattent Cadoudal et Mercier. Ceux-ci parviennent à percer les lignes républicaines avant d'être dispersés lors d'une contre-charge de cavalerie. Cette percée leur permet néanmoins de s'échapper, ce qui n'est pas le cas du gros de l'armée vendéenne qui est massacré à la bataille de Savenay.

La Chouannerie Premiers combats vignette|Chouans, huile sur toile de Charles Fortin, .Musée des Beaux-Arts de Lille.

Les forces vendéennes détruites, Cadoudal regagne le Pays vannetais et Kerléano le , accompagné de Pierre-Mathurin Mercier et Julien Berthelot. Cependant après le passage des Vendéens, les troubles s'étendent au nord de la Loire et finissent par gagner le Morbihan. Le , un soulèvement de paysans est vaincu au combat de Mangolérian, rien n'indique toutefois que Cadoudal ait pris part à cette bataille.

Alors que la Vendée est ravagée par les Colonnes infernales, en Bretagne et dans le Maine, des bandes d'insurgés, qui prennent le nom de Chouans continuent de s'organiser, elles livrent des escarmouches contre les Républicains et se livrent à des assassinats de patriotes, visant particulièrement les administrateurs et fonctionnaires publics, les prêtres constitutionnels et les acquéreurs de biens nationaux. Dans le Morbihan, plusieurs chefs chouans commencent à livrer des escarmouches aux Républicains, les premiers sont Boulainvilliers, de Silz, Pierre Guillemot, Jean Jan, du Chélas, Casqueray, les frères du Bouays, Francheville et Turon. Cependant les Chouans tentent de s'organiser et un ancien général fédéraliste, Joseph de Puisaye, forme un Conseil royaliste de Bretagne où il reçoit l'adhésion de plusieurs chefs, d'abord en Ille-et-Vilaine et en Mayenne, puis dans les autres départements du nord de la Loire, il est reconnu général par les Morbihannais en .

Emprisonnement de Cadoudal vignette|Château de Brest, dessin de Pierre Ozanne. Mais la ferme de Kerléano, signalée comme un refuge de prêtres réfractaires et de déserteurs, est investie le par une dizaine de soldats républicains à la suite de la dénonciation, semble-t-il d'un voisin, Pierre Le Moing. Des armes et des correspondances sont saisies, Cadoudal est arrêté de même que ses parents, son frère Julien, son oncle Denis, ainisi que Pierre-Mathurin Mercier et un certain Joachim Bouilly. Les prisonniers sont enfermés dans les cachots d'Auray sous motif de « projets contre-révolutionnaires ».