Jules Detry, né à Saint-Amand-lez-Fleurus le et mort à Bruxelles le , est un inventeur, ingénieur, directeur et administrateur de verreries belge.
Biographie
Jeunesse Jules Detry appartient à une ancienne famille namuroise, jadis de Try, comptant de nombreuses personnalités parmi lesquelles Maximilien-François, René-François, Marcel, Arsène ou Ernest Detry (de Try) notamment.
Sa branche est installée à Saint-Amand-lez-Fleurus où son père est un agriculteur renommé, par ailleurs maire de sa commune et conseiller provincial libéral du Hainaut. Diplômé ingénieur des Arts et Manufactures de l'Université de Liège en 1871, Jules Detry est engagé le aux Verreries Nationales de Jumet et prend ensuite la direction, le des verreries Bougart à Roux .
Le , Jules Detry épouse à Bruxelles Emma Bonehill demeurant avenue Louise, fille et petite-fille d'importants industriels du Hainaut dont il est coutume d'entendre dire à leur sujet .
Le jeune couple s'installe au château de Roux et leur vie est mondaine. C'est dans cette propriété que naissent, en , des jumeaux : Nestor et Gaston Detry. Administrateur de la banque de Jumet-Roux, c'est Jules Detry qui en 1878 doit choisir un nouveau directeur gérant et à cet effet, publie des annonces dans la presse. C'est aussi l'année de son départ pour prendre la direction de la verrerie d'Auvelais, et une cérémonie en son honneur est organisée ; relate les festivités : .
Au cœur de la tourmente scolaire En 1880, Édouard Bonehill, beau-père de Jules Detry meurt et une grande foule assiste à ses funérailles au cours desquelles divers discours sont prononcés rappelant les mérites du défunt. Le premier est prononcé par M. Josse Goffin, maître de forges à Clabecq, le second par M. Charles Dupret, maître de forges à Marcinelle et président de l'Association des maîtres de forges de Charleroi, et le troisième par M. Joseph Danly, industriel à Auvelais. On y parle de .
Succédant à son beau-père comme administrateur de la Société des Glaces d'Auvelais dont ce dernier a été fondateur, Jules Detry y exerce aussi la fonction de directeur-gérant. Fidèle à l'Université de Liège où il a fait ses études, et membre de la section de Charleroi de l'Association des ingénieurs sortis de l'École de Liège, Jules Detry est notamment présent à la réunion de travail du et, avec son frère Adolphe, à l'Assemblée générale à Liège en 1882. Comme ses frères, Jules, libéral convaincu même s'il a bénéficié d'une éducation chrétienne, encourage, entre 1879 et 1884, l'enseignement officiel au cœur de la guerre scolaire. Il s'engage politiquement comme candidat conseiller provincial pour Namur « au milieu des applaudissements unanimes » de l'Association libérale du canton de Fosses, et ce pour les élections provinciales du pour le canton de Fosses qui dispose d'un siège. Il obtient le avec 652 voix chez les libéraux mais les catholiques l'emportent et il n'est pas élu.
En 1886, à nouveau candidat, il remporte 1333 voix et se classe en troisième position chez les libéraux mais là aussi n'a pas la chance d'être élu. L'on sait que la crise philosophique est alors profonde et que les querelles entre les deux camps entraînent des excès de part et d'autre, et Jules Detry a même droit à une relation sur ses penchants anticléricaux dans le très sérieux journal L’Écho du Parlement.
Une notoriété certaine pour la Société des Glaces d'Auvelais En 1885, Jules Detry est consulté par le Ministère des Travaux publics à propos du nettoyage des chaudières telles celles de la glacerie. que .
Administrateur du charbonnage du Maugrétout, il est nommé en 1887 séquestre judiciaire. Toujours soucieux d'amélioration, Jules Detry est considéré comme inventeur d'une forme de polissage largement reconnue. Dans sa publication sur les verreries parue à Paris en 1903, Jules Henrivaux précise en effet . Tous ces équipements sont évidemment coûteux et c'est une augmentation de capital jusqu'à concurrence de cinq cent mille francs en vue de l'agrandissement de l'usine, qui est votée lors de l'assemblée générale extraordinaire convoquée par Jules Detry, en . Ces projets industriels de premier plan font toutefois à la suite des terribles mouvements sociaux de l'année 1886 au cours de laquelle une fusillade sur des grévistes à Roux le cause la mort de douze personnes, et le sac de plusieurs établissements industriels.
À la suite de ces tragiques événements a lieu à Auvelais, le , la réunion de la section C de la Commission du Travail, dont les membres du bureau sont notamment le baron Ernest Fallon, député permanent de Namur, le baron Guillaume de Giey et Louis Gochet, les conseillers provinciaux pour le canton de Fosses, et Ernest Mélot, sénateur et représentant de Namur, et par ailleurs cousin par alliance de Jules Detry. Quarante témoins viennent déposer sur les conditions de vie des ouvriers et la situation économique du moment, et les revendications sont larges et multiples. Les houilleurs d'Auvelais demandent la réduction de leur journée à huit heures. .
Témoignent alors plusieurs patrons dont Jules Detry qui signale que . En , divers aménagements apportés par Jules Detry à la Glacerie d'Auvelais sont inaugurés au cours d'un rassemblement se fait l'écho : .
Cette année-là aussi, il est repris avec son cousin Léon Detry, industriel à Gembloux et futur bourgmestre de sa commune, sur la liste des « Commerçants de l'arrondissement de Namur formée pour servir à l'élection des membres du Tribunal de commerce ».
Jules Detry, inventeur En , Jules Detry mandate le sieur Bédé, ingénieur conseil en matière de propriété intellectuelle établi rue Philippe le Bon à Bruxelles, en vue de déposer pour lui un brevet d'invention au Ministère de l'Agriculture, de l'Industrie et des Travaux publics. Le dépôt se fait le au Greffe du Gouvernement provincial du Brabant et le Mémoire descriptif déposé à l'appui et signé par Jules Detry précise qu'il s'agit de « Perfectionnements apportés au mode de chauffage des carcaisses par le gaz ». Il donne les détails suivants : . On le voit, Jules Detry n'a de cesse de se consacrer à son industrie, de souhaiter le meilleur de la technique, que ce soit pour le rendement mais aussi pour le confort de tous ceux qui participent à ces aventures industrielles.
Fin de l'année, se prépare, un an et demi à l'avance, la participation de certaines sociétés belges à l'Exposition internationale de Chicago, la Columbian World's Fair qui se déroule du au . , Jules Detry est désigné comme membre de la Commission belge créée pour l'occasion sous la présidence de M. Vercruysse, membre de la Chambre des Représentants et industriel à Gand, et aux côtés des grands industriels du moment : les Berryer, Ancion, Duesberg, Greiner, Lonhienne ou Simonis. Cet événement majeur de la fin du est organisé en vue de fêter le de l'arrivée de Christophe Colomb dans le Nouveau Monde.
L'exposition, par son ampleur et sa fréquentation (27 millions de visiteurs), dépasse toutes celles qui ont précédé. Quarante-six pays y participent dont la Belgique et notamment Jules Detry pour les Glaceries d'Auvelais. Les pavillons et constructions mis en place sont pharaoniques, et certains d'entre eux sont construits par Elias Disney et inspirent par la suite son fils, Walt Disney... L'impact de cette foire sur l'industrie, les arts, l'architecture est colossal et c'est à cette occasion que la première grande roue de l'histoire voit le jour, clin d'œil surdimensionné à la tour Eiffel, inaugurée, elle, pour l'Exposition universelle de Paris en 1889.
Le la fête de clôture se déroule en plein air et attire . Mais entre-temps, Jules Detry doit faire face à un, puis deux, événements inattendus. Le premier, tient au monde de la concurrence qui est rude, car la main d'œuvre est de plus en plus difficile à trouver et les revendications sociales de plus en plus contraignantes. La société que dirige et dont est administrateur Jules Detry, engage des ouvriers de fabriques concurrentes à rejoindre la Glacerie d'Auvelais. Et les conséquences ne se font pas attendre... La société des Glaces d'Auvelais est condamnée pour concurrence déloyale envers la Société des Glaces nationales. Sous ce titre, ce cas fait jurisprudence : .
Le second événement aurait pu être fatal.
Un attentat à la dynamite à Namur C'est sous ce titre que le journal parisien Le Gaulois signale .
. La Gazette de Charleroi qui évoque l'événement avec force détails signale de son côté : . Le Courrier de l'Escaut, de son côté, donne des précisions supplémentaires qui permettent de comprendre que c'est indirectement que Jules Detry est visé. Le quotidien précise en effet que .
Dans les jours qui suivent, que le Parquet est descendu sur place et que des perquisitions sont faites de maison en maison . Quinze jours plus tard, force est de constater que .
En mars une descente du Parquet a lieu à la suite d'une dénonciation anonyme contre un employé de la Glacerie mais la presse signale ensuite . .
Le mystère n'a jamais été élucidé. Sans doute, comme évoqué par la presse, la vengeance contre le collaborateur que Jules Detry n'a pas licencié ou peut-être l'œuvre d'un désespéré annonçant les prochaines grèves qui ont lieu en juin de cette année-là à la suite des diminutions de salaires des ouvriers.
Une renommée internationale Après avoir représenté la Belgique à Chicago, Jules Detry est à l'Exposition internationale d'Anvers en 1894, où il signale . que la Société a obtenu des médailles aux Expositions de Paris, Londres, Amsterdam, Vienne, Philadelphie, Sydney et Melbourne. , et à la suite de cette participation, Jules Detry est nommé chevalier de l'ordre de Léopold.
Entre-temps, Jules Detry doit faire face, « à un terrible incendie » à l'usine. En effet, .
Mais il en faut plus à l'ingénieur et à l'industriel actif pour se laisser abattre. Les plaies sont pansées, les commandes redémarrent et malgré ces préoccupations, Jules continue à s'intéresser de près à la politique. Le , il est présent à l'invitation du Cercle démocratique à une conférence au salon Wartique, du député progressiste Gillard, de Namur. Ce dernier expose la politique du moment et développe dans les grandes lignes le programme progressiste. Il . Il préconise le système de la nation armée plutôt que de la loterie du tirage au sort, et se prononce vivement pour le suffrage universel pur et simple.
La Glacerie d'Auvelais dirigée par Jules Detry poursuit son activité mais . L'Assemblée générale de la Société des Glaces d'Auvelais a lieu le et il est précisé . Mais des modifications importantes sont voulues au niveau du personnel, et Jules Detry qui dirige avec succès la fabrique depuis un près d'un quart de siècle, ne les accepte pas, et la presse relate .
Il est toutefois toujours membre de la Société des délégués des Glaceries belges, assiste aux réunions qui sont organisées, et où sont présents MM. Despret et Misonne pour les glaceries de Floreffe, Robert et Philippot pour celles de Moustier, Franz Houtart pour la Glacerie d'Oignies, MM Leclerc et Henin, pour celle de Charleroi, Février et Verlinden représentant les Glaces néerlandaises et Camberousse pour Saint-Gobain. La séance du est particulièrement importante car il y est question du refus des Glaceries Nationales d'une fusion générale des Glaceries. Les délégués des différents conseils d'administration autour de la table, dont Jules Detry pour Auvelais en tant qu'administrateur ce qu'il était aussi et non plus directeur gérant, déclarent à l'unanimité qu'ils sont favorables au projet de fusion et prêts à se soumettre à une assemblée générale extraordinaire de leurs sociétés respectives. Toutefois eu égard à l'absence de volonté des Glaceries nationales de vouloir examiner ce projet, la convocation d'assemblées générales parait prématurée. Ils précisent que .