La Méthode scientifique en philosophie (.) est un livre de Bertrand Russell de 1914. La traduction française a été sous-titrée Notre connaissance du monde extérieur.

L'ouvrage est issu d'une série de conférences données dans universités américaines. Reprenant une interrogation classique de la philosophie, avec des prédecesseurs aussi illustres que Descartes et Kant, Russell se demande comment doit procéder la philosophie pour produire d'authentiques connaissances à l'instar des connaissances scientifiques. Il propose et met en oeuvre une nouvelle méthode pour la philosophie consistant à utiliser comme principal outil pour résoudre les problèmes philosophiques la logique mathématique au développement de laquelle il a lui-même contribué. Cet ouvrage participe ainsi à la naissance d'un nouveau courant philosophique, la philosophie analytique, qui jouera un rôle majeur sur la scène philosophique au . Les problèmes traités par Russell au moyen de cette nouvelle méthode sont principalement des problèmes de philosophie de la connaissance.

L'ouvrage édité en France en 2018 contient une préface du philosophe Marcel Barzin qui présente l'auteur et la trace de son œuvre parmi ses contemporains et suivants, ainsi qu'un appendice relatif à une démonstration technique d'une édition antérieure qui était non présentée dans la dernière version.

Première conférence : La philosophie officielle Depuis longtemps, . Russell tente de montrer en quoi les prétentions des philosophes sont excessives et pourquoi leurs travaux n'ont pas eu plus de succès.

Russell distingue trois types de philosophie :

La philosophie de « tradition classique » : (Kant, Hegel) La philosophie de « type évolutionniste » de Herbert Spencer en tant que « représentant philosophique » de Darwin, actualisée ensuite par Bergson, William James. L'atomisme logique, remanié sous l'influence de l'examen critique des mathématiques, est considéré par Russell comme une révolution en philosophie à l'égal de celle de Galilée en physique. Il s'agit de

Critique de la tradition classique Il s'agit à l'origine de la . Il faut en chercher la cause dans la découverte de la géométrie. Ils croyaient que On aboutit à « la croyance que . Cette croyance est, pour Russell, .

Par des arguments ardus et abstraits, les philosophes classiques tentaient de montrer des choses contraires à ce que la simple observation permettait de saisir. Aujourd'hui, de tels arguments ne portent plus. Auparavant, ils jouaient sur la confusion qu'opère l'argument. Aujourd'hui, armés d'une longue tradition des erreurs a priori réfutées par des méthodes expérimentales et d'observation, il existe une méfiance d'emblée des arguments qui semblent contredire les faits les plus évidents. C'est une attitude proprement empirique qui prévaut à ce jour.

« Et, c'est cela même, plus que tout autre argument défini, qui a diminué l'emprise de la tradition classique sur les étudiants de philosophie, et plus généralement sur les gens éclairés. » Le rôle de la logique en philosophie n'est pas ce qu'en fait la tradition classique. En effet, pour la tradition classique, le monde est construit par logique sans appel à l'expérience. La logique moderne n'est plus constructive mais analytique ; elle s'attache à montrer la possibilité d'alternatives insoupçonnées : « Ainsi, tandis qu'elle offre à l'imagination ce que le monde peut être, elle se refuse de légiférer sur ce que le monde est. » C'est donc une révolution, un rejet total des grandes constructions métaphysiques. La tradition classique des grandes constructions métaphysiques baignait dans un Moyen Âge torturé par les fléaux, la guerre, les maladies. Une certaine envie d'ordre, de sécurité se reflétait dans leurs systèmes.

Critique de l'évolutionnisme En conséquence, on assiste à un rejet, dans le domaine des idées philosophiques, de l’idée d’unité. (Nietzsche, Bergson…) L’évolutionnisme devient une nouvelle école philosophique. Elle correspond à la jeunesse ardente de la pensée philosophique. La science a cassé les frontières entre le règne animal et humain, entre la Terre et les planètes… « Mais si l’amour-propre de l’homme fut un instant troublé par sa parenté avec le singe, il trouva aussitôt un moyen de s’affirmer à nouveau et ce moyen fut la ‘philosophie’ de l’évolution. Une lignée allant de l’amibe à l’homme apparaissait aux yeux des philosophes comme un progrès évident – on ignore d’ailleurs l’avis de l’amibe. » Il s’agit ici d’un détournement de la science par la philosophie, d’un détournement des travaux de Darwin par Spencer. Ceci correspond à un retour au finalisme (Hegel, Bergson…).

L’évolutionnisme veut répondre au problème de la destinée humaine. « Ces préoccupations morales et eudémonismes l’emportent en intérêt sur l’intérêt de la connaissance elle-même […] mais si la philosophie doit devenir scientifique […] il est nécessaire d’abord et avant tout que les philosophes acquièrent la curiosité intellectuelle désintéressée qui caractérise le savant. » Reconnaître d’abord que la connaissance de l’avenir n’est possible que dans un avenir proche. « La philosophie n’est pas un chemin raccourci pour atteindre aux mêmes résultats que ceux que l’on poursuit dans d’autres sciences. » Le domaine de la philosophie doit lui être exclusif, un domaine où les autres sciences ne peuvent pas intervenir.

Or les philosophes ne peuvent répondre à des questions empiriquement vérifiables : trop souvent ils connaissent des échecs. « Nous devons donc renoncer à l’espoir que la philosophie puisse promettre satisfaction à nos désirs pratiques. Ce qu’elle peut lorsqu’elle en est complètement purifiée, c’est nous aider à comprendre les aspects généraux du monde et l’analyse logique des choses familières mais complexes. En exécutant ce plan, en suggérant de fécondes hypothèses, elle peut être immédiatement utile aux sciences. »

Russell offre une critique serrée de l’intuitionnisme de Bergson. La philosophie n’est pas ‘pratique’. Russell rejette la philosophie morale comme une erreur. Il lui compare à cet effet l’évolution de l’astronomie : l’astrologie, en se débarrassant de notions morales est devenue astronomie. La philosophie n’a malheureusement pas encore fait ce choix. « Tous les problèmes spécifiquement philosophiques se réduisent à des problèmes de logique. » Et ceci n’est pas accidentel étant donné que tout problème philosophique se trouve ou bien n’être pas philosophique du tout (la philosophie est générale, si on parle de faits, ce n’est plus de la philosophie), ou bien logique. »

Deuxième conférence : L'essence de la philosophie : la Logique Qu’est-ce que la logique ?

Celle-ci a été pendant longtemps assimilée à la scolastique du Moyen Âge, héritée d’Aristote. Ce n’a été qu’absurdité et charlatanisme. Mais depuis le , la tradition médiévale est abandonnée et l’objet logique est élargi. « La logique traditionnelle considérait les deux propositions ‘Socrate est mortel’ et ‘tous les hommes sont mortels’ comme des propositions de même forme. Peano et Frege montrèrent leur profonde différence de forme. Et l’importance philosophique de la logique trouve une illustration dans le fait que cette confusion a obscurci non seulement l’étude entière des formes de jugement et de l’inférence, mais également l’étude des relations des choses à leur qualité, de l’existence concrète aux concepts abstraits, du monde sensible au monde intelligible de Platon. »

La logique traditionnelle tient qu’il existe une seule forme de proposition : Sujet-prédicat. « La conviction avec la croyance inconsciente qu’il n’y a pour toute proposition que la forme sujet-prédicat, en d’autres termes, que tout fait constate la possession d’une qualité par une chose, a rendu la plupart des philosophes incapables de justifier la science ou la vie quotidienne. S’ils avaient sincèrement été pressés d’en rendre compte, ils eussent sans doute découvert très rapidement leur erreur mais la plupart d’entre eux étaient moins pressés de comprendre la science ou la vie quotidienne que d'accuser celles-ci d'irréalité au profit d’un monde ‘réel’ supra-sensible. »

La croyance à l’irréalité du monde provient irrésistiblement de certaines dispositions d’esprit. Cette conviction est source de mysticisme et de métaphysique ; « Elle avait, comme dit Santayana, quelque chose de malveillant à l’égard du sens commun et de la science. C’est la seule explication de la complaisance avec laquelle ces philosophes acceptèrent l’incompatibilité de leur doctrine avec les faits que la science et le sens commun considèrent comme les mieux établis et les plus valides. »

Aborder la nature, convaincu qu’elle est un tissu d’illusions, n’est rien moins que ce qu’il faut pour la comprendre. La logique moderne « fait accomplir le même progrès à la philosophie que Galilée à la physique, montrant du moins le genre de problème susceptible de recevoir une solution et ceux dont la solution doit être abandonnée parce qu’elle dépasse les forces humaines. »

Troisième conférence : Notre connaissance du monde extérieur L’analyse philosophique repose sur les données fournies par la connaissance commune.

« On pourrait objecter qu’il est du devoir du philosophe de mettre en question les croyances éventuellement erronées de la vie quotidienne et de les remplacer par quelque chose de plus solide et d’incontestable. Et c’est vrai en un sens, et c’est ce qui s’effectue au cours de l’analyse. Mais dans un autre sens, essentiel, c’est totalement impossible. En admettant qu’il soit possible de mettre en doute toute notre connaissance du monde, nous ne devons pas moins accepter cette connaissance dans son ensemble, sans quoi il n’y aurait plus de philosophie possible du tout. Le philosophe n’atteint pas une quintessence de connaissance d’où il puisse procéder pour critiquer l’ensemble de la connaissance quotidienne. […] La philosophie ne peut pas se vanter d’avoir atteint un tel degré de perfection dans la certitude qu’elle ait autorité pour prononcer la condamnation des faits de l’expérience et des lois scientifiques. »

Russell entend refuser la distinction entre une connaissance commune ou quotidienne et une connaissance spécifique à la philosophie (« Non que la connaissance commune doive être vraie, mais nous ne possédons aucun genre de connaissance radicalement différent, qui nous viendrait d’une autre source. Le scepticisme universel, logiquement irréfutable, est pratiquement stérile. »).

Il examine ensuite les différents types de connaissance.

L’évidence sensible : elle est logiquement primitive ou psychologiquement primitive et s'appuie sur :

Les données floues : de plus en plus douteuses au fur et à mesure qu’on y réfléchit. Les données solides : ces certitudes résistent à la réflexion critique : ce sont soit des faits sensibles particuliers, soit des vérités générales de la logique.

« Nos données primitives sont donc les faits sensibles et les lois logiques. »

On rejoint Descartes : « le monde sur lequel nous devons reconstruire reste fragmentaire. » Le problème de la connaissance du monde extérieur s’énonce donc ainsi :

« Peut-on déduire de l’existence de nos données solides quoi que ce soit d’autre que l’existence de ces données ? »

Quatrième conférence : Monde physique et monde sensible Il s’agit de deux mondes distincts :

Le monde sensible : données immédiates de la sensation. Rien de permanent. « Même les montagnes que nous croyons être pour ainsi dire permanentes ne deviennent des données que lorsque nous les voyons, et leur existence à d’autres moments ne nous est pas immédiatement donnée. » Le monde physique : il existe quelque chose de permanent. (cfr. atomisme)

Or, dans les données sensibles, nous ne rencontrons jamais l’infini. D’où nous vient cette idée de l’infini ?

Cinquième conférence : La théorie du continu

Sixième conférence : historique du problème de l’infini