La Ligue française pour la défense des droits de l'Homme et du citoyen, abrégée en Ligue des droits de l’Homme, LDH, ou Ligue des droits humainsNom d’usage ajouté au congrès de Rennes de 2026. La LDH, aussi Ligue des droits humains !, communiqué, est une association de défense des droits humains. Créée en 1898 pour défendre un innocent, Alfred Dreyfus, la LDH a pour objectif la défense de la justice, des libertés, des droits civiques et politiques, des droits économiques, sociaux et culturels, contre le racisme et l’antisémitisme.

Elle est présidée depuis 2024 par Nathalie Tehio.

Histoire Affaire Dreyfus

La LDH est officiellement enregistrée le , soit 3 ans avant le vote de la loi de 1901 sur les associations, par le républicain Ludovic Trarieux en défense du capitaine Dreyfus. Se basant sur une défense stricte des droits individuels, au pied de la lettre de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, la LDH des débuts ne s'intéresse pas aux droits sociaux. D'autres associations similaires existent à l'époque, comme la Société protectrice des citoyens contre les abus, créée en 1881 par le docteur Edmond-Alfred Goupy avec comme premiers donateurs et membres d'honneur Victor Hugo et Georges Clemenceau.

Prenant parti dans la lutte pour la reconnaissance de l'innocence d'Alfred Dreyfus, la Ligue se mobilise pour la sensibilisation de l'opinion publique. En outre, nombre de ses responsables participent aux universités populaires (Georges Dottin, Victor Basch ou Henri Sée à Rennes, Charles Gide, Gabriel Séailles ou Charles Seignobos à Paris)..

De l'affaire Dreyfus à la Première Guerre mondiale et défense des droits sociaux Ludovic Trarieux, malade, démissionne le , puis est remplacé à l'unanimité par le jaurésien Francis de Pressensé, qui était, avec Lucien Herr, le seul socialiste du comité central. Les autres membres sont plus modérés : outre Trarieux, l'avocat et politique Joseph Reinach et l'historien et diplomatiste Arthur Giry (mort en 1899) étaient peu portés aux meetings de masse. D'autres militants plus radicaux évoluent autour de Pressensé et de la Ligue, comme les anarchistes Albert Libertad, Antoine Cyvoct ou Pierre Martinet, qui appelle à se saisir de l'antisémite Édouard Drumont pour le frapper. Progressivement, le nombre d'avocats ou de professeurs de droit socialistes ou radicaux augmente (Jean Appleton, Maxime Leroy, Goudchaux-Brunschvicg, Marius Moutet, Antonin Bergougnan, Ernest Tarbouriech, Eugène Prévost et Albert Chenevier). La Ligue dispose ainsi d'un service juridique spécialisé dans la défense des droits.

À partir de 1905, la Ligue des droits de l'homme s'intéresse à des questions dépassant la France et milite pour la libération d'Edward Joris, un anarchiste belge, responsable l'Attentat de la mosquée Yıldız, condamné à mort dans l'Empire ottoman, notamment en effectuant des manifestations de soutien en sa faveur.. Elle est donc rangée au rang des Jorisards, comme de nombreux Dreyfusards. Edward Joris devient ensuite, après sa libération, le secrétaire de la branche anversoise de la Ligue des droits de l'hommeMaarten Van Ginderachter, "Edward Joris: Caught between Continents and Ideologies?" in To Kill a Sultan: A Transnational History of the Attempt on Abdülhamid II (1905), edited by Houssine Alloul, Edhem Eldem and Henk de Smaele (Palgrave Macmillan, 2018), p. 67-98.La Ligue Belge des Droits de l’Homme (1901-1939), Joost Depotter, https://libstore.ugent.be/fulltxt/RUG01/002/162/503/RUG01-002162503_2014_0001_AC.pdf. L'un des plus influents Jorisards et Dreyfusards au sein de la Ligue des droits de l'homme est alors Pierre Quillard, un anarchiste qui s'intéresse aux deux questions à la fois. et s'oppose, avec Francis de Pressensé, aux traitements des Arméniens dans l'Empire ottoman..

Pressensé y entreprend des réformes statutaires pour lui donner plus de vigueur démocratique et engage la LDH sur la voie de la défense des droits sociaux, notamment par le biais de la défense des syndicalistes (Gustave Hervé). Ferdinand Buisson, qui deviendra président de la LDH en 1913, dit, en 1902, qu'il y a .

La grève dans les usines Caillez, à Neuvilly, dans le Nord, en 1903, marque un tournant. Un incendie se déclare dans l'usine, et des responsables ouvriers sont désignés. L'avocat Paul Mesmin, membre de la Ligue, assiste juridiquement et financièrement les familles. Une délégation du comité central de la Ligue se rend à Neuvilly, et Paul Painlevé déclare que . À partir de ce moment, la LDH s'intéresse aux accidents du travail et aux retraites.

L'usage du droit de grève, en particulier dans la fonction publique, où le syndicalisme est interdit (l'enseignant Marcel Nègre est ainsi révoqué en 1907), divise la Ligue. Pressensé soutient le droit de se syndiquer, et la Ligue soutient le comité confédéral de la CGT, considéré par le gouvernement Clemenceau comme collectivement responsables de l'affiche , signée par . La LDH soutient L'Humanité dans sa défense du droit syndical chez le (les fonctionnaires) et obtient quelques succès jurisprudentiels (dont un arrêt du Conseil d'État). Au sein de la Ligue, certains, dont le professeur au Collège de France Albert Réville, demeurent toutefois opposés au droit de grève. L'affaire Durand, en 1910, représente ces tensions, qui aboutissent au départ de entre 1909 et 1914.

Mais un certain nombre de syndicalistes entrent dans la direction de l'association, dont l'instituteur Émile Glay, l'employé Paul Aubriot, le postier Léopold Clavier et le cheminot Émile Toffin. Un groupe de travail se constitue autour de ces questions, et Ferdinand Buisson dépose, le , une proposition de loi inspirée par Georges Demartial, syndicaliste membre de la Ligue. Les fonctionnaires n'obtiennent le droit de se syndiquer qu'en 1924.

Au congrès de 1908, Francis de Pressensé fait adopter une motion condamnant la politique du gouverneur général de Madagascar.

En , la LDH apporte son soutien aux appelés à comparaître devant le conseil de discipline pour avoir « préconisé l'entente entre les travailleurs de l'État et ceux des industries privées ». Après un vif débat, il est décidé d'organiser un meeting en leur soutien, qui rassemblera plus de . À l'issue du congrès ouvert le , cette déviation sociale est contestée par une forte minorité : un tiers des démissionnent, dont Gabriel Trarieux, fils de Ludovic Trarieux.

Entre-deux-guerres En 1914, la LDH rejoint l'Union sacrée en invoquant la nécessité de . À son congrès de 1916, elle s'oppose à toute , ce qui ne l'empêche pas de défendre les soldats fusillés pour l'exemple. Elle continue aussi son œuvre de protection des droits économiques et sociaux, réclamant des pensions pour toutes les victimes et la répartition des allocations militaires.

Une minorité se forme après-guerre qui critiquera notamment le traité de Versailles.. Cette minorité, pacifiste, se maintiendra jusqu'au congrès de Tours de 1937. La Ligue atteint son apogée lors de l'entre-deux-guerres, avec en 1933J. El-Gamal, « La Ligue des droits de l'homme », in Jean-François Sirinelli (dir.), Dictionnaire historique de la vie politique française au , PUF, Paris, 1995.. Dans son livre Hitler ou Staline : Le prix de la paix, Christian Jelen écrit :

Droits sociaux

La Ligue étend son combat pour les droits sociaux, défendant la CGT attaquée par le gouvernement du Bloc national. De nouveau, des syndicalistes entrent dans la direction de la LDH (le cheminot Marcel Bidegaray, le mineur Georges Dumoulin, l'instituteur Lucien Boulanger, l'employé Georges Buisson, le journaliste Francis Delaisi, les enseignantes Suzanne Collette-Kahn et Jeanne Deghilage). Des mutualistes en font aussi partie (Robert Perdon), des coopérateurs (Charles Gide, Roger Picard, Julien Barthélemy, Henri Doizy), et des politiques proches du mouvement ouvrier (Daniel Vincent, Justin Godart ou César Chabrun, à l'origine de la loi sur la capacité civile des syndicats). On peut enfin citer Marcel Paon, représentant du HCR en France et chef de cabinet du radical Charles Lambert, haut commissaire à l'immigration et aux naturalisations sous le premier Cartel des gauches.

L'association crée alors un service juridique spécialisé dans le droit du travail et les lois sociales, avec Eugène Chaillé, inspecteur du travail, Pierre Ferrary et William Oualid. La Ligue diffuse alors un Guide pratique pour les salariés victimes d'accidents du travail. Toutefois, selon l'historien Emmanuel Naquet, .

D'autres syndicalistes, membres de la CGT, entrent dans la direction de la LDH (Robert Lacoste, Julien Racamond et Léon Jouhaux), la lutte antifasciste (en particulier après le 6 février 1934) créant des rapprochements.

Question coloniale : pour la mission civilisatrice et contre les abus Selon Laure Blévis, . Des années 1920 au début des années 1950, la position générale de la Ligue concernant les questions coloniales est représentée par Émile Kahn, son secrétaire général de 1932 à 1953 et son président de 1953 à 1958 qui, comme de nombreux socialistes, incarne une tendance favorable à la de l'Empire colonial français. Violemment hostile au rejet global de la colonisation et à la possibilité d'une certaine auto-détermination pour les peuples indigènes, il pense au contraire qu'il est du devoir des puissances coloniales de civiliser les indigènes jusqu'au moment où ceux-ci seront capables d'exercer leurs droits humains.. Cette position est relayée par les différentes sections coloniales. Ainsi, le délégué de Haïphong qui proteste à la simple idée d'accorder une éducation un peu plus poussée aux autochtones, ce qui pourrait les élever au-dessus de leur rang, mais encore menacer des opportunités de carrière dans l'administration coloniale. Les projets qui visent à accorder de nouveaux droits à certaines catégories d'indigènes sont combattus par les sections locales d'Afrique du Nord comme celle de Barna qui se plaint que trop de concessions ont déjà été accordées aux autochtones qui selon eux ne partagent pas les valeurs des Européens.

Durant l'entre-deux-guerres, la LDH est en effet, sur le plan colonial, sur une position plus proche de la SFIO que de l'anticolonialisme du PCF, représentée par l' de Marius Moutet, membre du comité central de la LDH qui sera ministre des Colonies sous le Front populaire. Elle est toutefois traversée de débats internes. Jouant de ses relations avec l'administration et les politiques, elle transmet les doléances des sujets algériens à Paris, mettant en pleine lumière les contradictions entre le droit colonial et le régime de l'indigénat d'une part, et l'État de droit, qu'elle soutient (même si l'expression n'est pas utilisée), d'autre part. En , le ministre de la guerre Paul Painlevé, membre éminent de la LDH, refuse au député communiste André Marty d'accorder la grâce au tirailleur Cheikou Cissé, condamné en 1918 à la peine de déportation perpétuelle en Nouvelle-Calédonie.

La LDH intervient ainsi dans le soutien à l'Association des instituteurs d'origine indigène, ou encore dans l'affaire de Mekla, une commune de l'actuelle wilaya de Tizi Ouzou où les élections municipales de ont été invalidées par l'administration coloniale, en raison d'une majorité kabyle des conseillers municipaux et de l'élection subséquente d'un maire kabyle. Des juristes (Raoul Mary, Rosenmark, William Oualid, par ailleurs vice-président de l'Alliance israélite universelle ou Émile Larcher) se spécialisent dans le traitement des questions coloniales, qui ne forment toutefois qu'une faible partie de toutes les affaires défendues par la LDH.