Daniel Cohn-Bendit face à un CRS devant la Sorbonne est une photographie prise le , mais publiée pour la première fois seulement sept ans plus tard, bien après le décès en 1970 de son auteur Gilles Caron. Hormis la première page de l'autobiographie de Daniel Cohn-Bendit, Le Grand Bazar, sortie en 1975, le cliché n'apparait nulle part avant le livre Mai 68-Mai 78 publié par Patrick Poivre d'Arvor en 1978 alors qu'il est depuis 1977 le présentateur unique du journal de 20 heures sur une chaîne de télévision publique.

Ainsi découvert en 1975 et 1978, ce cliché deviendra dans les années 1990 et 2000 le plus médiatisé de Mai 68. alors qu'il ne fut publiée par aucun média à l'époque. La presse n'a construit un récit s'y référant qu'au fil des années, selon la thèse L'image de Mai 68 : du journalisme à l'histoire, soutenue en , Texte de soutenance, par Audrey Leblanc, docteure en histoire et civilisations à l'EHESS, puis dans l'exposition Icônes de Mai 68 : les images ont une histoire, du au à la BNF Présentation de l'exposition sur le site de la BNF, sous la direction de Dominique Versavel, historienne française de la photographie.

Pendant cette exposition, le quotidien Le Télégramme de Brest a retrouvé l'autre personnage de cette photo non publiée à l'époque, qui apportera à la télévision un : il n'était mais policier , directement sous l'autorité du préfet"Daniel Cohn-Bendit face au CRS qu'il avait défié en mai 68", Le Point du 21 mai 2018 . Christian Le Padellec s'était fait connaître dès le 3 mai 68 pour avoir été blessé par un projectile lancé par une étudiante devant la Sorbonne, alors qu'il sortait du fourgon de police qu'il conduisait vers le commissariat et tentait de rattraper un des étudiants qui s'en était échappé, le préfet ayant fait expulser les filles de la Sorbonne puis arrêter les garçons. Ses souvenirs 50 ans après associent les événements du vendredi et la photo prise le lundi suivantMai 68 : Quand l’émission C politique réunit Daniel Cohn-Bendit et le policier qui s’oppose à lui sur une célèbre photo, le 23/05/2018 au moment de la comparution à La Sorbonne des huit étudiants de Nanterre devant un conseil de discipline universitaire, qui elle n'a donné lieu à aucune interpellation, pour répondre d'autres violences, commises en avril, dans les murs de l'Université de de Nanterre, notamment le tabassage du syndicaliste de la FNEF (droite), Hubert de Kervenoael"La droite buissonnière" par François Bousquet, Editions du Roche, 2017, soupçonné à tort de militer à Occident.

Daniel Cohn-Bendit porte ce une chemise orange, assortie à sa chevelure, visible sur un autre cliché du jour publié deux semaines après par Paris-Match mais la plupart de photos de Mai 68, y compris celle de Gilles Caron, prise à l'intérieur de la Sorbonne, fermée depuis le , sont en noir et blanc.

Description

La photo fut prise en contre-plongée le dans la cour intérieure de la Sorbonne, vide depuis que l'université a été fermée quatre jours avant.

Daniel Cohn-Bendit, convoqué une semaine plus tôt comme sept autres étudiants de Nanterre devant le conseil de discipline de l'université, commises en avril, y prend une pose souriante à côté d'un policier au casque noir, photographié de trois quarts arrière, Christian Le Padellec.

Ce policier vient de se faire connaitre pour avoir été blessé par un projectile trois jours plus tôt devant la Sorbonne, alors qu'il conduisait un véhicule de police forcé à s'arrêter par un pneu endommagé, à bord duquel se trouvaient Marguerite Duras, Jean-Pierre Jeunet et Roland Castro, ce dernier parvenant à s'échapper par une vitre brisée, avant d'être rattrapé par Christian Le Padellec.

Une autre photo de Cohn-Bendit et du policier fut prise par un autre photographe, au même instant et au même lieu, mais en couleur, alors que celle de Gilles Caron est noir et blanc. On y voit , assortie à sa couleur de ses cheveux, qui "L'iconographie de Mai 68 : un usage intentionnel du photoreportage noir et blanc ou couleur - L'exemple de Paris Match (mai-juin 1968)", par Audrey Leblanc, le 16 février 2009 dans la revue web Sens Public .

Cet autre cliché sera publié douze jours après avoir été pris, dans l'hebdomadaire Paris Match, le , surlendemain de la participation de Daniel Cohn-Bendit à un débat télévisé sur les ondes de l'ORTF. Ce même , Cohn-Bendit a conclu avec l'hebdomadaire un accord : Paris Match lui fournit voiture et photographe pour l'accompagner dans une tournée des mouvements contestataires à travers l'Europe, au cours duquel sera prononcé son interdiction de revenir sur le territoire français.

Auteur

Gilles Caron est un photo-reporter de guerre célèbre, décédé en 1970 au Vietnam, qui a travaillé à l'Agence Gamma entre 1967 et 1970.. Il est mort le , au cours d'un de ses reportages sur la route reliant Phnom Penh à Saigon. Son corps n'a jamais été retrouvé. Quand cette photo de mai 68 sera publiée pour la première fois en 1978, sa famille ne sera pas consultée.

Deux mois avant ce cliché, le , il avait photographié des habitants du bidonville de Nanterre où vivent des immigrés algériens et des ouvriers du chantier de la faculté, dans l'herbe avec des étudiants, reportage dans lequel Daniel Cohn-Bendit n'apparait pas.

Peu avant Mai 68, Gilles Caron avait aussi couvert au Nigéria la guerre du Biafra (1967-1970), ainsi que les combats de la Bataille de Đắk Tô, en dans la province de Kon Tum dans les hauts-plateaux centraux du Sud-Viêt Nam, quand Armée populaire vietnamienne a lancé une offensive appelée « batailles des frontières »..

Mode opératoire La démarche de Gilles Caron Les planches contact, dévoilées en 2016 dans un petit film inédit de Mariana Otero montrent que Gilles Caron a d'abord pris en photo les huit étudiants convoqués au conseil de discipline, sur le trottoir, peu avant qu'ils arrivent à la Sorbonne. Il cherche des angles de vue, grimpe sur un rebord de fenêtre offrant une vue plus générale, puis il prend quelques photos en plongée, avant de redescendre s'approcher des différentes personnes, cette fois à l'intérieur de la cour de la Sorbonne.

Sur l'une de ces photos, toutes non-utilisées par Gilles Caron, Daniel Cohn-Bendit brandit un mégaphone alors qu'il n'y a que huit étudiants et que la Sorbonne est fermée. Sur une autre, deux des six étudiants, lui et un autre, lèvent le poing.

de Mai 68, Gilles Caron n'utilise pas ce cliché. Par ailleurs, il prend le soir même, de nuit, un autre cliché qui sera lui publié dans la presse ce mois-là, la , en direction d'une , photo devenue , selon Télérama .

La part de mise en scène de l'étudiant photographié Les planches contact montrent également de la part du sujet de la photo, Daniel Cohn-Bendit. Celui-ci connait peut-être le photographe car il est venu le à Nanterre photographier un petit groupe d'ouvriers devant le complexe sportif; l'inverse n'est pas forcément vérifié. Cette justifie la non-publication des photos par la presse.

Daniel Cohn-Bendit adresse dans un premier temps des au photographe, , se tourne, présente son profil, sourit avec insistance "Gilles Caron, un autre regard", Le Monde du 2 août 2018, et s'approche volontairement d'un policier .

Un document télévisé tourné par l'ORTF"Daniel Cohn Bendit et ses camarades se rendent au conseil de discipline", archives INA le même jour, montre aussi Daniel Cohn-Bendit et les sept autres arriver au conseil de discipline le 6 main dans une Sorbonne vide. Il ne sera diffusé que la semaine suivante, le , de même qu'une courte séquence tournée aussi le , le montrant Cohn-Bendit en train d'annoncer l'occupation de la Sorbonne avec un mégaphone et une emphase qui tranche avec la décontraction des autres étudiants visibles dans le cadre14 mai 68: Daniel Cohn-Bendit dans la cour de la Sorbonne - Archive INA .

Cohn-Bendit risque d'être lors de cette comparution, ce qui pourrait causer des , estimait cependant l'AFP, dès le , juste après la fermeture de Nanterre et la veille des premiers événements de la Sorbonne, dans un portrait louant qui a mais dénonçant et un vocabulaire marxiste Mai 68 vu par l'AFP - Dany, "le rouquin sublime", Rétrospective par l'AFP le 05/04/2018.

Acteurs et circonstances de la photo Les deux jeunes protagonistes de la photo ont vécu des émotions quelques jours plus tôt, ce qui n'apparait pas à l'image. Le policier, blessé au visage le vendredi précédent Le policier, Christian Le Padellec, regarde l'étudiant avec circonspection et retenue. Il révèle cinquante ans plus tard qu'aucune parole n'a été échangée à ce moment-là, malgré les poses très rapprochées de Cohn-Bendit autour de lui. Les journalistes, les policiers et les 8 étudiants sont les seuls ce lundi matin, car l'Université est vide depuis deux jours : le vendredi, 48 heures plus tôt, la cour de la Sorbonne a été évacuée des 150 étudiants qui l'occupent, provoquant à leur sortie des échauffourées et des arrestations. Le lundi qui suit, la manifestation matinale réclamant de libérer les personnes arrêtées le vendredi parcourt Paris, la décision du conseil de discipline n'étant attendue que plus tard dans la semaine.

Le vendredi précédent, Christian Le Padellec était déjà au même endroit : il conduisait"Mai 68. Il était policier face à Cohn-Bendit" dans Le Télégramme du 29 avril 2018 l'un des fourgons de police. ayant participé à l'évacuation de la Sorbonne en deux temps : les filles expulsées hors des murs, puis les garçons placés en garde à vue. Il conduisait le fourgon de police emmenant au commissariat un petit groupe d'étudiants, parmi lesquels se trouvaient Marguerite Duras, Jean-Pierre Jeunet et Roland Castro. Ce dernier, militant depuis 1966 de l'Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes (UJC(ml)), s'était enfui par une vitre brisée du fourgon, profitant du fait qu'un des pneus avait été endommagé par des étudiantes expulsées peu avant de l'Université par la police, ce qui avait forcé le véhicule à s'arrêter. Mais Roland Castro s'était cassé la clavicule dans sa fuite et avait été rattrapé par Christian Le Padellec, qui avait de son côté été blessé au visage, en sortant du fourgon, par le jet d’un morceau de bitume, par une étudiante, juste à côté de la Sorbonne, boulevard Saint-Michel, selon son témoignage en , qui recoupe les archives de police rendues publiques en 1998 par le Ministre de l'intérieur, Jean-Pierre Chevènement. Ce double assaut d'étudiantes contre le fourgon et son conducteur s'était accompagné de l'érection d'une première mini-barricade à travers le boulevard, selon les images d'archives de l'INA.

Roland Castro, militant du depuis la fin avril, bien que n'étant pas étudiant à Nanterre, avait probablement reconnu ce policier en accompagnant Daniel Cohn-Bendit à sa convocation du .

Le préfet de police, également photographié sur place le par Gilles Caron, avait donné l'ordre de n'interpeller aucun des 8 étudiants convoqués en conseil de discipline, qui répondent alors de violences commises beaucoup plus tôt, au cours du mois d'avril, dans les murs de l'Université de Nanterre: ils risquent des sanctions administratives aux conséquences plus graves comme la radiation de l'université.

L'étudiant visé six jours plus tôt par une information judiciaire