La liberté de la presse en Allemagne () a pour des raisons historiques et politiques connu des niveaux d'intensité divers.
République de Weimar (1918 - 1933)
La liberté de la presse s'inscrit dans un vaste mouvement de libéralisme gagnant l'Allemagne à la naissance de la République de Weimar. En effet, sous le régime impérial allemand, la censure de la presse était omniprésente. Il faut ainsi attendre l'abdication du Kaiser Guillaume II (1859-1941) ainsi que la proclamation de la République par Philipp Scheidemann en date du , pour voir apparaitre la consécration de libertés de toute nature: presse, manifestation, religion, expression. Cet élan libertaire est proclamé quelques jours seulement après la naissance de la République, par le Conseil des commissaires. Le , est lancé un "appel au peuple allemand" (Aufruf Des Rates der Volksbeauftragen). Au sein de ce dernier, on y retrouve la liberté de presse (§3), consacrée parallèlement et a fortiori à la liberté d'expression (§4).
La liberté de la presse obtient également valeur constitutionnelle durant la république, puisque s'inscrit au sein de la constitution de Weimar, en date du : titre II "Droits et devoirs fondamentaux des allemands", au chapitre premier " L'individu", en l'article 118. Cependant, des exceptions sont prévues par ce même article 118 concernant le cinéma allemand: les cinématographes peuvent faire l'objet de lois de dérogation. Par exemple, en 1931, le film A l'Ouest, rien de nouveau fut interdit car jugé anti-allemand.
La consécration de la liberté de la presse se traduit par la multiplicité de journaux aux bords politiques divers. C'est le signe qu'à défaut de censure, les journalistes n'hésitent plus à révéler leur opinion et à traiter, parfois de manière virulente, de politique : journal catholique : Der gerade Weg (La Juste voie) journal proche du KPD: Arbeiter Illustrierte Zeitung journaux pro-nazi : Der Angriff, Der Stürmer
La consécration de la liberté de la presse se traduit aussi par la montée de la presse satirique. Ainsi l'on peut faire état de l'existence de caricatures antihitlériennes, faites entre 1923 et 1933. Ces dessins (et minoritairement des photomontages) sont l’œuvre de journaux comme Die Sonntags-Zeitung. Apparait aussi la création de bande dessinée historique relative à Hitler, au sein de Simplicissimus. Cette nouveauté qu'est la liberté de la presse nous donne dans une certaine mesure, des informations précieuses sur la position antinazie de certains allemands. La presse devient alors un instrument permettant aux journalistes d'appeler à la méfiance, l'inquiétude, l'insurrection face aux discours politiques de Hitler: on peut citer à cet égard John Heartfield ou encore Fritz Michael Gerlich.
Période national-socialiste (1933 - 1945)
Après l'incendie du Reichstag. dans la nuit du 27 au , la loi allemande des pleins pouvoirs de 1933 restreint considérablement les libertés publiques dont la liberté de la presse. Dès le lendemain, Hitler obtient du président du Reich, le Maréchal von Hindenburg, des pouvoirs de police exceptionnels dans tous les Länder et la promulgation du « décret pour la protection du peuple et de l’État » qui met fin aux libertés civiles garanties par la constitution de la République de Weimar dans le cadre de la Gleichschaltung. Le , les députés du centre rejoignent les nazis et les conservateurs pour voter la loi d’habilitation qui sera promulguée dès le lendemain, ce qui confère à Hitler les pleins pouvoirs pour quatre ans, qui peuvent être renouvelables en cas de besoin. Dès sa prise de pouvoir, il abolit directement la liberté de la presse. Cette dernière passe sous le contrôle total du ministère de l'Information et de la Propagande, avec à sa tête Joseph Goebbels. Il déclare que la presse n'est qu'un . La presse allemande devient alors l'un des instruments les plus efficaces de la dictature..
La mise en place de la censure Dans les six mois qui suivent la nomination d’Adolf Hitler à la fonction de chancelier, les nazis promulguent des lois leur donnant les pleins pouvoirs pour diriger le pays. Joseph Goebbels est nommé, le , ministre de l'Information et de la Propagande, et se voit chargé de contrôler et de mettre en place une propagande intensive dans la presse, la radio et le cinéma. Le , des étudiants et bibliothécaires « nettoient » les bibliothèques universitaires des ouvrages écrits par des auteurs jugés « indésirables » car ils sont libéraux, pacifistes, socialistes ou juifs. Les professeurs et les étudiants viennent assister à la destruction de milliers de livres parmi lesquels ceux de Voltaire, Karl Marx, Heinrich Heine, Sigmund Freud ou Albert Einstein. L’ensemble des activités culturelles du pays est placé dès sous l’autorité de la « Chambre culturelle du Reich ». Face à cette menace directe, de nombreux écrivains et artistes prennent le chemin de l'exil.
À l’automne 1940, l’administration militaire passe à la censure a posteriori. Comme ce système présente certaines failles, une censure préventive est de nouveau instaurée à partir d’. Pour paraître, un journal doit recevoir l’autorisation préalable de l’État, sans cela pas de publication autorisée. L’administration militaire met aussi en place d’autres moyens pour contrôler la presse, avec la mise en place de la centralisation de l’information, l’établissement d’un monopole sur la distribution, et l’obligation pour les journalistes d’adhérer à une organisation professionnelle officielle et le contrôle de l’approvisionnement en papier. Tous les journaux sont obligés de prendre un abonnement à l’agence de presse. De cette manière, le flux d’informations peut être dirigé par les autorités. La firme de distribution Dechenne étant contrôlée par les Allemands, est la seule pouvant faire parvenir les journaux dans les magasins. Les personnes souhaitant agir comme photographe ou journaliste doivent recevoir une autorisation ou alors ils doivent devenir membre d’une association professionnelle officielle. Enfin, l’approvisionnement en papier est aussi contrôlé par les Allemands. La Propaganda-Abteilung, un département de l’administration militaire, est la plus importante instance chargée de contrôler et de censurer la presse.
La presse censurée se répartit en trois catégories : la presse des partis et mouvements de collaboration, la presse quotidienne « indépendante » et la presse "volée"..
Le premier groupe comprend les journaux qui sont les porte-parole officiels des partis et mouvements collaborateurs comme Volk en Staat, ou De Gazet. Le second groupe comprend les quotidiens "indépendants", ces journaux reparaissent après , que ce soit sous un nouveau titre ou non, et qui ne sont pas les porte-parole officiels d’une organisation ou d’un parti collaborateur, comme Le Courrier de l’Escaut. Un certain nombre de journaux "indépendants" ont de nouveaux titres avec un nouveau profil clairement exprimé, comme Le Nouveau Journal. La troisième et dernière catégorie comprend les journaux volés, les quotidiens qui reparaissent sans l’accord de leurs propriétaires, comme Le Soir.
La presse censurée crée un réel intérêt durant l'occupation hitlérienne, et celle-ci s'est montrée relativement rentable. Les tirages sont considérables et égalent souvent les chiffres d’avant guerre. Mais il existe un énorme écart entre le tirage des journaux et le nombre réel de journaux vendus.
Après 1941, l’intérêt pour la presse censurée a tendance à diminuer. La diminution d'intérêt auprès de la presse censurée s’explique par la valeur informative des journaux, sans divulguer de nouvelles informations et des informations vérifiées le peuple ne s'intéresse plus aux informations dites car elles ne sont pas nécessairement enrichissantes sur le fonctionnement et le déroulement du pays. Les journaux ne manquent pas d'apporter des éléments de distraction et d'amusement afin de divertir les Allemands. Sur le plan de l’information en matière de politique intérieure et extérieure, les articles sont beaucoup plus formatés et stéréotypés, cela étant dû au contrôle qu'exerce le pouvoir en place pour ne rien laisser au hasard, et toutes informations venant directement de la tête du pouvoir, permettent d'endiguer doucement l'esprit des Allemands. La presse censurée a également une importante valeur symbolique et politique comme le démontre l’attentat mortel survenu en par la Résistance contre Paul Colin, le fondateur du Nouveau Journal.
Les moyens d'information servant de propagande Journaux, cinéma, radio, affiches, défilés.… Les nazis utilisent tous les moyens existants pour diffuser leur idéologie avec les journaux, les affiches et les tracts qui servaient d'outils de diffusion pour le nouveau culte. Par cette volonté de diffusion du nouveau culte des moyens modernes de communication furent développés, tels que la radio, ainsi que des actualités filmées et même télévision dont des tests ont été tentés à partir de 1935, et cela permit de diffuser «l’évangile» nazi au sein de la population. Il fit promulguer des lois pour consolider ses prérogatives, notamment pour museler la presse.
Le , le discours du ministre sur «la presse et la discipline nationale» signa l’arrêt de mort de la liberté d’informer en Allemagne. «L’opinion publique se fabrique et ceux qui veulent participer à sa formation endossent une responsabilité colossale vis-à-vis de la nation et du peuple entier», pérorait le ministre, qui se mit à distribuer quotidiennement des « versions officielle s». Les rares éditorialistes critiques furent emprisonnés. Max Amann, président de la Chambre de la presse du Reich, ferma les journaux catholiques et indépendants, ou contraignit leurs propriétaires à les céder aux éditions sous le contrôle du parti nazi. Des centaines de journaux furent contraints de mettre la clé sous la porte. En Allemagne en 1944, il ne restait plus que 975 journaux, le tiers des publications en série en 1933. Cela réduisant considérablement l'information, et la liberté de s'exprimer au travers des journaux. Ce processus permit au parti nazi de petit à petit prendre place et d'exercer le contrôle qu'il souhaitait. Dès sa prise de fonction, le ministre avait annoncé que la tâche de la radio serait dorénavant la mobilisation des esprits. Les stations locales furent transformées en « stations du Reich ». De nombreux employés furent licenciés et plusieurs responsables emprisonnés. En 1937, la réorganisation de la Société radiophonique du Reich assura le contrôle exclusif des ondes. Entre ses prises de paroles à la radio et ses reportages sur la moindre apparition publique d'Hitler, ses conférences et ses discours solennels, le ministre insistait pour que les auditeurs soient divertis.
En 1938, le Reich comptait déjà 8,5 millions d’auditeurs contre 4 millions en 1933.
Même pour les artistes le respect des nouvelles lois devait être opéré. Goebbels indiqua que : «L’art allemand de la prochaine décennie sera héroïque, il sera d’un romantisme d’acier, il sera objectif et exempt de sentimentalisme, il sera national, gorgé de pathos, impératif, ou il ne sera pas. ». Six cent cinquante peintures, sculptures et dessins réquisitionnés dans les musées du pays, œuvres rejetées autant pour leur liberté formelle que pour les sujets choisis. Aux yeux des nazis, la création qui pouvait remettre en cause le nouvel ordre établi devait être bannie : c’est alors que de nombreux tableaux et sculptures de grands artistes furent détruits ou cachés, tels que des œuvres de Van Gogh, Picasso, Cézanne et George Grosz et tant d'autres.