Émilien de Nieuwerkerke né à Paris le et mort à Gattaiola près de Lucques le est un sculpteur, collectionneur d'œuvres d'art et haut fonctionnaire français du Second Empire.
Biographie Origines familiales et premiers choix de carrière D’origine hollandaise Alfred Émilien O'Hara van Nieuwerkerke fils de Charles (Lyon, 1785 - Paris, 1864), officier hollandais légitimiste qui rentre à Paris avec Louis XVIII en 1815, et de Louise-Albertine de Vassan († 1854), d'une famille noble du Soissonnais. Par sa mère, il est l'arrière petit fils de Gabriel Louis François de Neufville, 5e duc de Villeroy, lieutenant général des armées du Roi, et d'Étiennette Le Marquis, Madame de Villemomble.
Après avoir été page de Charles X en 1825, il entre quatre ans plus tard à l'école royale de cavalerie de Saumur, mais légitimiste il abandonne cette carrière à la chute du dernier Bourbon français ayant régné ().
Le , il épouse au château de Juvisy, Thécla de Monttessuy (1810-1884), sœur de Gustave de Monttessuy. Le couple se sépare rapidement pour incompatibilité d'humeur.
Découverte de la sculpture
En 1834, lors d'un séjour italien de six mois, il découvre et se passionne pour la sculpture antique et est fasciné par le travail de Félicie de Fauveau, célèbre sculptrice rencontrée à Florence. Il décide de se lancer dans cet art à son retour. Il prend alors quelques leçons chez James Pradier et chez le baron Carlo Marochetti et s'essaie à réaliser une statuette de son cousin Horace de Viel-Castel, qui devait être le conservateur du musée des Souverains au Louvre en , et chroniqueur de la Cour impériale.
Cette occupation, qui lui convenait par la liberté qui s'y attache, le dispensa d'en trouver une autre. Il exécuta des commandes officielles et exposa au Salon à partir de 1842 avec un buste en marbre du comte Charles de Ganay.
Une de ses œuvres les plus connues est Le Combat du duc de Clarence, dont un exemplaire en bronze figure depuis 1901 dans la collection royale anglaise à . Le fondeur Susse l'édita de 1839 à 1875Le , un exemplaire fut vendu aux enchères publiques à Chartres..
Depuis la destruction de à de son Monument à , statue équestre de de haut, inaugurée en sa présence par le prince-président le sur la plus grande place de la presqu'île de Perrache à Lyon, le seul exemplaire est celui inauguré par lui-même, représentant de l'empereur le au centre de la place Napoléon de La Roche-sur-Yon (ex-Napoléon-Vendée), ville chef-lieu et préfecture de ce département fondée par lui.
En 1860, le fondeur Susse l'édita en cinq tailles différentes (un exemplaire de la est conservé au château de Compiègne).
En 1845, à l'occasion d'un voyage en Italie avec Henri d'Artois, comte de Chambord, il visita à Florence la collection du richissime Anatole Demidoff, sujet russe fait prince de San Donato par le grand-duc de Toscane, et amant de Valentine de Sainte-Aldegonde (1820-1891), épouse en 1839 du de Dino, apparenté à Talleyrand.
Demidoff fut le mari de 1840 à 1847 de Mathilde-Létizia Bonaparte (1820-1904), dite la princesse Mathilde, fille unique de Jérôme Bonaparte et donc cousine germaine de Napoléon III. Nieuwerkerke devint son amant et en 1846 celle-ci quitta son mari pour s'installer dans un hôtel au 10, rue de Courcelles à Paris, qu'il lui avait trouvé ; leur liaison dura jusqu'en août 1869.
Une carrière de fonctionnaire au service du Second Empire
À la suite du limogeage des fonctionnaires républicains, sa nomination comme directeur général des Musées est effective le et il s'installe au Louvre le lendemain. Colonel d'état-major de la Garde nationale, il soutient le coup d'État du 2 décembre 1851.
Membre libre de l'Académie des beaux-arts le , il devient intendant des beaux-arts de la Maison de l'empereur le , puis surintendant des musées impériaux en 1870.
Jusqu'à la chute de l'Empire, il joua à ce titre un rôle très important dans la politique culturelle, tenant lieu en quelque sorte de premier ministre des Affaires culturellesCe n'est que fin 1881 que Léon Gambetta fit du secrétariat d'État aux beaux-arts un ministère à part entière..
À sa demande en 1855, le peintre anglais William Wyld résidant à Paris exposera à la section française de l'Exposition universelle, la seconde après celle de Londres de 1851.
Il est responsable de quatre musées : Louvre, Luxembourg, Versailles, puis de celui de Saint-Germain-en-Laye à sa création en 1862. Les objets d'art sont conservés sous sa responsabilité dans les palais impériaux. Il supervise également les commandes de tableaux, sculptures et gravures sur les fonds de la liste civile, ainsi que l'organisation du Salon annuel. Il mène à bien une difficile réforme de l'École des beaux-arts.
Il est l'objet de nombreuses attaques venant des artistes et des critiques, car ses goûts le portent vers l'art ancien et l'académisme. Il ne fait pas d'acquisitions auprès d'artistes déjà reconnus qu'il n'apprécie pas, comme Camille Corot ou Gustave Courbet, ce dernier ayant, en 1854, refusé une commandeExtrait de la Correspondance de Courbet, lettre d'octobre 1853, en lige sur Si l'art était conté…..
Au printemps 1867, il autorise le peintre Claude Monet à occuper plusieurs fenêtres de la colonnade est du palais du Louvre afin de peindre, entre autres vues parisiennes, Le Quai du Louvre (musée municipal de La Haye)G. Caillet, « Monet l'aventure intérieure », Figaro, hors-série, , )..
Il est également sénateur et conseiller général de l'Aisne.
La chute de l'Empire et l'exil À Paris, Nieuwerkerke habite un hôtel particulier du quartier de Monceau au 13, rue Murillo dans le , une demeure-atelier d’artiste et galerie d’art qu’il fit bâtir par l’architecte Hector-Martin Lefuel sur une parcelle acquise des frères Péreire en , qui fut terminée un an plus tard, trois mois avant l’effondrement du régime impérial qui l’oblige à présenter sa démission à Léon Gambetta. Prévenu de sa prochaine arrestation, il prend seul et malade le train pour Boulogne-sur-Mer, mais trouvé évanoui dans le compartiment, il est transporté à Saint-Valery-en-Caux où il demande le secours de la princesse Marie Cantacuzène (1821-1891), qu’il avait connue en 1862 chez la princesse Mathilde.
Celle-ci l’accompagne avec sa fille Olga (1843-1929) à Londres, où en octobre il tente de vendre au musée de South Kensington , provenant de son extraordinaire collection de plus de 800 objets anciens, dont il n'existe pas de liste ou d'inventaire : pièces de métal et d'orfèvrerie, sculptures, céramiques, émaux peints, verrerie, mobilier, armes et armures du Moyen Âge et de la Renaissance comprenant 100 épées, 60 dagues, 50 casques, 15 armures ou demi-armures, dont le seul exemplaire connu de harnachement gothique complet d'homme et de cheval (qui orna l'antichambre du cabinet de la surintendance des Beaux-Arts).
Après avoir vendu en son hôtel au collectionneur américain William Henry Riggs pour , fin juillet à Paris il rassemble cette collection et la fait transporter à Londres, où il la cède en août pour à Richard Wallace, grand collectionneur, ami du couple impérial, installé à Hertford House, une demeure qu'il fit aménager en musée. En , Nieuwerkerke le visite alors qu'il vient assister aux obsèques du prince impérial tué un mois plus tôt au Royaume zoulou.
Ces capitaux lui permettent de chercher un lieu d'exil en Italie où il acquiert en à Gattaiola, près de Lucques la villa Burlamacchi, datant du , où il vivra ses vingt dernières années avec ses amies les princesses Cantacuzène. Il y recommence une plus modeste collection d'œuvres de la Renaissance italienne, mais revend rapidement les objets acquis.
Il y meurt en 1892 et est inhumé au cimetière de Lucques : à la demande d'Olga Cantacuzène, sa chapelle funéraire est ornée d'un buste par le sculpteur Jean-Auguste Barre. Philippe de Chennevières (1820-1899), son plus proche collaborateur, directeur des Beaux-Arts, démissionnaire en 1878, lui consacre un article nécrologique.
L'actuelle propriétaire de la villa Rossi conserve plusieurs souvenirs français du comte : des photographies anonymes de ses bustes officiels en marbre du couple impérial pour réaliser des médaillons en biscuit de porcelaine de Sèvres (1853), ceux d'Olga Cantacuzène (1863) et de son époux le prince Lorenzo Altieri (1876 ?), ceux d'un couple de paysans de Lucques (1881) et des portraits officiels, dont celui en pied de l'impératrice (copie de celui de Winterhalter ?)Paolo Rinaldi, Intérieurs de Toscane, Taschen, 1998, Jacques Perot (dir.), Françoise Maison, Philippe Luez et alii, Le comte de Nieuwerkerke. Art et pouvoir sous Napoléon III, Réunion des musées nationaux, Château de Compiègne, 2000, ..
Distinctions Par sa haute position, le comte de Nieuwerkeke fut nommé sous le Second Empire dans de nombreux ordres, notamment :
50px chevalier de seconde classe de l'ordre de la Couronne de fer ; grand-croix de l'ordre de Vasa ; grand-croix de l'ordre de Vila Viçosa ; grand-croix de l'ordre de Charles III d'Espagne ; grand-croix de l'ordre de Léopold ; grand-croix de l'ordre du Médjidié ; grand-croix de l'ordre de la Couronne de chêne ; grand-croix de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare.
Notes et références
Annexes Bibliographie Suzanne Gaynor, « Comte de Nieuwerkerke: A prominent official of the Second Empire and his collection », Apollo, vol. CXXII, no. 283, novembre 1985, . Fernande Goldschmidt, Nieuwerkerke, le bel Émilien. Prestigieux directeur du Louvre sous Napoléon III, Paris, Art International Publishers, 1997. Jacques Perot (dir.), Françoise Maison, Philippe Luez et alii, Le comte de Nieuwerkerke. Art et pouvoir sous Napoléon III, Réunion des musées nationaux, Château de Compiègne, 2000. .
Liens externes
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