Le vignoble de Savoie est une région viticole française qui s'étend essentiellement sur les départements de la Savoie () et de la Haute-Savoie (), plus deux communes de l'Ain (Corbonod et Seyssel) et une de l'Isère (Chapareillan).
En 2012, le vignoble savoyard s'étendait sur environ (Savoie , Isère , Haute-Savoie et Ain ). de bouteilles avait été vendues cette année-là pour un chiffre d'affaires de d'euros.
Histoire Période antique vignette|left|Vitis allobrogicadétail de la fresque de la Maison de la paroi du globe, à Saint-Just, Vienne. La vigne est présente depuis longtemps dans les Alpes, comme en témoignent les pépins de raisins fossilisés retrouvés lors de fouilles archéologiques dans les sites lacustres datant du Néolithique.
Les plus anciens témoignages de vinification sur ce versant des Alpes sont postérieurs à la conquête romaine, et surtout plus au sud. Strabon vante les qualités des Allobroges qui, expliqua-t-il . Dans le courant du , ces Celtes avaient sélectionné un cépage nouveau, le vitis allobrogicaVitis allobrogica est considéré comme l'ancêtre de la mondeuse, cépage typiquement savoyard, par J. André et L. Levadoux, La vigne et le vin des Allobroges, Journal des Savants, 1964., capable de résister aux conditions climatiques alpines. Son vin entra dans l'histoire à l'époque d'Auguste et Columelle lui donna le qualificatif de vinum picatum, c'est-à-dire de vin poissé. Résultat sans doute de son passage dans des tonneaux aux douelles de sapin ou de mélèzeGilbert et Gaillard, , .. Pline l'Ancien nous a décrit ses crus, le sotanum, le taburnum et l'ellicumPierre Combaz, , ..
Ils étaient commercialisés à partir de la colonie romaine de Vienna, ce qui permit à Martial de chanter et célébrer les vins de « Vienne-la-Vineuse ». S'il ne nous est rien dit sur le mode de conduite de l’allobrogica, on sait que ce cépage était cultivé jusqu'à Burgum, l'actuel Bourg-Saint-AndéolPierre Charnay, Vignobles et vins des côtes-du-rhône, Éd. Aubanel, Avignon, 1985. .. Or, les récentes fouilles de la ligne TGV ont permis aux archéologues d'identifier le site proche des Girardes à Lapalud, des fosses alignées, datées du Haut Empire, où avait été faite une plantation viticole sur hautainsPhilippe Boissinot, Les fouilles du TGV dans la moyenne vallée du Rhône, Édition d'Art Somogy / Le Musée de Valence, 2001, ..
Période médiévale vignette|gauche|Moines cisterciens défrichant une terre. vignette|Moines de Notre-Dame de Fully au pressoir. Après la chute de l'Empire romain, c'est l'Église qui fait survivre la viticulture savoyarde à travers ses besoins en vin de messe. Dès le , les moines plantent la vigne « en crosse », c'est-à-dire sur arbre mortGilbert et Gaillard, , .. Les plus actifs furent les moines cisterciens de l'abbaye de Notre-Dame de FullyL'héritage des moines § Savoie. Certaines légendes font provenir des cépages de Chypre. Un duc de Savoie les aurait rapporté en rentrant de l'empire romain d'Orient où il était allé guerroyer pour aider son cousin l'empereur PaléologueGuide des cépages, 300 cépages et leurs vins, Ambrosi, Dettweiler-Münch, Rühl, Schmid et Schuman, éditions ULMER, 1997. .
Durant tout le Moyen Âge et jusqu'à l'annexion de la Savoie à la France, les « albergataires », ou métayers, dans le cas de plantation nouvelle ou de renouvellement d'une ancienne vigne, s'obligeaient contractuellement avec le bailleur. Celui-ci payait le défonçage du sol, l'engrais et les échalas ; le baillé avait à sa charge la plantation des hautains et l'entretien général des vignesGilbert et Gaillard, , ..
Période moderne vignette|Vendanges de vignes en hautain. De très nombreux villages de Savoie, à l'exception de ceux aux terroirs et aux climats vraiment les plus inappropriés, plantent alors des vignes. La majorité de cette production locale était de qualité médiocre avec des vins souvent mal vinifiés, âpre au goût et de faible degré en alcool, mais qui trouvait cependant pour les boire une clientèle paysanne et ouvrière peu difficile.
La plus grande extension du vignoble se fit entre le et le . Initialement implanté sur les coteaux les plus ensoleillés, il descendit vers les plaines. Et dans ces bas-fonds, pour préserver les ceps du gel, les hautains prirent encore plus de hauteur, avec l'obligation de mettre les premières grappes à 1,50 ou du sol. Ce qui permit de comptabiliser, en 1768, hectares de vignes, toutes sur treilles ou sur hautains, dont la majorité n'était apte qu'à fournir un « vin de laboureur », verdelet à souhaitAndré Combaz, , .. D'un rendement – 40 hl/ha – deux fois supérieur à celui des vignes sur échalas, ils étaient dits .
Période contemporaine vignette|gauche|Vendanges en Savoie. vignette|alt=L'illustraton est une photographie ancienne colorisée. Elle montre un village accolé au lac d'Annecy. Tous les coteaux au premier et deuxième plan sont couverts de vigne. En arrière plan, les pentes fortes sont boisées.|Vignoble autour de Talloires à la fin du . En 1816, André Jullien, lors de son séjour en Savoie pour rédiger sa Topographie de tous les vignobles connus, constate :
vignette|Les « crosses » de Savoie, dessin de Jules Guyot. Au milieu du , ces vins surets étaient produits sur près de , dont dans le département de la Savoie, soit le quart du vignoble. Cette situation perdura jusqu'à l'apparition du phylloxéra et la reconstitution d'un nouveau vignoble. La conduite en hautain ne se retrouve plus aujourd'hui qu'en Chautagne pour une partie seulement du vignoble, la quasi-totalité étant palissée sur fil de fer à une hauteur de . Ce reliquat de la vieille technique ne concernent que des vignes de gamayGilbert et Gaillard, , ..
vignette|Vendanges sur crosses entre Évian et Thonon. Toujours au milieu du , mais en Haute-Savoie cette fois, la commune d'Évian avait et son canton de vignes. Le cépage cultivé était le chasselas ; il était conduit pour moitié en vignes basses avec un rendement de 40 à . L'autre moitié poussait sur « crosses de châtaignier » avec des rendements qui s'élevaient entre 80 et 120 hl/haAndré Combaz, , .. Jusqu'au début du , la ville s'était fait une renommée pour ses vins autant que pour ses eaux. Ils avaient impressionné le docteur Jules Guyot, qui les goûta en 1868 et commentaAndré Combaz, , . :
Il a laissé une description des crosses, constituées par de grands arbres avec toutes leurs branches montant jusqu'à 8 à de haut et dont le tronc de 30 à de diamètre avait été tout écorcé. Il précisait même que les raisins du bas mûrissaient les premiers, entre six et neuf jours plus tôt que ceux du haut. Aujourd'hui, il ne reste qu'une centaine de crosses sur le territoire de Marin et le vignoble d'Évian-les-Bains est classé en vin de Pays des AllobrogesLes crosses d'Évian.
La plupart de ces mauvaises vignes ont disparu définitivement avec l'arrivée du phylloxera dès la fin du , mais surtout avec l'arrivée du chemin de fer qui permit d'importer massivement du Midi de la France des vins bon marché et de bien meilleure qualité alcoolique que les petites piquettes locales. Même si pendant quelque temps les raisins et les vins du Midi furent utilisés pour faire du coupage afin d'améliorer la qualité, seuls les meilleurs terroirs survécurent en améliorant leur qualité propre et en se greffant sur des pieds américains.
vignette|Les vignerons de Chapareillan vers 1900. Les crus de Seyssel (communes de Seyssel (Ain), Seyssel (Haute-Savoie) et Corbonod) et de Crépy (Ballaison, Douvaine et Loisin) sont distingués dès 1942 pour celui de Seyssel (décret du ) et 1948 pour celui de Crépy (décret du ). En 1957, les vins de Savoie obtiennent la reconnaissance comme VDQS, puis en 1973 ils sont classés AOC (décrets du et du ).
Situation géographique La Savoie viticole n'est pas faite d'un vignoble d'un seul tenant, mais d'un grand nombre d'îlots de viticulture, sélectionnés selon la qualité du sol et surtout de l'ensoleillement.
Surfaces Le vignoble de Savoie s'étend sur un total de . de vignes déclarés en production en 2024, soit 0,2 % du vignoble français (de ).
Dans chacun des deux départements savoyards, la part des surfaces en vigne sur le total de la surface agricole utilisée est plutôt faible : 1,5 % pour la Savoie et 0,2 % pour la Haute-Savoie selon le recensement agricole 2020..
+ Superficies 2024 produisant du vin, en hectares Départements Vignes en AOP Vignes en IGP Vignes en VSIG Total Savoie 117 122 Haute-Savoie 113 27 104 245
Géologie
Le vignoble savoyard est presque exclusivement implanté sur des sols caillouteux issus de l'érosion : moraines glaciaires (Marin, Marignan, Crépy, Frangy), cônes d'éboulis (Abymes, Arbin, Cruet, Fréterive) et terrasses fluviales (Ripaille). Les seules exceptions sont sur des marnes ou des calcaires argileux du Kimméridgien (à Chignin et à Jongieux). Quelques parcelles sont plantées sur des sols schisteux, comme à Cevins; ce genre de sols a la particularité d'emmagasiner plus facilement la chaleur du jour et de la rendre à la plante durant la nuit et donne aussi des vins avec une riche minéralité.
Le terroir des crus abymes et apremont, au sud de Chambéry, est récent : il provient d'un glissement de terrain de la face nord du mont Granier. Dans la nuit du 24 au , les marnes du Valanginien, gorgées d'eau, entraînent avec elles des calcaires durs, une autre couche de marne hauterivien et les calcaires urgoniens qui forment le sommet du Granier, formant un vaste cône d'éboulis de . Longtemps laissé en friche, ce chaos de rochers appelé les « Abymes de Myans » a été progressivement planté à partir du .
Climatologie
En raison des conditions climatiques, la vigne se limite aux Préalpes et aux versants les mieux exposés des vallées alpines, moins froides. La baisse moyenne de température est de tous les ; au-dessus de d'altitude, le différentiel de température est de par de dénivelé. Températures Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre AnnéeAlbertville () C C C C C C C C C C C C CAnnecy ()- C C C C C C C C C C C C CBourg-Saint-Maurice ()- C- C C C C C C C C C C- C C Dans la vallée les jours de gel sont fréquents et peuvent atteindre près de 100 jours par an. Seuls les cépages locaux peuvent résister à cette baisse des températures.
Dans les zones particulièrement à l'abri, près de l'eau qui atténue le froid, le climat méditerranéen est déjà perceptible, sur les rives du lac du Bourget et dans le nord de la Chautagne en particulier. Plus la vigne est plantée en coteaux orientés au sud, plus elle reçoit la lumière solaire et l'air froid peut circuler dans des endroits plus bas.
En moyenne, l'ensoleillement est par an et suivant les secteurs peut atteindre par an.
La région est parmi les plus humides de France. La moyenne se situe à environ 1000-, elle peut s'élever dans les montagnes au-dessus de par an. Précipitations Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre AnnéeAlbertville ()Annecy ()Bourg-Saint-Maurice ()
L'humidité est généralement associée à la force du vent du sud-ouest, la traverse. Pour se protéger contre le froid du vent du nord, la bise, la majorité des vignobles sont sur les versants sud. Au printemps, le vent peut apporter à la viticulture des gelées dévastatrices. Au cours de l'automne, chaud et humide, les vents du sud apportent de fréquents orages.
Appellations savoyardes La majorité de la viticulture savoyarde se trouve dans le département de la Savoie : la superficie de l'AOC « vin de Savoie » était de en 2005Source : INAO, dont en Savoie et presque tout le reste en Haute-Savoie. L'appellation couvre de Savoie, 20 de Haute-Savoie, deux de l'Ain et une de l'Isère.
Les quatre AOC savoyardes produisent de vin par an, dont 80 % de vin blanc : roussette de Savoie ; seyssel ; vin de Savoie ; crémant de Savoie (pétillant)..