La condition des femmes à la Belle Époque est marquée par des changements politiques et sociaux affectant les femmes occidentales de façon disparate. La majorité des femmes (d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et des sociétés rurales en Europe de l'Est et du Sud) voient perdurer un système multiséculaire où la question de l'émancipation ne se pose pas et dont les missions sont d'assurer les tâches familiales et la maternité. Les femmes occidentales pauvres qui travaillent comme ouvrières font face, avec l'avènement de la seconde révolution industrielle à des charges contraignantes, dans des conditions souvent exténuantes et sous-payées, avec l'apparition de la division sexuelle du travail. La transition démographique touche en Europe toutes les classes sociales, qui voient diminuer le taux de natalité. En revanche, dans la bourgeoisie et l'aristocratie des grandes villes occidentales (Paris, Londres, New York ou encore Berlin) s'opèrent d'autres mutations de structure : le rôle de femme au foyer devient la norme, et même un objectif stratégique en raison de la quasi-impossibilité pour les femmes d'obtenir un salaire décent. Dans le même temps pour la petite bourgeoisie, il devient possible de faire des études et d'occuper des emplois nouveaux comme l'enseignement ou le journalisme, pour les plus aisées s'instaure une relative libération des mœurs qui leur permet de côtoyer plus facilement les hommes, voire de s'adonner en public à la pratique d'un sport. D'autres encore s'engagent en politique, comme les suffragettes qui militent pour l'obtention du droit de vote pour les femmes, ou de manière plus radicale chez les socialistes comme Rosa Luxemburg pour une transformation de la société. Enfin, d'autres comme Marie Curie dans les sciences deviennent des pionnières en étant les premières femmes à obtenir une reconnaissance dans des milieux qui, malgré ces changements, restent à la veille de 1914 essentiellement toujours très masculins..
Monde familial et salarial
vignette|Employées d'une confiserie à Spalding (Angleterre), en 1907. vignette|upright|Femmes travaillant dans un atelier de textile à Sarajevo, en 1910.
Le contrôle des naissances (dans un cadre privé et non gouvernemental, qui condamne généralement ces pratiques) en Occident est lié à un changement des mentalités, où il devient envisageable de souhaiter pour ses enfants une meilleure condition sociale que la sienne, cela supposant un foyer plus restreint pour y consacrer du temps, du soin et de l'argent. Ce phénomène de transition démographique touche aussi bien les femmes insérées dans le monde du travail salarié, dont le nombre reste faible (dans les années 1890, deux tiers des hommes des pays développés sont actifs, contre un quart des femmes, et parmi celles-ci, en Allemagne, seulement 12 % sont mariées, 50 % célibataires et 40 % veuves)., que la femme du paysan ou de l'artisan qui travaille, mais en complément de son mari et à des tâches bien spécifiques, ce qui ne distingue pas leur rôle à la Belle Époque du leur aux siècles précédents. On ne compte par ailleurs auparavant pas de métier typiquement féminins, mis à part la prostitution et le spectacle.. Au se sont développés les métiers proto-industriels, comme les ateliers de confection (tissage, vannerie, etc.), et qui à la Belle Époque, avec les progrès de l'éducation et la réglementation de l'État deviennent davantage féminins (les enfants y travaillent moins) tout en restant harassants et sous-payés et souvent effectués à domicile ; on compte aussi de nombreuses femmes domestiques. Le revenu du foyer devient dès lors double, engendrant une séparation économique des sexes. Mais la femme reste fortement dépendante de son mari et doit avant tout s'occuper de son ménage et si salaire elle a, il n'est vu que comme un complément. Ainsi, il était mal vu qu'une femme mariée travaille, le salaire du mari devant en théorie suffire, mais une célibataire ou une veuve y étaient généralement contraintes. Les salaires étaient maintenus vers le bas pour que ces emplois ne soient pas une concurrence pour le salariat masculin.. On assiste donc à une progressive masculinisation du monde du travail, où les emplois sont de plus en plus codifiés et le travail féminin assigné à des domaines bien spécifiques.
Des changements structurels donnent naissance à de nouveaux emplois pour la classe moyenne et la petite bourgeoisie, à mesure que reculent ceux de domestique, comme ceux du travail de bureau (en 1881, on compte dans l'administration en Grande-Bretagne contre en 1911) en particulier dans la fonction publique (en France, les PTT comptent 95 000 femmes employées en 1906), de vendeuse (en Allemagne, il y en a en 1882 et en 1907) ou d'institutrice à mesure que se développe l'enseignement des jeunes filles.. Certaines femmes diplômées peuvent exercer des métiers plus prestigieux, comme celui de médecin : une loi de 1875 permet ainsi aux Anglaises d'exercer cette profession et on en compte 212 en 1901, le double qu'une décennie plus tôt. Cela dit, à travail égal et qu'importe le niveau de qualification, la rémunération d'une femme salariée reste toujours inférieure à celle des hommes et même si certaines femmes accèdent à certains emplois jusque-là masculins, elles restent à l'époque des épiphénomènes (en 1913, la France ne compte que douze avocates et quelques centaines de femmes médecins, souvent réduites à soigner des maladies féminines ou infantiles).
Enseignement vignette|Photo de classe au Smith College (États-Unis), en 1902. L'enseignement féminin se développe également, bien qu'il concerne des filles issues de la petite et de la moyenne bourgeoisie. La France, qui ne compte aucun lycée de jeunes filles en 1880 en possède 138 en 1913 (bien que leur création réponde moins au projet de leur offrir des connaissances intellectuelles que de les soustraire à l'influence de l'Église et d'en faire des agents de propagande républicaine, alors que la est encore jeuneOuvrage sous la direction d'Isabelle Poutrin, « Le - Science, politique et tradition », Berger-Levrault, 1995, Paris, chapitre « La place des femmes : un enjeu politique ? » rédigé par Michèle Riot-Sarcey, pages 401-419.) et la Grande-Bretagne passe de secondaires féminins en 1904-1905 à 349 en 1913-1914, soit un chiffre voisin de ceux des garçons, avec même une originalité dans le Yorkshire où l'on voit plus de filles que de garçons poursuivre leurs études après l'âge de seize ans. Fait original, la Russie compte environ dans l'enseignement secondaire en 1900, chiffre atteint en 1910 en Allemagne. Dans d'autres pays comme la Suède, les Pays-Bas, la Belgique et l'Italie, l'éducation des filles est en comparaison et à des degrés divers, en retard. Concernant l'université, les filles y sont admises depuis les années 1860 en Russie, en Suisse et aux États-Unis, depuis les années 1880 en Angleterre, depuis 1897 en Autriche et depuis les années 1900-1908 en Allemagne (à Berlin). En Allemagne précisément, seules obtiennent un diplôme universitaire avant 1908 (le cursus médical mis à part), date à laquelle une femme devient pour la première fois professeur d'université. En 1914, il y a entre à l'université en Allemagne, en France et en Italie contre en Autriche ; en Russie on passe de moins de en 1905 à en 1911, et aux États-Unis, soit deux fois plus qu'en 1890. Ces chiffres ne doivent pourtant pas masquer qu'il s'agit d'une infime minorité de filles qui intègrent ces universités, encore en très grande partie masculines ; le grand changement constituait surtout dans l'entrée de jeunes filles dans l'enseignement secondaire.. Par ailleurs, du point de vue des familles, l'accession des filles à l’université n’était pas une nécessité et donc rare, hormis dans les milieux progressistes et libéraux.. Le développement de la profession d'institutrice est par ailleurs un vivier où le féminisme a du succès.
Le retard de l'éducation des femmes fait l'objet de critiques, comme les auteurs Paul et Victor Margueritte qui dénoncent les hommes dans Femmes nouvelles en 1899 : .
Le thème de la mère éducatrice, développé par la littérature, qu'elle soit ou non cléricale, participe à entretenir l'idée que la femme a un rôle à tenir auprès de ses enfants, qu'elles doivent développer leurs cœurs comme leurs esprits. Les religieuses reprennent ce lieu commun, exerçant une « maternité spirituelle » lorsqu'elles sont enseignantes auprès de jeunes filles.
Rapport aux hommes et sexualité vignette|gauche|Loge dans la Sofiensaal (Vienne), Josef Engelhart (1903). La Belle Époque se caractérise également pour les jeunes filles aisées par leurs rapports aux hommes, qui deviennent moins conventionnels, par exemple dans l'apparition de soirées dansantes ou de night clubs spécialement consacrés à la danse (voire dans des hôtels au moment du thé), et plus comme auparavant simplement dans des réceptions mondaines ou des bals à date fixe. Impliquant une jeunesse émancipée qui dansait sur des rythmes exotiques (tango argentin ou musique noire américaine), ces évènements (qui se déroulent dans de grandes villes européennes ou des lieux de villégiature) traduisent un assouplissement des conventions, non sans choquer certaines franges plus conservatrices. Ce rapprochement physique va de pair avec un renouvellement de la mode, qui sans connaître encore la révolution vestimentaire post-Première Guerre mondiale voit disparaître les corsets à baleine, l'apparition dans les années 1880 de tenues plus souples et en 1910 du soutien-gorge, libérant concrètement le corps de la femme. Le sport et l'accession aux femmes à des clubs de montagne ou de tourisme suit la même logique, sortant les quelques privilégiées qui y avaient accès de leur cercle social restreint et leur permettant de fréquenter des garçons. Plus que l'équitation, où les femmes montaient encore en amazone, la bicyclette émancipe vestimentairement la femme pour bénéficier d'une liberté de mouvement. Les loisirs dans les stations balnéaires et les villes d'eau participent aussi à dévoiler le corps féminin, au risque de choquer. En témoigne une réglementation stricte sur ce qu'il est possible de montrer, d'autant plus que les époux des femmes concernées, pris par leur travail, les laissaient souvent y aller seules, les rejoignant de façon occasionnelle..
vignette|Femmes bourgeoises dans la station balnéaire de Trouville-sur-Mer (France), en 1913. vignette|gauche|La joueuse de tennis britannique Dorothea Douglass Chambers.