La tefillat Haʿamida (en hébreu , « prière [récitée] debout ») ou tefillat la'hash (en hébreu , « prière murmurée »), plus couramment appelée ʿamida, est un ensemble de bénédictions occupant une place centrale dans les offices de prière du judaïsme.

Il en existe trois versions partageant une structure commune, la prière des dix-huit bénédictions pour les offices des jours ordinaires, la prière des sept bénédictions pour le chabbat et les jours saints et la prière des neuf bénédictions, propre à la fête de Roch Hachana.

La tefillat ʿamida dans les sources juives

Le concept de prière est présent dans la BibleNombres 12:13, I Samuel 2 mais elle y apparaît comme une expression de foi spontanée et non comme le rituel agencé qu’est la ʿamida ; le Talmud de Babylone attribue à Shimon Hapakouli le crédit d’avoir édité une collection de bénédictions à la demande de Rabban Gamliel de YavnéT.B. Berakhot 28b mais elles sont attribuées dans d’autres passages aux hommes de la Grande Assemblée, parmi lesquels se comptaient les derniers prophètesT.B. Berakhot 33b & Meguila 17b. Afin de concilier ces versions, le Talmud suggère que Rabban Gamliel a réinstitué des bénédictions tombées en désuétudeT.B. Meguila 18a.

D’après l’édition 1906 de la , la Tefilla, dans la forme qu’on lui connaît, a été composée à la période de la Mishna, avant et après la destruction du Second Temple de Jérusalem. Une analyse linguistique permet de déceler dans le texte de la Amida une influence de la Bible hébraïque, mais aussi du Siracide, un apocryphe écrit vers le deuxième siècle avant l’ère commune.

Si l’idée de la prière se trouve déjà dans la BibleVoir par exemple Bamidbar 12:13 ou Samuel 2., il n’aurait pas été nécessaire de la formaliser ou d’en prescrire le contenu, ceci parce que la langue de la prière (l’hébreu) était bien connue des auteurs de la MishnaMaïmonide sur Mena'hot 4:1b, cité par Ismar Elbogen, .. La Mishna pourrait aussi avoir trouvé problématique d'introduire le formalisme dans la prière, que les Sages préféraient spontanée, ainsi que l’expriment Rabbi EliezerT.B. Berakhot 28a., Rabbi Shimon bar YohaïPirke Avot 2:13 : « Rabbi Chimon dit : "Sois attentif à réciter le Chéma et la Prière ; et lorsque tu pries, ne rends pas ta prière pesante, mais sensible et suppliante devant le Lieu, béni soit-Il, comme il est dit : Car Il se laisse émouvoir et prend pitié, Il est lent à la colère, grand en générosité et Il revient du mal (Joël 2:13) ; et ne sois pas mauvais devant toi-même. » -- Commentaires du Traité des Pères, Pirqé Avot, traduit, annoté et introduit par Éric Smilévitch, Verdier . ou encore Rabbi Yosse, lequel ajoute même qu’il faudrait introduire une nouveauté chaque fois que l’on prieYer. Berakhot 8b..)

Modifications par Rabban Gamliel de Yavné

Ces contradictions pourraient avoir une explication historique : certaines bénédictions semblent dater des premiers jours de la synagogue pharisienne, et pourraient avoir été initialement des manifestations spontanées d’efforts visant à établir la synagogue pharisienne en concurrence ou en correspondance avec le culte dans le Temple de Jérusalem, alors quasi exclusivement aux mains des Sadducéens. Ceci est apparent dans la tendance homilétique à lier les temps prescrits pour la prière à ceux des sacrifices dans le Temple, les offices de prière du matin et de l’après-midi rappelant les offrandes perpétuelles (korban tamid)T.B. Berakhot 26b ; Bereshit Rabba. tandis que pour l’office du soir, il fallut invoquer la consommation des sacrifices par le feu durant la nuit.

aurait donc entrepris de donner une forme définitive aux offices de prière publics en instruisant Shim'on ha-Paqouli d’éditer les bénédictions, qui se trouvaient déjà probablement dans l’ordre que l’on connaît actuellement, et en leur attribuant un caractère obligatoire. Il est établi, d’après le TalmudT.B. Berakhot 28b ; voir aussi Grätz, "Gesch." éd., 30 et suivants., que Rabban Gamliel demanda à ses collègues de composer une prière contre les hérétiques et les délateurs, la birkat ha-Minim.

Ajout d'une bénédiction ? On identifie d’ordinaire la bénédiction de la prière des « Dix-Huit bénédictions » à la birkat ha-Minim, mais une baraïta (citée sur la page minim) remet en cause cette identification habituelle. Il existe diverses hypothèses sur l’origine de la bénédiction, l’une d’elles étant que la qedušat ha-šem ( bénédiction) était à l’origine une bénédiction facultative en semaine et obligatoire seulement le šabbatElle aurait été récitée seulement le sabbat et les jours de fête, dans le cadre du šema‘ israel du matin et de la Amidâ du matin, voir E. FLEISCHER, Li-tefûsatan shel qedûshôt ha-‘amîdâ we-ha-yôçer be-minhagôt ha-tefîlâ shel benê ereç israel, dans Tarbitz, 38 (1968-69), 255-284 ; suivi par exemple par J. HEINEMANN, (St. Jud. , héb. 1964), Berlin-New York, 1977, 128-130..

La récitation de la Amida Le moment de la récitation

La Amida est habituellement récitée trois fois par jour, lors de l’office du matin (sha'harit), de l’après-midi (min'ha) et du soir (ʿarviṯ). Le TalmudT.B. Berakhot 26b. fait homilétiquement remonter l’institution de chacune de ces trois prières à Abraham, Isaac et Jacob, mais les temps fixés pour la récitation de la Amida sont calqués sur ceux des offrandes perpétuelles qui se tenaient dans les Temples de Jérusalem. Après la destruction du Second Temple en 70 EC, le conseil de Yavné décida que la Amida se substituerait aux offrandes, par application littérale d’Osée 14:3, « Nous t’offrirons, au lieu de taureaux, l’hommage de nos lèvres. » La Amida doit donc être récitée durant la période de temps exacte où le tamid aurait été offert.

L’office de ʿArviṯ était à l’origine optionnel : en effet, il ne remplace pas un sacrifice spécifique, mais la crémation des cendres sur l’autel au long de la nuit. Bien que ʿArviṯ soit devenu obligatoire depuis, la Amida de ʿArviṯ n’est pas répétée par le hazzan ou l’officiant, alors que les autres prières d’Amida le sont.

Lors du Shabbat (le sabbath), de Rosh Hodesh (la néoménie), et des autres fêtes juives, une amida de Moussaf remplace l’offrande supplémentaire qui avait été prescrite à la communauté en ces jours. À Yom Kippour (Jour de l’Expiation), une cinquième récitation publique, Neʿila, est ajoutée afin de remplacer une autre offrande spécifique de ce jour.

Toutes les prières de Amida, et en particulier celles des Moussaf, mentionnent les sacrifices et les prières pour leur restauration aux temps messianiques, et l’acceptation temporaire des prières à leur place.

La répétition

Lors des offices orthodoxes, la Chmona Essrè est d’abord récitée silencieusement par chaque membre de la congrégation, puis reprise à haute voix pour une lecture publique par le shaliah tzibbour (officiant) ou le hazzan (chantre), à l’exception de la Amida de Ma'ariv. Cette lecture publique nécessite obligatoirement la présence d’un quorum de fidèles, appelés minyan. La congrégation doit répondre « Baroukh Hou ouvaroukh Shemo » (béni est-Il et béni est Son Nom) » à chaque invocation du Nom de Dieu, ce qui se produit dans toute berakha (une bénédiction juive commence typiquement par « béni es-Tu Seigneur, » « Seigneur » étant un substitutif du Tétragramme ineffable), et « Amen » en conclusion de chaque berakha. Si au moins neuf membres du minyan ne répondent pas Amen, la bénédiction de l’officiant ou du hazzan est considérée comme nulle et non avenue.

Le but premier de la répétition était de donner aux membres illettrés de la congrégation l’opportunité d’être inclus dans la Amida publique, en répondant « Amen. »

On abrège parfois la récitation publique en ne récitant la Amida qu’une fois, les trois premières bénédictions à voix haute, les autres silencieusement. Ce style abrégé est appelé en yiddish « ».

Modalités de la Prière Les nombreuses modalités concernant la façon de réciter et conduire la Amida ont pour but d’aiguiser l’attention de l’orant alors qu’il s’adresse directement à Dieu.

Concentration La prière étant appelée dans le judaïsme « avoda shebalev (le culte du cœur), » elle n'a de valeur que si l'on concentre son intention (héb. ) et son émotion sur les mots de la prière. Les Sages du Talmud enseignent qu’on ne lit pas une prière comme on lirait une lettre. C’est pourquoi le Choulhan Aroukh estime qu’il est acceptable de prier dans sa langue natale ou une langue vernaculaire si l’on ne comprend pas l’hébreu, bien que l’étude de la liturgie hébraïque soit l’idéal à atteindreChoulhan Aroukh, Orah Hayyim §101..

La kavana est particulièrement exigée lors de la première bénédiction, au point qu’un orant qui ne dit une prière que de mémoire devrait la recommencer. Cependant, le Rema a abrogé cette exigence écrivant que de nos jours (il vivait au ), la période d’attention des gens est si courte qu’une personne priant sans intention lors de la première prière n’en aurait pas davantage lors de la seconde.

La bénédiction dite « de reconnaissance (Hodaʿa) » doit elle aussi être récitée avec une kavana accrue.

Interruptions Il est interdit de s’interrompre lors de la Amida, à l’exception de dangers vitaux ou de besoins pressants. Il est également interdit d’interrompre la Amida d'un autre orant, par exemple en s’asseyant à côté de lui, ou en marchant dans un périmètre de quatre amot (coudées) autour de lui.

Une récitation silencieuse Cet usage vient de Hannah, lorsqu’elle alla prier au Temple pour avoir un enfant : elle « parlait dans son cœur, et ne faisait que remuer les lèvres, mais on n’entendait point sa voix Samuel 1:13.. » C’est pourquoi, lors de la récitation privée de la Amida, la voix de l’orant ne devrait être audible que pour lui-mêmeT.B. Berakhot 31b..

La prière récitée debout La Amida doit être récitée debout, pieds joints, afin d’imiter les anges qui, dans la vision d’Ézéchiel, avaient les pieds droitsÉzéchiel 1:7. ; les orants, s’adressant à la Shekhina, doivent en effet s’efforcer de ressembler aux anges, ôtant toute pensée matérielle de leur esprit. Dans la même veine, le Tiferet Yisrael explique dans son commentaire Boaz que la Amida est ainsi appelée parce qu’elle aide les orants à focaliser leurs pensées, qui sont par nature actives et mouvantes.

Le Talmud enseigne que celui qui chevauche un animal ou voyage à bord d’un bateau (ou, par extension, dans un avion, un bus ou un train) peut réciter la Amida assis, car la précarité de sa station debout est suffisante pour l’empêcher de se concentrer sur sa prière.

L'orientation de la prière vers Jérusalem La Amida est récitée en faisant face à Jérusalem, le patriarche Jacob ayant proclamé « c’est ici la porte des cieuxGenèse 28:17., » où les prières peuvent monter. Le Talmud consigne une baraïta à ce sujet :

Trois pas Les Juifs pratiquants ont pour coutume de reculer puis avancer de trois pas avant et après la récitation de la Amida.

Les pas en arrière au début de la Amida symbolisent le retrait de l’attention vis-à-vis du monde matériel, et les pas en avant l’approche symbolique vers le Roi des Rois. En réalité, seuls les pas vers l’avant seraient nécessaires, les pas en arrière au début de la récitation n’étant qu’une coutumeMishna Beroura § 95..

Selon le Talmud, les pas en arrière après la Amida sont une réminiscence du culte dans le Temple de Jérusalem, où ceux qui apportaient des offrandes reculaient ensuite de l’autel sans le quitter des yeux. Ces pas sont aussi comparés à ceux d’un étudiant qui prend respectueusement congé de son maître :

À la suite de cet échange talmudique, l’usage a été établi que les fidèles reculent de trois pas après la méditation finale, et disent, en s’inclinant de droite et de gauche : « Celui qui fait la paix (le shalom) dans les cieux, fera la paix sur nous et sur tout Israël, et disons Amen. »

La prosternation

L’orant se prosterne en quatre endroits de sa prière : au début et à la fin de la première bénédiction, au début et à la fin de la Hodaʿa.