Le Rallye du Maroc 1976 ( Rallye du Maroc), disputé du 22 au , est la trente-septième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la sixième manche du championnat du monde des rallyes 1976 (WRC).

Contexte avant la course Le championnat du monde

Créé en 1973, le championnat mondial des rallyes pour marques regroupe les plus sélectives des épreuves routières internationales. Dix manches sont inscrites au calendrier 1976, dont six se disputant principalement sur terre. Les rallyes du championnat sont réservés aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales

Titrée en 1974 et 1975, la Scuderia Lancia est à nouveau favorite cette année, mais ses deux échecs successifs au Safari et à l'Acropole ont réduit son avance sur Opel à huit points seulement. Aussi le constructeur italien a-t-il ajouté le Rallye du Maroc à son programme, se donnant une occasion supplémentaire d'augmenter son scoreRevue Revue Sport auto n°175 - août 1976. Régulièrement présent au cours des trois saisons précédentes, Fiat a volontairement renoncé aux épreuves printanières afin de se consacrer au développement de sa nouvelle 131 Abarth, tout juste homologuée en groupe 4, qui fait ici ses débuts en championnat du monde.

L'épreuve

Depuis 1934, le rallye du Maroc passe pour l'une des épreuves internationales les plus difficiles. Non disputé entre 1956 et 1966, il renaît en 1967 sous la forme d'une succession de très longs secteurs chronométrés disputés sur des pistes particulièrement éprouvantes pour les hommes et les machines. La Transmarocaine constitue le morceau de bravoure de ce rallye, cette spéciale de près de huit cents kilomètres s'avérant souvent décisive pour le classement final. L'édition 1975 s'était achevée sur un doublé des robustes Peugeot 504, particulièrement adaptées à cette épreuve, aux mains d'Hannu Mikkola et de Bernard Consten.

Le parcours départ : de Casablanca arrivée : à Casablanca (l'arrivée effective a lieu le , mais la remise des prix se tient le 27) distance : , dont sur 9 épreuves spéciales surface : asphalte et terre Parcours divisé en trois étapesRevue Auto hebdo n°20 - juillet 1976

Première étape thumb|200 px|right|alt=Foum Zguid|Foum Zguid, point de passage de la Transmarocaine, clou de la troisième étape. Casablanca - Rabat, , 1 épreuve spéciale,

Deuxième étape Rabat - Fès - Marrakech, , du 23 au 5 épreuves spéciales, (sur initialement prévus)

Troisième étape Marrakech - Agadir - Casablanca, , du 25 au 3 épreuves spéciales, (dont la Transmarocaine, longue de )

Les forces en présence Lancia Les échecs successifs subis au Safari et à l'Acropole ont incité la Scuderia Lancia à engager une voiture au Maroc. Sandro Munari dispose d'une Stratos HF groupe 4 (environ 1000 kg, moteur central arrière V6, 2400 cm3) dans sa version la moins puissante (12 soupapes, 230 chevaux), par souci de fiabilité. L'objectif avoué de l'équipe n'est pas la victoire, Lancia voulant assurer une place d'honneur afin de consolider sa première place au championnat.

Fiat thumb|200 px|left|alt=Fiat 131 Abarth|Première apparition mondiale pour la Fiat 131 Abarth Le constructeur turinois aligne trois 131 Abarth, récemment homologuées en groupe 4, qui effectuent leur première sortie en championnat du monde. Pesant environ une tonne, elles sont équipées d'un moteur deux litres, seize soupapes, développant 215 chevaux à 7000 tr/minL'année automobile 1976/77 - éditeur : Edita S.A., Lausanne . Les pilotes italiens Maurizio Verini et Fulvio Bacchelli épaulent Markku Alén pour cette course.

Ford Comme au Monte-Carlo, l'usine a engagé deux Escort RS1800 groupe 4 (980 kg, moteur quatre cylindres, deux litres, 235 chevaux) pour Timo Mäkinen et Roger Clark. Le constructeur est également bien représenté en groupe 1, avec les trois Escort RS2000 engagées par Ford France pour Guy Chasseuil, Gérard Sainpy et Anny-Charlotte Verney.

Peugeot thumb|200 px|right|alt=Peugeot 504|La berline Peugeot 504, toujours redoutable sur les pistes africaines (ici une version usine de 1975) Vainqueur de la dernière édition, le constructeur français est à nouveau en position de force pour cette épreuve, disposant de quatre voitures officielles : un coupé 504 V6 groupe 4 (225 chevaux, 1200 kg) pour Hannu Mikkola, et trois berlines 504 groupe 4 (190 chevaux, 1300 kg) pour Simo Lampinen, Jean-Pierre Nicolas et Jean-Claude Lefebvre. L'équipe officielle est épaulée par l'écurie Aseptogyl de Robert Neyret, qui engage deux berlines 504 (en version 170 chevaux) pour Christine Dacremont et Marianne Hoepfner. On trouve en outre une trentaine de 504 privées, les plus en vue étant les versions groupe 2 (environ 110 chevaux) de Jean Guichet et de Raymond TouroulRevue L'Automobile n°362 - août 1976.

Citroën Deux voitures pratiquement de série ont été engagées par l'usine : une CX2200 (112 chevaux, 1350 kg) pour le spécialiste de l'épreuve Jean Deschazeaux et une GS X2 (65 chevaux) pour Claude Laurent. S'agissant de versions 'grande exportation', elles sont homologuées en groupe 2. Le pilote local Raymond Ponnelle s'aligne sur sa DS23 groupe 1 personnelle.

Opel Non engagée officiellement, la marque allemande compte néanmoins quelques représentants, dont Tony Fall qui pilote une Opel Kadett GT/E groupe 4 engagée par le Taurus Opel Team.

Renault Jacky Privé (Renault 17 Gordini groupe 4, 170 chevaux) et Jean-Claude Briavoine (Renault 12 Gordini groupe 4), engagés à titre privé, comptent parmi les meilleurs ambassadeurs de la marque de Billancourt

Déroulement de la course Les vérifications techniques se déroulent à Casablanca le lundi , sous la pluie. Malgré un contrôle très sévère effectué par les commissaires techniques, qui imposent des modifications portant sur la sécurité, notamment au niveau des robinets de couplage des réservoirs d'essence, les 102 équipages inscrits sont admis pour la course.

Première étape Le départ de la première étape est donné de Casablanca, le mardi matin à neuf heures. Relativement courte, cette première partie du rallye, qui conduit les concurrents à Rabat, ne comporte qu'une seule épreuve spéciale, longue de 95 kilomètres, disputée sur une piste rocailleuse. Les Fiat s'y montrent les plus rapides, Markku Alén devançant ses coéquipiers Fulvio Bacchelli et Maurizio Verini de près de deux minutes. Les pilotes italiens sont talonnés par les Peugeot 504 d'Hannu Mikkola et de Jean-Pierre Nicolas. Les organisateurs marocains n'effectuent pas de contrôle des points de passage, aussi beaucoup de concurrents ont-ils emprunté un raccourci de quelques kilomètres. Ce n'est pas le cas de Sandro Munari : le pilote Lancia a scrupuleusement respecté le 'Road book' et perdu quelques minutes sur ses principaux adversaires, des problèmes d'allumage ayant accentué son retard ; il n'occupe que la neuvième place au classement général, à déjà plus de sept minutes et demie de l'équipage de tête. Simo Lampinen (Peugeot 504) a également été malchanceux au cours de cette journée : une crevaison lui a fait perdre une dizaine de minutes, et il n'occupe que la quatorzième place du classement général au terme de cette première étape, au cours de laquelle neuf équipages ont déjà abandonné.

+ classement à l'issue de la première étape Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Markku Alén Ilkka Kivimäki Fiat 131 Abarth 4 1 h 03 min 45 s 2 Fulvio Bacchelli Francesco Rossetti Fiat 131 Abarth 4 1 h 05 min 43 s + 1 min 58 s 3 Maurizio Verini 'Ninni' Russo Fiat 131 Abarth 4 1 h 05 min 44 s + 1 min 59 s 4 Hannu Mikkola Jean Todt Peugeot 504 V6 coupé 4 1 h 05 min 51 s + 2 min 06 s 5 Jean-Pierre Nicolas Michel Gamet Peugeot 504 4 1 h 06 min 01 s + 2 min 16 s 6 Timo Mäkinen Henry Liddon Ford Escort RS1800 4 1 h 07 min 14 s + 3 min 29 s 7 Roger Clark Jim Porter Ford Escort RS1800 4 1 h 07 min 53 s + 4 min 08 s 8 Jean Deschazeaux Jean Plassard Citroën CX 2200 2 1 h 10 min 28 s + 6 min 43 s 9 Sandro Munari Silvio Maiga Lancia Stratos HF 4 1 h 11 min 20 s + 7 min 35 s 10 Jacky Privé 'Tilber' Renault 17 Gordini 4 1 h 11 min 29 s + 7 min 44 s 11 Christine Dacremont Yveline Vanoni Peugeot 504 4 1 h 12 min 37 s + 8 min 52 s 12 Jean-Claude Lefebvre Gérard Flocon Peugeot 504 4 1 h 12 min 52 s + 9 min 07 s 13 Jean-Claude Briavoine Robert Schneck Renault 12 Gordini 4 1 h 13 min 43 s + 9 min 58 s 14 Simo Lampinen Atso Aho Peugeot 504 4 1 h 15 min 45 s + 12 min 00 s 15 Guy Chasseuil Patrice Chonez Ford Escort RS2000 1 1 h 16 min 15 s + 12 min 30 s

Deuxième étape Rabat - Fès Le départ de la seconde étape, longue de 2000 kilomètres, est donné le mercredi matin. La veille, les organisateurs avaient envisagé d'annuler le secteur chronométré de Midelt, en raison des fortes pluies ayant raviné les pistes dans cette partie du massif de l'Atlas. Après concertation avec les concurrents, la seconde spéciale du jour est finalement maintenue au programme, mais réduite à 61 kilomètres (au lieu des 238 prévus). La route qui emmène les concurrents de Rabat aux portes du Moyen Atlas ne présente pas de difficulté majeure. La spéciale d'Oulmès se dispute sur une piste forestière en terre battue. Mikkola attaque et réalise le meilleur temps ; sur ce parcours de 81 kilomètres, il a repris plus de deux minutes à Alén qui pour deux secondes cède le commandement de la course à son compatriote. Quoique réduite à la zone du Cirque de Jaffar, la spéciale suivante s'avère beaucoup plus sélective, la principale difficulté étant le franchissement d'un oued particulièrement boueux. Premières à l'aborder, les Fiat d'Alén et de Bacchelli passent sans problème, contrairement à leur coéquipier Verini qui s'y enlise et va perdre une vingtaine de minutes. C'est pire pour Mikkola, qui reste bloqué une demi-heure et dégringole de la première à la onzième place au classement général ! C'est désormais Bacchelli, auteur du meilleur temps, qui occupe le commandement de la course, une minute devant Alén. Derrière, Timo Mäkinen (Ford Escort) a pris la troisième place, juste devant Nicolas ; ils accusent déjà un retard de plus de neuf minutes sur la Fiat de tête. Munari, passé sans encombre, est remonté de la dixième à la cinquième place, alors que Roger Clark a dû abandonner, le joint de culasse de son Escort ayant lâché. La spéciale suivante est à nouveau dominée par les Fiat, Alén et Bacchelli accentuant légèrement leur avance sur Mäkinen et Nicolas. Leur coéquipier Verini, déjà très retardé à Jaffar, perd à nouveau énormément de temps à cause de problèmes surchauffe moteur. Dans la nuit, les concurrents gagnent Fès, où ils bénéficient de quelques heures de repos. Bacchelli est toujours en tête, comptant alors un peu plus d'une minute d'avance sur Alén, neuf et demie sur Mäkinen et près de onze sur Nicolas. Derrière Munari cinquième, Raymond Touroul, auteur d'une très belle course sur sa 504, occupe la tête du groupe 2, loin devant Jean Deschazeaux (Citroën CX), seulement quatorzième au classement général, ayant également perdu beaucoup de temps dans l'oued de Jaffar.

thumb|300 px|right|alt=Fès|La ville de Fès, entre Rif et Moyen Atlas.