L'allée couverte de Roquefort est située à Lugasson dans le département français de la Gironde.
Au Moyen-Âge, elle fut intégrée au rempart défensif qui protégeait l'éperon de Roquefort.
Description
Il s'agit d'une allée girondine qui s'étire sur 14 m de long et 1,40 m de large en moyenne. L'ensemble du monument a été construit en dalles de calcaire à astéries. Le tumulus est lui-même constitué de dallettes en calcaire et orné d'un parement de dalles posées sur chant.
L'allée est délimitée par sept orthostates côté sud et onze côté nord, de 0,50 m à 1,70 m de haut. Elle est orientée selon un axe nord-ouest/sud-est. À l'origine, elle était recouverte d'une série de tables de couverture, dont trois sont demeurées en place, les autres dalles reposant à proximité de l'édifice, au sol.
La dalle de chevet comporte une série de sept cupules et demi, d'environ 5 cm de diamètre, creusées sur sa face interne.
Situation géographique L’éperon de Roquefort se situe à l’extrême pointe sud du plateau calcaire de Bellefond, qui constitue le sous-sol de plusieurs communes du Bazadais comme celle de Lugasson, en Entre-Deux-Mers. Le calcaire est dit « à astéries », du nom des fossiles marins d’étoiles de mer qui le composent en grande partie et qui datent de l’Oligocène. Ce calcaire blanc-jaune alimente encore aujourd’hui les carrières de pierre d’Entre-Deux-Mers, réputées pour leur « pierre de Bordeaux ». Elle est formée d’une succession de couches de matière compactes à grain fins ou grumeleux, de fossiles d’huîtres, coraux et étoiles de mer, et de zones plus tendres passant parfois par des sablesL’A.S.P.E.C.T, 1995, p 19-85.
L’altitude du plateau est comprise entre et l’éperon de Roquefort est partagé en deux parcelles cadastrales (39 et 40). Deux cours d’eau ont creusé les vallées qui délimitent à l’ouest et à l’est l’éperon de Roquefort et se rejoignent au sud : l’Engranne – affluent de la rive gauche de la Dordogne – et le ruisseau de Fontarnaud (ou Petite Engranne) – affluent de l’Engranne.
L'allée couverte de Roquefort se situe à proximité du gisement préhistorique du Grand Moulin, à des allées couvertes de Sabatey, à de l’allée couverte de Curton, à environ des dolmens de Bignon à Frontenac, auxquels s’ajoutent les menhirs de Pontaret et les grottes de Fontarnaud (occupées du Paléolithique à l’Âge du Bronze). Dans un rayon de maximum, tous ces monuments mégalithiques s’inscrivent dans une aire géographique réduite, assez singulière en Aquitaine, et mettent en évidence l’attrait de ce territoire pour les populations humaines dès la Préhistoire.
Historique des fouilles Si l’éperon de Roquefort est connu depuis le , grâce aux nombreuses visites de l’archéologue girondin Léo Drouyn, l’allée couverte quant à elle ne fut repérée qu’au tout début du .
L'abbé Labrie (1867-1927) Recouvert par un rempart de pierre s’appuyant directement sur son cairn d’origine, le mégalithe est mis au jour et fouillé en 1922-1923 par l’abbé Jean-Joseph Labrie, curé de LugassonL’A.S.P.E.C.T, 1984, 114 p. Passionné d’archéologie, il est le premier à réaliser qu’une sépulture mégalithique se trouve sous les restes du rempart de pierre barrant l’éperon de Roquefort. Ce rempart, aussi appelé vallum, était déjà connu au siècle et mesurait alors 2m50 de haut, 220m de long et 20m de largeDrouyn, 1865, p XIII. gauche|vignette|367x367px|Fouille de 2019, restes du cairn mélangés aux restes du rempart, © J.Rey Dans une lettre à son ami Fernand Morin, préhistorien amateur, en 1923, l’abbé Labrie témoigne : « Un superbe dolmen de 13m de long dans le retranchement du camp néolithique de Roquefort. Personne n’avait soupçonné cela, pas plus moi que les autres. C’est certainement la nécropole néolithique la plus importante de la Gironde. Les sépultures y sont assez nombreuses, mais le mobilier funéraire est jusqu’ici assez médiocre. Le monument est remarquable car les pierres sont énormes ». Les découvertes de l’abbé Labrie, décédé quelques années plus tard en 1927Bardié, 1927, n’ont malheureusement fait l’objet d’aucune publication et ses collections, non étudiées, sont considérées comme perdues.
Julia Roussot-Larroque (1934-2017) À partir de 1967, l’archéologue du CNRS Julia Roussot-Larroque entreprend des fouilles et recherche des traces d’habitat néolithique sur le plateau de Roquefort. Le site est alors célèbre pour le mobilier archéologique qui affleure encore au fur et à mesure des laboursSireix et Roussot-Larroque, 1968 sur le plateau et qui attire les amateurs plus ou moins bienveillants, mais surtout pour la forte concentration de monuments mégalithiques dans laquelle il s’inscrit. Julia Roussot-Larroque, qui s’intéresse au site dans son ensemble, entreprend trois sondages en 1967, dont un dans la pente sud-est de l’éperon qui lui a permis la reconnaissance de quatre couches archéologiques, subdivisées par la suite, et a servi de point de départ aux fouilles ultérieuresRoussot-Larroque, 1968a.
Elle s’attaque au nettoyage de l’allée en 1972 et y trouve une importante quantité de mobilier archéologique qui date l’utilisation du monument au Néolithique récent (3600-3000 av. J.C) : « Jusqu'ici, nous avons recueilli et repéré sur plan 440 objets ». Parmi ces objets, on compte des os, des éclats de silex, des perles et quelques tessons de céramique couvrant les périodes du Néolithique au Moyen-Âge, de même que de nombreux restes humains devant faire l’objet d’une étude anthropologique. Il semble malheureusement que cette étude n’ait jamais vu le jour.
Une autre partie du nettoyage de l’allée couverte consistait à tamiser les déblais de la fouille de l’abbé Labrie, où un grand nombre d’objets « hors contexte » fut récupéré, malgré les rumeurs tenaces circulant encore aujourd’hui dans le village de Lugasson, à propos des ouvriers du curé trop zélés qui auraient entièrement vidé l’allée couverte pendant que l’abbé donnait ses trois messes dans ses trois paroisses.
En 1975 et 1976, Julia Roussot-Larroque ouvre deux sondages perpendiculaires à l’entrée de l’allée couverte et met au jour trois niveaux de ceinture du rempart barrant l’éperon, dont un s’appuie directement sur les piliers de l’allée couverteRoussot-Larroque, 1975.
Ses fouilles se sont étendues de 1967 à 1976, avant de s’interrompre à la suite d’un différend avec le propriétaire de l’époque.
Fouilles récentes En 2019, une troisième campagne de fouilles a eu lieu, sur la base des anciennes données archéologiques. Au préalable, deux des trois tables de couvertures de l’allée ont été retirées pour des raisons de sécurité, et les orthostates, couverts de mousse et de lierre, ont fait l’objet d’une préconisation de nettoyage par le laboratoire de conservation-restauration et de recherche spécialisé sur le patrimoine archéologique terrestre et sous-marin Arc’antique de Nantes, en 2017Ard et al. 2019.
Cadre et contexte C’est dans le cadre du programme de recherche ANR MONUMEN 2018-2022 (dirigé par Vincent Ard, chercheur au CNRS et président de l’association Méganéo), s’intéressant à l’émergence et au développement du mégalithisme sur la façade atlantique, que ces fouilles ont été relancées. La question de la chronologie du phénomène mégalithique en Aquitaine est au cœur des questionnements archéologiques actuels, puisque cette région souffre d’un déficit de la recherche sur le mégalithisme et ne dispose, encore aujourd’hui, d’aucun calage chronologique pour les allées d’Aquitaine, type architectural caractéristique de cette région, dont fait partie l’allée couverte de Roquefort.
C’est à la demande des propriétaires actuels des lieux que Roquefort a été réinvesti par les archéologues en , pour une campagne de deux semaines. L’endroit a permis de documenter à la fois des traces d’occupation domestique et une tombe mégalithique. Éponyme du Groupe de Roquefort du Néolithique moyen, défini par J. Roussot-Larroque, ce site méritait également d’être réinvesti pour questionner la réalité de ce faciès culturel propre à l’Aquitaine. Dans cet objectif, cinq sondages ont été ouverts autour et dans l’allée couverte (pour voir le modèle 3D de la fin de la fouille, c'est ici).
Les fouilles de 2020 Une nouvelle campagne de fouilles a été menée en , prolongeant et complétant les recherches effectuées dans l’allée couverte en 2019. En parallèle, des sondages ont à nouveau été ouverts sur le plateau de Roquefort, non loin des précédentes fouilles des années 1970. Le rapport de la campagne de fouilles, qui doit allier l’étude des données de 2020 à celles de 2019, mais aussi à celles des années 1970, est prévu pour la fin de l’année 2020.
Acquisition 3D vignette|287x287px|Lugasson, Roquefort (Gironde), acquisition 2019 : mise en place du vol de drone-lidar sur le site de Roquefort © H.Vitté. L’acquisition 3D du site de Roquefort a été effectuée à différentes échelles (plateau et sondages), à l'aide de différentes technologies complémentaires pour renseigner au mieux la topographie : un drone équipé d’un capteur Lidar, un drone avion permettant l’utilisation de la photogrammétrie aérienne, un scanner 3D au sol et des appareils photo couplés à un tachéomètre (pour la modélisation 3D géoréférencée des sondages, étapes par étapes, pendant la fouille).
Prospections géophysiques En parallèle des fouilles archéologiques, des prospections géophysiques ont été effectuées, et plus précisément des prospections électriques et des prospections magnétiques.
La carte magnétique issue de la prospection magnétique a mis en évidence une structure fossoyée d’une largeur de 2,5m environ barrant l’éperon d’est en ouest, sans lien apparent avec l’allée couverte (les études préliminaires du mobilier céramique retrouvé dans cette structure fossoyée renvoient au Moyen-Âge). Les sections de résistivité électrique montrent, quant à elles, un substrat rocheux généralement placé à moins de 0,50 m de la surface du sol avec quelques affleurements irréguliers. Également, une anomalie non-identifiée a été repérée en amont de l’allée couverte, pouvant renvoyer à un amas rocheux compte tenu de sa forte résistivité électrique.
Étude architecturale et technologique Jusqu’à présent en France, le questionnement sur les mégalithes s’est surtout concentré sur la genèse des monuments, leur chronologie, leur rapport au territoire, leur dépôt et leurs pratiques funéraires. En complément de ces pratiques, il est possible d’envisager l’architecture mégalithique comme une construction symbolique dont on tente, depuis quelques années, de caractériser la gestion de ces « grandes pierres » comme un système technique à part entière. L’idée est, autant que possible, de se mettre à la place d’un « visiteur » néolithique, en allant plus loin que la traditionnelle lecture horizontale du monument.
Le dallage gauche|vignette|326x326px|Sondage sous le dallage de l'allée couverte de Roquefort, 2019 © J.Rey L’allée couverte possède un dallage à part entière en guise de sol : ce dallage remonte en pente douce depuis l’entrée vers la dalle de chevet, sur une déclivité de 60 cm environ, aménagé sur un lit de pierres de calage plus petites. 26 monolithes forment le dallage avec des dimensions variables dont la taille augmente de l’entrée jusqu’au fond du monument (entre 0,40 m et 2m de long). La plus grosse dalle est celle qui est installée aux pieds de la dalle de chevet (207x122 cm). Certaines dalles se superposent et il est possible de dire que les pierres du dallage ont été installées avant les orthostates de l’allée, d’ouest en est, soit du fond vers l’entrée.
Les orthostates