Le château d'Auberoche est le nom d'un ancien château détruit dont le site se trouve sur la commune du Change, dans le département français de la Dordogne. Il n'en subsiste qu'une chapelle, classée au titre des monuments historiques depuis 1960.
Localisation du site La châtellenie La châtellenie d'Auberoche se situait dans le secteur nord-est de l'Aquitaine. Elle occupait, dans le Périgord central, un important territoire, seize kilomètres à l'est de la ville de Périgueux, en amont de la confluence de l'Isle et de l'Auvézère.
Ce territoire se surimposait à celui de quinze communes, réparties sur trois cantons, appartenant à l'arrondissement de Périgueux. Le cadre communal permet une évaluation de l'emprise territoriale de la châtellenie, s'étendant sur environ hectares. Son vaste territoire enjambe les trois vallées de l'Isle, de l'Auvézère et du Manoire, la vallée de l'Auvézère constituant un axe principal de direction est-ouest, véritable couloir de part et d'autre duquel semble s'être organisée l'assiette territoriale de la châtellenie.
Sur le plan géographique, cette dernière dessine un périmètre très représentatif de la physionomie du Périgord central. En effet, le territoire de la châtellenie d'Auberoche intègre une partie des deux domaines structuraux qui composent cette région du Périgord. Ceux-ci entrent en contact selon une ligne de fractures, de direction nord-ouest - sud-est, passant légèrement à l'est du village du Change. Ainsi s'opposent de part et d'autre de cette ligne de contact deux domaines morphostructuraux :
autour de Périgueux s'étend une région construite sur les calcaires crétacés, les placages du sidérolithique et les vastes épandages de colluvions quaternaires. C'est un « pays » de collines boisées, entrecoupées d'innombrables vallons secs et de combes feutrées d'altérites ; à une quinzaine de kilomètres à l'est de Périgueux au-delà du village du Change commence un autre « pays ». Il correspond à l'apparition des calcaires jurassiques. Le paysage est ici plus uniforme. C'est celui d'un plateau, laniéré par un réseau hydrographique ancien, marqué par l'action karstique et couvert d'une maigre végétation de reconquête calcicole.
Là débute le causse périgordin. Il constitue la partie orientale du territoire de la châtellenie d'Auberoche.
La châtellenie d'Auberoche « castellana de Alba Rupe » est mentionnée dès le en 1287 lors d'un hommage à Arthur II de Bretagne devenu vicomte de Limoges par son mariage avec Marie de Comborn, fille de Guy VI, vicomte de Limoges de la Maison de Comborn. En 1365, cette châtellenie compta jusqu'à quinze paroisses : Le Change, Sarliac, Cubjac, Montagnac, Limeyrat, Ajat, Fossemagne, Saint Crépin, Saint Pierre, Blis, Antonne et Trigonant (deux paroisses distinctes dans la châtellenie), Eyliac, Saint Antoine et Milhac. Par le nombre de paroisses, Auberoche comptait parmi les plus importantes châtellenies du Périgord.
Le castrum d'Auberoche se situait sur la commune du Change, bien centré au cœur même du territoire de cette ancienne paroisse. Il occupait un site élevé et escarpé au-dessus de la vallée de l'Auvézère, sur l'extrême bordure du causse périgordin, à quelques pas du contact avec le domaine crétacé.
Le choix du site semble avoir été guidé par des conditions naturelles privilégiées. La topographie des lieux offre des possibilités susceptibles de répondre aux exigences d'une implantation castrale. Auberoche marque une évolution en matière d'architecture castrale, puisqu'il s'agit de l'exploitation à des fins défensives d'un site élevé et naturel sur lequel la pierre sera le premier matériau utilisé, alors qu'initialement la motte castrale résultait de l'aménagement par l'homme d'un terrain souvent en plaine pour y créer une surélévation en terre et y bâtir en bois. C'est donc par extension que le terme de castrum a continué à s'appliquer à cette évolution architecturale. L'évolution de l'art militaire et des matériels a conduit à cette modification logique du choix des lieux de défense et des matériaux servant à l'édification des tours et donjons qui furent bâtis vers la fin du .
La vallée prend ici de l'ampleur. L'Auvézère décrit deux grands méandres. Ils contournent successivement trois avancées d'interfluves considérablement aplanies par l'érosion fluviatile. D'importants lambeaux de la terrasse ancienne offrent des sols fertiles, à l'abri des inondations.
Ces conditions particulières déterminent une vaste région basse, propice à la mise en valeur agricole. À la hauteur du Change, l'Auvézère est profondément encaissée dans le substrat calcaire. Les rives concaves du cours d'eau viennent s'appuyer contre de puissants abrupts dont les pentes raides dominent l'Auvézère d'une hauteur de 50 à . Ces escarpements isolent les interfluves de la vallée. Tout accès est difficile, sinon par les vallons affluents. Les possibilités défensives et de contrôle de l'axe de passage déterminé par la vallée sont évidentes.
La tour-maîtresse, qui fut le premier élément de ce castrum, se dressait sur la rive droite de l'Auvézère, dans la courbe du premier méandre. Elle fut édifiée au faîte d'un éperon rocheux taillé dans les calcaires bathoniens par l'Auvézère et un réseau d'affluents. À l'est, la profonde dépression de l'Auvézère constitue l'abrupt principal. Il est interrompu au sud par la percée d'un vallon. Ce système est complété côté ouest, par l'échancrure qui détermine sur le front sud un modeste sous-affluent. Au nord, un étroit passage reliait l'éperon au domaine des plateaux.
Historique Du début de la guerre de Cent Ans à nos jours vignette|redresse|Le siège du château d'Auberoche, en Gascogne, par les Français. Miniature du Maître de Giac tirée d'un manuscrit des Chroniques de Jean Froissart, Besançon, BM Ms. 864, vers 1412-1414. Le site d'Auberoche en Périgord est bien connu de tous les historiens de la guerre de Cent Ans pour le combat décisif qui s'y déroula en . La bataille d'Auberoche est le terme victorieux de la première campagne en Guyenne du corps expéditionnaire anglo-gascon, placé sous le commandement d'Henry de Grosmont dit Henri de Lancaster, comte de Derby, qui avait débuté par la prise de Bergerac, dans la vallée de la Dordogne en août de la même année.
Maintes fois cité à la suite de Jean Froissart par les chroniqueurs puis par les historiens contemporains, ce haut lieu de la lutte armée franco-anglaise, dans le sud-ouest du pays, vit se dérouler sous ses murs la première bataille importante et terrestre de la guerre de Cent Ans.
La prise de Bergerac obligea les troupes françaises commandées par le comte Bertrand de L’Isle Jourdain (ou Lille Jourdain) à se replier vers La Réole. Le corps expéditionnaire anglais poursuivit son avancée vers le Périgord et s’empara sans trop de difficultés des quelques places fortes où Bertrand de l’Isle Jourdain n’avait laissé que quelques soldats. La résistance d’Auberoche fut vaine, tant le combat fut inégal, et les Anglais s’emparèrent de la place. Avant de repartir vers Bordeaux, le comte de Derby y laissa une garnison commandée par messires Franque de Halle, Alain de Finefroide et Jean de Lindehalle.
C’est toujours replié à La Réole que le comte Bertrand de l’Isle Jourdain apprit le retour de l’armée anglaise à Bordeaux. Informé de la faiblesse de la garnison anglaise laissée à Auberoche, le comte y vit une opportunité de reprendre ce site fortifié, qui, par sa position, servait de verrou à trois vallées : celles de l’Isle, de l’Auvézère et, dans une moindre mesure, celle du Manoire. Pour « bouter l’anglois » hors d’Auberoche, il appela à se joindre à lui, les comtes, vicomtes, barons et chevaliers de Gascogne. C’est ainsi que ceux de Carmaing, de Bruniquel, de Pierregord, de Comminges, le rejoignirent avec leurs gens et leurs hommes d’armes et vinrent mettre le siège devant le château d’Auberoche. L’ost qui se mit en place tout autour d’Auberoche était si nombreuse que la garnison anglaise comprit vite que nul ne pourrait plus sortir ou entrer. Les assiégeants firent venir de Toulouse quatre machines de guerre qui chaque jour envoyèrent des tonnes de pierres contre les murs du château.
La situation de la garnison d’Auberoche devint rapidement critique et ceux qui la commandaient comprirent que, sans secours, ils ne pourraient bientôt avoir comme seule solution que celle de se rendre. Néanmoins, ils tentèrent de prévenir le comte de Derby pour lui demander secours. Ils rédigèrent une lettre revêtue de leur sceaux pour l’informer de la situation à Auberoche. Cette lettre fut cousue dans les vêtements d’un valet qui, selon Froissart, s’était porté volontaire pour tenter de traverser les lignes françaises. Celui-ci fut descendu le long du mur d'enceinte mais fut vite arrêté à un poste de guet français et, s’exprimant en gascon, tenta d’expliquer qu’il était au service d’un des seigneurs assiégeant Auberoche. Il ne fut pas assez convaincant et la supercherie fut découverte ainsi que le message dont il était porteur. Les chevaliers prirent connaissance de ce message et, plaçant ce valet dans la fronde d’une catapulte, le renvoyèrent par-dessus les murs du château. Cet épisode est immortalisé dans deux enluminures illustrant le Recueil des Croniques et Anchiennes Istories de la Grant Bretaigne, a présent nommé Engleterre de Jean de Wavrin.
La nouvelle du siège d’Auberoche et la situation critique de sa garnison finirent cependant par arriver jusqu’au comte de Derby. Celui-ci et messire Gautier de Mauny furent d’accord pour tenter de desserrer l’étau français autour du château. Le comte de Derby se mit en route et fit demander à Richard de Stafford et Étienne de Tombey qui étaient à Libourne, ainsi qu’au comte de Pembroke qui était à Bergerac de le rejoindre pour marcher vers Auberoche. Le comte de Pembroke ne rejoignit pas le comte de Derby. Bien qu’inférieure en nombre, l’armée anglaise réussit à surprendre à l’heure du dîner les comtes et vicomtes, qui commandaient l’armée française, et à les faire prisonniers. Les soldats français cessèrent le combat. Cette bataille d’Auberoche eut lieu le . Auberoche resta possession anglaise et le commandement de sa garnison fut confié à messire Alexandre de CaumontChroniques de Froissart, livre 1..
En 1346, Auberoche redevient possession française du roi Philippe VI de Valois. Celui-ci décidera de la vente de cette châtellenie au cardinal Talleyrand de la Maison de Talleyrand-Périgord. Cette vente sera effective en pour la somme de florins et ratifiée par Charles de Blois, duc de Bretagne et Jeanne de Penthièvre son épouse, comtesse de Penthièvre et vicomtesse de Limoges. Le cardinal Talleyrand-Périgord donnera à son frère Roger-Bernard, comte de Périgord, procuration pour recevoir en son nom tous les hommages qui lui étaient dus par les habitants de cette châtellenie.