Droit et justice (en , PiS)Le nom du parti est habituellement traduit, dans des médias francophones, par « Droit et justice ». Prawo, en polonais, signifie à la fois « droite », « droit » (la discipline) et « loi ». Quelques rares médias français utilisent la traduction « Loi et justice », qui ressemble à l'appellation courante anglophone « Law and Justice ». est un parti politique polonais, fondé en 2001 par les frères Jarosław et Lech Kaczyński.

D'idéologie nationale-conservatrice, eurosceptique et atlantiste, il est classé à droite ou à l'extrême droite de l'échiquier politique. Il soutient une politique sociale pour un État-providence.

S'étant rapidement imposé comme le principal parti au côté de la Plate-forme civique, il détient la majorité à la Diète de 2005 à 2007 et de 2015 à 2023. Trois présidents de la République en sont également issus : Lech Kaczyński (2005-2010), Andrzej Duda (2015-2025) et Karol Nawrocki (élu en 2025).

Historique

Débuts (2001-2005) vignette|droite|Premier logo Fondé le par Jarosław Kaczyński et son frère Lech Kaczyński, alors que ce dernier était ministre de la Justice du gouvernement AWS. Formé autour de son parti l'Accord du centre, il réunit d'autres mouvements de droite et conservateurs, et les restes du parti politique issu de Solidarność, AWS..

Aux élections législatives de 2001, PiS remporte 44 des du Sejm (la diète polonaise) avec 9,5 % de voix. Le groupe parlementaire est alors dirigé par Kazimierz Marcinkiewicz.

Pour les élections régionales de , PiS forme une coalition avec son rival de la PO, dans la plupart des régions, la coalition n’emporte que 16 % des voix, mais Lech Kaczyński est élu maire de Varsovie. et laisse la présidence du PiS à son frère Jarosław Kaczyński en 2003.

Lors des élections européennes de 2004, en obtenant à elle seule 12,67 % des suffrages, PiS devient la troisième force politique, et emporte 7 des réservés aux Polonais. Il est alors membre du groupe parlementaire européen Union pour l'Europe des nations..

Au pouvoir (2005-2007) Gouvernement de Kazimierz Marcinkiewicz thumb|gauche|Kazimierz Marcinkiewicz (gauche) et Lech Kaczyński (centre) lors de l'investiture du président de la République. Lors des élections législatives du 25 septembre 2005, Droit et justice arrive en tête, avec 26,99 % des suffrages et sur 460, devant la Plate-forme civique (PO, libéraux), qui remporte 24,1 % des voix et , les deux partis ayant fait part de leur volonté de constituer un gouvernement de coalition.. Deux semaines plus tard, au premier tour de l'élection présidentielle, Donald Tusk, candidat de la PO, obtient 36,3 % des voix, devant le candidat du PiS et maire de Varsovie, Lech Kaczyński, qui recueille 33 % des suffrages.

Le suivant, à quatre jours du second tour, le parti choisit Kazimierz Marcinkiewicz, ancien président du groupe parlementaire, comme candidat au poste de président du Conseil des ministres, et non son président Jarosław Kaczyński, afin de ne pas affaiblir les chances de Lech. Celui-ci s'impose, d'ailleurs, le , avec 54 % des voix contre Tusk.

Le cabinet Marcinkiewicz, composé uniquement de ministres PiS et indépendants, prend ses fonctions le . Bien que la PO ait finalement refusé de s'allier avec les conservateurs, le gouvernement obtient facilement la confiance de la Diète grâce au vote favorable des populistes de gauche de l'Autodéfense de la république de Pologne (SRP), des nationalistes de la Ligue des familles polonaises (LPR) et des chrétiens-démocrates du Parti paysan polonais (PSL).

Le président de la République, Lech Kaczyński, prend officiellement ses fonctions le suivant. Pour la première fois depuis 1995, les deux têtes de l'exécutif sont issus de la droite.

Finalement, le , PiS passe un accord formel de coalition avec la SRP et la LPR, ce qui permet à ces deux formations de rentrer au gouvernement. Toutefois, bien qu'ils reçoivent cinq ministères, les deux partis ne contrôlent aucun ministère régalien. Seul le ministère de l'Agriculture, aux mains du président de la SRP, Andrzej Lepper, est doté d'un budget et d'un poids politique importants.

Gouvernement de Jarosław Kaczyński Après que Marcinkiewicz a remplacé, le suivant, la ministre des Finances, Zyta Gilowska, contrainte à la démission, il entre en conflit avec la direction du parti. Finalement, il annonce sa démission le suivant, et le bureau politique choisit de le remplacer par Jarosław Kaczyński. Celui-ci constitue son gouvernement, avec la même coalition, le .

Aux élections locales du suivant, PiS est devancé par la PO aux élections régionales et perd la mairie de Varsovie au profit des libéraux, Kazimierz Marcinkiewicz étant défait au second tour par Hanna Gronkiewicz-Waltz.

Le , prenant acte des profondes divergences au sein de sa coalition, le président du Conseil Kaczyński demande au président de la République Kaczyński de démettre les ministres issus de la SRP et la LPR, tandis qu'à la Diète, le parti appuie la demande de la Plate-forme civique de convoquer des élections anticipées.

Dans l'opposition (2007-2015) vignette|redresse|Jarosław Kaczyński, président de Droit et justice depuis 2003.

À la suite de la dissolution du parlement, les élections législatives ont eu lieu le 21 octobre 2007. Droit et justice n’obtient que 32,16 % des voix et la Plate-forme civique (41,39 %) constitue une nouvelle majorité avec le Parti paysan polonais PSL. La cohabitation entre le président de la République issu du PiS Lech Kaczyński et le président du Conseil des ministres de PO Donald Tusk dure de 2007 à 2010.

Le président Lech Kaczyński meurt en 2010 lors de l'accident de l'avion présidentiel polonais à Smolensk.

Jarosław Kaczyński échoue aux élections présidentielles anticipées qui suivent, n'obtenant que 46,99 % des suffrages au .

Un groupe de députés (18 au total) quitte le parti pour constituer le groupe parlementaire puis le parti La Pologne est le plus important (PJN).

Le parti connaît un nouvel échec lors des élections législatives de 2011, perdant neuf sièges de député à la Diète et huit sièges au Sénat.

Cette défaite provoque le départ de Zbigniew Ziobro, ancien ministre de la Justice souvent considéré comme dauphin de Jarosław Kaczyński, et de ses partisans qui constituent le groupe parlementaire dissident Pologne solidaire qui rassemble (au ) et deux sénateurs avec le soutien de quatre députés européens.

Retour au pouvoir (2015-2023)

vignette|redresse|Andrzej Duda (ici en 2023) est le candidat de PiS aux élections présidentielles de 2015 et 2020.

À l'occasion de l'élection présidentielle de 2015, Andrzej Duda, le candidat de PiS, l'emporte au second tour face au président sortant Bronisław Komorowski avec 51,55 %..

En , Droit et justice remporte les élections législatives avec 39,1 % des voix et obtient la majorité absolue. Il est pourvu de de députés sur 460..

D'après le journaliste Dominique Vidal, le retour au pouvoir du PiS se serait traduit par un recul des acquis démocratiques, politiques et sociétaux : « augmentation des pouvoirs de l’exécutif au détriment de ceux du législatif, mainmise sur les médias, encadrement de la justice, durcissement de la loi anti-avortement, refus du mariage entre personnes de même sexe comme de l’euthanasie, promesse d’un référendum sur la peine de mort, etc. »

À l'issue des élections européenne de 2019, Droit et justice réalise son meilleur score avec plus de 45 % des voix et sur 52.

Les élections législatives de 2019 permettent au parti de reconduire sa majorité. La liste Droit et justice, qui est composée avec quatre partis alliés, remporte l'élection avec 43,3 % des voix, une augmentation de de pourcentage. La liste garde cependant le même nombre de sièges en raison de l'entrée à la Diète de plusieurs autres partis.

Départ du pouvoir (2023-2026) Lors des élections parlementaires de 2023, le PiS arrive à nouveau en tête mais perd sa majorité au profit d'une coalition de partis d'opposition allant de la gauche au centre-droit, menée par la Coalition civique de Donald Tusk. Ce dernier est nommé Premier ministre, succédant au gouvernement Morawiecki. Après son départ du pouvoir, le PiS est peu à peu victime d'une par le gouvernement Tusk dans plusieurs secteurs dont la justice et les médias, visant à mettre fin à la capture de l'État entreprise par le parti national-conservateur pendant ses huit années au pouvoir.

Par la suite, Droit et justice, historiquement dominant en Pologne, perd peu à peu du terrain dans les sondages. Les élections locales de 2024 confirment le succès du camp libéral. L'élection présidentielle du printemps 2025 s'inscrit à rebours de cette tendance avec la victoire d'une courte tête de Karol Nawrocki, candidat du PiS, face à son rival Rafał Trzaskowski.

Malgré tout, le parti ne progresse pas dans les sondages en vue des élections législatives et continue même à baisser, affaibli sur sa droite par la montée de nouveaux partis conservateurs comme la coalition Confédération puis le parti Confédération de la Couronne polonaise de Grzegorz Braun, encore plus radical.

Éclatement du parti (depuis 2026) Au printemps 2026, le parti est de plus en plus affaibli par les divisions internes. La décision de son dirigeant Jarosław Kaczyński de désigner le très radical Przemysław Czarnek comme candidat pour les élections parlementaires de 2027 divise fortement. Mateusz Morawiecki, ancien Premier ministre, critique un glissement toujours plus prononcé vers la droite et affirme que le parti devrait chercher un retour en grâce auprès des conservateurs modérés. Il crée un courant interne, Développement Plus () et réunit derrière lui plusieurs figures du parti, dont les anciens ministres Janusz Cieszyński et Paweł Jabłoński et les députés européens Piotr Müller, Michał Dworczyk et Waldemar Buda ; le président du parti exige la dissolution de ce groupe.

Le , un an avant les élections de 2027, membres du PiS et proches de Mateusz Morawiecki quittent le parti, en désaccord avec sa direction politique. Cependant, selon l'analyste politique Daria Krotoska, cette scission est davantage liée aux ambitions personnelles de l'ancien Premier ministre, qui souhaitait prendre la tête de Droit et justice, qu'à sa volonté de réellement se recentrer politiquement. Il souhaiterait reconstruire une base visant à contester la légitimité de Jarosław Kaczyński à mener la droite en vue des élections.

Présidents

Résultats électoraux Présidence de la République AnnéeCandidat tourVoix%RangVoix%RangIssue 2005 Lech Kaczyński33,10 54,04 2010 Jarosław Kaczyński36,46 46,99 2015 Andrzej Duda34,76 51,55 2020 Andrzej Duda43,50 51,03 2025 Karol Nawrocki29,54 50,89

Diète

AnnéeVoix%PositionSiègesGouvernement 20019,50 200526,99 200732,11 201129,89 201537,58 201943,59 20237 640 85435,38

Sénat

AnnéeVoix%RangSièges+/- 200520,76 200731,38 201126,94 201539,99 201944,56 20237 449 87534,81

Parlement européen

AnnéeVoix%RangSiègesGroupe 200412,67 UEN 200927,40 CRE 201431,78 CRE 201945,38 CRE 202436,16 CRE

Assemblées régionales

Année%Sièges 2002En coalition avec la Plate-forme civique. 16,02 2006 25,08 2010 23,05 2014 26,89 2018 34,13

Positionnement politique Au départ, le parti se montre largement favorable au marché, bien que moins que la Plate-forme civique. Il adopte la rhétorique de l'économie sociale de marché similaire à celle des partis démocrates chrétiens d'Europe occidentale. Lors des élections de 2005, le parti passe à un discours protectionniste sur les questions concernant l'économie. En tant que président du Conseil, Kazimierz Marcinkiewicz est plus libéral économiquement que les Kaczyński, prônant une position plus proche de celle de la Plate-forme civique Myant, Martin R.; Cox, Terry, Reinventing Poland: Economic and Political Transformation and Evolving National Identity. London: Routledge, 2008, pp. 67–68.