Mais où sont passés les Indo-Européens ? est un essai de l'archéologue Jean-Paul Demoule publié en 2014 au SeuilDemoule (2014).. Sous-titré , l'ouvrage a pour objet la présentation des théories relatives à l'existence d'un peuple d'Indo-Européens dont la langue serait l'origine unique des différentes langues indo-européennes.

Après un exposé détaillé de l'histoire de cette théorie depuis le , Jean-Paul Demoule présente les deux thèses contemporaines — l'hypothèse anatolienne et l'hypothèse kourgane — en soulignant ce qu'il estime en être les faiblesses, notamment au plan archéologique, pour conclure que les hypothèses relatives à l'existence d'un tel foyer unique reposent sur des postulats non démontrés.

Succès de librairie en France, traduit en anglais en 2023, l'ouvrage a fait l'objet de réceptions contrastées dans le monde de la recherche, occasionnant notamment un débat scientifique avec plusieurs linguistes spécialisés en linguistique comparée et dans l'étude de l'indo-européen.

Depuis sa publication en 2014, une partie des arguments avancés par Jean-Paul Demoule ont été infirmés. Des études paléogénétiques publiées dans la revue Nature en 2015 et saluées par la quasi-totalité des spécialistes ont confirmé la validité de l'hypothèse dite "kourgane" selon laquelle les Indo-Européens seraient originaires des steppes pontiques. Jean-Paul Demoule lui-même a admis en 2019 que l'hypothèse de migrations venues en partie des steppes semble validée par des études génétiques, sans néanmoins que ces migrations soient la seule explication pour la diffusion des langues indo-européennes.

Publications antérieures sur le sujet et débats Jean-Paul Demoule a écrit différents articles dans le presse de vulgarisation scientifique (Sciences humaines notamment) mais un seul article dans une revue scientifique (Revue de l'histoire des religions) sur l'hypothèse de l'existence des Indo-Européens.. depuis 1980.

En 1980, il publie dans la revue L'Histoire un article intitulé .. Il y présente la thèse de l'existence de comme le produit . Il estime que si cette thèse a pu séduire certains linguistes et donner lieu à une tentative de validation par la , elle n'a pu faire l'objet d'aucune validation en dehors du champ de la linguistique, en particulier du fait qu'aucune découverte archéologique n'a permis de la corroborer.

Tout en louant les travaux de Benveniste (1902-1976) et Dumézil (1898-1986), il estime que ceux-ci n'affirment et n'étayent rien sur le lieu et le moment d'un indo-européen. Jean-Paul Demoule rappelle que les archéologues recherchent un tel événement vers le millénaire et que : concernant le Nord, il estime cette hypothèse comme rejetée, ; concernant la thèse de l'origine au Centre, identifiant les Indo-Européens avec la culture à , une civilisation agricole centre-européenne apparue au millénaire et s'étant étendue en un millénaire à toute l'Europe tempérée, il fait valoir qu'elle ; quant à l'hypothèse dite , tout en convenant de la , Jean-Paul Demoule soulève deux questions : ; il y répond en estimant que et que, si ces envahisseurs , ajoutant que .

Il développe par la suite ses analyses sur le sujet dans différents articles publiés entre 1991 et 1999......

De ces travaux anciens de Jean-Paul Demoule sur les Indo-Européens, il faut mentionner le débat mené avec l'archéologue anglais Colin Renfrew (1937-). Renfrew est l'auteur de la principale hypothèse concurrente de l'« hypothèse kourgane », ou « hypothèse des steppes », dans les années 1980/1990 : il a néanmoins abandonné cette hypothèse dans les années 2010 face aux résultats de la paléogénétique qui confirment l'hypothèse des steppes et a indiqué que la paléogénétique appuyait l'hypothèse des steppesVoir la conférence de Renfrew de 2018 dans laquelle il reconnaît publiquement que l'hypothèse des steppes est confirmée par la paléogénétique, conférence disponible en ligne, minutes 11:22, https://www.youtube.com/watch?v=pmv3J55bdZc..

Colin Renfrew estimait encore en 1987 que .. Revenant en 2008 sur son appréciation de la position exprimée par Jean-Paul Demoule sur les Indo-Européens entre 1980 et 1999, il estime que ce dernier . Il ajoute avoir des à celles de Jean-Paul Demoule sur la validité de l'hypothèse indo-européenne, qui l'ont que celle de son confrère français. Il précise avoir, dans l'ouvrage même où il critiquait Jean-Paul Demoule en 1987, souligné que le modèle arborescent proposé initialement par Schleicher (1821-1868) n'était pas le seul possible, ajoutant que, depuis, . Au total, Colin Renfrew estime . le propos suivant de Jean-Paul Demoule : Le sociologue Didier Eribon (1953-), dans un livre de 1992 consacré à Georges Dumézil, critique la présentation par Jean-Paul Demoule des travaux de ce dernier dans un article de 1991. Il reproche à Jean-Paul Demoule d'utiliser et de contre l'hypothèse indo-européenne, alors que ..

Didier Eribon concède toutefois que Jean-Paul Demoule fait état d' lorsqu'il fait remarquer, tout en jugeant l’œuvre de Dumézil , que , que , que , qu'il existe , et donc que .

Publication Jean-Paul Demoule revient en 2014 sur la question des Indo-Européens dans un livre de 752 pages publié au Seuil, intitulé Mais où sont passés les Indo-Européens ? et sous-titré . Le titre du livre est, selon Gérard Fussman (1940-2022), un jeu de mots sur le fait qu'on ne sait ni quelles routes ont prises les Indo-Européens, ni ce qu'ils sont devenus, ni pourquoi la question ne suscite plus d'intérêt.

Structure de l'ouvrage Dans une première partie, Jean-Paul Demoule traite du problème indo-européen jusqu'en 1945 en linguistique, en archéologie, en anthropologie physique et en politique. Il présente le développement aux de la théorie de l'origine unique des langues indo-européennes, non, dit-il, pour , mais pour . Il souligne ce qu'il appelle un , le fait que, tout en affirmant ne s'attacher qu'à décrire des liens entre les langues indo-européennes, les linguistes ont, durant cette période, tenu pour acquis . Dès avant les premiers rapprochements entre le sanskrit et les langues européennes à la fin du , Jean-Paul Demoule note que Leibniz , ces certitudes procédant, selon Jean-Paul Demoule, du désir de substituer au modèle biblique un autre mythe fondateur, où Leibniz, Nouveaux Essais sur l'entendement humain, Livre III..

À la suite de la représentation par August Schleicher (1821-1868) des langues indo-européennes sous forme d'un arbre généalogique (Stammbaum), plusieurs scientifiques, en particulier allemands, se sont lancés dans la recherche de la localisation et des traces d'un peuple incorrectement nommé , qui serait à la racine de cet arbre. Jean-Paul Demoule insiste en particulier, comme le relève Gérard Fussman, sur le rôle joué par le linguiste et archéologue allemand Gustaf Kossinna (1858-1931), qui attribue le proto-indo-européen au peuple indogermanique nordique ayant pratiqué la culture de la céramique cordée, et dont les thèses seront reprises par l'idéologie nazie. Dans son ouvrage, Jean-Paul Demoule présente notamment la Nouvelle Droite comme tenante d'une idéologie d', ayant notamment pour « idée-force » que les Indo-Européens de la préhistoire étaient « une ethnie d’exception qui s’est forgée il y a quelques millénaires sur les bords de la Baltique », une hypothèse qu'il considère par ailleurs comme .

La seconde partie de l'ouvrage est consacrée aux développements contemporains, depuis 1945. Il évoque la résurgence de l'hypothèse baltique, promue par la Nouvelle Droite, mais écartée par la majorité de la communauté scientifique, au profit de deux hypothèses principales, l'hypothèse anatolienne, notamment défendue par Colin Renfrew (1937-), qui associe la diffusion de la langue à celle de l'agriculture, et l'hypothèse kourgane, notamment défendue par Marija Gimbutas (1921-1994) et James Patrick Mallory (1945-), privilégiant la diffusion plus tardive d'un idiome parlé par des guerriers conquérants d'Ukraine.

Positions et thèses défendues Jean-Paul Demoule souligne que l'hypothèse anatolienne, si elle a le mérite de retenir , pèche en ce que : les langues indo-européennes sont peu présentes dans le foyer originel supposé ; les ressemblances entre langues indo-européennes ne s’organisent pas de proche en proche suivant l’axe de diffusion, du sud-est vers le nord-ouest, de la colonisation néolithique de l’Europe ; la vague de colonisation de l’Europe néolithique, supposée indo-européenne, a laissé subsister en Europe des langues non indo-européennes ; le vocabulaire commun ne contient aucun terme évoquant la flore et la faune méditerranéenne, environnement naturel du foyer originel supposé ; enfin les sociétés néolithiques européennes, simples et égalitaires comme le révèle l’archéologie, n’ont aucun des traits fréquemment retenus par les études comparées portant sur les mythes, le vocabulaire et les institutions, qui suggèrent une société guerrière et très hiérarchisée.

Concernant l'hypothèse steppique, Jean-Paul Demoule estime que :

que les arguments linguistiques et culturels en sa faveur reposent pour l’essentiel sur le cheval et le char, ; qu'il n'existe .

Au total, selon Jean-Paul Demoule, toutes les hypothèses relatives à un foyer unique du proto indo-européen présupposent, sans qu'aucun de ces postulats n'ait été , , alors que ; , alors qu'elles sont ; , alors qu'une telle coïncidence n'existe pas nécessairement, pas plus que celle entre langue et ethnie ; , alors qu'elles sont au contraire .

Réception de l'ouvrage

Réception par la presse grand public et succès d'édition L'ouvrage reçoit un accueil globalement positif de la part de certains journaux (par ex. Le Monde, Le Monde diplomatique, l'Humanité, Libération) et moins positif dans d'autres (par ex. Herodote.net, Valeurs actuelles).

Pour le philosophe Roger-Pol Droit, dans un article du Monde, le livre de Jean-Paul Demoule est un , , qui donne à méditer : la première est qu' ; la seconde, que ce mythe a eu pour sens et pour fonction de .. D'autres sources de presse grand public (Libération, L'Humanité, Le Monde diplomatique) mettent également l'accent sur la déconstruction d'un mythe, sans aborder la question de la validité des hypothèses scientifiques de Demoule......

André Larané estime, sur Herodote.net, un site de vulgarisation de l'histoire, que Jean-Paul Demoule n'apporte pas la démonstration de , alors que .

Critiques universitaires

Dans une recension de l'ouvrage dans le Journal of Indo-European Studies, principale revue scientifique internationale sur ce domaine, l'historien et professeur au Collège de France Gérard Fussman note tout d'abord que l'auteur a . Globalement, Gérard Fussman se dit , ainsi que sur la plupart de ses conclusions : qu'il n'y a pas de consensus sur la reconstruction de la langue originelle (Ursprache) et de l'arbre des langues indo-européennes (Stammbaum), que l'idée d'un foyer unique (Urheimat) n'est qu'une hypothèse parmi d'autres, que la paléontologie linguistique conduit à des apories ou à des raisonnements circulaires, qu'une culture archéologique ne doit pas nécessairement être assignée à un seul peuple. Il rejoint Demoule sur l'idée que , se disant même sur les perspectives de succès d'une telle démarche. En revanche, quand Jean-Paul Demoule critique la représentation des relations entre langues indo-européennes à partir d'un modèle arborescent, Gérard Fussman lui répond que le proto-indo-européen est une construction anhistorique, , mais une abstraction nécessaire à la représentation des liens entre langues indo-européennes, un arbre de Porphyre, un modèle graphique qui .