L'Art social est un concept apparu à la fin du en France dans la foulée des revendications sociales portées par des groupes d'intellectuels proches du courant anarchiste et de politiciens solidaristes. Cette idée s'inscrit dans une démarche moderniste en Occident valorisant les arts utiles à la société et s'opposant au concept de l'Art pour l'Art et de l'Art académique. Quelques artistes des avant-gardes s'associent au concept sur le plan théorique et éducatif. Les architectes et les artistes-artisans des métiers de l'art sont les principaux intervenants aux développements des différents mouvements artistiques et propositions esthétiques transformant le cadre de vie sociale de 1890 à 1960.

La fin de la modernité et des avant-gardes artistiques et l'avènement d'un espace public hautement esthétisé au milieu du ouvrent de nouvelles voies artistiques. L'une dite Art contemporain rompt avec la tradition des beaux-arts, applique entre autres les idées de Marcel Duchamp, appuyé par les institutions académiques, les musées et galeries d'art, les collectionneurs et le marché de l'art. Dans ce contexte, l'Art social prend une nouvelle direction en s'intéressant au mode de vie des communautés et aux problématiques sociétales. Ce n'est plus l'habitat, le mobilier et les beaux objets utilitaires qui intéressent les artistes mais, plutôt l'Art et la Vie, l'expérience artistique et esthétique dans l'espace public, l'action dans un processus créatif avec les communautés, les collaborations et le partage d'idées pouvant transformer positivement les personnes tant artistes que non-artistes.

Concepts artistiques

Selon Jean-François Luneau, c'est sans doute Théophile Thoré qui avec le titre d'un article publié dans lArtiste en 1834, L'art social et l'art progressif, fait pour la première fois usage de l'expression « art social ».. Mais c'est à la fin du que se détachent en occident trois concepts de l'art. Le premier celui de l'art bourgeois qui est une pratique artistique institutionnalisée par les académies et conforme aux attentes du pouvoir. Le second, l'art pour l'art (avant-garde) où l'artiste s'affirme par l'originalité de son œuvre, son détachement du monde politique et social et sa rupture avec le conformiste moral de l'art bourgeois. Et l'art social, à cheval entre l'art et le politique, qui engage l'artiste dans les mouvements sociaux contestataires et révolutionnaires de son époque.. L'art social est une notion mouvante, protéiforme et clivante qui sert de porte-drapeau à des réseaux singulièrement différenciés sur les plans socioculturel et politique, et répond à des fonctions tout aussi diversifiées. L'appellation renvoie à des débats, des enjeux et des pratiques qui n'ont cessé d'évoluer et d'être reformulés en fonction des différentes acceptations de l'art et du social, et de la façon de concevoir leur interdépendance..

Origine thumb|upright|Portrait d'Adolphe Tabarant (1893).

Le , un groupe d'écrivains, d'artistes et d'activistes révolutionnaires réunis autour d'Adolphe Tabarant crée le Club de l'art social. Même si l'existence de ce club n'est qu'éphémère, le nouveau combat pour un art social prend corps dans les rangs anarchistes. Ses membres fondateurs sont Adolphe Tabarant, Louise Michel, Lucien Descaves, Jean Grave, Émile Pouget, Léon Cladel, Jean Ajalbert, Camille Pissarro et Auguste Rodin. Gabriel de la Salle crée la revue L'Art social (1891-1894), qui prône la révolution, la lutte contre la décadence bourgeoise, l'accès à la culture pour le peuple et se réfère vaguement à Proudhon.. Intéressé par une mise en commun de différentes praxis artistiques et actions sociales, le Club de l'art social est uni par trois motivations essentielles : Développer diverses activités dans les milieux populaires pour mettre l'art à la portée de tous ; Promouvoir des pratiques artistiques au sein même de la classe ouvrière ; Valoriser des formes de créations artistiques populaires..

Utilisant la forme connotée du manifeste, leur objectif d'œuvrer à l'élaboration de formes d'art social s'accompagne d'une réactualisation du débat entre l'art pour l'art et l'art social. En 1896, Fernand Pelloutier reprend l'idée et forme le groupe de l'art social. L'organisation poursuit l'édition de la revue L'Art social (1896) et se fait connaitre par des conférences organisées en 1896 : L'écrivain et l'art social par Bernard Lazare ; L'art et la révolte par Fernand Pelletier ; L'art et la société par Charles Albert..

En 1896 se constitue le groupe des Cinq, qui prendra le nom de L'Art dans Tout en 1898. Réunissant des décorateurs et des architectes, le groupe défend un véritable projet social et une esthétique rationaliste, en proposant notamment des meubles et des ensembles destinés à la classe moyenne.. L'art social focalise sur certains lieux : La cité, la rue et l'habitation. Les initiatives portent sur le logement à bon marché, la cité-jardin ou l'urbanisme, de multiples tentatives sont faites pour intégrer la modernité dans l'espace urbain. La voie publique est désormais pensée de façon fonctionnelle : elle doit notamment réunir le jardin pour les loisirs, la maison du peuple, pour les réunions, une bibliothèque et un musée pour l'instruction.

Art social en France (1835 à 1918) L'art social apparaît comme une catégorie synthétique, revendiquée à deux moments en France soit entre 1890 et 1909 autour d'écrivains anarchistes qui véhiculent un idéal artistique inspiré des théories révolutionnaires de Pierre-Joseph Proudhon et de 1909 à 1918, autour de personnalités comme Roger Marx, acquises à la doctrine solidariste, qui se saisissent de la formule pour porter leurs désirs d'une réforme de la politique républicaine dans le domaine culturel. Loin d'être révolutionnaire, cet art social solidariste intègre une bonne partie des expériences menées sous la République dans les domaines de l'éducation artistique, de l'urbanisme, des arts du décor, de l'imagerie murale, de l'art de la rue ou des fêtes publiques.

L'Art et le social Peu d'artistes s'engagent dans le discours des polémistes qui souhaitent que l'art soit un vecteur d'une vérité du monde pouvant canaliser cette vérité dans une représentation ayant un pouvoir d'enseignement.. Écrivant au journal Les temps nouveaux le , Lucien Pissarro souhaite, en réponse à un article intitulé « Art et société », nier la pertinence d'une distinction politique entre les tendances esthétiques soi-disant que sont l'art pour l'art et l'art social. Il écrit : .. Cette affirmation rejoint le réalisme de Gustave Courbet et des impressionnistes ainsi que les artistes militants œuvrant dans le cercle des journaux anarchistes parmi lesquels Paul Signac, Camille et Lucien Pissarro, Maximilien Luce et Théo Van Rysselberghe, tous associés au néo-impressionnisme.. Même si les plasticiens ont peu participé au débat de l'art pour l'art / art social, ils ont en revanche un autre cheval de bataille: celui des arts industriels, une notion qui se construit progressivement dans le milieu des ornemanistes à partir de 1830 et jusque vers 1850. Alors que l'expression tend à être remplacée progressivement par celle d'arts appliqués à l'industrie, Léon de Laborde rédige et diffuse son rapport (1856) sur l'Exposition universelle de Londres de 1851. Il projette une union de l'art et de l'industrie et propose au gouvernement des réformes pour l'encourager.. Les écrivains ont également nourri les discussions. Les débats sur l'art social se sont ainsi articulés autour de quatre pôles distincts : littéraire, artistique, critique et politique. De manière générale, ils ont porté sur la question de la fonction sociale de l'art dans une société industrielle et marchande.. Dans cet esprit, l'État a mis en place un système peu cohérent d'éducation qui s'attachent à promouvoir: d'un côté, le grand art et l'individu artiste, de l'autre, les industries et les ouvriers d'art, dont le mauvais goût doit être combattu par des artistes conscients de leur rôle moral et économique..

Arts utiles et beaux alt=|thumb|upright|Léon de Laborde.

Selon Paul Bénichou, c'est autour de 1830 que le Beau comme religion accompagne l'avènement du romantisme. L'Art s'écrit désormais au singulier et adopte la majuscule.. Charles Deglény décrit ainsi la mutation « Au lieu des beaux-arts que nous connaissons tous par leur nom de famille ou par leur nom de baptême, nous avons l'Art, roi nouveau que le siècle a porté sur ses pavois, et qui le gouverne en despote ombrageux ».. Nombre d'auteurs du opposent les arts d'agrément aux arts utiles, séparant ainsi les professions produisant des objets de délectation des métiers producteurs de biens d'équipement. L'expression « arts utiles » désigne ici des productions d'une grande diversité, inférieures en tout cas aux beaux-arts.. Absents du débat art pour l'art / art social, les plasticiens ont en revanche un autre cheval de bataille, celui des arts industriels, une notion qui se construit progressivement dans le milieu des ornemanistes à partir de 1830 et jusque vers 1850.. Ce concept d'arts industriels rejoint les idées de Léon de Laborde qui lors du dépôt de son rapport sur l'Exposition universelle de Londres de 1851 projette une union de l'art et de l'industrie et propose au gouvernement des réformes pour l'encourager.. Il souhaite réformer l'enseignement de l'École des Beaux-Arts et rejette la théorie insensé de l'art pour l'art. Le temps n'est pas loin où l'on soutenait gravement qu'un chou, peint dans toutes les conditions de la perfection, devrait être considéré comme l'égal de La Transfiguration de Raphaël.. Il s'interroge sur les conditions du progrès et donne la réponse suivante concernant sa réforme de l'éducation « élever l'art, multiplier les artistes, former le public ».. Dans cet esprit, Léon de Laborde rejoint les idées de Roger Marx sur le rôle social de l'art. Il exige l'instruction publique pour tous, y compris les femmes, au nom de la conservation des principes immuables du Beau. Son rapport marque une charnière. Avant lui, l'utilité de l'art, art social et art pour l'homme, ne sont que des arguments polémiques mis en œuvre dans les débats littéraires. Son rapport de 1856 marque une étape décisive dans la constitution de l'art social comme concept..

Art social et médias