Un routier est un type de livre de navigation maritime apparu à la fin du Moyen Âge, qui regroupe des explications permettant aux marins de trouver leur route avant l’apparition de cartes marines fiables, puis en complément de celles-ci. Il contient tous les renseignements généraux, nautiques, géographiques, hydrographiques voire réglementaires qui peuvent être utiles aux navigateurs, en précisant les particularités de la navigation et les pratiques locales dans la région couverte.
Histoire Si la navigation dans l’Antiquité s’effectue principalement par l’estime et la tradition orale, les marins phéniciens, grecs et romains peuvent utiliser des documents nommés périples pour assister leur navigation.
Les routiers à proprement parler apparaissent à la fin du Moyen Âge. D’abord manuscrits, puis imprimés, ils décrivent les différentes routes à suivre en mer, et regroupent différents éléments permettant au navigateur de repérer sa position. Il s’agit d’abord d’éléments du paysage permettant de se repérer en vue des côtes, les différents amers, les récifs et autres dangers.
À partir du , s’y ajoutent des informations sur les fonds marins, permettant de se positionner hors de vue des côtes (notamment de nuit, ou par temps de brume) par la technique du sondage à main. Le routier regroupe ainsi des informations sur la profondeur et la nature des fonds. La progression des techniques rend ces informations de plus en plus précises. Au , on peut lire dans le Grand routier de Pierre Garcie : . Un routier hollandais de 1608 dira plutôt . Ainsi, la nature des fonds elle-même indique-t-elle la route à suivre.
À la même époque, des représentations graphiques du littoral apparaissent également dans les routiers, marquant le début d’un changement de méthode. La carte marine passe petit à petit du statut d’aide-mémoire à celui de véritable outil de navigation.
En 1720, un service de la Marine (le Dépôt des cartes et plans de la Marine) est créé pour réunir des plans, cartes, journaux et mémoires concernant la Marine. Il est l'ancêtre direct du service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM.), établissement public placé sous la tutelle du ministère de la Défense, qui publie ces documents sous le nom d'instructions nautiques.
Nom et étymologie À partir du Moyen Âge, les documents d’instruction de navigation sont désignés en portugais et en italien par le mot s - i. e. listes de ports - (qui donnera en français le mot portulan). D’autres langues font référence au fait que le routier sert à trouver sa route en mer, comme en portugais, ou en anglais , dérivé du français routier (ou routier-pilote), utilisé en France dès le jusqu'au milieu du . Les Chinois les désignent sous le nom de zhenjing, ou « manuels de compas ».
La Grande ordonnance de la marine de 1681, dite ordonnance de Colbert, mentionne les routiers :
Au , la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française définit ainsi le routier :
Le développement des instructions nautiques fait ensuite évoluer le terme. À partir du , le terme désigne une carte marine à petite échelle, pouvant recouvrir une importante partie d’un océan.
Principaux routiers
Angleterre & Écosse Alexander Lindsay publie autour de 1540 A Rutter of the Scottish Seas qui sera traduit au par le français Nicolas de Nicolay. John Sellers, The English Pilot, 6 tomes, publiés à partir de 1671
Canal de Mozambique Ahmed Ibn Majid, Fawâid fi usûl Ilm al-Bahr wa qawâidha ((Livre d'informations utiles sur les principes et les règles de la navigation) -1490-, un des premiers livres de navigation arabe du . Ses instructions nautiques se présentent sous forme de poèmes. Sulayman al-Mahri, écrit en prose cinq traités d'instruction nautiques dans la première moitié du qui sont traduites par l'amiral turc Seydi Ali Reis. Selon H. Grosset Grange, : « Le premier [Ahmed Ibn Majid] a écrit pendant la seconde moitié du XVe s. C'est un marin de type traditionnel. Vers la fin de sa carrière, il a vécu l'arrivée des Portugais. Le second [Sulayman al-Mahri] est le cadet du premier d'une quarantaine d'années. Il ne semble pas appartenir par ses origines à un milieu maritime. Ses connaissances en astronomie théorique sont remarquables ».
Chine Le routier de Laud (Laud Rutter, connu en chinois sous le nom 順風相送 (Shunfeng xiangsong = Voyage avec le vent arrière), première moitié du siècle. La carte de Selden, carte de l'Extrême-Orient réalisée par un Chinois au début du siècle (1608), remarquable par ses dimensions, son originalité et sa relative exactitude, figure les principales routes maritimes, attestant de son utilisation dans un but de navigation commerciale. Zhang Xie, Enquête sur les océans de l'est et de l'ouest - Dongxiyang kao - publié en 1617. Wu Pei Chih, recueil de cartes et d'instructions nautiques de la première moitié du siècle, illustrant la route maritime de Nankin à la côte africaine, publié en 1621 sous le titre Notes on Military Preparation.
États-Unis John Norman & Osgood Carleton: The American Pilot. 1791: premier atlas maritime publié aux États-Unis Capitaine Furlong, The American Coast Pilot, éditeur et libraire Edmund March Blunt, 1796: premier routier pour les côtes américaines, de la frontière canadienne à la rivière Mississippi Nathaniel Bowditch, The New American Practical Navigator, 1802.
Espagne Alonso de Contreras remet à Philibert de Savoie, autour de 1614, un routier manuscrit, retrouvé au début du : * Alonso de Contreras, Derrotero universal desde el Cabo de San Vicente, en el Mar Océano, costeando Cartagena, Cataluña, Francia, Nápoles, Golfo de Venecia, Archipiélago de Levante, Caramania, Natolia, Suria, Egipto, Nilo, volviendo por Berbería hasta Cabo Cantín, Islas de Sicilia, Cerdeña, M allorca, Candía, Chipre. Le manuscrit original de son Derrotero, écrit autour de 1614, a été retrouvé. Il est conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid.
France Pierre Garcie dit Ferrande rédige à la fin du (écrit avant 1483 et imprimé en 1520) le premier routier connu sous le titre Le Grand Routier de la mer. Il décrit les côtes depuis les Flandres jusqu'au sud de l'Espagne. Cet ouvrage sera imprimé jusqu'en 1662 sur la base de cette première édition : . Description des côtes, des îles et des ports de l'Océan Atlantique et de la Mer Méditerranée, manuscrit en français d'instructions nautiques illustré de 202 cartes enluminées (entre 1504 et 1515). Guillaume Brouscon publie, en 1548, un Manuel de pilotage à l'usage des marins bretons. , ouvrage posthume publié en 1559. Martin de Hoyarçabal publie en 1579 un routier pilote pour les bateaux naviguant à Terre Neuve : . Piarres Detcheverry, pilote, publie en 1677, à Bayonne et en langue basque, un routier qui décrit méthodiquement les lieux fréquentés par les Basques dans la baie des Chaleurs et sur la pointe de la péninsule gaspésienne. Son texte ajoute beaucoup à celui d'Hoyarçabal, dont il se dit le continuateur. R. Bougard, maître de navire au Havre, lieutenant de vaisseau du roi, est l'auteur du routier le plus célèbre de la fin du Le Petit Flambeau de la mer (1684)Édition originale parue au Havre de Grace, Chez Jacques Gruchet, 1684, lire en ligne. La liste des éditions successives est consultable ici. Ce manuel de cabotage, souvent réédité, servit de manuel d’instruction dans les écoles d’hydrographie. Il décrit les côtes de France, d’Angleterre, d’Irlande, d’Espagne, du Portugal et de la Méditerranée, d’Afrique, de Madère, des Canaries et des iles du Cap-Vert, jusqu'à l’océan Indien : .. Jean-Baptiste-Nicolas-Denis d'Après de Mannevillette publie, en 1745, Le Neptune Oriental ou Routier Général des Cotes des Indes Orientales et de la Chine qui donne des instructions sur l'itinéraire allant des côtes d’Éthiopie à celles de Canton: Jacques-Nicolas Bellin publie en 1764 Le Petit Atlas maritime qui, avec ses nombreux plans, s’apparente à la tradition des routiers de navigation, et connait un grand succès auprès des marins. L.-S. Baudin publie en 1829 le Manuel du pilote de la mer Méditerranée, ou description des côtes d'Espagne, de France, d'Italie et d'Afrique dans la Méditerranée depuis le détroit de Gibraltar jusqu'au cap Bon pour l'Afrique, et jusqu'en dehors du détroit de Messine pour l'Europe. Pour la côte d'Espagne et la partie correspondante de la Côte de Barbarie, le texte est traduit du Derrotero ou Routier espagnol de ; rédigé pour le reste par L.-S. Baudin. Alexandre Pierre Givry, ingénieur hydrographe du début du , publie de 1842 à 1851 Le Pilote Français qui synthétise et systématise les informations orales ou écrites relatives aux côtes françaises de Dunkerque à l'ile de Bréhat.
Grèce antique
Le Périple du Pseudo-Scylax du ou du décrit une circumnavigation de la mer Méditerranée et de la mer Noire Le Périple de la mer Érythrée, manuscrit byzantin du , est une copie d'un document des premiers siècles de notre ère, dont l'auteur est peut-être (Lucius Flavius Arrianus, 85-146). Il décrit les régions qui bordent l'océan Indien. Le Périple du Pont-Euxin, attribué à Arrien, rend compte sous forme de lettre à l'empereur Hadrien, d'un voyage d'inspection le long des côtes orientales de Cappadoce.
Iles Marshall
Fanny Stevenson, en croisère avec Robert Louis Stevenson sur la Janet Nicholl, décrit, dans son journal de bord, un routier observé le à Jaluit, au siège du gouvernement allemand : « Ces cartes [de navigation] sont de fort curieuses choses, en vérité, faites de bâtons tantôt recourbés, tantôt droits, retenus ici ou là par un petit cauri jaune. Les cauris représentent des îles, les bâtons aussi bien les courants que les vents et les journées de navigation. Les distances entre les îles n'ont rien à voir avec les milles, mais uniquement avec les heures. Ces cartes ne sont plus guère utilisées de nos jours, un vieux chef étant seul encore à savoir les faire, mais il fut un temps où chaque jeune chef devait passer un examen et connaître ces cartes par cœur, car elles n'étaient jamais emportées en mer mais gardées à la maison en tant que référence et objet d'étude continuelle. »
Italie Liber de existencia rivieriarum et forma maris nostri Mediterranei, attribué à un Pisan, décrit les côtes de la Méditerranée, de la mer Noire et d'une partie de celles de l'Atlantique (de la péninsule Ibérique au Maroc), vers 1200. Une carte dite « pisane », trouvée à Pise, de la fin du , aurait plutôt été élaborée à Gênes. Le Compasso da navigare, de 1296, pourrait être le routier qui l'accompagnait, constituant un précieux recueil d'instructions nautiques. Robert Dudley, Dell'Arcano del Mare, Florence 1646 [archive]. version numérique scannée par la Bibliothèque nationale de Finlande (fichiers PDF en haute définition).
Madagascar
Au sud de l'océan Indien occidental, les boutres naviguent au moyen de routiers dont certains ont été retrouvés au siècle. Ils sont connus sous le nom de Man safara et sont utilisés par les capitaines (Nahhoda) et les pilotes. Ainsi le routier d'Athumani Bin Muhammad, recueilli par N. J. Gueunier à Majunga..
Portugal
L'un des premiers routiers date de 1485. Il est portugais et connu sous le nom de livro de rotear, premiers mots d'une collection de voyages appelés Manuscrito Valentim Fernandes. Un portulan de la côte occidentale d'Afrique et d'Europe, conservé aux Archives départementales de la Gironde, est réalisé vers 1485 par Pedro Reinel. Jean Alfonse, décrit dans la première moitié du , les cotes du Canada, du Groenland et du Labrador. D. João de Castro (1500-1548), explorateur, cartographe et administrateur colonial portugais, est l'auteur de plusieurs routiers, concernant la Mer Rouge (1541), la cote de Goa à Diu. João Texeira, Cosmographo de S. Magestade, , 1648
Pays-Bas