La basilique Saint-Sauveur de Rennes est une basilique mineure de l'Église catholique, connue sous le nom de Notre-Dame des Miracles et Vertus, située au cœur du centre-ville historique de Rennes, dans le département français d'Ille-et-Vilaine en Bretagne.
Sa fondation, sous le nom de Saint-Sauveur, est antérieure au . Agrandie à plusieurs reprises et reconstruite au début du , elle a été le siège d'une paroisse pendant près de trois cents ans, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, puis à nouveau à partir de 2002. À la suite de plusieurs événements qualifiés de miraculeux aux , le culte de Notre Dame s’y développe fortement pour aboutir à une érection en basilique en 1916. De style classique, cet édifice se distingue particulièrement par son mobilier : baldaquin du maître-autel, chaire en fer forgé, orgue, ainsi que les nombreux ex-voto déposés par les fidèles.
Localisation L'église est au nord-ouest du centre-ville de Rennes, au cœur du secteur sauvegardé. Située place Saint-Sauveur, elle se trouve à l'extrémité d'une perspective démarrant en bas de la place du Parlement-de-Bretagne et formée par la succession des rues de Brilhac, de l'Hermine et du Guesclin. Seules ses façades est et sud sont visibles, le reste étant accolé d'immeubles, dont le presbytère à l’ouest, 2 rue Saint-Sauveur. La façade principale, à l'est, donne sur la place Saint-Sauveur, alors que la façade sud s'ouvre sur la rue Saint-Sauveur, et, au-delà, sur le jardin de l'hôtel de Blossac.
Histoire Chronologie Origines vignette|gauche|Plan de Rennes en 1618. L'ancienne église est signalée par le 19.|alt=Un plan de Rennes de 1618 en perspective axonométrique figurant l'enceinte et les principaux monuments, signalés par des nombres. L'église Saint-Sauveur (19) apparaît à l'est de la cathédrale, avec la façade ouverte à l'ouest et une élévation composée de deux niveaux : le mur sud comprend une rangée de deux arcades au niveau de la rue et trois fenêtres au premier niveau. Le toit est à double pente, surmonté d'un petit campanile.
L'actuelle église a été construite au début du , en remplacement d'une chapelle dont les origines se confondent avec celles de la ville. Selon une hypothèse de l'historien rennais Louis Pape, l'emplacement de cette chapelle, au croisement du et du , correspondrait à celui de la basilique du temple dédié à Mars Mullo sur le de la cité gallo-romaine de Condate..
Les premières traces écrites mentionnant une chapelle Saint-Sauveur à Rennes datent du . Elle est alors rattachée à la paroisse de Toussaints. Le chapitre de Rennes en fait don à l'abbesse Mathée de Corcop de l'abbaye Saint-Georges en ..... L'église se développe au rythme de la ville pendant les siècles suivants, avec de multiples enrichissements mobiliers et plusieurs opérations d'extension et de réfection : construction d'une lanterne, installation d'autels neufs, pose d'une poutre de gloire supportant un crucifix et deux images de saints, érection de piliers supportant une extension.… À partir du miracle de 1357 (voir ci-dessous), le culte de Notre-Dame se développe particulièrement..
Avec l'accroissement de la population, le besoin de scinder la paroisse de Toussaints, dont Saint-Sauveur est encore une trève, se fait sentir. Conformément à une demande des paroissiens formulée en 1632, l'évêque de Rennes Charles-François de La Vieuville érige Saint-Sauveur en église paroissiale en 1667.. Cette décision est confirmée par le Parlement de Bretagne par un arrêt du ., malgré l'opposition du recteur de Toussaints. Une confrérie est fondée en 1670 à l'initiative de saint Jean Eudes en l'honneur de Notre-Dame des Miracles et Vertus et du Saint-Cœur de Marie...
Reconstruction vignette|redresse|gauche|Chapiteau daté du , provenant de l'ancienne église et conservé au musée de Bretagne.|alt=Chapiteau simple en granit sculpté sur une face d'un personnage debout.
Le , le pignon ouest du bâtiment s'effondre, rendant l'église impropre au culte. Après quelques mois pendant lesquels le saint-sacrement est transporté à la chapelle Saint-James, le culte reprend dans l'église partiellement démolie. Le général de la paroisse souhaite reconstruire l'église. Il faudra dix-neuf ans pour réunir les fonds et acheter les parcelles adjacentes. La première délibération en vue du lancement du chantier de reconstruction a lieu le . La première pierre est posée deux ans plus tard, le , par l'intendant de Bretagne Louis Béchameil de Nointel.. En 1710, une loterie royale est organisée pour tenter de récolter livres au bénéfice du chantier..
Les plans sont réalisés par l'architecte François Huguet, également responsable du couronnement des tours de la cathédrale Saint-Pierre voisine et d'un bâtiment conventuel pour l'hôpital Saint-Yves. Selon le souhait du général de la paroisse, le culte n'est pas interrompu par les travaux. L'architecte décide d'orienter la nouvelle église d'est en ouest, à l'inverse de l'ancienne. Cette nouvelle orientation permet d'ouvrir la façade sur le bas de la place du grand bout de la Cohue (cette place où se tenait un marché − une cohue en français de Bretagne − occupait jusqu'en 1720 l'emplacement des actuelles rue de Clisson et place Saint-Sauveur). Les travaux commencent par le chœur : une fois celui-ci achevé, le saint-sacrement y est transporté et l'ancienne église est finalement démolie. De celle-ci ne subsiste qu'un chapiteau sculpté sur une face d'un personnage debout, daté du , et conservé au Musée de BretagneLe chapiteau est évidé en angle sur l'arrière. Ses dimensions sont de × × . Il provient d'un don de Godefroy Brossay-Saint-Marc en 1856. Cote 856.0008.8..
La nouvelle église est consacrée le alors que seuls le chœur (bénit plus tôt la même année) et une croisée sont achevés. L'incendie de Rennes de 1720 détruit le mobilier et l'ancienne toiture qui s'effondre mais n'interrompt pas le chantier de reconstruction. Le gros œuvre de l'église est achevé en 1728. François Huguet meurt en 1730 ; plusieurs architectes lui succèdent pour achever l'édifice. François Forestier de Villeneuve apporte une importante modification aux plans : la destruction de la place du grand bout de la Cohue, remplacée par la rue de Clisson et la place Saint-Sauveur, et le percement de la rue du Guesclin dans l'axe de l'église l'amènent à en redessiner la façade pour l'intégrer dans cette nouvelle perspective. Il produit également le plan du portail et de ses vantaux. Par mesure d'économie, le résultat final est toutefois moins ambitieux que le projet de Huguet.. Antoine Forestier (dit le Jeune) dresse quant à lui les plans du dôme de la tour, alors que Daniel Chocat de Grandmaison réalise ceux du beffroi en 1741., accompagnés de devis. La conduite des travaux par Forestier est attestée en 1758. L'autel majeur, symbolisant la fin des travaux, est consacré en 1768.
Pendant la Révolution vignette|gauche|Plan de Rennes en 1829. La nouvelle église est signalée par la lettre E.|alt=Un plan de Rennes en 1829 figurant les îlots construits du centre-ville. Les principaux monuments sont indiqués par des lettres. L'implantation de l’église Saint-Sauveur est indiquée par la lettre E, à l’est de la cathédrale. Le plan en croix, la tour et la sacristie sont figurés.
La Révolution française interrompt les travaux de reconstruction de la cathédrale Saint-Pierre détruite en 1768. L'évêque constitutionnel Claude Le Coz fixe alors le siège épiscopal dans l'église Saint-Sauveur.. Avec l'instauration de la Terreur et l'arrivée de Jean-Baptiste Carrier à Rennes le , le culte constitutionnel cesse et Claude Le Coz est emprisonné. L'église Saint-Sauveur devient alors le temple de la Raison, puis le temple de l'Être Suprême en 1794.. La statue miraculeuse de Notre Dame est détruite pendant cette période. L'édifice accueille des réunions publiques ; on y annonce entre autres la confirmation de Jean Leperdit à sa place de maire de la ville après la fin de la Terreur. En 1795, après l'autorisation de l'exercice public du culte catholique par la Convention nationale, une pétition citoyenne demande sans succès la restitution de l'église.. Néanmoins, Le Coz, rétabli à Rennes, obtient du district la location des lieux le (7 germinal an ). Saint-Sauveur n'est officiellement rendue au culte que le (8 vendémiaire an ) par le préfet d'Ille-et-Vilaine, Jean-Joseph Mounier..
Histoire récente Au cours du , le mobilier s'enrichit avec l'arrivée du maître-autel (1827–1829), d'un chandelier pascal (1846), d'un chemin de croix ( 1860) et de l'orgue de chœur (1894). L'architecte Leroux réalise une première restauration à partir de 1842, afin de rafraîchir l'intérieur et d'apporter quelques finitions. Les statues de saint Pierre et saint Paul, par Jean-Baptiste Barré, apparaissent de part et d'autre du chœur. Les autels du Sacré-Cœur et de saint Louis et sainte Anne sont refaits et reçoivent de nouveaux tableaux. L'abbé Marie-Joseph Brune conduit une seconde restauration à partir de 1870 portant sur les autels du transept. Il crée en 1875 l'autel dédié à Notre-Dame des Miracles et Vertus, dans le bas-côté nord. Trois cloches sont ensuite installées dans la tour en 1876. Enfin, un pavage de céramique remplace la tomette originelle en 1886. L'église porte également, entre 1832 et 1855, un télégraphe Chappe : le poste 4 de Rennes et le numéro 10 de la ligne Avranches-Nantes...
Avec la réactivation du culte de Notre-Dame des Miracles, l'église est consacrée le par le pape Pie X.. Elle est érigée en basilique mineure le par le pape Benoît XV... À disposition des occupants de religion catholique durant l'occupation de RennesÉtienne Maignen, Rennes pendant la guerre, chroniques de 1939 à 1945, éditions Ouest-France, novembre 2013 , page 92., l'édifice est inscrit au titre des monuments historiques le ...
Miracles vignette|redresse|gauche|Ex-voto aux murs près de la chapelle consacrée à Notre-Dame.|alt=Murs et pilier de l’église recouverts du sol au plafond d’ex-voto en marbre gravé.
Quatre récits de miracles, attribués à Notre-Dame, sont liés à l'église et font l'objet d'une dévotion particulière.
Selon le père Bernard Heudré, curé-doyen de la paroisse en 2013 :
Les murs proches de la chapelle consacrée à Notre-Dame sont recouverts d'ex-voto sous forme de plaques de marbre gravé. L'accrochage d'ex-voto est aujourd'hui refusé, mais les fidèles déposent fleurs et vœux auprès de la statue.
Découverte de la mine anglaise lors du siège de 1357 vignette|redresse=0.5|Vitrail commémoratif de la Chapelle Notre-Dame de Beauvais au Theil-de-Bretagne. Une Vierge à l'Enfant indique de la main droite l'emplacement de la mine aux défenseurs de la ville.|alt=Une photo d'un vitrail de la chapelle Notre-Dame de Beauvais au Theil-de-Bretagne. En haut du vitrail, une Vierge à l'Enfant pointe son index droit vers le sol. Face à elle, des soldats remarquent son geste. Dans son dos sont représentés les murailles de la ville. Sous les soldats, dans l'ombre, un homme portant un casque militaire creuse une galerie avec une pioche. Le vitrail porte les inscriptions « siège de Rennes 1357 » et « N.D. des Miracles, priez pour nous ».
Au cours de la guerre de Succession de Bretagne, alors que Rennes était assiégée par les troupes anglaises, la ville s'attendait à une tentative d'invasion par une voie souterraine. Selon une tradition populaire, dans la nuit du , les cloches de l'église se mirent à sonner et des cierges s'allumèrent spontanément. Les défenseurs de la ville auraient alors découvert la statue de Notre-Dame désignant une dalle sur le sol. Creusant à cet emplacement, ils découvrirent une galerie percée par les troupes anglaises venues prendre la ville et repoussèrent l'invasion..