vignette|Pommeau d'une épée maçonnique (épée de Lafayette).
La franc-maçonnerie en France s'intègre dans un ensemble de mouvements historiques et sociaux très divers formant un espace de sociabilité. qui recrute ses membres par cooptationC'est-à-dire que les membres décident de l'admission d'un nouveau membre. À ne pas confondre avec la candidature qui peut être spontanée. Voir franc-maçonnerie#Recrutement. et pratique des rites initiatiques faisant référence à un secret maçonnique et à l'art de bâtir. Apparue initialement en Écosse sous sa forme spéculative à Kilwinning () et à Édimbourg (), elle se développe également en Grande-Bretagne au puis se réorganise à Londres en . Elle apparaît en France sous l'influence des Stuart émigrés et de leur entourage vers la fin du , mais son essor dans les années dépend alors surtout du concours des francs-maçons anglais. La franc-maçonnerie se diffuse en France, comme dans de très nombreux pays du monde, au début du .
La franc-maçonnerie se structure au fil des siècles autour d'un grand nombre de rites et de traditions. Au fil du temps et notamment à partir de , l'appréciation philosophique et la pratique de ces rites entraîne la création de différentes fédérations, nommées obédiences, qui ne se reconnaissent pas toutes entre elles. Elle se décrit, suivant les époques, les obédiences et les pays, comme une , comme un ou enfin, comme un .
Cet article décrit son histoire et son organisation dans le cas particulier du territoire français, où elle compte en 2014 plus de ..
L'historiographie maçonnique française
Jusqu'au milieu du , l'histoire de la franc-maçonnerie fut exclue du champ de l'histoire universitaire classique. Particulièrement en France, l'historiographie maçonnique se partageait alors presque exclusivement entre des auteurs nettement hostiles à la franc-maçonnerie et d'autres qui lui étaient résolument favorables et qui étaient souvent maçons eux-mêmes..
Depuis, son influence politique s'étant amoindrie, son conflit historique avec l'Église catholique en France s'étant sinon résolu, du moins apaisé, elle est devenue politiquement moins puissante. Dans ce climat devenu plus favorable à l'application des principes et méthodes de l'érudition classique, l'historiographie maçonnique a pu se développer et se constituer en une discipline autonome, la maçonnologie, consacrée à une étude plus large et plus neutre de l'univers culturel et intellectuel très varié que constitue la franc-maçonnerie européenne en général, et la franc-maçonnerie française en particulier.
La franc-maçonnerie française offre à l'historien de nombreux documents (manuscrits, diplômes, gravures, caricatures, articles de journaux, imprimés). Elle a produit également un grand nombre d'objets rituels (tabliers maçonniques, tableaux de loge, vaisselle, médailles commémoratives), mais également de la vie courante (montres, pipes, tabatières, sujets en faïence) exposés au public dans plusieurs musées ou expositions permanentes. Mais les sources principales restent celles des manuscrits et en tout premier lieu le cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France et celui de la Bibliothèque municipale de Lyon. En , le gouvernement russe a par ailleurs restitué aux obédiences françaises, qui les mettent à la disposition des historiens, la totalité des archives qui avaient été confisquées aux loges pendant l'occupation allemande et qui étaient conservées à Moscou depuis la libération.
Histoire Le vignette|upright=1.5|alt=carte d'implantation des loges en France|Implantation des loges en France en 1789L'histoire 2001, ..
D'après une tradition remontant à , la première loge maçonnique apparue en France aurait été fondée en , au sein du régiment arrivé en France à la suite de l'exil de Jacques Stuart, sous le nom de de Saint-Germain-en-Laye. Les historiens estiment que la chose est très vraisemblable, notamment du fait de la présence sur place de très nombreux aristocrates écossais francs-maçons., mais elle n'a jamais pu être totalement démontrée.. De même, la première loge de source anglaise aurait été l' fondée en à Dunkerque..
La première loge dont l'existence est historiquement bien documentéeMémoire historique sur la maçonnerie, supplément de lEncyclopédie, 1773. fut fondée par des Britanniques à Paris . Elle se réunissait chez le traiteur anglais Barnabé Hute, rue des Boucheries, , et regroupait principalement des Irlandais et des exilés stuartistes. C'est assez probablement cette même loge qui recevra en des patentes officielles de la Grande Loge de Londres sous le nom de loge , se réunissant à l'enseigne du , toujours rue des Boucheries..
En , les francs-maçons français décident de reconnaître comme « grand maître des francs-maçons en France », Philippe, duc de Wharton (-), qui séjourne à Paris et à Lyon de à , et qui avait déjà été, en , grand maître de la Grande Loge de Londres.. Les jacobites James Hector MacLean (-) qui proclame les règlements généraux le (c'est dans ce texte que le terme apparaît) puis Charles Radclyffe, comte de Derwentwater, lui succéderont. La nomination de Wharton, antérieure à la transformation de la « Grande Loge de Londres » en en , est considéré par une partie des historiens comme le point de départ d'une franc-maçonnerie française indépendante de celle de Grande-Bretagne..
Si l'existence d'un grand maître en France est ainsi attestée dès , il faudra cependant attendre dix ans de plus pour qu'une véritable assemblée des représentants de toutes les loges « anglaises » et « écossaises ».Toutefois, l'existence de cette réunion n'est pas confirmée par les auteurs plus récents (voir la page de discussion de l'article Grande Loge de France). constitue pleinement la première Grande Loge de France le et institue Louis de Pardaillan de Gondrin (-), deuxième duc d'Antin, .
Le duc d'Antin Le duc d'Antin étant pair de FranceH. Jougla de Morenas, Grand Armorial de France, tome 5, p. 212-213., filleulRoglo.eu du dauphin et proche de la famille royale, sa proclamation comme grand maître des francs-maçons de France aura pour effet rapide d'alléger les opérations de surveillance que la police commençait à conduire sur la et son influence convaincra probablement le roi Louis XV d'oublier de faire enregistrer la bulle papale de Clément XII, condamnant la franc-maçonnerie, par le Parlement..
En , le chevalier de Ramsay prononce un discoursCe discours est disponible dans son intégralité sur Wikisource, ici. développant l'idée d'une origine chevaleresque de la franc-maçonnerie. Cette idée aura par la suite une influence certaine sur l'apparition dans la période - de très nombreux hauts grades maçonniques qui seront regroupés par la suite au sein des différents rites maçonniques.
La première révélation au public français des secrets maçonniques date de . Elle sera ensuite publiée en dans La Gazette de Hollande sous le nom La réception d'un frey-maçon et fait suite aux perquisitions du lieutenant de police Hérault ainsi qu'au témoignage d'une demoiselle Carton, danseuse d'opéra, à laquelle un Frère se serait confié. La police de l'époque attire l'attention du pouvoir royal sur les dangers que ferait courir à la monarchie absolue une telle . Elle fait en conséquence défense , ce qui ne les empêche nullement de continuer à se réunir, sous la protection de personnes de la haute noblesse, telles que le duc d'Antin. D'autres perquisitions eurent lieu de à . Elles donnèrent lieu à des rapports de police très détaillés qui sont aujourd'hui une source précieuse pour les historiens de la franc-maçonnerie. Elles furent accompagnées d'arrestations et de condamnations légères, puis la franc-maçonnerie s'installa définitivement dans le paysage social français et les condamnations émanant du pouvoir royal cessèrent jusqu’à la fin du siècle..
vignette|gauche|upright|alt=portait en couleur de l'union des trois ordres|Nicolas Perseval, L'Union des trois ordres, c. 1789.
L'année est également celle de la condamnation de la franc-maçonnerie par la bulle « in eminenti apostolatus specula » du pape Clément XII. Si cette condamnation fut le signal d'une vague de persécutions dans les pays européens les plus soumis à l'autorité de Rome, il n'en alla pas de même en France où aucune bulle ne pouvait avoir d'effet sans être enregistrée par le Parlement, ce que celui-ci se garda bien de faire, pour des raisons politiques.. Très rapidement, la franc-maçonnerie française sera donc principalement composée de catholiques, dont de nombreux prêtres., et le restera jusqu’à la Révolution française.
Entre les années à , naît en France, dans les milieux de la haute aristocratie, une forme originale et mixte de la franc-maçonnerie, sous le nom de , elle se répand assez largement dans les provinces, elle se dote d'une honorifique en la personne de la duchesse de Bourbon-Condé, sœur du duc de Chartres.
Louis de Bourbon-Condé En , après le décès du duc d'Antin, c'est Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, prince du sang et futur membre de l'Académie française qui lui succède en tant que . Il le restera jusqu’à sa mort, en .
Vers on compte déjà une vingtaine de loges à Paris et autant en provinceMitterrand en compte, lui, « une dizaine à Paris et une quinzaine en province » « vers 1740 » .. Les loges de province sont le plus souvent fondées par des maçons en déplacement pour leurs affaires, mais surtout par l'intermédiaire des loges militaires, au fil des déplacements de leurs régiments : lorsqu'une loge militaire quitte ses quartiers d'hiver, il n'est pas rare en effet qu'elle laisse dans son sillage l'embryon d'une nouvelle loge civile. C'est de cette époque que datent les nombreuses expressions d'origine militaire encore en usage dans les banquets maçonniques modernes, telles que le célèbre désignant un verre, ou la désignant le vin.
Louis-Philippe d'Orléans vignette|upright|alt=portrait en couleur d'un aristocrate|Philippe d'Orléans en grand maître du Grand Orient de France. En , Louis Philippe d'Orléans succède à Louis de Bourbon-Condé à la tête de la franc-maçonnerie française. Sous son autorité et avec le soutien des loges de province contre l'hégémonie de celles de Paris, la Grande Loge de France est réorganisée et change de nom pour devenir en le Grand Orient de France, qui regroupe quelque . Seuls quelques , principalement parisiens, refusant de ne plus être présidents à vie de leur loge, résisteront à cette réforme en formant une qui poursuivra son activité jusqu'en .
Révolutionnaires ou contre-révolutionnaires ? Après la Révolution française, le jésuite Augustin Barruel écrivit que les francs-maçons avaient activement préparé la révolution de , ce qui accrédita parfois l'idée d'un complot maçonnique dans la révolution française. Cette thèse fut ensuite souvent reprise, notamment sous la Troisième République, par quelques auteurs catholiques qui y voyaient un argument anti-maçonnique et anti-républicain, ainsi que par différents francs-maçons qui y voyaient un argument de nature à renforcer leur image auprès du gouvernement.
Il y eut en réalité des francs-maçons dans tous les camps. Ainsi, Anne de Montmorency, duc de Piney-Luxembourg, bras droit du grand maître et initiateur de la fondation du Grand Orient de France, émigre dès . Le marquis de Bouillé, fervent royaliste proche de Louis XVI est également franc-maçon., comme le maréchal de Rochambeau, le prince de Conti (qui émigre dès le avec le comte d'Artois), et de nombreux aristocrates contre-révolutionnaires. On voit aussi une loge aristocratique comme « La Concorde », de Dijon, se saborder dès ..