Jean Siméon ChardinBaptisé de son premier prénom Jean (pour Jean le Baptiste et non pas Jean l'Évangéliste, et certification après sa mort qu'il ne faut pas ajouter Baptiste à ce nom de baptême.Acte de naissance :

Rectification en date du 4 mars 1780 (trois mois après la mort de Chardin) : , né le à Paris et mort dans la même ville le , est considéré comme l'un des plus grands peintres français et européens du . Il est surtout reconnu pour ses natures mortes, ses peintures de genre et ses pastels.

Biographie

vignette|La Raie (1728), Paris, musée du Louvre. vignette|Le Château de cartes, Washington, National Gallery of Art.Chardin naît à Paris le , d'un père artisan, fabricant de billards. Mis à part le fait qu'il a été l'élève du peintre d’histoire Pierre-Jacques CazesVoir le tableau Deux barriques, un chaudron et autres dédié à son professeur. et qu'il a peut-être été conseillé par Noël Nicolas Coypel, on n'a aucune certitude à propos de sa formation avant le , date à laquelle il est reçu à l'Académie de Saint-Luc avec le titre de maître – titre auquel il renonça en 1729.

D'après les frères Goncourt, Coypel aurait fait appel à Chardin pour peindre un fusil dans un tableau de chasse, ce qui lui aurait donné le goût des natures mortes.

Il est probable que deux de ses tableaux, la Raie et Le Buffet, ont été remarqués par deux membres de l'Académie royale à l'Exposition de la Jeunesse, place Dauphine, en 1728 : Louis de Boullogne, Premier peintre du Roi, et Nicolas de Largillierre un des meilleurs peintres français de natures mortes.

Ces deux tableaux sont les morceaux de réception de Chardin à l'Académie royaleProcès-verbal de l'Académie rendant compte de la séance du 25 septembre 1728 (procès-verbaux édités en 1883) :, et se trouvent à présent au musée du Louvre.

Entrée à l'Académie Chardin devient ainsi peintre académicien « dans le talent des animaux et des fruits », c'est-à-dire au niveau inférieur de la hiérarchie des genres reconnus. vignette|La Serinette, dit aussi Une dame variant ses amusements (1750-1751), Paris, musée du Louvre. vignette|La Fille de cuisine, Washington, National Gallery of Art. La Raie fait l'objet d'une admiration et d'une fascination unanimes depuis le . Le Buffet est une des premières œuvres datées de Chardin. Henri Matisse copia ces deux tableaux en 1896 ; ils se trouvent actuellement au musée Matisse du Cateau-Cambrésis.

Chose rare chez Chardin, un animal vivant figure dans la Raie comme dans le Buffet. L'artiste peint très lentement, revient sans cesse sur son travail, ce qui n'est guère compatible avec la représentation d'animaux vivants. Il est aussi probable que Chardin ait redouté que l'on compare ses œuvres à celles des deux maîtres du temps « dans le talent des animaux » : Alexandre-François Desportes (1661-1743) et Jean-Baptiste Oudry (1661-1755). Ce dernier avait précédé Chardin à l'Académie de Saint-Luc en 1708 et à l'Académie royale en 1717.

L'année 1731 est marquée par des événements particulièrement importants. Il épouse Marguerite Saintard sept ans après un contrat de mariage passé avec elle. Le père de l'artiste meurt peu après, et son fils Jean Pierre naît en novembre. Cette même année, sous la direction de Jean-Baptiste van Loo (1684-1745), il participe à la restauration des fresques de la galerie François du château de Fontainebleau.

Dans son Abecedario (1749), un contemporain de Chardin, Pierre-Jean Mariette, rapporte l'anecdote suivante : Chardin faisant remarquer à un de ses amis peintres, Joseph Aved (1702-1766), qu'une somme d'argent même assez faible était toujours bonne à prendre pour un portrait commandé quand l'artiste n'était pas très connu, Aved lui aurait répondu : L'artiste était mis au défi de peindre autre chose que des natures mortes. Mais ce n'était pas la seule raison de changer de registre. Mariette ajoute : . Il débuta les premiers tableaux à figure en 1733.

Sa femme Marguerite meurt en 1735 et sa fille Marguerite Agnès en 1737.

Maturité En 1744, Chardin épouse Françoise-Marguerite Pouget (1707-1791)cf. Prosper Dorbec, « Un portrait de la seconde femme de Chardin, par Chardin, au Musée Carnavalet », in Gazette des Beaux-arts, 1903, .. Il a 45 ans, elle en a 37. Ils n'eurent pas d'enfant.

Bientôt Chardin est protégé et encouragé par un personnage important, le marquis de Vandières (1727-1781), futur marquis de Marigny et de Menars, directeur des Bâtiments de 1751 à 1773, frère de Madame de Pompadour, qui lui obtient une pensionAbel-François Poisson de Vandières – de son titre exact directeur des Bâtiments, Arts, Académies, Jardins et Manufactures du Roi – était le frère de Jeanne Antoinette d'Étiolles, née Poisson, marquise de Pompadour. Comme sa sœur, il appréciait beaucoup les tableaux de Chardin et en possédait (ainsi que des gravures exécutées d'après des tableaux), certains en propre, d'autres venus par héritage à la mort de sa sœur en 1764. Il avait dans ses collections, notamment, l'Écureuse dit aussi la Récureuse (1738, 45,4 × , Glasgow, Hunterian Museum and Art Gallery), et la Serinette dit aussi Dame variant ses amusements (50 × , 1751, Paris, collection privée)..

En 1754, son fils Jean Pierre remporte le premier prix de l'Académie et entre à l'École royale des élèves protégés. En 1757, il reçoit son brevet pour aller poursuivre ses études de peinture à Rome. Enlevé par des corsaires anglais au large de Gênes en 1762, puis libéré, Jean Pierre meurt en 1767 à Paris, à moins qu'il ne se soit suicidé à Venise.

Il est nommé trésorier de l'Académie en 1755, et deux ans après Louis XV lui accorde un petit appartement dans les Galeries du Louvre, ce dont il se montre très fier. Marigny, dont la bienveillance à l'égard de Chardin ne se démentit jamais, est à l'origine de cet honneur rendu au peintre et l'en avertit lui-même.

vignette|Nature morte (vers 1760), Paris, musée du Louvre.

On imagine sans peine Chardin savourant avec délice l'annonce de cette distinction devant ses confrères, en pleine séance de l'Académie :

L'inventaire après décès des biens de Chardin révèle que cet appartement comportait quatre chambres, une salle à manger, une cuisine, un corridor, une cave et une soupente sous l'escalier.

Très occupé par ses fonctions de trésorier et par la responsabilité qui lui incombe de l'arrangement des tableaux pour le Salon de l'Académie (office dit de « tapissier » qui lui vaut des démêlés avec Oudry), Chardin se consacre à nouveau à la nature morte depuis 1748. Il expose toujours des peintures de genre, mais cesse d'en créer : ce sont, la plupart du temps, des œuvres antérieures ou des variantes.

En 1760, Quentin de La Tour avait fait, au pastel, un portrait de Chardin (Paris, musée du Louvre) qui l'avait offert à l'Académie à l'occasion de sa démission de la charge de trésorier.

Le , en présence de Chardin, ce portrait est accroché dans la salle des séances.

Conflit à l'Académie

À sa mort, Madame de Pompadour avait, en quelque sorte, légué Boucher (1703-1770) à Louis XV qui en fit son Premier peintre en 1765 et le nomma directeur de l'Académie. Chardin quant à lui est reçu à la suite d'un vote à l'unanimité, à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen comme associé libre.

Les attaques d'un Diderot, que sa morale bourgeoise frappe parfois de cécité esthétique, n'y font rien : Boucher est un grand peintre. Mais à la mort du « favori de la favorite », les tenants de la peinture d’histoire se déchaînent. Charles-Nicolas Cochin le jeuneSecrétaire et historiographe de l'Académie, nommé par Louis XV « Dessinateur des Menus-Plaisirs », il était le fils de Charles Nicolas Cochin « le Vieux », dit aussi « le Père » à qui l'on doit de nombreuses gravures exécutées d'après des œuvres de Chardin. (1715-1790), grand ami de Chardin et jadis protégé de Marigny, en sera la victime : forcé de démissionner de sa place de secrétaire de l'Académie, il est remplacé par Jean-Baptiste-Marie Pierre (1714-1789), nouveau Premier peintre du Roi.

Marigny lui fait obtenir une pension de 200 livres par an pour ses responsabilités dans l'organisation du Salon du Louvre et l'accrochage des tableaux. , et en 1769, les époux Chardin reçoivent une rente viagère annuelle de exempte d'impôts – rente augmentée de 400 livres l'année suivante.

Louis XV meurt en 1774, mais depuis dix ans déjà, de Pompadour n'était plus à ses côtés pour orienter ses goûts. Cette même année, le comte d'Angivillier succède au frère de la favorite, protectrice des arts et des lettres, comme directeur et ordonnateur des Bâtiments du Roi. Les relations entre Chardin et lui sont extrêmement différentes de celles que le peintre entretenait avec le frère de de Pompadour. Il est même possible de dire que Chardin doit faire face à un mépris teinté d'hostilité. Ainsi, lorsqu'en 1778, il exprime auprès de d'Angivillier son désir de percevoir les honoraires jadis affectés à sa charge de trésorier de l'Académie, il se heurte au dédain du comte.

C'est l'époque où la peinture de « grand genre », soutenue par d'Angivillier et Pierre, se tourne vers le néo-classicisme, mais Chardin souffre finalement assez peu de ces changements, et de toute façon, ses détracteurs ne parviennent pas à entraîner une désaffection du public cultivé. Chardin est à la fois conscient de la haute maîtrise dont témoigne son art, et du peu d'estime que l'on accorde aux peintres de nature morte :

vignette|Autoportrait à l'abat-jour et aux lunettes (1775), pastel, Paris, musée du Louvre. Dans sa réponse, d'Angivillier fait remarquer que Chardin percevait une somme déjà plus importante que les autres « officiers » (ceux qui ont un office, c'est-à-dire une charge, un emploi) dans le cadre de l'Académie. Mais surtout il reprend à son compte l'idée, qui n'avait presque plus cours chez les véritables amateurs d'art, que la peinture de natures mortes demande moins d'études et de travail que la peinture d’histoire. En conséquence, il considère que ce fut une erreur de rémunérer aussi largement Chardin, qui devrait s'estimer bien heureux que le roi lui ait attribué un logement.

À aucun moment d'Angivillier ne suppose que l'absence de revendications de la part des autres membres de l'Académie puisse être simplement due à une reconnaissance du génie de Chardin dont les œuvres transcendant l'archaïque classement en « genres ». Au début des années 1770 Chardin se consacre au pastel, ce qu'il explique notamment par des raisons de santé, dans une correspondance avec le comte d'Angivillier.

vignette|Portrait de Madame Chardin (1775), pastel, Paris, musée du Louvre.

Fin de carrière En 1772 Chardin commence à être gravement malade. Il souffre probablement de ce que l'on appelait « la maladie de la pierre », c'est-à-dire de coliques néphrétiques. À cause de l'âge et de la maladie, le , il démissionne de sa charge de trésorier de l'Académie et meurt le , à 9 heures du matin à Paris dans son appartement des galeries du Louvre. Il est inhumé dans l'église voisine Saint-Germain-l'Auxerrois.

Par l'inventaire après décès, nous savons que le ménage Chardin était à l'aise financièrement. Toutefois, Madame Chardin demande une part de réversion des rentes de son mari. On ne peut, cette fois, reprocher à d'Angivillier son refus :

Madame Chardin se retire chez un membre de sa famille. Elle meurt le .

L'Œuvre

Les Scènes de genre : un défi remporté

Les premiers tableaux à figures de Chardin ont été peints en 1733 au plus tard. Chardin se rend compte qu'il ne peut pas vendre indéfiniment des natures mortes. Il lui faut devenir maître dans un autre genre pictural.

vignette|Une femme occupée à cacheter une lettre (vers 1732), Potsdam, palais de Sanssouci. vignette|Bulles de savon (1734), New York, Metropolitan Museum of Art.