Les Parsis, parfois Pārsis ou Parses (du sanscrit Pārashika (), peuple de Perse, une partie d'Iran et d'Afghanistan actuel ; en (pārasī)) sont les adeptes du parsisme, confession dérivée du zoroastrisme. Ils constituent l'une des deux communautés zoroastriennes (l'autre étant celle des Iranis) ayant quitté le monde iranien pour s'installer principalement en Inde.

À la suite de la conquête arabo-islamique de la Perse en 633-654, une partie de la population Parsi s'enfuit vers l'Est et s'installe en Inde. Les Parsis s'établissent tout d'abord dans le Sind et dans le Saurāshtra, au Gujarat. Ils profitèrent au début du de la protection du roi Jadi Rana, qui régnait sur les États de Thana près de l'actuelle Mumbai (Bombay). De même que pour les communautés juives installées en Inde, les Parsis purent pratiquer leur culte zoroastrien librement et sans contrainte.

Ils participent très largement à la vie économique, en particulier à la formation de la ville de Bombay, où ils occuperont une place importante dans l'administration et la culture.

Les Parsis vénèrent le feu (symbole de la Lumière divine ; voir « zoroastrisme ») et ne pratiquent pas la crémation, pour ne pas le souiller. De même, pour ne pas souiller le sol, les corps ne sont pas inhumés mais exposés dans les tours du silence ou dakhmā de façon à être décharnés par les vautours.

Origine et définition du terme « parsi » Le terme « pārsi », qui dans la langue persane désigne les habitants du Fars (ou Pars) ou encore les membres de l'ethnie perse, n'est attesté dans les textes zoroastriens indiens qu'à partir du . Jusque-là, ces textes utilisaient les termes d'origine persane « Zartoshti » (zoroastrien) ou « Vehdin » (de la bonne religion).

La première référence aux parsis trouvée dans un texte européen date de 1322 : un moine français, Jourdain de Séverac, dit les avoir rencontrés à Thane et Bharuch et décrit leurs coutumes et rites funéraires.. Par la suite, le terme apparaît dans les notes de nombreux voyageurs européens, tout d'abord français et portugais, puis anglais. Le terme « parsi » ne se réfère ici pas tant à l'origine perse ou iranienne des parsis, mais plutôt aux particularités de leur identité ethnique.. D'ailleurs, si l'hérédité était le seul facteur pour déterminer l'ethnicité, les parsis seraient à compter parmi les Parthes, d'après leur véritable contrée d'origine..

Le terme « parsisme » est attribué à Abraham Hyacinthe Anquetil-Duperron, qui, dans les années 1750, donne la première définition détaillée des parsis et du zoroastrisme, partant de l'hypothèse erronée que les parsis étaient les seuls adeptes restants de la religion.

Histoire Arrivée au Sind et au Gujarat vignette|gauche|redresse|Khorassan (en jaune) et Sind (en rose) à l'époque du califat en 750 de notre ère.

D'après le Qissa-i Sanjan, poème épique relatant l'exode en Inde des parsis zoroastriens, rédigé plus de six siècles après l'événement, le premier groupe d'émigrants venaient du Grand Khorassan. Cette région historique s'étendait sur le nord-est de l'Iran actuel, l'est de l'Afghanistan, l'ouest du Pakistan ainsi que sur une partie du Tadjikistan, du Turkménistan et de l'Ouzbékistan.

Arrivés au Gujarat, les immigrants obtinrent du souverain local Jadi Rana la permission d'y rester à condition qu'ils en adoptassent la langue (le Gujarati), que leurs femmes revêtissent le sari, vêtement traditionnel de la région, et qu'ils renonçassent à porter des armes. Les réfugiés acceptèrent ces conditions et fondèrent la colonie de Sanjan, qu'ils nommèrent ainsi d'après leur ville d'origine, Sanjan, près de Merv, dans l'actuel Turkménistan. Un deuxième groupe d'immigrants venus du Grand Khorassan arriva cinq ans plus tard, apportant avec lui des ustensiles religieux (l'alat). En plus de ces peuples montagnards tout d'abord appelés Khorasanis ou Kohistanis, un autre groupe au moins semble être venu par voie de terre de Sari (Iran).

vignette|redresse|Gujarat sur une carte de 1692.

Si le groupe de Sanjan est réputé être le premier à s'être établi dans la région, la date précise de son arrivée est matière à controverse. Toutes les conjectures sont issues du Qissa, qui reste vague et même parfois chronologiquement contradictoire. Trois dates possibles – 936, 765 et 716 – ont été proposées pour l'arrivée des parsis en Inde et la controverse en la matière a fait l'objet de mainte querelle animée parmi les parsis. Étant donné qu'aucune date n'est spécifiquement mentionnée dans les textes parsis antérieurs au , toute date avancée ne pourra être que matière à spéculation. L'importance du Qissa ne réside pas tant dans sa reconstruction des événements que dans le portrait qui y est fait des parsis – c'est ainsi qu'ils étaient appelés à se voir eux-mêmes – et dans l'esquisse de leurs relations avec la culture dominante. Le texte joue donc un rôle crucial dans le développement de l'identité parsie. Et même si l' que cette chronique basée sur une transmission orale n'est rien de plus qu'une légende, elle est néanmoins sans aucun doute riche en informations sur l'historiographie parsie.

Les zoroastriens de Sanjan n'étaient certainement pas les premiers zoroastriens à s'être installés sur le sous-continent indien. Le Sind, limitrophe du Baloutchistan, à la périphérie orientale du monde iranien, avait aussi été sous l'administration côtière de l'empire sassanide (226-651). Même après la perte du Sind, les Iraniens continuèrent à jouer un rôle prépondérant dans les liens commerciaux entre l'est et l'ouest. L'historiographe arabe Al-Mas'ûdî () mentionne des zoroastriens avec leurs temples du feu à al-Hind et al-Sindh. Par ailleurs, les ports du Gujarat se trouvaient sur les routes maritimes qui venaient compléter la route de la soie et il existait d'intenses échanges commerciaux entre les deux régions. Les contacts entre les Iraniens et les Indiens remontent avant notre ère et les Purana tout comme le Mahabharata emploient le terme Parasika pour désigner les peuples établis à l'ouest de l'Indus.

Les légendes des parsis relatant la migration de leurs ancêtres vers l'Inde dépeignent des cortèges de réfugiés fuyant leurs villages assiégés pour échapper aux nouvelles règles imposées par les conquérants musulmans et préserver leur foi ancestrale. Cependant, alors qu'il est certain que des parsis sont venus s'établir le long de la côte occidentale du sous-continent indien après la conquête de l'Iran par les Arabes, il n'est pas entièrement avéré que ces migrations aient été provoquées par une persécution religieuse envers les zoroastriens. Si l'on retient la tradition du Qissa, qui suggère le comme période des premiers départs, il est à supposer que les migrations ont commencé alors que le zoroastrisme était encore la religion prédominante en Iran et que des facteurs économiques ont présidé à la décision d'émigrer. Et ceci d'autant plus que, comme le laisse entendre le Qissa, les premiers parsis venaient du nord-est (donc d'Asie centrale) et dépendaient jusque-là du commerce empruntant la route de la soie. Le fait que les Arabes prélevaient sur les non-musulmans des droits plus élevés lorsque ceux-ci commerçaient à partir de ports tenus par les musulmans peut être interprété comme une forme de persécution religieuse, mais il semble improbable que c'eût été pour les parsis l'unique raison d'émigrer.

Premiers temps Le Qissa ne relate guère les événements qui suivirent la fondation de Sanjan et se limite à mentionner brièvement qu'on fit brûler à Sanjan le « Feu de la Victoire » (vieux-persan : Atash Bahram), que l'on transféra ensuite à Navsari. Les siècles suivants furent pleins de rigueurs pour les parsis, jusqu'à ce que le zoroastrianisme prît pied en Inde et assurât à ses adhérents quelques moyens de subsistance dans ce nouveau pays d'adoption.

Deux siècles après leur débarquement, les parsis commencèrent à s'installer dans d'autres parties du Gujarat, ce qui conduisit à des difficultés pour définir les limites de la juridiction sacerdotale. Ces problèmes furent résolus vers 1290 par la division du Gujarat en cinq panthaks (districts), chacun étant placé sous la juridiction d'une famille de prêtres et de ses descendants. La juridiction applicable au Atash Bahram continuant à faire l'objet de disputes, le feu fut transféré en 1742 à Udvada, où la juridiction est actuellement partagée selon un système de rotation entre les cinq familles responsables des panthaks.

Des inscriptions trouvées dans les grottes de Kanheri, près de Mumbai, laissent supposer qu'au moins jusqu'au début du , le moyen perse est encore la langue littéraire des prêtres héréditaires zoroastriens. Néanmoins, mis à part le Qissa et les inscriptions de Kanheri, il n'est guère fait mention de l'existence des parsis avant les et s, où des transcriptions et des traductions en sanskrit de l'Avesta furent réalisées de main de maître et firent l'objet de commentaires.

Du à la fin du , les prêtres zoroastriens du Gujarat envoient au total à leurs coreligionnaires en Iran, probablement parce qu'ils considéraient que les zoroastriens d'Iran étaient mieux informés qu'eux en matière religieuse et qu'ils devaient avoir préservé plus fidèlement les usages ancestraux. Ces questions et leurs réponses couvrent une période allant de 1478 à 1766 et traitent de sujets aussi bien religieux que sociaux. Vues sous l'angle superficiel du , certaines de ces ithoter (questions) semblent particulièrement triviales – par exemple, le Rivayat 376 se penche sur la question de savoir si une encre préparée par un non-zoroastrien peut être utilisée pour copier des textes en avestique – mais elles donnent une impression assez juste des craintes et préoccupations des premiers zoroastriens de l'ère moderne. Ainsi, la question de l'encre est symptomatique de l'appréhension à l'assimilation qui pourrait signifier une perte d'identité, un thème qui revient souvent dans les questions posées et qui donne encore à penser en ce . Autre question évoquée : celle de la conversion des Juddins (non-zoroastriens) au zoroastrianisme, la réponse étant (R237, R238) : acceptable, et même méritoire..

Néanmoins, les conditions précaires dans lesquelles vivent les parsis les mettent dans l'impossibilité de persévérer dans leur zèle prosélytique d'antan. La crainte instinctive d'une désintégration et d'une absorption dans les vastes multitudes qui les entourent suscite en eux un esprit d'exclusivité et un fort désir de préserver les caractéristiques raciales et les traits distinctifs de leur communauté. Vivant dans une atmosphère imbibée du système des castes hindou, ils cherchent la sécurité en s'enfermant dans des barrières sociales rigides.. Malgré tout, à un moment donné (peut-être peu après leur arrivée en Inde), les zoroastriens se rendirent compte que la stratification sociale dont ils avaient tout d'abord conservé la tradition était inadéquate vu la taille réduite de leur communauté et ils l'abandonnent sauf pour ce qui est du sacerdoce héréditaire (appelé asronih dans l'Iran sassanide). Les autres états sont rassemblés en une seule classe désignée aujourd'hui par le terme behdini (adeptes du daena, considéré comme la « bonne religion »). Ce changement va avoir des conséquences profondes. Tout d'abord, il élargit le fonds génétique commun, alors que jusque-là les mariages sont extrêmement rares d'une classe à l'autre (mais le problème subsistera pour les familles de prêtres jusqu'à nos jours). D'autre part, il supprime les frontières au niveau des emplois, ce qui inspirera aux la sympathie des autorités coloniales anglaises pour les parsis, lesquelles étaient lasses des complications imprévisibles du système de castes indien.

Ère des opportunités vignette|gauche|Parsis de Bombay, gravure sur bois, vers 1878.