thumb|right|Les frontières nord et est de l’Empire romain au temps de Constantin (en rose, les territoires conquis entre 306 et 337).

Le Bas-Empire constitue, avec le Haut-Empire le second élément de la division chronologique de l’Empire romain instituée par l'historiographie francophonePlutôt que cette division traditionnelle en deux parties, Paul Petit dans son Histoire générale de l’Empire romain avait plutôt proposé une division en trois parties : le Haut-Empire ( - ), la Crise de l’Empire (des derniers Antonins à Dioclétien) et le Bas-Empire ().

Si ces termes restent largement utilisés, d’une part la date de la transition du Haut-Empire au Bas-Empire fait l’objet de discussions ; d’autre part « Bas-Empire » a une connotation péjorative synonyme de « décadence » et est de plus en plus remplacé par « Antiquité tardive », plus neutre. Certains historiens proposent de faire commencer le Bas-Empire à la fin de la dynastie des Antonins (), d’autres avec le renversement de la dynastie des Sévères (), d’autres encore avec le début du règne de Dioclétien (). Pour Paul Petit et pour l’historiographie moderne de l’Empire romain d’Orient, le Bas-Empire prend fin en 395, à la mort de Théodose, dernier empereur de l’empire uni ; en revanche, pour l’historiographie de l’Empire romain d'Occident, le Bas-Empire s’achève avec l’avènement des royaumes barbares, en 476Nous suivrons ici la division proposée par Paul Petit pour le début du Bas-Empire, mais conservons la date de 476 pour sa fin..

À la période d’anarchie militaire qui a vu se succéder rapidement une série d’empereurs choisis par l’armée, Dioclétien veut substituer un système cooptatif appelé « tétrarchie » dans lequel deux empereurs appelés « Augustes » choisissent deux assistants appelés « Césars » lesquels les remplaceront à leur départ, se choisissant eux-mêmes deux nouveaux césars. Ce système exigeant beaucoup de bonne volonté et d’altruisme dure une seule génération : dès la suivante, , fils du césar puis auguste Constance Chlore, met fin à ce système de cooptation pour revenir au système dynastique, partageant à sa mort l’empire entre ses fils et neveux. Cette première dynastie constantinienne dure également une seule génération jusqu’à ce que l’un des trois frères, Constance, récupère les domaines des deux autres à leur mort.

Lui succède, après le bref intermède de l’empereur Julien, parent de , celle des Valentiniens, de durée limitée en Orient, remplacée par la dynastie théodosienne dès la mort de son premier représentant, Valens, en 376. En Occident elle se perpétue sur cinq générations, notamment lors du long règne de ().

Toutefois ses représentants tombent rapidement sous l’influence de généraux d’origine barbare qui, après le décès de , installent sur le trône plusieurs empereurs-fantoches jusqu’à ce qu’Odoacre proclame la destitution de Romulus-Augustule et retourne les ornements impériaux à Constantinople en 476.

Ce Bas-Empire se distingue de la période précédente de plusieurs façons : l’administration subit de nombreux changements notamment sous Dioclétien et ; l’économie voit la création sous Constantin d’une monnaie d’or, le « solidus » qui demeure la base du système monétaire de Byzance pendant des siècles ; les grandes villes perdent de leur importance au profit des grands domaines qui leur font concurrence ; enfin, le christianisme d’abord persécuté se propage jusqu’à ce qu’il devienne religion d’État par l’Édit de Thessalonique en 380.

Terminologie et datation

thumb|left|César Auguste avec qui débute le Haut-Empire.

L'expression « Bas-Empire » remonte à 1752, année de la publication du premier des 28 volumes de l'Histoire du Bas-Empire par Charles Le BeauRemondon (1970) publiée entre 1752 et 1817. L'adjectif « bas » n'est alors pas jugé péjoratif et désigne simplement la période la plus proche de nous, par opposition à « haut ». Néanmoins, le terme « Bas-Empire » a longtemps eu une connotation péjorative chez les historiens de l'époque des Lumières, qui y voyaient une période de décadence marquée par l'absolutisme monarchique et la puissance de l'Église, succédant à la République et à l'Empire éclairé. À l'heure actuelle, alors que la tendance est à la réhabilitation de cette période, certains historiens préfèrent des appellations plus neutres telles que Empire romain tardifRemondon (1970) ou Antiquité tardive, suivant les terminologies allemande (Spätrömische Zeit, Spätantike) ou italienne (tardo Impero, tardoantico). Quoi qu'il en soit, le terme de Bas-Empire, consacré par un long usage, reste fréquemment employé, même si les auteurs débattent encore de sa date de début.

Certains proposent la fin de la dynastie des Antonins (), d'autres le renversement de la dynastie des Sévères (), d'autres encore le début du règne de Dioclétien () :

à partir de , la fin de la dynastie antonine représente pour les tenants de cette date le début de la crise de l'empire ; certains proposent même , pour classer l’empereur Commode dans cette périodePetit (1974) ; à partir de , le renversement de la dynastie des Sévères inaugure une période instable d'environ cinquante années, connue sous le nom d'anarchie militaire ; enfin, au terme de cette période de troubles, l'année , est retenue par d'autres auteurs, comme Paul PetitPetit (1974) . En effet, le début du règne de Dioclétien voit le remplacement du principat par un régime collégial, dont l'absolutisme s’inspire des monarchies orientales.

Les sources

Textes littéraires

thumb|right|Manuscrit en syriaque de l’Histoire de l’Église d’Eusèbe (Bibliothèque nationale de Russie, Codex Syriac 1.)

Si elles sont plus nombreuses que pour la période précédente, les sources écrites dont nous disposons pour le Bas-Empire traduisent souvent les conflits entre auteurs païens et auteurs chrétiens d’une part, ainsi qu’au sein même de l’Église chrétienne, entre les auteurs dits « nicéens »C’est-à-dire qui acceptaient le credo tel que défini par le premier concile de Nicée en 325. et les auteurs ariensDoctrine due au presbytre Arius, selon laquelle la seconde personne de la Trinité aurait été engendrée par le Père et lui serait donc subordonnée..

Le premier auteur de ces « chronographies » qui vont devenir si populaires à Byzance est Eusèbe (vers 265 - 339), évêque de Césarée, qui échappe aux persécutions de Dioclétien et reste un proche de l’empereur . Sa Chronique (en deux livres jusqu’en 325) marque le point de départ du genre, de même que son Histoire ecclésiastique (dix livres jusqu’en 324). Sa Vita Constantini magni relatant la vie et l’œuvre de est une collection pertinente de lettres et de documentsMitchell (2017) .

Résumée par Rufin d'Aquilée (vers 345 - vers 411) en 402, cette Histoire de l’Église est poursuivie par Socrate le Scolastique ou de Constantinople (vers 380-450) pour les années 306-439, par Sozomène (400 - vers 450) pour les années 324-415 et Théodoret de Cyr (vers 393 - vers 458) pour les années 325-428. Ce dernier est continué par Évagre le Scholastique, vers 536 - après 594) dont l’ouvrage portant sur les années 431 - 593 est également important pour l’histoire profaneOstrogorsky (1983) .

S’ajoutent à cette littérature chrétienne les écrits des Pères de l’Église de cette période : Athanase d’Alexandrie (vers 296/298 - 373), Grégoire de Nazianze (329-390), Basile de Césarée (329-379?), Grégoire de Nysse (335 - vers 395), Jean Chrysostome (entre 344-349 - 407) et de nombreux autres.

Également importants pour leur contenu historique les actes des premiers conciles œcuméniques dont les quatre premiers se tiennent avant la chute de Rome (Nicée en , Constantinople en , Éphèse en et Chalcédoine en ).

Parmi les auteurs païens figure Zosime (fin du - début du ), qui blâme le christianisme pour le déclin de l’Empire romainCameron (1993) . L’empereur Julien (quelquefois appelé « Julien le Philosophe » ou « Julien l’Apostat », ) contribue lui-même à promouvoir la philosophie grecque traditionnelle avec ses contemporains Thémistios (317-388) et Libianius (314 - 392 ou 393)Ostrogorsky (1983) .

Mais l’historien le plus important de cette période est sans contredit Ammien Marcellin (vers 330 - vers 395). Quoique manifestement païen, il tente d’être objectif et son œuvre principale, Res gestae en , couvre la période de 96 à 378 ; toutefois, seule la partie correspondant aux années 353 à 378 a été conservée. Son œuvre sera continuée par Sulpicius Alexander (fin du - début du ), auteur d'une « Histoire » dont seuls des fragments survivent et qui va jusqu'à la mort de l'empereur romain en 392Mitchell (2017) Cameron (1993) .

Enfin, un document du , la Notitia Dignitatum ( : Registre des dignitaires) est un document administratif romain plusieurs fois remanié donnant un tableau, sous forme de listes, de l’organisation hiérarchique des fonctions civiles et militaires de l'Empire romain, dans ses deux composantes, occidentale et orientale. Elle donne un bon aperçu de l'état de l'armée romaine et de l'administration du Bas-Empire après les réformes de Dioclétien et de même si diverses mises à jour ont introduit des incohérences, surtout en ce qui concerne l’armée de l’empire d’OccidentMitchell (2017) .

Textes juridiques et inscriptions

thumb|left|Le code de Justinien dans une édition de 1666.

Si on trouve moins d’inscriptions pour cette période que pour la période précédente, c’est à ce moment que débutent les « Codex » dont le Code de Théodose (Codex Theodosius) qui contient quelque où sont réunies les constitutions ou lois émises depuis le règne de , soit entre 335 et 437. Il sera continué par le Code de Justinien (Codex Justinianus) pour les années allant de 437 à 529. Tous les deux sont des sources utiles pour l’administration de l’État. Questions politiques, économiques, sociales et religieuses y sont traitées permettant ainsi de se faire une juste idée de la condition de ses habitants, même si nombre de ces constitutions restèrent lettre morte ou ne furent mises qu’à moitié en pratiqueMitchell (2017) Cameron (1993) .

Historique

Dioclétien (284-305)

Né dans une famille modeste de Dalmatie, Dioclétien gravit les échelons de l'armée pour devenir commandant de la cavalerie de l'empereur Carus (). Après la mort de Carus et de son fils Numérien () durant la campagne en Perse, il est proclamé empereur par ses troupes à NicomédieBarnes (1981) Williams (2006) . Il lui reviendra de mettre un terme à la période d’anarchie militaire qui de 235 à son avènement avait vu se succéder une série d'« empereurs-soldats ».

thumb|right|Tête de Dioclétien (Musée archéologique d'Istanbul).

À cette fin, il prit une série de mesures radicales :

il sépare autant que possible le pouvoir civil du pouvoir militaire et fractionne les pouvoirs des titulaires de diverses charges ; il réduit le pouvoir du Sénat de Rome en s’installant là où la situation militaire l’exige : Trêves, Milan, Aquilée, Nicomédie, Antioche ; il renforce le pouvoir impérial : au Principat institué par Auguste, il substitue le Dominat et fait de l’empereur une personne sacrée ; il fractionne les provinces, crée une nouvelle structure intermédiaire, les diocèses, qui feront le lien entre ces dernières et les préfectures du prétoire chargées de gouverner l’empire, l’une contrôlant l’Occident et l’Afrique, l’autre l’Orient et l’ÉgypteZosso & Zingg (2009), « Dioclétien », .