Les nombreuses amours de Jupiter constituent un thème récurrent dans l'art, tant antique que moderne. Les noms utilisés sont les noms romains, étant donné que ce sont ceux qui sont les plus couramment utilisés dans les titres des œuvres. Les équivalents grecs pourront être trouvés dans les articles concernant les divinités elles-mêmes, ainsi qu'un certain nombre de renseignements sur les histoires les concernant mais ne se rattachant pas directement au thème des amours de Jupiter.
Iconographie de Jupiter
Jupiter, dieu des dieux, est souvent représenté dans l'art, et peut être identifié par ses différents attributs : l’aigle, la barbe, le foudre, le sceptre, etc.
Jupiter et Junon Junon est l'épouse légitime de Jupiter, avec lequel elle a eu plusieurs enfants : Juventas, Lucine, Mars et Vulcain. Toutefois, elle est surtout représentée comme la persécutrice des amantes et des enfants illégitimes de son mari.
Ses attributs sont : la ceinture le diadème (iconographie antique) la grenade le paon le , une coiffure cylindrique (iconographie antique) le trône le sceptre
Dans l'Antiquité, le couple Jupiter-Junon est parfois représentée en position de hiérogamie, c'est-à-dire de mariage sacré, notamment sur une métope du temple d'Hera à Sélinonte, datée de 470 et conservée actuellement au musée archéologique de Palerme. Par contre, dans l'art moderne, ce trait de la déesse est très rarement représenté, alors qu'on la voit fréquemment dans le ciel, identifiée par un paon, assister aux amours de son mari infidèle. On peut citer cependant un tableau du Corrège (v. 1520, Chambre de saint Paul à Parme) où la déesse est représentée châtiée par son époux, suspendue au ciel par les bras et supportant des enclumes aux pieds. Ce châtiment, décrit dans l’Iliade, punissait alors Junon pour avoir persécuté le héros Hercule, fils de Jupiter.
Autres amours divines de Jupiter Dans l'Olympe, Jupiter connaît des amours avec plusieurs déesses, appartenant parfois à sa famille proche. Si ces amours divines sont rarement représentées, à la période antique comme à la période moderne, les histoires qui y en découlent constituent un sujet très apprécié des artistes.
Métis Fille de l'Océan et de Thétis, Métis est une titanide. Gaïa et Ouranos ayant prédit à Jupiter que son petit-fils le détrônerait, celui-ci avale sa compagne, et donne naissance à Minerve, qui sort toute armée de son crâne.
Cette représentation de la naissance de Minerve est assez fréquente dans l’art antique, par exemple sur l’exaleiptron ou pyxis du peintre C (musée du Louvre). Chez les modernes, cette iconographie est beaucoup plus rare.
Thémis Également titanide, Thémis est la seconde épouse divine de Jupiter, selon certaines sources. Avec lui, elle donne naissance à de nombreuses entités divines comme les Parques, et les Saisons.
Eurynomé Cette autre fille de l’Océan donne naissance aux trois grâces, Aglaé, Euphrosine et Thalie. Si sa liaison avec Jupiter n’est pratiquement pas représentée, il faut souligner la fréquence des œuvres où apparaissent les grâces, tant dans l’art antique que dans l’art moderne.
Pour les antiques (Sénèque), les Grâces représentaient les trois aspects du don : donner, accepter et rendre. Leur représentations chez les grecs (avant la période hellénistique) est généralement composée comme un cortège de femmes habillées. Il faut attendre le pour qu’apparaisse et s’impose le modèle de déesses nues, vues de dos pour celle du centre et de face pour les deux autres. De nombreux groupes de marbre, copies les uns des autres, permettent la diffusion de ce modèle, mais on le trouve aussi dans les fresques pompéïennes.
Chez les modernes, la symbolique des grâces est renouvelée : celles-ci deviennent les incarnation de la chasteté, de la beauté et de l’amour. En Italie, on les retrouve aussi bien chez Botticelli (Le Printemps, 1477-78, musée des Offices à Florence – remarquer qu’elles sont –légèrement- vêtues) que chez Raphaël ou Le Corrège, pour ne citer que les plus célèbres. Le thème a beaucoup inspiré Rubens, qui les a peintes à quatre reprises, mais de manière beaucoup plus charnelle que ne le faisaient les Italiens. Les sculpteurs ne sont par ailleurs pas en reste : Germain Pilon ou Antonio Canova ne se privent pas de représenter ces trois nus.
Mnémosyne Les neuf nuits d'amour que connurent Jupiter et Mnémosyne, déesse de la mémoire, entraînèrent la création des neuf muses. Comme pour Eurynomé, les représentations de la liaison entre Jupiter et Mnémosyne sont rares, mais celles de muses extrêmement répandues dès les périodes classiques et hellénistiques de l'art grec. Elles peuvent être représentées toutes les neuf ou par petits groupes, seules ou accompagnées d'Apollon… La Renaissance a beaucoup apprécié ce thème, qui s'est poursuivi dans les siècles suivants. Citons notamment le Cabinet des muses, peint par Eustache Lesueur pour l'hôtel Lambert entre 1647 et 1650 et actuellement conservé au Louvre. Les muses restent un sujet intéressant pour les artistes du .
Latone Mère de Diane et Apollon, fruits de ses amours avec Jupiter, Latone (Léto, en grec) fut persécutée par Junon, qui l'empêcha d'accoucher. Afin que la naissance des deux dieux puisse avoir lieu, elle se réfugia sur l'île de Délos, que Jupiter fixa et qui lui fut désormais dédiée.
Dans les représentations antiques, on peut voir Latone aux côtés de ses enfants, ou les portant, encore petits dans ses bras (groupe de Praxitèle connu par des copies romaines comme celle du musée Torlonia, monnaies).
Une autre iconographie se développe, principalement à la période moderne, où Léto est représentée en train de transformer en batraciens, par l'intermédiaire de Jupiter, des paysans lyciens qui l'avaient empêchée de boire alors qu'elle s'enfuyait devant la colère de Junon. C'est notamment le thème d'un bassin au château de Versailles, et de toiles du Tintoret et l'Albane. Plus tard, une fontaine du château de la Ganja par René Frémin et Jean Thierry reprendra cette iconographie (1721-1738).
Cérès C'est aussi avec Jupiter que Cérès, déesse liée à l'agriculture, enfantera Proserpine. Cet amour est rarement représenté, mais celui lié à Proserpine et Pluton constituera un thème de choix lors de la période moderne.
Amours avec des mortel(le)s Jupiter connaît également de nombreuses amours avec des mortels et des mortelles, qui sont beaucoup plus souvent représentés que ses amours divines.
Europe
Fille du roi de Tyr Agénor et de Téléphassa, Europe rencontre Jupiter alors que celui-ci s'est transformé en un magnifique taureau blanc. La jeune fille joue avec lui en le couronnant et le flattant, puis s'installe sur son dos. Le taureau l'emporte alors au large, jusqu'en Crète, pour qu'elle y mette au monde trois enfants : Minos, Sarpédon et Rhadamanthe.
Dans l'art antique, bien qu'il existe de nombreuses représentations de jeune femme assise sur un taureau, peu peuvent être rattachées avec certitude au mythe de l'enlèvement d'Europe. Ce mythe est en particulier représenté au temple de Sélinonte, sur une métope du début du , et dans une peinture pompéïenne où figure la jeune fille assise sur le taureau et entourée de ses suivantes.
Cette iconographie se poursuit durant le Moyen Âge, comme allégorie du triomphe de l'amour sur la chasteté, sans doute car elle est rattachée à une constellation.
L'art moderne développe deux iconographies distinctes de ce thème : Dans la première, Europe est en train de s'asseoir sur le dos du taureau, entourée de ses suivantes qui ornent les cornes de l'animal de couronnes de fleurs : c'est ainsi que l'a représenté Laurent de La Hyre en 1644 (Tableau au musée de Houston) ou encore François Boucher en 1747, cette image lui permettant de développer un parti-pris décoratif. On retrouve le même instant sur une tabatière de Carl Gustav Klingstedt. Est aussi représenté le moment de l'enlèvement, lorsque le taureau emporte au large la jeune fille. La plus célèbre représentation est sans doute celle du Titien (1562, musée Isabella Stewart-Gardner à Boston), traitée avec violence, mais des peintres comme Coypel ( du , musée de Philadelphie) ou Jean-Baptiste Marie Pierre (1750, musée de Dallas) privilégient un parti-pris décoratif très éloigné du Titien dans le même type de représentation.
Au , Gustave Moreau et Ingres reprendront le thème.
Léda
Reine de Sparte, Léda connaît un amour avec Jupiter alors que celui-ci est métamorphosé en cygne. Elle pondra un ou deux œufs (selon les traditions) desquels naîtront les Dioscures (Castor et Pollux) et deux filles, Hélène et Clytemnestre.
Dans la céramique attique, on figure en général l'œuf, posé sur un autel, mais la sculpture antique représente les amours de Léda et du cygne sous deux types : Léda, debout, ouvre son vêtement pour que le cygne vienne s'y blottir L'accouplement de la jeune femme, nue, avec un cygne de très grande taille.
La période moderne reprend ces deux types : Le premier, où Léda est debout et serre contre elle le cygne, est peint pour la première fois par Léonard de Vinci, dans une composition perdue mais connue par de nombreuses copies (copie de la galerie Borghèse, dessins de Raphaël d'après Léonard), et compositions dérivées, comme celle d'Andrea del Sarto du musée des Beaux-Arts de Bruxelles. La sculpture, qui a rarement traité ce thème, préfère ce premier type, comme le montre le groupe de Jacques Sarazin du Metropolitan museum of art.
C'est Michel-Ange (composition perdue mais connue par une copie du Rosso Fiorentino de la National Gallery de Londres, 1530 et des dessins du LouvreParis, musée du Louvre, inv. 815, RF 586) qui relance le second type, dans lequel Léda se trouve entre la position assise et la position allongée, le cygne se trouvant dans une position beaucoup plus érotique. Le long cou souple de l'animal permet de nombreuses variations, parfois libertine (bec qui se dirige vers les parties génitales de la jeune femme). Une tabatière de Carl Gustav Klingstedt reprend cette composition, et des sculpteurs du et du début du comme , Bourdelle ou Brancusi ont également repris cette iconographie à leur manière.
Des représentations plus rares peuvent avoir cours à la période moderne : Natoire représente ainsi Léda et le cygne dans un ovale qui préfigure l'œuf que va pondre la jeune femme, tandis que chez François Boucher ou le sculpteur Clodion des personnes assistent à la scène. À Gênes est également conservée une sculpture de Francesco Maria Schiaffino montrant Castor et Pollux émergeant de l'œuf, avec un cygne au-dessus.
Danaé
Le père de cette princesse légendaire, apprenant par un oracle que son petit-fils le tuerait, enferma Danaé dans une tour d'airain. Jupiter parvint cependant à la féconder en se transformant en pluie d'or et en passant par une fente. Cet amour donnera naissance au héros Persée.
Dans l'Antiquité, ce thème est traité dans la céramique attique, où Danaé figure assise ou allongée, vêtue et recevant la pluie d'or, ouvrant parfois son vêtement pour mieux la recueillir. Dans la maison de G. Rufus à Pompéi, elle est assise, nue, à côté de Jupiter, tandis qu'un amour verse de l'or par une amphore.
Au Moyen Âge, Danaé peut être considérée comme la Vierge, étant donné qu'elle conçoit sans époux : une toile de Mabuse de 1527 représente ainsi la jeune femme habillée de bleu, comme Marie. Toutefois, elle est plus souvent représentée comme une femme succombant à la tentation de l'or.