Le référendum constitutionnel équatorien de 2025 se déroule le afin de permettre à la population de l'Équateur de se prononcer sur quatre projets, dont trois amendements proposés par le gouvernement du président Daniel Noboa, et une proposition de convocation d'une assemblée constituante.
Les trois amendements à la Constitution doivent permettre d'installer des bases militaires étrangères sur le territoire national, de mettre fin au financement public des partis politiques et de diminuer de moitié le nombre de députés. Le quatrième choix donné aux électeurs vise à approuver la convocation d'une assemblée constituante afin de remplacer la Constitution actuelle adoptée en 2008 sous la présidence de Rafael Correa (2007-2017). Le président Noboa entend profiter de l'élan suscité par sa réélection pour faire « sauter les verrous » constitutionnels, issus de l'ère Correa, qui le brident selon lui dans la mise en place de la politique sécuritaire pour laquelle il a été réélu en avril dernier.
Le rejet des quatre projets par les électeurs constitue un revers pour le président Noboa, qui prend acte de la décision de la population.
Contexte Précédents projets en 2023 et 2024 Le , un référendum constitutionnel à questions multiples a été organisé à l'initiative du président de la République Guillermo Lasso. Les huit amendements à la Constitution ont été rejetés par les Équatoriens, ce qui a constitué une sévère défaite politique pour le président Lasso. Les huit propositions tendaient à autoriser : 1/ l'extradition d'Équatoriens liés au crime organisé international (trafic de drogues, trafic d'armes, traite des êtres humains et trafic de migrants) ; 2/ le transfert de la gestion de la carrière des procureurs du Conseil judiciaire vers le Procureur général ; 3/ la réduction du nombre de membres de l'Assemblée nationale ; 4/ un encadrement plus strict du fonctionnement des partis politiques ; 5/ le transfert de la nomination de 77 autorités (procureur général, contrôleur de l’État, médiateur, membres du Conseil national électoral…) du Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social (CPCCS) vers l'Assemblée nationale : 6/ la nomination des membres du CPCCS par l'Assemblée nationale ; 7/ la création d'une agence de protection des eaux au sein du Système National des Aires Protégées ; 8/ l'inscription dans la Constitution d'un système inédit de compensation des services environnementaux rendus par les individus, communautés ou peuples autochtones.
Le , un référendum constitutionnel à questions multiples s'est tenu à la demande du président de la République Daniel Noboa. Les onze projets portaient, en même temps, sur une révision partielle de la Constitution, quatre amendements constitutionnels et six lois proposées par le gouvernement. Dans un contexte de crise sécuritaire aiguë, les résultats de ce référendum ont été perçus comme un succès pour le chef de l’État, à moins d'un an de l'élection présidentielle de . Neuf des onze projets ont été approuvés : 1/ appui des forces armées aux forces de l'ordre dans la lutte contre le terrorisme, la traite des êtres humains, le trafic de drogue, le blanchiment d'argent, l'exploitation minière illégale et l'extorsion ; 2/ autorisation des extraditions de citoyens équatoriens ; 3/ création d'une juridiction spécialisée en matière constitutionnelle ; 4/ appui des forces armées aux personnel des prisons ; 5/ aggravation des sanctions pénales contres les crimes de terrorisme, trafic de drogue, crime organisé, meurtre, traite des êtres humains, enlèvement, trafic d'armes, blanchiment d'argent et exploitation minière illégale ; 6/ suppression de la libération anticipée pour certains crimes ; 7/ interdiction de détention d'armes ; 8/ mise à disposition de la police et de l'armée des armes et munitions confisquées pour usage illégal ; 9/ attribution au Trésor public des fonds et avoirs saisis aux criminels. Deux projets ont été rejetés : 10/ autorisation des traités avec arbitrage international ; 11/ réforme du contrat de travail.
Réélection de Daniel Noboa Devenu à 35 ans le plus jeune président équatorien en pleine recrudescence de la violence engendrée par le crime organisé, Daniel Noboa termine le mandat (2023-2025) de son prédécesseur démissionnaire, Guillermo Lasso (2021-2023). En 2025, dans un contexte de violence des groupes criminels, d'une politique sécuritaire assumée et d'un alignement sur la politique internationale de Donald Trump récemment revenu à la Maison Blanche, il affronte un premier tour de scrutin très serré en février face à la candidate de gauche, Luisa González, puis il gagne largement l'élection présidentielle au second tour en avril avec près de 55% des voix. L'alliance avec les États-Unis dans la lutte contre l'immigration illégale, le trafic d'êtres humains et le narcotrafic sous-tend en partie les projets de révision constitutionnelle soumis au vote des Équatoriens le .
Par ailleurs, la campagne électorale de ce référendum constitutionnel et de cette consultation populaire se déroule, pour partie, sous le régime de l'état d'urgence, décrété par le président de la République, le : le décret précise que cette mesure exceptionnelle entre en vigueur pour une durée de 60 jours et qu'elle est justifiée par Sont concernées les provinces de Manabí, Guayas, Santa Elena, Los Ríos et El Oro, ainsi que les cantons de La Maná (Cotopaxi), Las Naves et Echeandía (Bolívar).
Objet Quatre questions (A, B, C et D) sont posées aux citoyens équatoriens. vignette|Bulletin de vote utilisé lors du référendum constitutionnel et de la consultation populaire en Équateur le . D'une part, les trois premières questions doivent permettre de réviser immédiatement certains articles de la Constitution actuelle.
La question A entend modifier l'article 5 de la Constitution : « Êtes-vous d’accord pour que l’interdiction d’établir des bases militaires étrangères ou des installations étrangères à des fins militaires, et de céder des bases militaires nationales à des forces armées ou de sécurité étrangères, soit supprimée par une modification partielle de la Constitution, conformément à l’annexe à la question ? ». Afin de renforcer la coopération internationale contre la criminalité transnationale, l'objectif est de supprimer une interdiction introduite dans la Constitution par Rafael Correa en 2008 : ce dernier ne s'est pas contenté d'interrompre la coopération avec Washington à son arrivée au pouvoir, il a aussi fait inscrire dans la Constitution la prohibition d'avoir des bases militaires d'autres pays sur le sol équatorien.
La question B a pour but de remplacer l'article 110 de la Constitution : « Êtes-vous d'accord pour que l'obligation de l'État d'allouer des ressources du budget général aux organisations politiques soit supprimée par une réforme partielle de la Constitution, conformément à l'annexe à la question ? ». L'objectif est d'arrêter le financement par l’État du fonctionnement interne des organisations politiques alors que, jusqu'à présent, celles-ci sont financées par trois sources différentes : d'abord, le fonds public de promotion électorale (FPPE : aides lors des campagnes électorales) ; ensuite, le fonds public permanent des partis (FPP : aides au fonctionnement des partis) et les contributions privées. Le référendum porte uniquement sur le FPP.
La question C vise à remplacer l'article 118 de la Constitution et à demander à l'Assemblée nationale d'adopter une loi d'application sous 90 jours : « Êtes-vous favorable à la réduction du nombre de membres de l’Assemblée et à leur élection selon les critères suivants : 10 députés à l’Assemblée nationale ; 1 député par province ; et 1 député provincial supplémentaire pour recensés lors du dernier recensement national ? ». L'objectif est de réduire de moitié le nombre de députés, en passant de 151 à 73. En Équateur, le pouvoir législatif est exercé par un parlement monocaméral, appelé Assemblée nationale, composée de 137 membres en 2021 et de 151 en 2025, élus pour un mandat de quatre ans au suffrage universel direct et rééligibles une seule fois, car ses effectifs varient en fonction de l'évolution démographique du pays (articles 118 et suivants de la Constitution).
D'autre part, la question D consiste en une consultation populaire destinée à approuver la convocation d'une assemblée constituante afin de changer Constitution : « Êtes-vous d'accord pour qu'une Assemblée constituante soit convoquée et établie, dont les représentants seraient élus par le peuple équatorien, conformément aux règles électorales établies dans le Statut constituant ci-joint, afin de rédiger une nouvelle Constitution de la République, qui n'entrera en vigueur que si elle est ultérieurement approuvée par le peuple équatorien lors d'un référendum ? ». Daniel Noboa considère en effet que l'actuelle Constitution, héritée en 2008 de Rafael Correa, ne lui permet pas de déployer la politique nécessaire en matière de lutte contre les gangs, de narcotrafic et autres activités du crime organisé.
Avis de la Cour constitutionnelle La Cour constitutionnelle est tenue de donner un avis sur chaque question soumise au vote des citoyens. Elle a rendu les avis suivants dans un climat de défiance avec le chef de l'État qui l'a accusée d'ingérence dans les décisions politiques du pouvoir exécutif, à la suite de jugements ayant suspendu provisoirement trois lois votées par le Parlement pour renforcer la sécurité et les pouvoirs des forces de l'ordre dans la lutte contre le crime organisé : le chef de l’État a même organisé une marche contre ces décisions devant les locaux de la Cour constitutionnelle le .
Par un jugement rendu le , elle a validé la question portant sur la modification de l'article 5 de la Constitution et la levée de l'interdiction d’installer des bases militaires étrangères en Équateur (question A).
Par un jugement du , la Cour a émis un avis favorable sur la réécriture de l'article 110 de la Constitution afin d'arrêter le financement public des organisations politiques (question B).
Par un jugement du , elle n'a pas validé la question portant sur la réécriture de l'article 118 de la Constitution visant à réduire le nombre de députés car la question initiale (question C). Puis, sur le même sujet, un jugement de la Cour du a accepté la question C dans sa formulation complétée par le gouvernement.
Par deux jugements des 21 et , la Cour constitutionnelle a validé la demande d'une consultation populaire en vue de convoquer une assemblée constituante (question D).
Campagne électorale Près de 14 millions d'électeurs sont invités à participer à ce référendum organisé par le Conseil national électoral (CNE).
Déroulement de la campagne Selon le calendrier établi pat le CNE, la campagne électorale s'étend du au . Du 14 au , les différents parti et personnalités politiques sont tenus de respecter une période de réserve ou de . Le , se déroule le vote lui-même.
Le , Daniel Noboa reçoit la secrétaire à la Sécurité intérieure américaine, Kristi Noem, pour visiter des installations susceptibles d'accueillir une base militaire américaine, à Manta ou Salinas, comme c'était déjà le cas pendant la décennie précédant l'accession au pouvoir de Rafael Correa. Face aux critiques sur les risques d'atteintes à l'environnement, l'île de Baltra, dans l'archipel des Galapagos, est finalement exclue, bien qu'il s'agisse d'un site stratégique.
Sondages À deux semaines du référendum, les enquêtes d'opinion sont partagées. Plusieurs sondages nationaux en octobre montrent un électorat divisé entre soutien au gouvernement et incertitude sur le projet de convoquer une assemblée constituante.