La réforme de la curie romaine sous le pape François vise à améliorer son organisation, à rendre sa gestion financière plus rigoureuse et à permettre une certaine décentralisation du gouvernement de l'Église catholique. Toutefois le processus se heurte à des résistances.

Les buts de la réforme Buts généraux Selon les mots de François, la réforme vise à instaurer harmonie, transparence et collégialité dans le fonctionnement de la curie.. Elle entend répondre aux problèmes et scandales qui se sont succédé depuis plusieurs années, notamment en raison du flou ou de l'opacité de ses rouages, de la dispersion de ses responsables, de privilèges vieillots et de la faiblesse des contrôles.. L'affaire Vatileaks, en particulier, montre le manque de loyauté de certains dignitaires du Vatican, mais aussi l'incapacité de la curie à travailler de manière organisée et efficace..

Les principes de la réforme sont : la simplification, l’amélioration de la coordination, l’unification budgétaire et le contrôle financier.. Il ne s’agit pas seulement d’une reprise en main de l’appareil romain mais aussi d’une redéfinition de son rôle et de sa remise en état moral..

La question de l'état d'esprit

À plusieurs reprises, le pape s’en est pris au comportement des membres de la curie. Par exemple, dans ses vœux de 2013, il l’a comparée à « une pesante douane bureaucratique, d’inspection et d’inquisition. ». Dans ses vœux de 2014, il a diagnostiqué en elle « quinze maladies », dont l’« Alzheimer spirituel », la « vanité » et le « commérage »..

Dans un entretien accordé à La Repubblica le , François critique un système où les « courtisans » du Vatican ont trop souvent eu l'oreille de dirigeants de l’Église « narcissiques »... Selon Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef du quotidien La Croix, le fonctionnement de la curie se caractérise par « l'opacité » et le « non-professionnalisme ». Dès lors, la réforme devra introduire plus de transparence, des règles de gestion rigoureuses et des critères de qualification précis.

Au quotidien, Jorge Bergoglio cherche à incarner la réforme du pouvoir romain dans son style de vie. Le choix d’habiter la résidence collective Sainte-Marthe et non le Palais apostolique, est l'exemple le plus frappant de son souhait de rompre avec le train de vie dispendieux de certains prélats romains..

La question de l’organisation Le périmètre de compétence de la secrétairerie d’État doit être réduit, la responsabilité des affaires économiques du Saint-Siège lui étant retirée..

L’enchevêtrement des champs de compétence doit être restreint et la coordination des dicastères (ministères) améliorée. Si les neuf Congrégations traditionnelles (doctrine de la foi, culte divin, cause des saints…) doivent rester inchangées, un rapprochement des Conseils pontificaux est attendu pour faire émerger de grands pôles. L’un, intitulé « Charité et Justice », regrouperait les fonctions actuelles de quatre Conseils pontificaux : Justice et Paix, « Cor Unum » (qui exerce une tutelle sur le réseau Caritas), pastorale des migrants et pastorale de la santé. Un autre pôle regrouperait les Conseils pontificaux pour les laïcs et pour la famille. Un troisième pôle pourrait coordonner les organes de communication du Saint-Siège (Radio Vatican, L’Osservatore Romano, le Conseil pontifical pour les communications sociales…).

Un autre projet concerne la création d’un ministère de la justice afin de rationaliser les divers tribunaux ecclésiastiques romains.

Le pouvoir des Italiens dans l'administration de la Curie devrait se réduire. Les postes de gestion dénués de fonction pastorale pourraient être davantage confiés à des laïcs, et notamment à des femmes..

La question du rapport aux Églises locales Dans Evangelii gaudium, au § 32, François dit son souhait de réduire l’« excessive centralisation » de la curie au profit des conférences épiscopales nationales, qui pourraient recevoir « une certaine autorité doctrinale authentique ».

Dans l'entretien accordé à La Repubblica en , le pape déclare : « La vision vaticano-centriste de la curie néglige le monde qui l'entoure. Je ne partage pas cette vision, je ferai tout pour la changer.. » Dans une interview à la revue jésuite La Civiltà Cattolica, il précise : « Les dicastères romains sont au service du pape et des évêques : ils doivent aider aussi bien les Églises particulières que les conférences épiscopales.. » La curie devrait donc cesser d’être un organe de direction doté d’un pouvoir supérieur aux évêques et aux conférences épiscopales.

Immédiatement après son élection, le pape s’était défini comme l’« évêque de Rome ». Cette dénomination révèle une vision assez horizontale de l'Église.. Une telle vision est différente de celle du cardinal Ratzinger qui affirmait dans son livre Entretien sur la foi (1985) : « Les conférences épiscopales n’ont aucune base théologique […], elles ont simplement une fonction pratique »..

Par ailleurs, François entend transformer le synode des évêques – une représentation de l’épiscopat mondial qui se réunit au Vatican à intervalles de plusieurs années – « en un organe de consultation permanente »..

La question des finances Le budget de l’ensemble de l’administration romaine doit être unifié et contrôlé. En 2011 en effet, Carlo Maria Vigano, secrétaire général du gouvernorat du Vatican, avait dénoncé « de nombreuses situations de corruption et de malversation dans la gestion des différentes directions ».

Par ailleurs, le Saint-Siège doit se mettre en conformité avec Moneyval, l'organisme de lutte anti-blanchiment du Conseil de l’Europe. Des scandales entourent en effet l’activité de la banque du Vatican, l'Institut pour les œuvres de religion (IOR), auquel on reproche le recyclage d'argent sale, y compris de la mafia.. La liquidation pure et simple de l’IOR a d’ailleurs été un temps envisagée. La réforme de l’IOR avait en réalité été initiée par Benoît XVI, qui avait fait fermer de nombreux comptes dormants ou douteux. Des progrès – encore incomplets – avaient alors été constatés par Moneyval..

La méthode de la réforme Le Conseil des cardinaux

Un mois après son élection et suivant l'une des recommandations importantes issues des congrégations générales, le pape, par l'intermédiaire de la secrétairerie d'État du Vatican rend publique la constitution d'un groupe de travail collégial de cardinaux pour conseiller le pape dans le gouvernement de l’Église et, plus particulièrement, étudier un projet de réforme de la curie en révisant la constitution apostolique Pastor Bonus promulguée par Jean-Paul II en 1988..

Traduisant le souci de collégialité affiché depuis le début du pontificat, ce conseil - consultatif et non décisionnel. - regroupe neuf cardinaux issus des différents continents.

À la veille de la première réunion des cardinaux autour du pape, celui-ci, par une décision sous forme de chirographe daté du , érige ce groupe de travail en Conseil des cardinaux (aussi désigné sous le terme de C9), lui conservant les mêmes attributions, à savoir de l'« aider dans le gouvernement de l'Église universelle et d'étudier un projet de révision de la constitution apostolique Pastor Bonus », et les mêmes membres..

Ses membres sont : pour l’Amérique latine le Hondurien Oscar Rodríguez Maradiaga (coordonnateur) et le Chilien Francisco Javier Errázuriz Ossa ; pour l’Amérique du Nord l’Américain Seán O'Malley ; pour l’Europe l’Allemand Reinhard Marx, l’Italien Giuseppe Bertello et l’Italien Pietro Parolin ; pour l’Asie l’Indien Oswald Gracias ; pour l’Afrique le Congolais Laurent Monsengwo Pasinya ; pour l’Océanie l’Australien George Pell.

La constitution de ce groupe est une traduction concrète du souci de collégialité du pape François. Il s’agit de dépasser le modèle de gouvernement centralisé et hiérarchique de l’Église et de permettre aux épiscopats de participer à la détermination des stratégies de l’Église.. Le fait qu'il n’y a que deux représentants de la curie parmi ses membres, Giuseppe Bertello et Pietro Parolin, a été interprété comme un signe de défiance.

Le recours à des experts extérieurs La méthode de réforme de François est également marquée par le recours à des experts extérieurs.

Ainsi, le suivant, il institue une commission pontificale spéciale d'étude et de proposition sur l'organisation de la structure économico-administrative du Saint-Siège (COSEA). Cette commission doit agir en soutien au conseil cardinalice chargé des questions économico-administratives. Elle est composée de laïcs, experts internationaux en matières « juridique, économique, financière et administrative ». Son objectif est de favoriser les économies, la transparence des acquisitions, une prudence accrue en matière financière et l'application d'une comptabilité saine, d'améliorer la gestion du patrimoine mobilier et immobilier, et d'assurer une assistance médicale et sociale à tout le personnel dépendant du Saint-Siège.. Cette commission est dissoute lors de la création du secrétariat et du conseil pour l'économie par le motu proprio Fidelis dispensator et prudens promulgué le .

De même, la réforme des médias du Vatican est conduite par une commission dirigée par Lord Chris Patten, ancien gouverneur de Hong Kong et ex-commissaire européen aux affaires extérieures..

Pour la première fois, au cours de ce pontificat, le Vatican commande des audits externes aux cabinets internationaux Ernst & Young, McKinsey et KPMG..

Les réformes réalisées En matière financière Le , par chirographe est créée une commission consultative sur l’Institut pour les œuvres de religion « qui réunisse des informations précises sur la situation juridique et sur les différentes activités de l’Institut afin de permettre, si nécessaire, une meilleure harmonisation de celui-ci avec la mission universelle du Siège apostolique ».. Le , un autre chirographe crée une Commission pontificale de référence d'étude et de proposition sur l'organisation de la structure économique et administrative du Saint-Siège, qui doit proposer « des solutions stratégiques d’amélioration, visant à éviter des gaspillages de ressources économiques, à favoriser la transparence dans les procédures d’acquisition de biens et services, à perfectionner l’administration du patrimoine mobilier et immobilier, à œuvrer avec une prudence toujours plus grande dans le domaine financier, à assurer une application correcte des principes comptables et à garantir une assistance médicale et une couverture sociale à tous les ayants droit »..

À l'issue de ces réformes de l'IOR, plus de des comptes ouverts à l'IOR ont été clôturés. La détention d'un compte auprès de cette banque est réservée aux congrégations religieuses, aux diocèses, aux institutions et aux employés du Saint-Siège et aux diplomates accrédités au Vatican. Cette réduction du périmètre des activités a causé des pertes financières mais le fonctionnement de l’IOR est dorénavant conforme aux règles internationales anti-blanchiment..

Le , Le , l'Autorité d'information financière est doté de nouveaux statuts.

Le par le motu proprio Fidelis dispensator et prudens, François bouleverse l'organisation financière du Saint-Siège en créant un conseil pour l’Économie, un secrétariat pour l’Économie, véritable dicastère de la Curie romaine, et la fonction de réviseur général. Le , par un nouveau motu proprio, l'administration du patrimoine du siège apostolique voit la plus grande partie de ses compétences transférée au secrétariat pour l’Économie et elle est établie dans le rôle de Banque centrale.

Répondant à une question sur la réforme de la Curie romaine dans l'avion qui le ramenait de Tel Aviv en , le pape justifie la priorité donnée à la réorganisation des structures économiques et financières du Saint-Siège : « La partie économique est celle qui est apparue d’abord parce qu’il y avait certains problèmes dont la presse a beaucoup parlé, et nous devons les voir »..

Réformes des organes de communication