Marco Polo ou Marc Pol (né le à Venise et mort probablement en janvier 1324 à Venise.) est un célèbre marchand, explorateur, diplomate, ethnologue et écrivain vénitien, de la période des préludes des grandes découvertes, devenu mondialement célèbre pour une des plus anciennes descriptions qu'il a données de l'empire sino-mongol du Khagan Kubilai Khan, avec son Livre de Marco Polo (ou Le Devisement du Monde ou Livre des Merveilles) de 1298, recopié et traduit avec succès en de nombreuses langues.
À l'âge de 17 ans, Marco Polo part en 1271 avec ses père et oncle, les frères Niccolò et Matteo Polo, retournant en Chine, en suivant les routes de la soie et des épices jusqu'à Pékin, pendant 3 ans et demi, pour retrouver le Grand Khan Kubilai qui les avait missionnés auprès du pape. En Chine, Marco Polo devient « ambassadeur-messager » de l'empereur, c'est-à-dire émissaire impérial dans tout son empire, pendant 17 ans. Puis il revient à Venise, après 24 ans de voyages, chargé de « messages à tous les rois de l'Occident chrétien ».
Arrivé en 1295, à peine de retour, il est fait prisonnier par les Génois (en guerre contre Venise), semble-t-il en 1298. Durant son emprisonnement au Palazzo San Giorgio de Gênes, il rédige en français avec son compagnon de cellule-écrivain Rustichello de Pise ses souvenirs et descriptions d'Asie et des États de Kubilai. Il n’était pas le premier Européen à se rendre à la cour de l'empereur mongol, mais il est le premier à décrire des réalités chinoises, tel le papier monnaie. Il décrit aussi des lamaseries et mentionne le Japon (Cipango) jusqu'alors inconnu en Europe. Son récit a influencé Christophe Colomb et d'autres voyageurs-explorateurs. L'Atlas catalan et la carte de Fra Mauro sont établis en partie sur la foi de son récit.
Marié, père de trois filles, il meurt en 1324, à l'âge de 69 ans, et repose dans l’église San Lorenzo de Venise.
Biographie vignette|gauche|redresse|Armoiries de la famille Polo, patricienne de VeniseDe gueules, à la bande d'or, chargée de trois corneilles de sable becquetées et onglées du champ.. Marco Polo est né le , probablement à Venise, dans une famille patricienne de la république de Venise (famille Polo)Le lieu exact de sa naissance n'est pas connu avec certitude et a fait l'objet de discussions, surtout de la part de quelques historiens croates qui soutiennent qu'il est né sur l'île de Curzola. Lire sur cette question Olga Orlić, The curious case of Marco Polo from Korčula: An example of invented tradition, Journal of Marine and Island Cultures, Volume 2, Issue 1, June 2013, Pages 20–28.. Il n'est pas élevé par son père Niccolò Polo, négociant vénitien spécialisé dans le grand commerce oriental et très souvent absent, mais par son grand-père Andréa Polo, lui aussi grand commerçant selon le modèle typique du capitalisme familial. Son père et son oncle Niccolò et Matteo Polo partent en effet en 1260 pour le quartier vénitien de Constantinople (capitale de l'Empire latin de Constantinople) où ils possèdent plusieurs comptoirs Vénitiens. Lorsque Constantinople est reprise en 1261 par les forces de l'empire de Nicée de Michel VIII Paléologue qui chassent les Latins de la ville, Niccolò et Matteo Polo cherchent d'autres débouchés et routes commerciales en Asie centrale en s'installant dans le petit comptoir de Soldaïa, sur les bords de la mer Noire, qui vient de s'ouvrir aux marchands européens avec la quatrième croisade..
vignette|gauche|Niccolò et Matteo Polo, avec le pape Grégoire X, Le Livre de Jean de Mandeville de 1356. Marco Polo a quinze ans lorsque son père et son oncle reviennent en 1269 d'un long voyage en Asie centrale où ils ont rencontré en Chine le premier empereur mongol de la dynastie Yuan, Kubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan (fondateur de l'Empire mongol, le plus vaste empire continu de tous les temps) qui leur propose le monopole de toutes les transactions commerciales entre la Chine et la Chrétienté et demande en échange l'envoi d'une centaine de savants et artistes pouvant illustrer l'Occident chrétien. Ils sont porteurs d'un message de sympathie et de paix et de cette demande pour le pape, qui voit depuis 1250 dans cet empire (appelées alors tartar en Europe) un possible allié dans la lutte des croisades contre l'expansion de l'islam. Pendant deux années, les deux frères, Niccolò et Matteo, vont attendre l'élection d'un nouveau souverain pontife, Grégoire X, le conclave s'éternisant depuis la mort de Clément IV en 1268..
vignette|Kubilai Khan reçoit les frères Polo et Marco, à Shangdu en 1274, Le Livre de Marco Polo. vignette|gauche|redresse|Buste de Marco Polo, des jardins de la Villa Borghèse de Rome.
En 1271, à titre de commerçants mais aussi d'ambassadeurs, ils quittent à nouveau Venise pour retourner en Chine en suivant la route de la soie et des épices, avec le jeune Marco. Ils sont accompagnés de deux dominicains menant une mission diplomatique au nom du pape, Nicolas de Vincenza et Guillaume de Tripoli, mais ceux-ci abandonneront l'expédition à Lajazzo par peur des rumeurs de guerre. À partir du comptoir vénitien de l'Ayas, ils empruntent la plus septentrionale des routes de la soie. Après trois ans de voyage, Marco Polo est reçu avec ses parents à la très fastueuse cour mongole, peut-être à Cambaluc. D'abord, semble-t-il, envoyé en légation avec son oncle dans la ville frontière de Ganzhou, à l'extrémité ouest de la Grande Muraille, où il fait ses classes (apprenant probablement le ouïghour), il devient ensuite un enquêteur-messager du palais impérial suzerain de la Chine, de l'Empire perse et de la Horde d'or. À ce titre il accomplira diverses missions pour le grand khan, tant en Chine que dans l'océan Indien (voir fonctions de M. Polo) : Corée, Birmanie, Sumatra, Cambodge, Viêt Nam (par contre il ne mentionne l'île de Cypango, le Japon, que par ouï-dire)..
vignette|redresse|Buste de Marco Polo, de l'Institut vénitien des sciences, des lettres et des arts Vers la fin du règne de Kubilai Khan, Marco Polo et ses parents obtiennent le droit de retourner dans leur pays contre un dernier service officiel : en 1291 ils embarquent à destination de la Perse, où ils accompagnent la princesse Kokejin, promise par Kubilai Khan à l'ilkhan Arghoun d'IranL'ilkhan, qui par lettre conservée aux Archives de France avait donné rendez-vous au roi Philippe le Bel en février 1291 devant Damas : « Si tu tiens ta parole et envoies tes troupes à l'époque fixée, et que dieu nous favorise, lorsqu'à ce peuple nous aurons pris Jérusalem, nous te la donnerons » (le roi de France n'envoya pas d'armée ; l'ilkhan Argun est assassiné en mars 1291).. Beaucoup d'incertitudes subsistent sur le trajet exact qu'il a suivi. En 1292, bloqué par la mousson d'hiver, il fait escale durant cinq mois à Perlak dans le nord de l'île de Sumatra (dans l'actuelle Indonésie). Il arrive à Ormuz au printemps 1293 et séjourne en Perse durant plusieurs mois. À Trébizonde, plus ou moins sous l'influence des Génois, il est dépouillé d'une partie de sa fortune..
vignette|gauche|Plaque commémorative sur l'emplacement de l'ancienne Casa Polo de Venise Rentrés à Venise en 1295, Marco et ses parents sont méconnaissables après 24 ans d'absence. La légende veut que, pour frapper l'imagination, ils aient offert à leurs parents et amis un grand banquet à l'issue duquel Marco se serait saisi des misérables vêtements tartares dont il était habillé et en aurait défait les coutures pour en extraire des pierres précieuses en quantité.
vignette|Palazzo San Giorgio de Gênes, où emprisonné, il rédige ses mémoires. En 1296, la guerre vénéto-byzantine ayant éclaté entre Venise et Gênes, Marco Polo fait armer une galère pourvue d'une pierrièreVoir la gravure de la galère de M. Polo équipée d'une pierrière dans Yule, The Travels of Marco Polo, Londres, 1870, réédité par Dover, New York, 1983). afin de participer au combat. Il est fait prisonnier, probablement lors d'une escarmouche, en 1296, au large de la Turquie, entre Adana et le golfe d'AlexandretteSelon Jacopo d'Aqui, Chronica libri imaginis mundi. Ce n'est pas lors de la bataille sur mer de Curzola sur la côte dalmate comme l'écrit Ramusio dans sa préface (citée dans ), car celle-ci a eu lieu en septembre 1298 et le récit est daté de cette même année.. Au cours de ses trois années d'emprisonnement au Palazzo San Giorgio de Gênes, devant l'intérêt que suscitent ses souvenirs d'Orient, il décide de les faire mettre par écrit par son compagnon de captivité, Rustichello de Pise. À cette fin, selon Ramusio, il aurait demandé à son père de lui faire parvenir les carnets de notes qu'il avait rapportés de son voyage. Rustichello date son récit de 1298.
vignette|gauche|redresse|Reconstitution de la Casa Polo de Venise.
En 1299, avec la signature de la paix entre Gênes et Venise, Marco est libéré. Il épouse alors , dont il aura trois filles. Sans doute fut-il, comme patricien, membre du Grand Conseil de Venise, mais on ignore quel rôle il joua dans la création en 1310 du Conseil des Dix (institution secrète peu ordinaire qui ressemble au Tchoû-mi-Yuan, le conseil de sécurité de Kubilai). Marco Polo vit alors à Venise dans la Casa Polo (quartier de Cannaregio, maison familiale détruite par un incendie en 1598Le théâtre Malibran a été construit en 1677 sur ses fondations.) où il vit désormais comme un commerçant prospère mais prudent, bien loin de l'image du grand explorateur..
vignette|Église San Lorenzo de Venise.
Tombé malade, il dicte son testament le . Le texte, qui en a été conservé, précise notamment qu'il lègue 5 lires à chacun des couvents installés sur le Rialto et 4 lires à chacune des guildes dont il est membre. Il libère aussi Pierre, son « serviteur tartare », et veut qu'il lui soit payé 100 liresSelon l'interprétation proposée par , le « serviteur tartare » était un esclave mongol qu'il avait ramené de ses voyages. Il semble toutefois que le terme « tartare » désignait alors à Venise la plupart des esclaves, ainsi que le précise .. Il est enterré comme son père à l'église San Lorenzo de Venise, mais sa tombe a disparu à la suite de différentes restaurations de l'édificeMarco Polo - De retour à Venise... Son testament permet d'estimer la fortune qu'il laisse, soit , ce qui ne le situe pas parmi les plus riches marchands de Venise.
Le Livre de Marco Polo
Les voyages du père de Marco Polo vignette|Le Livre de Marco Polo (1298). Partis de Venise avant la naissance de Marco, Niccolò et Matteo Polo achètent vers 1255 des pierres précieuses à Constantinople (alors sous administration vénitienne) et en Crimée (où résidait leur frère), puis vont les vendre à la cour du khan de Russie, sur la Volga, où ils restent un an. Ils poussent jusqu'à Boukhara (alors capitale perse d'Asie centrale) où ils restent trois ans. Un enquêteur-messager de Kubilai ou de l'ilkhan d'Iran les invite à se présenter au grand khan, en qualité d'Européens.
Compte tenu du contexte des croisades et des prémices des grandes découvertes, l'historien Pierre Racine doute que le voyage des Polo ait été de simple nature commerciale :
thumb|gauche|Arrivée des Polo à Boukhara. Miniature illustrant Le livre des voyages de Marco Polo (chap. 2), traduit par Robert Frescher (1475-1525).
Ont-ils atteint Pékin quand ils rencontrent Kubilai en 1265 ou 1266 ? Il n'est pas nécessaire de le supposer, les affaires de l'ouest se traitaient souvent dans son palais d'été en Mongolie, Shangdu (aussi appelée Xanadu). Ils ne restent pas longtemps car ils sont chargés de plusieurs missions :