L’affaire Gilles Andruet est une affaire criminelle française concernant le meurtre, dans la nuit du 21 au 22 août 1995, du joueur d’échecs Gilles Andruet, fils de l’ancien pilote automobile Jean-Claude Andruet.
Plusieurs procédures judiciaires se sont succédé. Franck Liany a été condamné en 2003 pour recel du produit d’un meurtre. Son père Joseph Liany, condamné en première instance en 2003, a été acquitté en appel en 2006. Sacha Rhoul a été acquitté le 30 janvier 2014 par la cour d’assises de l’Essonne, conformément aux réquisitions du ministère public. À l’issue de ces procédures, aucun prévenu n’a été définitivement condamné pour le meurtre de Gilles Andruet, qui demeure non élucidé.
Contexte Entre 1990 et 1993, Gilles Andruet se consacre de plus en plus au blackjack. Il utilise une méthode de comptage des cartes inspirée de celle de Ken Uston, fondée sur sa mémoire et ses aptitudes au calcul, et réalise d’importants gains. Repéré par les casinos, il devient indésirable dans plusieurs établissements et poursuit le jeu à l’étranger. Selon Le Parisien, il sombre ensuite progressivement dans l’alcool et la drogue, tandis que ses pertes et ses dettes s’accumulent. Il devient interdit bancaire et connaît une situation financière précaire.
Le 4 août 1995, Gilles Andruet reçoit d’un notaire un chèque de 398 000 francs, soit plus ou moins 60 000 euros, provenant d’un héritage immobilier familial. Interdit bancaire et ne disposant pas de compte sur lequel encaisser cette somme, il sollicite Joseph Liany, rencontré dans l’univers des casinos. Celui-ci lui propose l’aide de son fils Franck. Un compte est alors ouvert au nom de Gilles Andruet, qui y dépose le chèque et accorde une procuration à Franck Liany. À la mi-août 1995, il achète une Ford Sierra d’occasion et demande au vendeur de différer l’encaissement du chèque de paiement jusqu’au 22 août.
Le meurtre
Le 21 août 1995, Gilles Andruet est vu pour la dernière fois vivant alors qu’il se trouve en voiture avec des hommes. La dernière personne connue à l’avoir vu vivant déclare aux enquêteurs avoir reconnu Joseph Liany comme l’un des hommes présents avec lui.
Le corps de Gilles Andruet est découvert à l’aube du 22 août 1995 sur une berge de l’Yvette, à Saulx-les-Chartreux. Il est enveloppé dans une alèse ensanglantée et a été frappé à mort à l’aide d’une batte de baseball. Deux jours plus tard, sa Ford Sierra est retrouvée abandonnée et présente des traces de sang.
Selon Le Parisien, l’alèse dans laquelle le corps avait été enveloppé provenait de l’appartement de Joseph Liany. Le quotidien rapporte également que, deux jours après la mort de Gilles Andruet, les Liany ont loué un fourgon pour jeter les lits de ce logement et en acheter d’autres.
Un poil retrouvé sur l’alèse est exploité en 2001. L’analyse fournit un profil d’ADN mitochondrial, susceptible d’être partagé par plusieurs descendants d’une même lignée maternelle et ne permettant donc pas d’identifier individuellement son porteur.
Après la mort de Gilles Andruet, Franck Liany, qui disposait d’une procuration sur son compte bancaire, en retire les fonds. Il déclare avoir remis l’argent à son père, Joseph Liany.
Procès et jugements Premier procès (2003)
Un premier procès s’ouvre le 7 novembre 2003 devant la cour d’assises de l’Essonne, à Évry. Joseph Liany comparaît pour le meurtre de Gilles Andruet, tandis que son fils Franck est poursuivi pour recel de fonds provenant du crime. Joseph Liany nie toute participation au meurtre. Au cours de l’audience, le père et le fils s’accusent mutuellement. L’audience est également marquée par les difficultés entourant plusieurs témoignages. Dans une rétrospective publiée en 2016, Le Parisien rapporte que dix-huit témoins ayant fait l’objet de menaces ne se présentent pas ou déclarent ne plus se souvenir des faits ; le quotidien indique également que la personne ayant vu Joseph Liany en voiture avec Gilles Andruet le soir du meurtre est agressée avant son passage devant les jurés.
Parmi les éléments présentés à charge contre Joseph Liany, l’accusation s’appuie notamment sur le témoignage de la dernière personne connue à avoir vu Gilles Andruet vivant. Cette femme avait déclaré aux enquêteurs que la victime se trouvait dans une voiture avec des hommes et que Joseph Liany était l’un d’eux. Dans son compte rendu du verdict, Le Parisien indique que l’avocat général retient également la disparition du matelas dont aurait provenu l’alèse retrouvée autour du corps, ainsi que le retrait des fonds du compte bancaire de Gilles Andruet après sa mort. Le Parisien rapporte par ailleurs que l’alèse provenait de l’appartement de Joseph Liany et que, deux jours après la mort de Gilles Andruet, les Liany avaient loué un fourgon pour jeter les lits de ce logement et en acheter d’autres.
Le Parisien rapporte de son côté que Loïc Simon aurait confié à des proches avoir « tué un joueur d’échecs avec des lunettes » contre 30 000 francs promis par Joseph Liany.
L’aspect financier est également examiné. Franck Liany avait procuration sur le compte de Gilles Andruet et en retire les fonds après la mort de celui-ci ; il affirme ensuite avoir remis l’argent à son père. Le Monde, dans son compte rendu de l’ouverture du procès, indique que la mise en cause de Joseph Liany résulte notamment des déclarations de son fils. Le profil d’ADN mitochondrial extrait d’un poil retrouvé sur l’alèse est également débattu : son analyse avait contribué à la mise en examen de Joseph Liany en 2001, mais la défense fait valoir qu’il ne constitue pas une identification individuelle puisqu’il est également compatible avec son neveu Sacha Rhoul.
Le 14 novembre 2003, Joseph Liany est condamné à quinze ans de réclusion criminelle pour sa participation au meurtre de Gilles Andruet, tandis que Franck Liany est condamné à sept ans d’emprisonnement pour avoir recelé les fonds qu’il avait lui-même retirés du compte de la victime après sa mort. Seul Joseph Liany fait appel de cette condamnation ; celle de Franck Liany devient définitive, faisant de lui le seul protagoniste de cette affaire à demeurer, à ce jour, définitivement condamné pour un fait lié au meurtre de Gilles Andruet.
Deuxième procès de Joseph Liany (2006)
À la suite de l’appel de Joseph Liany, l’affaire est rejugée à partir du 13 mars 2006 devant la cour d’assises d’appel du Val-de-Marne, à Créteil. Il comparaît après avoir été condamné en première instance à quinze ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Gilles Andruet.
Au cours des débats, Franck Liany continue de mettre son père en cause. Selon le site spécialisé Échecs 64, entendu à la barre le 15 mars 2006, il rapporte que Loïc Simon lui aurait déclaré avoir été avec Joseph Liany le jour des faits et que ceux-ci se seraient déroulés à Bonneuil-sur-Marne, où Joseph Liany résidait.
Joseph Liany met pour sa part en cause son neveu Sacha Rhoul. Le Parisien rapporte rétrospectivement qu’au cours de ce procès en appel, Joseph Liany « joue son va-tout et accuse son neveu Sacha Rhoul ». La défense s’appuie notamment sur le profil d’ADN mitochondrial extrait d’un poil retrouvé sur l’alèse entourant le corps : ce type de profil pouvant être partagé par plusieurs descendants d’une même lignée maternelle, la trace était compatible aussi bien avec Joseph Liany qu’avec son neveu et ne permettait donc pas d’identifier individuellement son porteur.
Cette absence d’identification individuelle ne supprime toutefois pas le contexte matériel dans lequel la trace avait été découverte. Le poil se trouvait sur l’alèse ayant servi à envelopper le corps de Gilles Andruet, alèse que les comptes rendus de la procédure rattachent au logement de Joseph Liany. Lors du premier procès, l’avocat général avait également retenu parmi les éléments à charge la disparition du matelas dont aurait provenu cette alèse.
Le ministère public requiert à nouveau la condamnation de Joseph Liany lors de ce procès en appel. En 2014, lors du procès de Sacha Rhoul, l’avocat général rappelle que son prédécesseur avait requis cette condamnation en 2006, malgré l’acquittement finalement prononcé. Il souligne alors le caractère définitif de cette décision tout en précisant : « Je n’y adhère pas forcément, mais c’est comme ça ».
Le 17 mars 2006, après près de six heures de délibéré, la cour d’assises d’appel du Val-de-Marne acquitte Joseph Liany du meurtre de Gilles Andruet. Cet acquittement devient définitif.
Mise en cause et procédure visant Sacha Rhoul (2001-2006)
Le nom de Sacha Rhoul n’apparaît dans le dossier qu’en novembre 2001, plus de six ans après le meurtre. Selon La Voix du Nord, sa mise en cause intervient à la suite de la déposition d’un ancien employé, recueillie alors que celui-ci est interné pour schizophrénie. Il ne rapporte pas aux enquêteurs des faits auxquels il aurait lui-même assisté, mais des propos qu’il attribue à un autre ancien employé, Loïc Simon, selon lesquels celui-ci aurait tué Gilles Andruet à la demande de Joseph Liany et que Sacha Rhoul en aurait eu connaissance. Le quotidien précise que Sacha Rhoul était alors en conflit avec les deux hommes.
Au moment de cette déposition, Loïc Simon est mort depuis cinq ans : il s’est suicidé en 1996. Il n’a donc jamais pu confirmer ni contester les propos qui lui étaient attribués.
La même année, l’exploitation d’un poil retrouvé sur l’alèse fournit un profil d’ADN mitochondrial. Ce type de profil pouvant être partagé au sein d’une même lignée maternelle, il était compatible aussi bien avec Joseph Liany qu’avec son neveu Sacha Rhoul, sans permettre de les départager individuellement.
Le cas de Sacha Rhoul est disjoint de celui de Joseph Liany. Il réside alors au Maroc. Dans une lettre publiée par Le Monde en 2009, il indique y résider et y travailler depuis 1998 et confirme s’être présenté volontairement à la première convocation des enquêteurs avant de retourner au Maroc. Il conteste que ce retour puisse être présenté comme une fuite.
Le 6 avril 2006, Sacha Rhoul est jugé en son absence selon la procédure de défaut. Dans sa lettre publiée par Le Monde, il affirme que cette audience s’est tenue sans qu’il ait reçu de convocation. Son avocate, Me Sophie Bottai, confirmera avoir appris l’imminence du procès que la veille, par l’intermédiaire d’un journaliste.
Procès de Sacha Rhoul (2014)
Dix-neuf ans après les faits, treize ans après l'apparition de son nom dans le dossier et huit ans après avoir été jugé une première fois par défaut, Sacha Rhoul comparaît libre devant la cour d'assises de l'Essonne à partir du 27 janvier 2014. Il affirme n'avoir jamais reçu de convocation pour ce procès de 2006, une version que son avocate confirmera n'avoir apprise elle-même que la veille de l'audience par un journaliste, et que son nouvel avocat, Éric Dupond-Moretti, portera à nouveau devant la cour en 2014.
Les débats reviennent sur les éléments ayant conduit à la mise en cause de Sacha Rhoul. Dans son compte rendu du procès, La Voix du Nord qualifie l’affaire de « dossier bancal » et rapporte que la défense souligne à la fois le caractère indirect du témoignage apparu en 2001 et l’ambiguïté du profil d’ADN mitochondrial, compatible avec Joseph Liany comme avec son neveu sans permettre de les distinguer individuellement. Éric Dupond-Moretti soutient en outre que Joseph Liany avait profité de cette ambiguïté génétique et de l’absence de Sacha Rhoul lors de la procédure de 2006 pour reporter les soupçons sur lui.