Hansel et Gretel (), parfois intitulé Jeannot et MargotTitre donné, entre autres, dans Grimm (trad. A. Guerne, 1986), ou dans Deulin, Les Contes de ma mère l'Oye, avant Perrault, 1878. Le prénom allemand « Hans » (diminutif de « Johannes »), apparaissant dans plusieurs contes de Grimm, est souvent traduit par « Jean » en français et, la plupart du temps, ces contes ont en effet leur corollaire dans des récits populaires connus en France et francophonie voisine et mettant en scène l'un ou l'autre Jean ; le diminutif Hänsel, qui porte l'umlaut, se prononce Hènsel. Quant à « Gretel », écrit « Grethel » à partir de la deuxième édition des Contes, il s'agit du diminutif de « Margarete », soit « Marguerite » en français. La sœur a pu parfois être renommée « Marie » (cfr. Polain (1942), sv). Ces prénoms sont visiblement choisis du fait qu'ils sont extrêmement communs à l'époque où le conte est recueilli., est un conte populaire figurant parmi ceux recueillis par les frères Grimm dans le premier volume des Contes de l'enfance et du foyerKinder- und Hausmärchen, 1812, KHM 15..

Le conte, l'un des plus célèbres parmi les contes merveilleux, met en scène un frère et une sœur perdus dans la forêt par leurs parents et qui, ensuite, se retrouvent aux prises avec une sorcière anthropophage.

On peut le rapprocher, pour ce qui est de son point de départ du moins, de Nennillo et Nennella, conte de l'Italien Giambattista Basile, publié dans la première moitié du . Le motif des enfants abandonnés dans la forêt est par ailleurs présent dans le conte de Perrault Le Petit Poucet (fin du ), mais on trouve un épisode comparable dès le début de la seconde moitié du , chez Martin MontanusDelarue-Ténèze, t. 1 (1957), ..

Versions Là où les sources utilisées par les frères Grimm pour ce conte demeurent incertainesAshliman., ils affirment cependant qu'il est issu de .

vignette|gauche|Forêt à proximité d'Erzhausen en Hesse (2008). Dans leurs commentaires concernant Hansel et GretelJacob et Wilhelm Grimm (éd.), Kinder- und Hausmarchen, édition (1856), « Anmerkungen »., les frères Grimm signalent qu'on trouve en Souabe des versions du conte où la maison de sucre n'est plus habitée par une sorcière, mais par un loup. Ils notent également l'étroite parenté entre Hansel et Gretel et le conte de Perrault Le Petit Poucet, publié en 1697 dans Histoires ou contes du temps passé, et les parallèles avec Finette Cendron (1696 ou 1697), conte de Madame d'Aulnoy.

vignette|gauche|Hansel et Gretel chez la sorcière.Illustration d'Alexander Zick (1845-1907). Par ailleurs, les Grimm donnent en réalité deux, voire trois versions de cette histoire. La version reprise dans la deuxième édition (1819) des Contes comporte, en effet, certaines différences par rapport à la version figurant dans l'édition originale de 1812, notamment l'ajout d'un épilogue ; en outre, à partir de la quatrième édition (1840), ce n'est plus la mère ou à l'instigation de celle-ci que les enfants sont abandonnés, mais du fait de leur belle-mère – ce qui, en réalité, était déjà le cas dans Nennillo et NennellaNennillo et Nennella est cité dans les commentaires des Grimm dès la édition des Contes. Cfr. Kinder- und Hausmärchen, t. 2, 1815, p. 352.Zipes (1997), ., conte écrit en napolitain par Giambattista Basile, et figurant dans le Pentamerone, publié vers 1635. Le début du conte de Basile est similaire à celui de Hansel et Gretel et du Petit Poucet. Les éditions postérieures à 1842 tiennent compte en outre de la version alsacienne publiée par August Stöber et intitulée Das Eierkuchenhäuslein (« La petite maison de crêpes »), en lui empruntant notamment certaines expressions populairesMentionné par Natacha Rimasson-Fertin (voir Bibliographie)..

De cet épisode, fameux, où des objets sont semés pour retrouver son chemin, on trouve déjà une version très proche dans Das Erdkuhlein (« La vachette de la terre »), un conte publié en 1559 par l'Alsacien Martin Montanus (apr. 1537-apr. 1566), et apparenté à Cendrillon. Le début de l'histoire se déroule comme suit. Une marâtreDéjà... et la fille aînée de son mari veulent faire en sorte que la plus jeune sœur, Marguerite, se perde dans la forêt. Par trois fois, elles l'y envoient chercher des fagots ou du bois. Marguerite a entendu les projets de ses ennemies et, sur le conseil de sa marraine, elle sème sur son chemin de la sciure la première fois, la deuxième fois du sable, et enfin, en dernier lieu, du chènevis, que les oiseaux picorent. Perdue, elle monte dans un arbre et, de là, voit une petite maison, où elle se rend et où elle trouvera, plus chanceuse que Hansel et Gretel, et que Poucet, une main secourableDans Martin Montanus, Schwankbücher (éd. Bolte), Tübingen, 1890, . Cité dans Delarue-Ténèze, t. 1 (1957), .Roper (2004), ..

Histoire Hansel, un petit garçon, et sa sœur cadette Gretel sont les enfants d'un pauvre bûcheron. Craignant la famine, l'épouse du bûcheron le convainc de les perdre dans la forêt. Hansel et Gretel entendent son plan et, recueillant des petits cailloux blancs, marquent le chemin jusque chez eux ; ainsi la tentative de les perdre échoue. Toutefois, la belle-mère pousse le père à réessayer, et cette fois, les deux enfants n'ont que des morceaux de pain à jeter derrière eux. Une fois abandonnés en pleine forêt, ils réalisent que le pain a été mangé par les oiseaux.

vignette|Gretel pousse la sorcière dans le four.Illustration de Theodor Hosemann (1807-1875). En errant dans la forêt, Hansel et Gretel trouvent une maison en pain (les versions suivantes parleront de pain d'épices) avec des fenêtres en sucre, qu'ils commencent à manger. L'habitante de la maison, une vieille femme, les invite et leur prépare un festin. Cependant, la vieille femme est une sorcière qui a construit la maison pour attirer les enfants, afin de les manger. Elle enferme Hansel dans une cage, et fait de Gretel sa servante. vignette|gauche|Hansel traversant la rivière à dos de canard. Sculpture d'Ignatius Taschner. Märchenbrunnen« Fontaines des Contes ». dans le parc de Friedrichshain à Berlin. Gretel doit cuisiner afin d'engraisser son frère Hansel et, chaque jour, la sorcière vérifie s'il est suffisamment gras pour être mangé. Comme elle est à moitié aveugle, elle demande à Hansel de lui donner son doigt et celui-ci lui tend à sa place un os. La sorcière a l'impression que Hansel ne grossit pas et les enfants gagnent ainsi du temps. Mais un jour, folle de rage, elle n'a plus la patience d'attendre et décide de manger Hansel.

Alors qu'elle se prépare à cuire Hansel, la sorcière demande à Gretel de regarder dans le four pour voir s'il est prêt. Mais Gretel lui dit qu'elle est trop petite et que la sorcière doit vérifier elle-même. Alors qu'elle se penche dans le four, Gretel la pousse et referme la porte derrière elle. La sorcière meurt ainsi carbonisée.

Les enfants prennent les joyaux qui se trouvaient dans la maison de la sorcière, et décident de rentrer chez eux.

Mais alors que les enfants arrivent face à un lac, ils se rendent compte qu'il est trop profond pour être traversé à la nage. Gretel voit alors deux cygnes blancs ; Hansel a l'idée de monter dessus pour traverser. Ils enfourchent les cygnes et rentrent chez eux avec les joyaux de la sorcière.

Épilogue de la version de 1819 La sorcière morte, les enfants sautent et dansent de joie. Ils prennent les perles et les pierres précieuses de la sorcière, autant qu'ils peuvent en emporter, puis quittent la maison. Ils arrivent à une rivière, mais ne voient ni pont ni gué pour traverser. Gretel aperçoit alors un canard blancOu : « une cane blanche », selon les traductions.Natacha Rimasson-Fertin (voir Bibliographie) fait remarquer « le motif de l'oiseau comme guide vers l'Autre Monde [...]. La couleur blanche de l'oiseau indique qu'il s'agit d'un être originaire de l'Autre Monde. » et lui demande de les porter sur son dos. Gretel constate que l'animal ne peut les porter tous les deux et, dès lors, il les fait franchir la rivière l'un après l'autre. Hansel et Gretel poursuivent ensuite leur chemin et finissent par sortir de la forêt et, aussitôt qu'ils voient la maison de leur père, ils se mettent à courir dans sa direction. Ils retrouvent leur père, qu'ils embrassent. Celui-ci est veuf à présent. Les deux enfants lui montrent les trésors qu'ils ont pris à la sorcière, et c'est la fin de leurs soucis.

Le conte se termine par une sorte de pied-de-nez :

Passages rimés vignette|« Qui grignote ma maison ? » (Wer knuspert an meinem Häuschen ?). Illustration de Ludwig Richter (1803-1884). Les passages rimés contenus dans Hansel et Gretel sont, en allemand : « Knusper, knusper, kneuschen ! | wer knuspert an meinem Häuschen ? » (dès la éd., 1812) ; id., ce à quoi les enfants répondent : « Der Wind ! der Wind ! | das himmlische Kind ! » (à partir de la éd., 1819) ; et, avec l'épilogue du canard apparu en 1819 : « Entchen, Entchen, | da steht Grethel und Hänsel. | Kein Steg und keine Brücke, | nimm uns auf deinen weißen Rücken ! » (à partir de éd., 1843). Ce qui est traduit, entre autres, par Armel Guerne : « Et j'te grignote et grignotons, | Qui me grignote ma maison ? » ; « C'est le vent, c'est le vent, | C'est le céleste vent » ; puis : « Canard blanc, canard blanc, | Ici Margot et Petit-Jean. | Aucun sentier et pas de pont, | Porte-nous sur ton beau dos rond. »Grimm (trad. A. Guerne, 1986), p. 99, 102. ou, par Marthe Robert : « Grigno, grigno, grignoton, | Qui grignote ma maison ? » ; « C'est le vent, c'est le vent, | Le céleste vent » ; puis : « Caneton, caneton, | C'est Jeannot et Margoton. | Pas de pont ni de passerelle, | Prends-nous sur tes blanches ailes. »Grimm (trad. M. Robert, 1999), p. 77, 81.

Dans la version figurant dans Deutsches Märchenbuch (1845) de Ludwig Bechstein, la question de la sorcière varie légèrement par rapport à celle du conte des frères Grimm : « Knusper, knusper, kneuschen ! | Wer knuspert mir am Häuschen ? »Bechstein (1847), p. 57, – « Qui me grignote la maison ? » au lieu de « Qui grignote à ma maison ? ».

Une note marginale manuscrite d'une copie, appartenant aux Grimm, de la première édition des Contes révèle que la réponse rimée des enfants à la sorcière (« Der Wind, der Wind, Das himmlische Kind... ») vient de Henriette Dorothea – « Dortchen » – Wild, entendue à Cassel le Bolte-Polivka, (1913), p. 115.. En se fondant sur cela, certains ont pu supposer que les frères Grimm ont noté toute l'histoire chez les Wild (Wilhelm Grimm épousera « Dortchen » en 1825) et mettre en doute ses origines véritablement « populaires ».

Le passage concernant le canard provient de Das EierkuchenhäusleinStoeber (1842), p. 108. ; – Comme le note Zipes (Zipes, 1997, p. 44), on est là devant un problème de serpent qui se mord la queue, étant donné qu'une première version de Hansel et Gretel des Grimm est citée en note du conte de Stoeber, et que les Grimm, par la suite, emprunteront visiblement à Stoeber les rimettes du canard pour l'insérer à Hansel et Gretel dans une édition postérieure des Contes., version du conte figurant dans Elsässisches Volksbüchlein , où apparaissent les vers : « Endele. | Bändele. | Kenn Stai unn kenn Brucke | Nimm eß uff dynne wysse Rucke ! »Robinson (2010), p. 34.Zipes, 1997, p. 44..

Classification Selon la classification des contes-types d'Aarne et Thompson, Hansel et Gretel est rangé dans le type AT 327A, auquel il donne son nom, « Hansel et Gretel », et le type AT 1121, « Brûler la sorcière dans son propre four » (groupe Contes de l'ogre ou du Diable dupé). Le conte-type AT 327 « Les Enfants et l'Ogre » comprend également le type AT 327B « Le Nain et le Géant », dont fait partie le conte de Perrault Le Petit Poucet.