, né le à Bruxelles et mort le à Marche-les-Dames (Belgique), est le troisième roi des Belges. Duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg et Gotha et héritier de la couronne belge à partir de 1905, il succède à son oncle en 1909 et règne jusqu'à sa mort.
Le , il épouse Élisabeth en Bavière, avec laquelle il partage une vision humaniste et pacifiste de la société. Le roi et la reine forment un couple très vite populaire et donnent une image modernisée de la monarchie, dont ils renouvellent le style. Issu d'une lignée aux racines germaniques et mari d'une princesse allemande, le roi choisit en 1914 de défendre son pays, pourtant créé neutre, et de combattre contre l'invasion allemande, affirmant ainsi le caractère belge de sa dynastie.
À partir de la Première Guerre mondiale, Albert devient l'objet d'un véritable mythe dépassant largement les frontières belges, et les surnoms guerriers de Roi Soldat ou Roi Chevalier lui sont attribués. Après l'armistice de 1918, le roi intervient fréquemment dans les questions politiques belges. En 1919, alors que la Constitution borne ses pouvoirs, il réussit lors de l'entrevue de Lophem à convaincre les hommes politiques belges les plus éminents de la nécessité d'adopter le suffrage universel masculin pur et simple.
Le roi prône l'égalité effective des deux langues nationales, la reconnaissance de la liberté syndicale, l'extension de la législation sociale et l'essor des sciences. Sur le plan des relations internationales, il accomplit de longs voyages officiels et privés à l'étranger : États-Unis en 1919, Brésil l'année suivante, Indes en 1925, sans oublier Congo en 1928 et en 1932, enfin Syrie et Palestine en 1933.
Passionné d'alpinisme et d'escalade, le roi a réalisé de nombreuses ascensions difficiles dans les Alpes. Le , alors qu'il s'entraîne sur des rochers dans la vallée de la Meuse, il fait une chute mortelle. Son fils aîné lui succède sous le nom de .
Biographie
Premières années et environnement familial vignette|redresse|gauche|alt=le prince Albert âgé de dix ans pose en pied tenant un chapeau à la main|Albert de Belgique photographié par Jean Günther (1885). Albert Léopold Clément Marie Meinrad de Saxe-Cobourg et Gotha, plus connu sous le nom d'Albert de Belgique, né le au palais de ses parents à la rue de la Régence à Bruxelles, est le deuxième fils et le dernier des enfants du prince Philippe de Belgique, comte de Flandre (le frère de ) et de la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen. Son frère, Baudouin, est né en 1869 et ses deux sœurs, Henriette en 1870 et Joséphine en 1872.
Le mariage de ses parents à Berlin en 1867 a été décidé, sous les auspices de la reine Victoria, dans le dessein de raffermir la position du récent royaume de Belgique entouré de deux puissantes voisines : la France et la Prusse. C'est donc une princesse prussienne, dont le père, Charles-Antoine de Hohenzollern, est très influent en Allemagne, qui a été choisie pour épouser le frère du roi . Le prince Albert est donc imprégné dès l'enfance par une double influence culturelle : belge et germanique. N'ayant pas connu ses grands-parents paternels, Albert tisse des liens étroits avec sa famille Hohenzollern.
La vie familiale du jeune Albert est rythmée par des séjours réguliers au domaine des Amerois situé en Ardenne belge méridionale. Cet imposant château entouré de plus de six cents hectares de terres, situé à dix kilomètres de Bouillon, a été acquis par le comte de Flandre pour que son épouse puisse retrouver une atmosphère lui rappelant sa Souabe natale. Les Flandre, parents et enfants, y demeurent durant tout l'été avant de se rendre durant deux mois environ dans les propriétés allemandes des grands-parents Hohenzollern : au château de Sigmaringen ou à celui de Krauchenwies.
À l'instar de ses frère et sœurs, Albert reçoit une instruction dispensée à domicile. Les horaires des cours sont denses, au point que la reine Victoria recommande à son cousin Philippe de ne pas trop faire travailler ses enfants. Lors des vacances aux Amerois, le programme scolaire est légèrement réduit, mais la comtesse de Flandre est très exigeante pour tout ce qui regarde l'éducation, l'instruction et la religion. Baudouin étant un élève appliqué et doué, Albert, en contraste, donne trop souvent une image de dilettante. Au début de l'année 1888, Albert est placé sous la direction d'un gouverneur militaire : Harry Jungbluth, un protestant dont la philosophie compense quelque peu les idées issues de la mouvance catholique très présentes chez les Flandre. Jungbluth accompagne Albert dans tous ses déplacements, notamment lors de sa visite de la tour Eiffel en 1889. L'année suivante, Albert se prend d'une passion pour la bicyclette qui lui permet de se déplacer incognito à la ville comme à la campagne. Brutalement, l'harmonie familiale est interrompue par la mort soudaine le , des suites d'une pneumonie, du prince Baudouin.
Prince de Belgique
Formation et voyages vignette|redresse|alt=portrait en buste du prince Albert|Le prince Albert lors de la traversée vers les États-Unis (photographie d'Aimé Dupont, ). À la mort de son frère Baudouin, Albert devient l'héritier en second du trône de Belgique. Le , un arrêté royal octroie à Albert et à l'ensemble de sa famille le titre de « prince de Belgique ». Le , comme son frère avant lui, le prince Albert entre à l'École royale militaire. L'année suivante, il devient sous-lieutenant au régiment des grenadiers. Albert apprécie favorablement la fréquentation des milieux militaires, qui le placent au contact direct des diverses composantes de la population belge et lui offrent une certaine liberté dont il ne jouit pas chez ses parents. En tant que neveu de , Albert représente son oncle en Belgique et à l'étranger. Il assiste notamment en au couronnement du tsar après s'être arrêté à Berlin pour présenter ses hommages à l'empereur allemand .
De 1893 à 1909, le prince Albert, en sa qualité de sénateur de droit, prononce plusieurs discours relatifs à l'amélioration de l'infrastructure navale, ferroviaire et routière du pays. Albert se rapproche de Jules Bosmans, autrefois précepteur du prince Baudouin. Bosmans, docteur en droit de l'Université de Louvain, devient son confident et son guide ; il sensibilise le prince à la question sociale. En 1895, Albert rédige une petite brochure dans laquelle il analyse les différents principes économiques et propose des solutions pour améliorer la condition de la classe prolétaire sans recourir au socialisme. Sa sœur Henriette remarque au sujet d'Albert : En effet, Albert n'hésite pas à fréquenter une table de cabaret ou à visiter un charbonnage comme à Seraing en 1897, où il descend dans un puits de mine à six cents mètres sous terre.
Au printemps 1898, Albert effectue un voyage en Amérique du Nord qui le mène d'abord aux États-Unis puis au Canada. Ce périple de quatre mois (du au ) le conduit successivement à Washington, New York, Boston, Philadelphie, Los Angeles, San Francisco, Salt Lake City, Denver, Chicago, Pittsburgh, Toronto, Ottawa, et enfin au Québec où il visite notamment Montréal. Ce voyage très formateur offre au jeune homme l'opportunité d'acquérir des connaissances nouvelles et de rencontrer une société très différente de celle qu'il côtoyait en Europe. Il entre en effet en contact avec les milieux politiques et financiers américains. Il est autant impressionné par le degré d'industrialisation que par les beautés naturelles des lieux qu'il visite.
Mariage avec Élisabeth en Bavière
vignette|redresse|alt=Albert et Élisabeth posent assis une gerbe de fleurs sur les genoux|Fiançailles d'Albert et d'Élisabeth (1900). Le prince Albert et la future reine Élisabeth s'étaient rencontrés une première fois en à Paris, lors des funérailles de la duchesse d'Alençon, morte tragiquement dans l'incendie du Bazar de la Charité. Toutefois, c'est de la princesse Isabelle d'Orléans qu'Albert tombe amoureux. Immédiatement, le roi met son veto à ce mariage afin de ne pas s'attirer les foudres du gouvernement français car Isabelle est la sœur de Philippe d'Orléans, le prétendant orléaniste au trône de France. envisage que sa petite-fille, l'archiduchesse Élisabeth-Marie, surnommée « Erzsi », épouse Albert, mais ce dernier ne le souhaite pas..
Lors d'un séjour à Neuilly-sur-Seine chez sa sœur Henriette, Albert rencontre deux princesses en Bavière : Élisabeth et sa sœur Marie-Gabrielle, cousines germaines du mari d'Henriette. La plus jeune est déjà fiancée, mais Albert est libre de demander la main de l'aînée. Élisabeth, d'un an la cadette d'Albert, a passé une jeunesse insouciante dans la chaleur familiale du foyer formé par ses parents : Charles-Théodore duc en Bavière et Marie-Josèphe infante de Portugal. Homme organisé, passionné par les sciences, le père d'Élisabeth exerce une influence considérable sur sa fille. Ayant perdu très tôt sa première épouse, il a quitté ses fonctions d'officier de cavalerie, pour se consacrer à la médecine, Charles-Théodore se spécialise en ophtalmologie et réalise plus de de la cataracte. Élisabeth, au caractère vif, a appris plusieurs langues, s'adonne volontiers au tennis et voue une passion pour la musique, encouragée par ses parents, qui forment un couple princier atypique.
Bien que la princesse soit issue de la maison de Wittelsbach, une des plus anciennes dynasties d'Europe, et qu'elle soit la nièce de l'empereur , du grand-duc héritier de Luxembourg et du duc de Parme, les parents d'Albert ne manifestent aucun enthousiasme pour une alliance de leur fils avec une princesse dont la famille est réputée excentrique. Toutefois, au printemps 1900, Albert ose faire sa demande en mariage : . Après que le roi a donné son accord, leurs fiançailles sont conclues à Fontainebleau le . Au terme de plusieurs mois de négociations, un contrat de mariage est signé : Albert jouira d'une rente annuelle de octroyée par son père, à laquelle s'ajoute celle accordée par le roi qui se chiffre à . Les noces d'Albert et Élisabeth sont célébrées à Munich le .
Le couple a trois enfants. : Léopold (futur ), prince de Belgique, duc de Brabant, né le et mort le , roi des Belges de 1934 à 1951 ; Charles, prince de Belgique, comte de Flandre, régent du royaume de 1944 à 1950, né le et mort le ; Marie-José, princesse de Belgique, reine d'Italie (1946), née le et morte le . Elle épouse le Humbert de Savoie ( - ), prince héritier d'Italie. Elle devient ensuite reine d'Italie durant seulement un peu plus d'un mois (du au ), ce qui lui confère le surnom de « Reine de mai ».
L'acte par lequel approuve le mariage du prince Albert ne porte aucun contreseing ministériel, contrairement aux prescriptions des articles 85 et 106 de la constitution. En , après l'accession au trône d'Albert, un avocat gantois, Alfons Jonckx, avance la thèse que de ce fait, le prince Albert est déchu de ses droits au trône. Dans Le Soir du , Auguste Beernaert rectifie les propos de Jonckx en affirmant : « le consentement du roi intervenant au contrat de mariage n'est pas discutable, le consentement des ministres assistant aux cérémonies ne l'est pas moins », mais concède qu'il y a en effet eu, étant donné l'absence d'un arrêté royal, « un accroc théorique à la lettre de la Constitution », ajoutant ironiquement que « personne n'a été lésé »..
Un prince de son temps vignette|alt=le prince Léopold au violon en compagnie de ses parents|gauche|La reine Élisabeth donne une leçon de violon au prince Léopold vers 1909.
Un an après leur mariage, Albert et Élisabeth quittent le palais du comte de Flandre, où ils vivaient provisoirement et ne se plaisaient pas en raison d'un manque d'intimité, pour s'installer à l'hôtel van der Noot d'Assche rue de la Science (occupé depuis 1948 par le Conseil d'État). Devenus plus indépendants, Albert et Élisabeth entretiennent désormais de meilleures relations avec le comte et la comtesse de Flandre.