thumb|Barrage des Trois-Gorges. L'hydroélectricité en Chine se situe en 2025 au mondial aussi bien pour sa puissance installée (30,2 % du total mondial) que pour sa production (31,1 %). Elle fournissait 15,0 % de la production d'électricité du pays 13,2 % en 2025. La Chine est aussi au mondial en 2024 pour la puissance de ses centrales de pompage-turbinage avec 31 % du total mondial.
La centrale du barrage des Trois-Gorges est la plus puissante du monde, suivie par la centrale de Baihetan, mise en service en 2022, et sur les 34 barrages de plus de en 2020, 13 étaient en Chine. Les objectifs du gouvernement sont de porter la capacité hydroélectrique à en 2050 contre fin 2024 et la capacité de pompage-turbinage à en 2030 contre en 2024.
La plupart des barrages hydroélectriques se trouvent au centre et au sud-ouest de la Chine, surtout dans les provinces de Sichuan et Yunnan. Des milliers de kilomètres de lignes de transport à haute tension ouest-est ont été construites pour relier ces capacités aux régions côtières énergivores.
Histoire
Premiers barrages (1912-1949)
L'équipement de la Chine en barrages hydroélectriques débute en 1912. La première centrale hydroélectrique chinoise, Shilongba, commence à produire de l'électricité dans le Kunming le . La puissance coloniale française avait proposé de construire ce barrage, mais l'administration du Yunnan repousse cette demande dans l'espoir de mener la construction. Ne disposant pas de suffisamment de fonds, celle-ci fait appel à un financement privé pour acheter les équipements et payer les techniciens allemands. La capacité installée est de . Jusqu'en 1949, la guerre civile et le conflit avec le Japon ainsi que le nombre réduit d'experts techniques et le faible budget disponible freinent la réalisation de ces ouvrages. À la fin de cette période, la capacité totale des barrages construits par le gouvernement chinois atteint tout juste . Les seuls barrages d'une taille significative sont construits par l'occupant japonais dans le nord-est de la Chine et dans le Hainan et cumulent une capacité de . Les deux seuls barrages de grande taille sont le barrage de Shuifeng sur la rivière Yalu et le barrage de Fengman sur la rivière Songhua. Pour construire ces deux ouvrages qui totalisent , les Japonais emploient des dizaines de milliers de Chinois qui sont maltraités. Le chantier du barrage de Fengman fait des milliers de morts qui décèdent d'épuisement, dans des accidents ou à la suite de mauvais traitements. À l'époque, l'électricité est produite essentiellement pour répondre aux besoins des forces militaires ou des usines. Les civils n'en profitent pas.
Les débuts du régime communiste : priorité à l'irrigation (1948-1968)
Après la victoire du parti communiste chinois sur le Kuomintang en 1949, les nombreux combats ayant endommagé les installations, la capacité opérationnelle des barrages chinois est de . Dans le cadre de sa politique du Grand Bond en avant (1958-1961), les responsables communistes dirigés par Mao Tse Tung collectivisent les terres et abolissent la propriété privée. Entre 1964 et 1971 un programme d'investissement massif, baptisé Troisième Front, est mené pour développer les régions reculées du sud-ouest et de l'ouest de la Chine. Entre 1966 et 1976 Mao Tse Tung déclenche la révolution culturelle dont l'objectif est d'abolir le capitalisme et de supprimer les traditions culturelles jugées archaïques tout en imposant une stricte orthodoxie communiste. Tous ces mouvements transforment le pays en faisant de nombreuses victimes avec un succès économique mitigé. Durant cette période agitée la priorité est donnée à l'irrigation et au contrôle des crues par rapport à la production d'électricité. Il s'agit de produire suffisamment de nourriture pour faire face à la forte croissance de la population qui atteint d'habitants en 1953. Plusieurs dizaines de milliers de barrages de petite et moyenne tailles sont construits par des groupes de paysans dotés de moyens et de connaissances techniques limitées. Ces barrages ne produisent pas d'électricité. Le pays disposant de grandes mines de charbon, celui-ci est utilisé pour produire la quantité d'énergie relativement réduite nécessaire pour répondre aux besoins. La construction du barrage de Sanmenxia (1957-1960) sur le fleuve Jaune d'une capacité de illustre le caractère essentiellement politique de ces grands ouvrages à cette époque. Malgré l'opposition de nombreux hydrologues chinois, le barrage est construit notamment pour prouver la capacité des nouveaux dirigeants à remplir des objectifs jusque là jugé inatteignables (rendre claires les eaux du Fleuve Jaune) et produire de l'électricité, symbole du communisme, dont le pays n'a pas vraiment besoin. Peu après son inauguration, l'accumulation de sédiments entraine des inondations en amont et impose le déplacement de un million de personnes en plus des déjà déplacées à la construction. Malgré des travaux réalisés pour corriger ces problèmes, l'ouvrage continue d'avoir un impact négatif par la suite.
Montée en puissance de la production d'énergie hydroélectrique (1968-1980)
Entre 1968 et 1980, malgré l'agitation politique ambiante, plusieurs grands barrages sont construits et la capacité installé passe à en 1980. En 1977, hydroélectriques de petite et moyenne taille ont été construites. Les plus grands barrages sont réalisés avec l'assistance technique de l'Union soviétique. Parmi ceux-ci, figurent le barrage de Zhexi sur le fleuve Zi en 1962 (), le barrage de Danjiangkou sur le fleuve Han en 1973 () et le barrage de Wujiangdu sur le fleuve Wu en 1979.
Ouverture du pays et libéralisation de l'économie (1980-2000)
À compter des années 1980, à la suite de la mort de Mao Tse Tung, les dirigeants chinois optent pour une politique d'ouverture et de privatisation partielle. La Banque mondiale et la banque pour le développement en Asie ainsi que des gouvernements étrangers consentent des prêts qui permettent de lancer des projets de centrales hydroélectriques ambitieux. La puissance installée passe de en 1980 à en 2000, faisant de la Chine le deuxième pays dans le monde pour la production d'énergie d'origine hydroélectrique. L'électricité est pourtant essentiellement produite par des centrales thermiques utilisant du charbon dont la capacité augmente entre 1980 et 1990 de 72 %.
La barrage de Gezhouba construit sur le cours moyen du Yangzi en 1988 est le premier ouvrage de grande taille () réalisé sur ce fleuve. La construction du barrage des Trois-Gorges, situé en aval de Gezhouba à la limite de la région montagneuse du cours supérieur du Yangzi et de la plaine du moyen Yangzi, doit établir un nouveau record mondial en matière de puissance installée (). Sa construction est lancée en 1993 malgré une opposition domestique et internationale qui souligne les répercussions du projet : le déplacement de de personnes, la disparition de terres agricoles fertiles, l'engloutissement de nombreux sites historiques et l'impact écologique. Les partisans mettent en avant la prévention des crues, l'amélioration de la navigabilité, la production de l'électricité et le rôle symbolique d'un projet qui démontre les nouvelles capacités de la Chine. L'opposition intérieure qui ne dépasse pas le cercle des hydrologues en Chine, est muselée. Toutefois à la fin des années 1990, plusieurs événements et catastrophes mettant en évidence les atteintes écologiques produites par une croissance débridée (crue de 1998 du Yangzi, tempêtes de sable à Pékin, etc.) entrainent une certaine sensibilisation de la société civile.
Décentralisation (2000-)
La décentralisation de l'État, les réformes économiques (ouverture aux investissements étrangers, économie de marché) entrainent une croissance annuelle de plus de 10 % sur la période 1990-2004. Pour faire face à la croissance de la consommation et décarboniser sa production d'énergie, les dirigeants chinois lancent un plan ambitieux de construction de centrales hydroélectriques qui prévoit de disposer d'une capacité de en 2015 et de en 2020. Les ingénieurs maitrisent désormais la technologie et il n'est plus nécessaire d'importer les équipements qui sont produits localement. De plus la Chine peut autofinancer ses projets. La construction des barrages est alors réalisée à un rythme étonnamment rapide. Celle-ci est confiée à cinq sociétés contrôlées par l'État chinois. Au cours des décennies 2000 et 2010 le Yangzi et ses affluents sont équipés d'un très grand nombre de barrages qui contribuent à faire de la Chine à compter de 2010 le plus grand producteur mondial d'énergie hydroélectrique. La puissance totale installée sur le bassin versant du Yangzi dépasse fin 2019 les MW et ceux-ci produisent annuellement plus de . Plusieurs grands barrages ajoutant une capacité de doivent être inaugurés en 2020/2021.
Les petites centrales hydroélectriques
Les petites centrales hydroélectriques (PCH), dont la puissance est inférieure à , ont vu le jour en Chine dans les années 1910, mais leur développement a vraiment commencé plus tard, dans les années 1950. Elles représentent en 2007 environ 29,7 % du potentiel hydraulique total du paysXianli ZHU et Jiahua PAN, « Le développement de la petite hydraulique en Chine », avril 2007., mais leur rôle a évolué selon les époques. Avant les , il s'agit plutôt de fournir de l’électricité pour l’éclairage dans les zones rurales, qui ont connu de graves pénuries d’électricité, mais aussi la transformation des produits agricoles et l’irrigation.
Dans les années 1980 et 1990, les PCH ont été encouragées à offrir un approvisionnement en électricité aux entreprises communales, afin de dynamiser le développement économique rural et aider les agriculteurs à augmenter leurs revenus. En 1983, l’électrification primaire rurale par l’hydraulique a été planifiée dans 600 districts avant l’an 2000. Par ailleurs, le gouvernement chinois a investi d’euros dans le programme engagé en 1988 pour la modernisation des réseaux ruraux. Au , les PCH se sont vu assigner un rôle de réduction de la pauvreté et de promotion du développement durable, malgré les inconvénient de leur création pour les écosystèmes. Le gouvernement chinois a lancé en 2002 le programme « apporter l’électricité aux communes », en particulier les (plus de trente millions de personnes) qui n’y avaient pas encore accès à la fin de 2001. En 2002 et 2003, environ cinq milliards de yuans ( d’euros) d’investissements publics ont été injectés pour électrifier ces communes en conjuguant l’éolien, le solaire photovoltaïque et la petite hydraulique. La consommation chinoise totale de bois de chauffage se situant aux alentours de de mètres cubes en 2001, un des objectifs était de le remplacer peu à peu par l’électricité.
Potentiel hydroélectrique
La Chine a de loin le potentiel hydroélectrique le plus élevé au monde. Son potentiel techniquement exploitable est estimé à , soit 15 % du total mondial, et son potentiel économiquement exploitable à , soit la production de 2011 , World Energy Council (WEC) - Conseil Mondial de l’Énergie, 298 (consulté le 12 novembre 2012)..
Production hydroélectrique thumb|Chantier du barrage de Pubugou sur le Dadu, affluent du Yangzi Jiang, en 2005 L'Association internationale de l'hydroélectricité (IHA) estime la production hydroélectrique de la Chine à en 2024, soit 31,1 % de la production mondiale, au mondial., à en 2023, soit 27,2 % de la production mondiale, au mondial 2024 World Hydropower Outlook (pages 37-40, 84, 86, 93), Association internationale de l'hydroélectricité (IHA), 12 juin 2024. et à en 2022, soit 30,7 % de la production mondiale 2023 World Hydropower Outlook (pages 12, 63 et 70), Association internationale de l'hydroélectricité (IHA), juin 2023..