Jénine (en arabe : جنين) est une ville palestinienne, capitale du gouvernorat de Jénine en Cisjordanie (Territoires palestiniens occupés), et un important marché agricole. Le nom de Jénine désigne également le district auquel la ville appartient dans son ensemble et le camp de réfugiés de Jénine.

Cette ville, qui est sous l'administration de l'Autorité palestinienne depuis l'application des accords d'Oslo de 1994, dispose d'une autonomie relative. L’État d'Israël maintient une occupation illégale aggravée par de lourdes atteintes aux civils et par l'expansion de colonies de peuplement selon l'Organisation des Nations unies.... Israël s'octroie également le contrôle total de l'espace aérien et de la circulation monétaire.

Noms À travers l'histoire, Jénine connaît plusieurs appellations : Gina, Ginae ou Ein-Jenin.

Géographie

Histoire Jénine est une localité existant depuis l'Antiquité. Dans la Bible, le Livre de Josué cite Ein Ganim, fondée par la tribu d'Issachar, que des historiens assimilent à l'actuelle JénineJosué 21: 29..

Durant l'Antiquité Au , l'historien Flavius Josèphe comme un village juif située dans le nord de la Samarie, en Palestine dans l'Empire romaine.

La ville était peuplée seulement de Samaritains lors de la période romaine car, peu loin, se trouve le mont Garizim qui est le lieu saint de la communauté samaritaineUrsula Schattner-Rieser (chargée de cours d'araméen et de grammaire comparée des langues sémitiques à l'ELCOA de l'Institut catholique de Paris, et chargée de conférences d’« hébreu qumrânien et dialectes araméens des premiers siècles » à l'École pratique des hautes études en Sorbonne), Des Samariens au bon Samaritain, ou le plus petit groupe ethnico-religieux...

En Palestine, dans l'empire ottoman La Palestine fait partie de l'Empire ottoman durant plusieurs siècles. Jénine appartient à une de ses provinces, « Jabal Nablus », Naplouse traditionnelle..

Jénine est conquise par les troupes françaises en 1799 lors de la campagne d'Égypte. Après la bataille, Napoléon ordonne à son armée d’incendier et de piller la ville en représailles de l’aide apportée par ses habitants aux Ottomans..

La ville reste brièvement sous occupation égyptienne entre 1831 et 1840 puis redevient ottomane.

Sous mandat britannique, révoltes arabes palestiniennes vignette|Ruines de Jénine, le 3 septembre 1938. Sous mandat britannique à partir de 1918, le recensement de 1922 laisse apparaître une population variée composée de : , , , sept juifs et trois sikhs.. En 1931, quatre juifs habitent à Jénine..

À partir de 1936, des habitants de Jénine se soulèvent contre les autorités britanniques (grande révolte arabe (1936-1939)), multipliant les manifestations et les mouvements de révolte. Ils réclament l’indépendance palestinienne, la fin du mandat britannique et la fin de l’immigration juive considérable et incontrôlée..

En 1938, au lendemain de l’assassinat de , une importante force britannique équipée d’explosifs et de dynamite pénètre à Jénine et rase entre quart« The British in Jenin », History Today, juillet 2002, Gordon Corera, pp. 2-4. et la moitié des maisons de la villeCharles W. Anderson, « The Suppression of the Great Revolt and the Destruction of Everyday Life in Palestine », Jerusalem Quaterly, automne 2019, 79..

L’architecte de la ville, Henry Kendall, est sollicité pour concevoir une route de contournement, afin d'éviter les rapports entre les représentants de l'empire colonial britannique et les autochtones.

La révolte arabe prend fin en 1939 lorsque les responsables du mandat britannique publient un livre blanc promettant de réduire l’immigration juive en Palestine – et après l’assassinat ou l’arrestation de la majorité des leaders de la révolution palestinienne.

La Nakba ou guerre arabo-israélienne

vignette|Le camp de réfugiés de Jénine. En 1948, durant la guerre arabo-israélienne, aussi appelée la Nakba par les Palestiniens, Jénine est le théâtre d'affrontements. Tandis que l'Agence juive déclare l'établissement de l'État d'Israël, le , dernier jour du mandat britannique sur la Palestine des milliers de Palestiniens sont parallèlement tués ou chassés de chez eux par des groupes paramilitaires juifs. L’armée israélienne occupe alors brièvement Jénine. La plupart des habitants de Jénine sont contraints de fuir en raison des lourds bombardements de leur ville.

La ville est défendue par l’armée irakienne et des volontaires palestiniens. La population civile, qui avait fui temporairement avant la bataille, retourne en ville. En 1949, Jénine passe sous contrôle jordanien.

Un camp de réfugiés palestiniens sous l'égide de l'UNRWA est installé en 1953 à Jenine pour accueillir temporairement des réfugiés palestiniens, venant notamment de Haïfa, expulsés lors de la guerre de 1948 par des milices sionistes. Sa superficie actuelle est de 0,42 kilomètre carré et compte plus de . Le camp de réfugiés de Jénine est le théâtre de souffrances considérables pour ses habitants selon l'UNRWA.. Ce camp est évoqué dans le roman de Susan Abulhawa, The Scar of David, publié en 2006Et, en 2008, en français sous le titre Les Matins de Jénine.

Occupation et colonisation israéliennes En 1967, lors de la guerre des Six Jours, Jénine passe sous occupation israélienne. La même année, l'ONU condamne fermement l'occupation et la qualifie d'illégale, exigeant le retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés..

De 1967 à 2022, l'ONU émet onze résolutions condamnant l’occupation de la Cisjordanie, incluant Jénine, et les atteintes aux civils..

En plus de l'occupation, la colonisation des territoires palestiniens occupés s'étend dans toute la Cisjordanie, incluant le gouvernorat de Jénine. Les colons spolient des terres et forment des colonies en toute illégalité selon le droit international, soutenus par l'armée israélienne..

Les accords d'Oslo II prévoient de découper la Cisjordanie en trois zones (A, B, C) où les contrôles israélien et palestinien s’appliqueraient de façon différente durant une durée limitée de 5 ans au terme desquels devait exister un État palestinien souverain.. La ville de Jénine, comme les autres grandes villes palestiniennes de Cisjordanie, fait alors partie de la zone A pour laquelle est prévue un contrôle civil et militaire palestinien durant cette période. Les communes rurales aux alentours font partie de la zone B pour laquelle est prévue un contrôle civil palestinien et un contrôle militaire conjoint israélo-palestinien..

L’esprit d’Oslo aurait supposé, durant les cinq ans d’autonomie, une évacuation militaire de l’immense majorité des territoires palestiniens occupés ; il n’en est rien. La vie quotidienne des Palestiniens a empiré à mesure que les barrages se sont multipliés, empêchant notamment les habitants de Jénine de se rendre à Jérusalem. En 2000, au moment des négociations sur le statut final, l’Autorité palestinienne administrait de façon limitée des territoires morcelés éparpillés sur 40 % de la Cisjordanie dont fait partie Jénine. Israël continue actuellement à coloniser ces territoires palestiniens..

Offensive israélienne à Jénine : « Massacre de Jénine », ou « Opération Rempart »

vignette|Chars israéliens dans les rues de Jénine en avril 2002. Le , Israël lance l'opération Rempart.. L'armée israélienne prend d'assaut le camp de réfugiés de Jénine. L'opération va durer jusqu'au . Selon le premier ministre israélien, Ariel Sharon, l'objectif d'Israël est . Cette offensive fait suite à une série d'homicides d'Israéliens perpétrés par des groupes armés palestiniens pendant le mois de mars.

L’armée israélienne impose un siège total en coupant l’accès à l’eau, à la nourriture, à l’électricité aux civils palestiniens et en interdisant au personnel médical de pénétrer dans la ville, tout en procédant à des bombardements aériens et à des tirs d’artillerie.

De très violents combats ont eu lieu entre l'armée israélienne occupant la ville et trois organisations armées palestiniennes : le Hamas, le Jihad islamique palestinien et les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa.

Selon le quotidien israélien Yédiot Arharonot, l’armée israélienne est parvenue à entrer dans le camp, à l’issue de cinq jours de raids meurtriers équipés « de chars, de fantassins, appuyés par des hélicoptères Apache ». Jénine fait partie des secteurs déclarés « zones militaires fermées » par les autorités militaires israéliennes et coupé du monde extérieur. Un quartier entier du camp, le quartier de Haouachine, qui comptait quelque 150 maisons, est entièrement rasé au bulldozer...

Amnon Kapeliouk, journaliste franco-israélien de Jérusalem, qualifie l'assaut de crime de guerre et, quand il se rend sur les lieux, écrit à la suite : Concernant les habitants à la suite de l'assaut il écrit également : .

Plusieurs historiens et médias parlent de « massacre de Jenine » (dont le « Jeningrad » de Yasser Arafat. ou le documentaire Jenin, Jenin.), tandis que les autorités israéliennes déclarent que l'opération aurait causé la mort de , majoritairement des civils, et ... De source palestinienne, l'offensive a fait plus de 200 morts parmi les habitants de la ville et des centaines d'habitations ont été détruites.

Amnesty International publie à la suite de l'opération un rapport, concluant que les FDI avaient mené à Jénine des opérations constituant des violations des normes relatives aux droits humains et des principes du droit international humanitaire. Le rapport décrit et recense un certain nombre d'exactions commises par l'armée israélienne sur les Palestiniens de Jénine : homicides illégaux, destruction injustifiée de biens après la fin des opérations militaires, blocage des ambulances et privation d'aide humanitaire ainsi qu'utilisation de civils palestiniens pour mener des opérations militaires ou comme bouclier humain. À noter aussi, le recours à la torture ou à d'autres traitements cruels, inhumains ou dégradants à l'encontre des personnes placées en détention arbitraire lors de rafles massives perpétrées durant l'opération..

Après l'opération Rempart, l'office de secours des Nations unies pour les Palestiniens, l'UNRWA a entrepris la reconstruction des habitations démolies par l'armée israélienne à Jénine.

Construction du Mur/Barrière En 2022, en Cisjordanie, Israël débute officiellement la construction d'un mur/barrière d'apartheid ou de « séparation » selon Israël. Ce mur/barrière construit de façon illégale ne suit pas le tracé de la Ligne Verte, mais empiète dans une large mesure sur les terres palestiniennes, annexant de facto 11,9 % de la Cisjordanie, incluant des territoires du gouvernorat de Jénine. Le mur a ainsi permis à Israël de s'approprier davantage de terres palestiniennes mais également de s'approprier davantage de ressources palestiniennes en annexant des aquifères stratégiques., des terres agricoles et des champs d'oliviers..

Pour les habitants de Jénine, se déplacer à l’intérieur des territoires palestiniens occupés est difficile, chronophage et soumis aux considérations stratégiques israéliennes qui donnent priorité aux colonies juives et aux infrastructures correspondantes. Israël a imposé un blocus complet des déplacements de la population palestinienne en Cisjordanie à la suite de la deuxième intifada en 2000. Ce blocus est toujours en vigueur sous diverses formes. Les Palestiniens de Jénine, comme ceux du reste des territoires palestiniens occupés, sont soumis à des centaines de postes de contrôle militaires israéliens, des monticules de terre et des barrages routiers, en sus des routes bloquées et du mur/barrière sinueux..

Le mur a isolé des localités palestiniennes du gouvernorat de Jénine, les piégeant dans des enclaves appelées « zones charnières », forçant leurs habitants à obtenir des autorisations spéciales pour entrer et sortir de chez eux, et à en obtenir d’autres pour accéder à leurs parcelles agricoles..

Conséquences sur l'économie et les conditions de travail