Léon Poliakov (), né le à Saint-Pétersbourg et mort à Orsay le , est un historien français.

Il est un pionnier de l'histoire de la Shoah et un spécialiste de l'étude de l'antisémitisme.

Biographie Un jeune émigré russe Léon Poliakov nait en 1910 dans une famille de la bourgeoisie juive russe. Son père Wladimir Poliakov, propriétaire d’une maison d’édition, a nommé son fils en hommage à Léon Tolstoï, mort quelques jours avant sa naissance (Léon Poliakov relate dans son ouvrage autobiographique L'auberge des musiciens sa dette et sa critique à l'égard de Tolstoï). En 1920, la famille émigre en France pour fuir la révolution bolchévique ; le père y fonde une nouvelle maison d’édition qui prospère et crée en 1933 le journal quotidien Pariser Tageblatt (PTB, ultérieurement PTZ, Pariser Tageszeitung) ciblant un public de lecteurs allemands exilés. Le jeune Léon vit ensuite quelques années en Italie et en Allemagne, où il assiste adolescent aux prémices de la montée du nazisme. Il retourne ensuite à Paris où il s'installe définitivement, et fait des études de droit et de lettres.

Prisonnier de guerre, évasion et résistance Il s'engage dans l'armée française au début de la Seconde Guerre mondiale, vit la débâcle, est fait prisonnier par les Allemands à Saint-Valery-en-Caux le avec son bataillon, s'évade trois mois plus tard du Frontstalag de Doullens. « Apatride sous arrêté d'expulsion », il obtient des faux papiers sous le nom de Robert Paul. et entre dans la résistanceLéon Poliakov résistant, courte bio sur le site du Mémorial de la Shoah.. Ses activités au sein du « Réseau André d'action contre la déportation » dirigé par Joseph Bass consistent principalement à fabriquer des faux papiers, à convoyer des Juifs en danger de la zone sud vers le plateau protestant du Chambon-sur-Lignon pour les mettre en sécurité et à transporter des armes vers les maquis juifs actifs sur le plateau auvergnat.

Historien Cofondateur du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC)

En 1943, il devient secrétaire du rabbin Schneour Zalman Schneersohn et fonde avec le cousin de ce dernier, Isaac Schneersohn, le CDJC, Centre de documentation juive contemporaineDésormais partie intégrante du Mémorial de la Shoah., qui se voue à recueillir les preuves documentaires de la Shoah. Il réussit à prendre possession des archives du Commissariat général aux questions juives, des archives de l'ambassade d'Allemagne à Paris, de l'état-major, et surtout du service anti-juif de la GestapoIsaac Schneersohn, fondateur durant la guerre du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC)., ce qui lui vaut, après la victoire alliée, d'assister en tant qu'expert, avec Edgar Faure, le chef de la délégation française, au procès de Nuremberg. Il rapporte de Nuremberg, avec son collègue Joseph Billig, de nombreux documents qui rejoignent les fonds du CDJC. Sous l'égide du CDJC, il publie ses premiers livres : La Condition des Juifs sous l'occupation italienne en 1946 et L’Étoile jaune en 1949.

En 1947, il rencontre sa femme, GermaineQui élève alors seule ses trois enfants nés d'un premier mariage.. Ils se marient en 1952. De ce mariage naît un filsIntervention de Germaine Poliakov lors de l'hommage à Léon Poliakov à l'occasion du centenaire de sa naissance, le (à ; captation d'Akadem)., en 1960.

Pionnier de l'histoire de la Shoah Naturalisé français en 1947, Léon Poliakov publie, quatre ans plus tard, le Bréviaire de la haine, dans la collection de Raymond Aron, livre qui est la première grande étude consacrée à la politique d'extermination des Juifs menée par les nazis. Sa plongée dans les archives allemandes, les innombrables témoignages qu'il recueille et cinq années d'efforts lui permettent de mettre au jour les rouages implacables de l'idéologie et de la technique qui ont rendu possible la Shoah. Le Bréviaire de la haine est préfacé par François Mauriac, et régulièrement remis à jour par son auteur au fil des rééditions, jusqu'en 1993. Léon Poliakov est également le premier historien à mettre en cause l'attitude du pape et du Vatican à propos de la Shoah. La publication de ce livre aux éditions Calmann-Levy, affirmation de besoin d'autonomie, entraîne un conflit avec le CDJC et finalement sa mise en congé définitif de l'institution.

Historien de l'antisémitisme Mû par la volonté de trouver une réponse à la question « Pourquoi a-t-on voulu me tuer ? » et décidé à remonter jusqu'aux racines, Léon Poliakov se consacre ensuite à sa vaste Histoire de l'antisémitisme en cinq volumes, allant de l'Antiquité au En 1981, une nouvelle édition refond en deux tomes les quatre volumes existants (allant de l'Antiquité à 1939) ; ils sont complétés en 1994 par un volume additionnel couvrant les années 1945 à 1993 et rédigé sous la direction de Léon Poliakov.. Il soutient en 1964 une thèse de doctorat de à l'EHESS, sous la direction de sur Le Commerce de l'argent chez les Juifs d'Italie du au , puis en 1968 une thèse de doctorat ès lettres, sous la direction de Raymond Aron, sur Le développement de l'antisémitisme en Europe aux temps modernes (1700-1850), qui est reprise dans le troisième volume de son Histoire de l'antisémitisme. Directeur de recherche du CNRS, il mène des recherches sur les minorités persécutées et sur le racisme, ses origines et toutes les formes qu'il peut revêtir. Il publie en 1971 Le Mythe aryen, ouvrage qui interroge l'Europe sur ses propres mythesDictionnaire de la Shoah, ..

Poliakov est avec Pierre Vidal-Naquet pionnier dans la lutte contre les révisionnistes et les négationnistes qui minimisent ou nient l'extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En , il prend avec Vidal-Naquet l'initiative d'une déclaration signée par 34 historiens, parue dans Le Monde, démontant la rhétorique de Robert Faurisson..

En 1981, il publie ses mémoires qu'il intitule L'Auberge des musiciens et dont une large partie est consacrée à son passé de résistant et aux aventures vécues durant l'occupation nazie. Ses ouvrages sont traduits dans de nombreuses langues et finalement en russe, à la fin de sa vie et à sa plus grande joie.

Il est victime d'un accident vasculaire à 87 ans en , et meurt à Orsay à la fin de l'année.

Portrait vignette|Germaine et Léon Poliakov 1961. Rappelant que Poliakov n’a cessé de dire que le mot « antisémitisme », pour désigner toutes les formes d’hostilité visant les Juifs, était moins approprié que le terme de judéophobie, Pierre-André Taguieff dresse ce portrait de PoliakovPierre-André Taguieff, Préface à La causalité diabolique. :

Publications La Condition des Juifs en France sous l'Occupation italienne, préface de Justin Godart, avant-propos de Isaac Schneersohn, Paris, Éditions du Centre, « Centre de documentation juive contemporaine », , 1946. L'Étoile jaune, préface de Justin Godart, avant-propos par Isaac Schneersohn, Paris, Éditions du Centre de documentation juive contemporaine, « Centre de documentation juive contemporaine », , 1949 ; rééd. L'Étoile jaune. La situation des Juifs en France sous l'Occupation. Les législations nazie et vichyssoise, Paris, Éditions Grancher, 1999. Réunit trois textes : le livre L'Étoile jaune (1949), un long article paru dans Historia (1968) et une communication de 1980 au colloque international de Cerisy. Le Bréviaire de la haine. Le et les Juifs, préface de François Mauriac, Paris, Calmann-Lévy, 1951 ; dernière éd. de poche : Paris, Presses Pocket, 1993. Histoire de l’antisémitisme, : Du Christ aux Juifs de Cour, Paris, Calmann-Lévy, 1955 ; édition abrégée, revue, corrigée, complétée et mise à jour : Paris, Hachette, « Pluriel », 1981 ; Paris, Éditions du Seuil, « Points Histoire », 1991, (. L'Âge de la foi ; . L'Âge de la science). Petite histoire de l'antisémitisme, Paris, Comptoir du Livre du Keren Hasefer, 1956. avec Joseph Wulf, Le et les Juifs, ( 1955) traduction française avec le concours du CDJC, Paris, Gallimard, 1959. Histoire de l’antisémitisme, : De Mahomet aux Marranes, Paris, Calmann-Lévy, 1961. Le Procès de Jérusalem, Paris, Calmann-Lévy, 1963. Auschwitz, Paris, Julliard, « Archives », 1964. Les Banquiers juifs et le Saint-Siège, du , Paris, Calmann-Lévy, 1967. Histoire de l'antisémitisme, : De Voltaire à Wagner, Paris, Calmann-Lévy, 1968. De l'antisionisme à l'antisémitisme, Paris, Calmann-Lévy, 1969. Le Mythe aryen. Essai sur les sources du racisme et des nationalismes, Paris, Calmann-Lévy, 1971 ; dernière éd. de poche, Paris, Presses Pocket, 1994. Le Procès de Nuremberg, Paris, Julliard-Gallimard, « Archives », 1971. Les Juifs et notre histoire, Paris, Flammarion, 1973. Recueil d’articles. (dir.) Hommes et bêtes. Entretiens sur le racisme, Paris - La Haye - New York, Mouton, 1975. avec Christian Delacampagne et Patrick Girard, Le Racisme, Paris, Seghers, 1976. Histoire de l'antisémitisme, : L'Europe suicidaire (1870-1933), Paris, Calmann-Lévy, 1977. (dir.) Ni Juif ni Grec. Entretiens sur le racisme, Paris - La Haye - New York, Mouton, 1978. La Causalité diabolique, : Essai sur l'origine des persécutions, , Paris, Calmann-Lévy, 1980 ; rééd. des 2 tomes en 1 volume, 2006, avec une préface de Pierre-André Taguieff (). Brève histoire du génocide nazi, Paris, Hachette, 1980. (dir.) Le Couple interdit. Entretiens sur le racisme. La dialectique de l’altérité socio-culturelle et la sexualité, Paris - La Haye - New York, Mouton, 1980. ; rééd. augmentée, Paris, Grancher, 1999. De Moscou à Beyrouth. Essai sur la désinformation, Paris, Calmann-Lévy, 1983. La Causalité diabolique, : Du joug mongol à la victoire de Lénine 1250-120, Paris, Calmann-Lévy, 1985 ; rééd. des 2 tomes en 1 volume, 2006, avec une préface de Pierre-André Taguieff. avec Jean-Pierre Cabestan, Les Totalitarismes du . Un phénomène historique dépassé ?, Paris, Fayard, 1987. Moscou, troisième Rome. Les intermittences de la mémoire historique, Paris, Hachette, « Littérature », 1989. L'Envers du destin. Entretiens avec Georges-Elia Sarfati, Paris, Éditions de Fallois, 1989. Les Samaritains, Paris, Seuil, 1991. avec Florence Gravas, L'Épopée des vieux-croyants. Une histoire de la Russie authentique, Paris, Perrin, 1991 . (dir.) Histoire de l'antisémitisme (1945-1993), Paris, Éditions du Seuil, 1994 . L'Impossible choix. Histoire des crises d’identité juive, Paris, Éditions Austral, 1995 . Sur les traces du crime, préface de Christian Delacampagne, introduction de Paul Zawadzki, Paris, Berg International, 2003 . Recueil d'articles (posthume)

Distinctions Décoration en 1989.

Récompenses Prix antiraciste (Bernard-Lecache) de la LICRA en 1971., Prix Anisfield-Wolf en 1975.

Notes et références

Notes

Références

Annexes Articles connexes Germaine Poliakov

Bibliographie Annette Wieviorka, « Léon Poliakov », dans Encyclopædia Universalis en ligne Site d'abonnés Pierre-André Taguieff, « Préface » à La Causalité diabolique (lire en ligne), 2006 .

Liens externes

Catégorie:Naissance en novembre 1910 Catégorie:Naissance dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg Catégorie:Naissance à Saint-Pétersbourg Catégorie:Historien français du XXe siècle Catégorie:Historien des Juifs et du judaïsme Catégorie:Historien de l'antisémitisme Catégorie:Historien de la Shoah Catégorie:Survivant de la Shoah en France Catégorie:Mémoire de la Shoah Catégorie:Personnalité liée à l'Essonne Catégorie:Historien du nazisme Catégorie:Historien de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Personnalité française du judaïsme Catégorie:Historien des relations entre juifs et chrétiens Catégorie:Résistant français Catégorie:Antiraciste français Catégorie:Chevalier de la Légion d'honneur Catégorie:Histoire des Juifs en Russie Catégorie:Apatride Catégorie:Décès en décembre 1997 Catégorie:Décès à Orsay Catégorie:Décès à 87 ans Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière parisien de Bagneux