Éditeurs français réunis (EFR) est une maison d'édition de littérature de fiction et d'essais, fondée après la Libération, en 1949, et appartenant à l'orbite éditoriale communiste. Renommée Messidor/Temps actuels après 1980, puis Éditions Messidor, reprise par le groupe Scandéditions en 1992, elle disparaît en 1994.

Histoire Héritière de trois maisons fondées dans la RésistanceVoir sur acam-france.org. — les éditions France d'abord, La Bibliothèque française et les éditions Hier et Aujourd'hui —, et réunies en 1949, la maison d'édition Éditeurs français réunis est dirigée par Louis Aragon, président-directeur généralLa gestion financière effective des EFR est assurée par un ancien déporté-résistant : Raymond Hallery (1920-2008), Cf . Il est assistéMarie-Cécile Bouju, Les maisons d'édition du PCF en 1956 : l'année de toutes les crises ?, contribution, p. 141-147, dans Actes des journées d'étude sur Le parti communiste français et l'année 1956, 29-30 novembre 2006 à Bobigny. Publication : Fondation Gabriel Péri/Conseil général de la Seine-Saint-Denis, 2007. 301 p. dans la direction de l'entreprise par le graphiste et poète François MonodFrançois Monod, mort brusquement en 1961, était le mari de Martine Monod (née Huard), journaliste à L'Humanité, cf sa notice dans Le Maitron en ligne, de 1955 à 1961, puis par Madeleine Braun à partir de 1961Nicolas Devers-Dreyfus, Madeleine Braun, fragments biographiques, cf sources. C'est bien en 1961, et non en 1951 que Madeleine Braun est nommée directrice des EFR, comme le confirment les archives consultées par M-C. Bouju.. Le directeur littéraire de la maison d'édition est Rouben Mélik de 1971 à 1981. Francis Combes succède à celui-ci aux éditions Messidor.

Au début des années 1950 La maison d'édition EFR publie dans les années 1950 les romans des écrivains français ou de langue française, tels André KedrosSes premiers romans sont publiés par les éditions « Hier et Aujourd'hui » puis par « Les Amis du livre progressiste (Les Éditeurs français réunis) »., André Stil - prix Staline en 1952 pour Le Premier choc -, Pierre Abraham, Marie-Louise Barron, Janine Bouissounouse, Jean-Pierre Chabrol, Pierre Courtade, Pierre Daix, Dominique Desanti, Pierre Gamarra, René Jouglet, Jean Kanapa, Jean Laffitte, Hélène Parmelin, Vladimir Pozner, Madeleine Riffaud, Boris Taslitzky, Simone Téry, Paul Tillard, Jules Vallès, André Wurmser, Gilette Ziegler, rattachés alors, peu ou prou, au courant du « réalisme socialiste »Reynald Lahanque, « Les romans du réalisme socialiste français », Sociétés & Représentations, 2003/1, n° 15. Nombre de ces auteurs quittent les EFR après 1953 (année de la mort de Staline) pour des raisons diverses : éloignement politique pour certains, mais plus sûrement pour beaucoup recherche d'un lectorat plus étendu en publiant chez des éditeurs « bourgeois », activité littéraire différente (journalisme) ou politiqueLe Parti communiste français et le livre, EUD, Dijon, 2014 (cf Sources). Voir notamment :. De plus l'environnement politique de la « guerre froide » est défavorable à une littérature trop explicitement militante : entre 1950 et 1956, le tirage moyen des EFR baisse de 39 %…

Les mêmes principes éditoriaux orientent la publication des écrivains « réalistes socialistes » d'URSS. Une collection s'intitule de 1949 à 1952 « le Pays de Staline ». Sans succès commercial.

De 1956 aux années 1970 Les principes éditoriaux changent après 1956, lentement puis plus largement. EFR s'ouvre essentiellement dans le domaine de la littérature étrangère. Ils font connaître les écrits de Tchèques comme Julius Fučík, Vítězslav NezvalVítězslav Nezval, Prague aux doigts de pluie, et autres poèmes (1919-1955), 1960, coédités avec les éditions Artia, Prague, Jan Otchenachek, Citoyen Brych, et Roméo Juliette et les ténèbres (préfacé en 1959 par Aragon), les poèmes de Rafael Alberti, Christo Botev, Nazim HikmetAnthologie poétique, 1964, préface de Philippe Soupault, Attila JózsefAttila József, Poèmes, 1961 coédités avec les éditions Corvina de Budapest, préface de Guillevic, Pablo NerudaPablo Neruda, Le chant général, traduction de Alice Ahrweiler, 3 vol. 1954, Yánnis Rítsos, l’œuvre de Vladimir MaïakovskiMaïakovski, vers et proses, traduits et commentés par Elsa Triolet, 1957, les œuvres théâtrales d'Anton Tchékhov (traduites par Elsa Triolet). Ils éditent aussi le roman Gouverneurs de la rosée, de l'écrivain haïtien Jacques Roumain.

Le domaine hispanique s'enrichit d'auteurs tels María Teresa León, Víctor Mora, Benito Pérez Galdós, Pio Baroja.

Dans le domaine du patrimoine littéraire français, les EFR s'attachent, sous la direction de Lucien Scheler, à la publication des Œuvres complètes de Jules Vallès.

À partir du début des années 1960, les EFR permettent la connaissance des littératures soviétiquesCollection « Domaine soviétique ». Aragon dirige aussi, aux éditions Gallimard, la collection « Littératures soviétiques » non russes, tel les romans de l'écrivain kirghize Tchinguiz Aïtmatov, du géorgien Constantin Lordkipanidzé avec L'Aurore de Colchide ou les œuvres d'écrivains russes se situant dans le « dégel » post-stalinien : L'Ingénieur Bakhirev de Galina Nikolaïeva, publié en 1960, Babi Iar de Anatoli Kouznetsov, publié en 1967, des romans de Vera Panova avec Serioja, des récits de Vassili Axionov. Ils s'ajoutent au fonds soviétiques (Nicolas Ostrovski, Boris Polevoï), dont le moindre n'est pas Maxime GorkiMaxime Gorki, Œuvres complètes 22 volumes publiés sous la direction de Jean Pérus.

De même, en 1964, les EFR éditent le premier roman de l'écrivaine est-allemande Christa Wolf, Le Ciel partagé. Issu également de la littérature de la RDA, le roman Nu parmi les loups, de Bruno Apitz est publié en 1961Nu parmi les loups est adapté, bien après, pour un téléfilm allemand sous le titre: L'Enfant de Buchenwald..

Au rayon de la chronique cinématographique et théâtrale, sont publiés Arthur Adamov, Louis Daquin, Léon Moussinac, Georges Sadoul, Georges Soria. En collection de « poche » paraît Hop là, nous vivons, d'Ernst Toller, préfacé par Piscator

Si le domaine historique n'entre pas dans le créneau principal de cette maison d'édition, deux publications sont à remarquer : On les nommait les étrangersParution en 1965, de Gaston Laroche (colonel FTPF Boris Matline), s'attache à sortir de l'ombre la participation des combattants immigrés dans la Résistance"Rino Della Negra, footballeur et partisan. Vie et mort d’un jeune footballeur des FTP-MOI du « groupe Manouchian » (1923-1944)" par Jean VIGREUX et Dimitri MANESSIS aux Éditions Libertalia en 2022 . De son côté, Espagne, paru en 1966traduction du livre paru en tchèque en 1963, livre la vision de la guerre d'Espagne d'un ancien des Brigades internationales, Artur London. En 1968, on note aussi la publication de Martine Monod, dont le mari dirigea EFR, Israël tel que je l’ai vu.

Deux romans français publiés aux EFR obtiennent le Prix Eugène Dabit du roman populiste : Le Temps de vivre d'André Remacle, en 1966, André, d'André Stil, en 1967.

Les EFR publient la revue Europe que dirige à l'époque AragonEn 1946, la revue reparaît grâce à Aragon qui la fait publier par La Bibliothèque française..

Aragon, éditeur d'Aragon et d'Elsa ? C'est à La Bibliothèque française., pour le premier volume, puis aux Éditeurs français réunis, pour les cinq suivants, que Louis Aragon publie, entre 1949 et 1951, Les Communistes. C'est le seul roman du cycle « Le monde réel » qui ne soit pas édité par les éditeurs institutionnelsCorinne Grenouillet, Lecteurs et lectures des Communistes d'Aragon, Presses universitaires franc-comtoises, Besançon, 2000. Mais ensuite, en tant qu'éditeur, Aragon, hormis des préfaces ou des commentaires (Avez-vous lu Victor Hugo, 1952) ne publie l'auteur Aragon que très peu. Ainsi en 1969 le catalogue des EFRÉditeurs français réunis, EFR, catalogue général, 16 pages ne mentionne que trois titres : Le Neveu de Monsieur Duval, Servitude et grandeur des Français, et Les Communistes (titre relié en 3 volumes). Deux autres œuvres semblent pouvoir être citées : J'abats mon jeu, édité en 1959, et Les Chambres, paru dans la collection « Petite Sirène » en 1970. Quant à Elsa Triolet, le même catalogue de 1969, mentionne six titres, dont quatre romansLes deux autres titres ont rapport à L'Histoire d'Anton Tchékhov et à ses Souvenirs sur Maïakovski : Bonsoir Thérèse, Anne-Marie (en 2 tomes : Personne ne m'aime, Les fantômes armés), L'Inspecteur des ruines, Le Cheval roux ou les Intentions humaines. Au regard de la production de l'un et de l'autre c'est évidemment très peuUn de couverture d'un volume des EFR de 1959 mentionne parmi leurs publications d'Elsa Triolet, Les Amants d'Avignon, paru aux Éditions de Minuit en 1943, peut-être repris ensuite par les EFR ?.

Peu de temps avant sa mort, en 1982, les éditions Messidor / Temps actuels publient l'ultime recueil poétiqueLouis Aragon, Les Adieux et autres poèmes, Temps actuels, Paris, 1982 . d'Aragon : Les Adieux. Mais Aragon n'est plus éditeur.

Aux éditions Messidor : 1980-1994 Le siège de la maison d'édition, à Paris, émigrait à la fin des années 1950, de la rive gauche (33 rue Saint-André-des-Arts) vers un immeuble cossu de la rive droite, 21 rue de Richelieu, avant qu'elle ne soit incluse en 1979-1980 dans les restructurations du groupe éditorial du Parti communiste français. Les EFR, qui sont entre-temps devenus les éditions Messidor/Temps Actuels, se retrouvent dans le groupe des Éditions Messidor qui rassemble les éditions Messidor/Éditions sociales, les éditions Vaillant-Miroir Sprint et Messidor/La Farandole. Le siège du groupe est au 146 rue du Faubourg-Poissonnière. En 1989, François HilsumNotice (1929-2020), par Claude Willard, Le Maitron en ligne, ancien directeur-adjoint de l'Humanité, est nommé directeur du groupe éditorial. Il le mène au dépôt de bilan trois ans plus tard. Devenu Scandéditions en 1992, le groupe est mis en liquidation en 1994.

Parmi les auteurs figurant au catalogue des éditions Messidor en 1992Voir les pages intitulées « dans la même collection » des ouvrages, dans le domaine des « Lettres étrangères », on relève : Tchinguiz Aïtmatov, Jorge Amado, Volker Braun, Ilya Ehrenbourg, Howard Fast, Nedim Gürsel, Peter Härtling, Abdellatif Laâbi, Halldor Laxness, Martin Andersen Nexö, Tahar Ouettar, Pa Kin, Gianni Rodari, Jacques Roumain, Alan Sillitoe, Mo Yan, Atahualpa Yupanqui.

Dans le domaine des « Lettres françaises », parmi une quarantaine de noms : René Ballet, Suzanne Bernard, Patrick Besson, Jean Cazalbou, Georges Coulonges, Charles Dobzynski, Robert Escarpit, Frédéric Fajardie, Pierre Gamarra, Jacques Gaucheron, Bernard-G. Landry, Clément Lépidis, Jean Marcenac, Jean Metellus, Louis Oury, Francis Pornon, André Remacle, Valère Staraselski, André Stil, Jean Tortel, Roger Vailland, et un auteur inusable du fonds éditorial, Paul Vaillant-CouturierPaul Vaillant-Couturier, Enfance.

Collection de poésie « Petite sirène » En 1968, Louis Aragon et Madeleine Braun lancent la collection « Petite sirène ». Les volumes, au format singulier de 10,5 x 13,5 cm, reliés sous couverture toilée aux couleurs variées, d'une pagination avoisinant les 100 pages, visent à faire connaître la poésie à un large publicBien que les tirages soient limités et que chaque exemplaire soit numéroté, selon les catalogues des EFR..

Le premier volume de ce format est Cahier grec, hommage du poète Jacques Gaucheron à Ritsos. Il ne mentionne pas encore le nom de la collection. C'est chose faite en 1969 avec Les Chambres, poème du temps qui ne passe pas, d'Aragon lui-même. Sont publiés jusqu'en 1988 des auteurs français et étrangers consacrés : Pablo Neruda, Eugène Guillevic, Nicolas Guillen, Jean Rousselot, mais aussi des poètes français et étrangers peu connus en France et de jeunes poètes tels Dominique Grandmont, Alain Lance, Jean Ristat, Marc Delouze ou Bernard Vargaftig .