est un film d'animation franco-belgo-japonais. écrit et réalisé par Michael Dudok de Wit, sorti en .

Dessin animé relatant le conte d'un homme naufragé sur une île déserte où il rencontre une mystérieuse tortue rouge qui se change en femme, le film a reçu un très bon accueil de la part des critiques et a fait notamment partie de la sélection en compétition pour la Caméra d'or au Festival de Cannes 2016 ; il y a finalement reçu le prix spécial . Le film a également reçu plusieurs prix dans d'autres festivals.

Synopsis

Un naufragé se trouve dans l'eau, seul, au milieu de l'océan démonté. Il s'échoue sur une plage à proximité d'une forêt de bambous. L'homme se nourrit et explore la région : il monte au sommet d'une éminence rocheuse et s'aperçoit qu'il se trouve sur une île déserte peuplée d'une faune et d'une flore foisonnantes. Il y a de l'eau douce à l'intérieur de l'île et des fruits comestibles. Il est très vite remarqué par de petits crabes blancs qui le suivent et l'observent chaque fois qu'il vient sur la plage. Alors qu'il explore la partie rocheuse de la côte, alors qu'il tente de descendre en bas de la falaise pour trouver un tonneau flottant, il tombe dans un trou entouré de hauts rochers infranchissables. Il parvient à s'en échapper en passant par un siphon sous-marin qu'il franchit en apnée à grand-peine. Il récupère le tonneau, le ramène sur la plage pour le découvrir vide et inutilisable. L'homme rassemble quelques troncs de bambous tombés sur le sol de la forêt. La nuit venue, il dort sur la plage et rêve qu'il avance en planant sur un gigantesque pont de bambous qui s'étire sans fin par-dessus la mer et lui permet de quitter l'île.

Le lendemain, l'homme bâtit un radeau pour s'échapper à l'aide des arbres de la forêt. Mais alors qu'il vient de prendre la mer, de puissants coups portés depuis la mer sous son embarcation disloquent le radeau. Dépité, l'homme fait une deuxième tentative, armé cette fois d'un bambou tranchant, mais son second radeau est brisé de la même façon, sans qu'il parvienne à comprendre qui (ou ce qui) est à l'origine de ces coups destructeurs. Épuisé et démoralisé, l'homme s'écroule dans la forêt, où il dort de longues heures. À son réveil, il a des hallucinations : un quatuor classique joue sur la plage, mais disparaît à son approche. Au fil des jours, l'homme se calme et reprend des forces. Il construit alors un troisième radeau, encore plus grand et solide. Parvenu en mer, les coups retentissent à nouveau, mais, cette fois, l'homme voit une grande tortue rouge s'approcher de l'embarcation. Malgré ses efforts, il ne peut empêcher la tortue de briser le radeau. Il se retrouve à l'eau et se recroqueville de frayeur à l'approche de la tortue rouge, mais elle se contente de le contempler sans l'attaquer, puis s'en va. L'homme regagne la plage avec peine, épuisé et en colère.

Un jour, l'homme voit la tortue rouge s'avancer sur la plage. Saisissant l'occasion de se débarrasser d'elle, il s'en approche par surprise et la blesse à la tête d'un coup de bambou, puis il la retourne sur le dos, ce qui la rend vulnérable car elle est incapable de se remettre à l'endroit elle-même. Il s'éloigne alors pour la laisser mourir de soif et de chaleur sous le soleil. Mais le soir venu, l'homme est pris de remords : il va retrouver la tortue et essaie de la ranimer en lui apportant de l'eau dans un morceau de bambou creux, mais sans succès. Il s'endort alors près d'elle. Pendant la nuit, la carapace de la tortue rouge se fend avec un grand bruit, ce qui réveille l'homme. Il aperçoit alors dans la carapace, non plus le corps de la tortue, mais celui d'une femme inanimée à l'abondante chevelure rouge. Il veille sur elle plusieurs jours, l'abrite du soleil sous une claie de feuillage, la fait boire. Un jour, elle reprend connaissance et va nager devant l'île. Tous deux s'observent à distance pendant quelques jours puis se rapprochent peu à peu. Ils se rencontrent sous l'eau, puis la femme-tortue montre à l'homme comment se nourrir de mollusques. Ému, l'homme regrette de s'en être pris à elle.

Tous deux vivent dès lors ensemble sur l'île, sans chercher à construire de maison ou à cultiver la terre. L'homme largue à la mer son quatrième radeau inachevé, pour montrer qu'il renonce désormais à quitter l'île. L'homme et la femme-tortue ont bientôt un enfant, un fils qui grandit dans cette nature luxuriante. Un jour, le fils tombe par accident dans le trou au siphon. Terrifié, l'homme s'apprête à plonger à son secours quand la femme l'arrête et lui montre que son enfant est capable de rester sous l'eau bien plus longtemps qu'un humain ordinaire. L'enfant n'a plus qu'à emprunter le siphon pour se faufiler dehors sans difficulté. Le temps passe et le fils grandit. Durant ses plongées autour de l'île, il rencontre plusieurs tortues qui l'emmènent parfois nager très loin. Un jour, alors que les deux parents se trouvent sur la plage et le fils dans la forêt, la mer se retire soudainement et les mouettes s'affolent avant de s'éloigner précipitamment de la côte : un puissant tsunami approche et balaye l'île, abattant la forêt et emportant tout sur son passage. Le fils, revenu à lui le premier, cherche ses parents avec anxiété. Il retrouve sa mère blessée, mais pas son père. Il finit par plonger pour s'avancer en mer, là où le reflux a emporté une partie de la forêt de bambous. Avec l'aide des tortues, le fils retrouve son père sur le point de se noyer et parvient à le ramener à terre. La vie reprend son cours et le temps passe. Une nuit, le fils, devenu adulte, rêve que la mer s'est figée en une seule énorme vague verte dans laquelle il va nager ; de loin, il fait signe à ses parents. À son réveil, le fils fait ses adieux à ses parents et quitte l'île pour découvrir le monde, guidé par les tortues. L'homme et la femme-tortue restent vivre ensemble. Le temps passe et tous deux vieillissent. Une nuit, l'homme meurt dans son sommeil. La femme-tortue le pleure, puis quitte l'île à la nage sous sa forme humaine. Elle se ravise, revient sur l'île, s'étend aux côtés de l'homme et lui caresse la main. Sa propre main redevient une patte de tortue, puis la tortue rouge, de nouveau sous forme animale, va replonger dans l'océan.

Fiche technique vignette|droite|Michael Dudok de Wit à la présentation de La Tortue rouge au festival international du film d'animation d'Annecy de 2016. Titre original : La Tortue rouge Titre japonais : Titre international anglophone : Réalisation : Michael Dudok de Wit Scénario : Michael Dudok de Wit et Pascale Ferran Musique : Laurent Perez del Mar Direction de l'animation : Jean-Christophe Lie Décors : Julien De Man Montage : Céline Kélépikis Production : Pascal Caucheteux, Vincent Maraval, Grégoire Sorlat, Toshio Suzuki et Isao Takahata. Production exécutive : Prima Linea Productions, Valérie Schermann et Christophe Jankovic Sociétés de production : Studio Ghibli et Wild Bunch, Why Not Productions ; Arte France Cinéma, Belvision, CN4 Productions (coproductions) ; SOFICA Cinémage 9 (en association avec) Sociétés de distribution : Wild Bunch Distribution (France), Toho Company (Japon) ; Lumière (Belgique), A-Z Films (Québec) Pays de production : ,, Langue originale : aucune (film sans paroles) Format : couleur — 1,85:1 Genre : animation et fantastique Durée : 80 minutes Dates de sortie : France : (Festival de Cannes) ; (sortie nationale) Belgique : Japon :

Production Naissance du projet La Tortue rouge est le premier long-métrage d'animation du réalisateur néerlandais Michael Dudok de Wit, auparavant réalisateur de courts-métrages. En 2006, Michael Dudok de Wit est contacté par le producteur Toshio Suzuki et le réalisateur Isao Takahata, qui sont ses interlocuteurs au studio Ghibli. Isao Takahata précise dans un entretien que l'idée du projet revient à Toshio Suzuki, qui exprime l'envie de voir le réalisateur néerlandais travailler sur un long-métrage et se dit curieux d'en voir le résultatDossier de presse de La Tortue rouge sur le site de Prima Linea Productions, 12.. Le studio, impressionné par le travail de Dudok de Wit, notamment son court-métrage Père et Fille, se dit prêt à coproduire un long-métrage du même réalisateur, une nouveauté pour le studio Ghibli. Takahata donne carte blanche au réalisateur pour un projet de long-métrage. Le studio Ghibli insiste pour que le film soit entièrement fait en France : il est alors co-produit par deux studios français, Why Not Productions et Wild Bunch..

En 2014, Michael Dudok De Wit présente le film (encore en cours de production) en ces termesPage de "La Tortue rouge" sur le site de la fondation Gan. Page consultée le 14 août 2016. :

Scénario et conception graphique Dudok de Wit envoie peu à peu des dessins et des idées qui forment la base de La Tortue rouge.. Il est principalement en contact avec le réalisateur Isao Takahata, qu'il avait déjà rencontré en deux occasions auparavant, et dit avoir été surpris par la proximité de leur façon de voir les choses en dépit de leurs cultures très différentesPage de La Tortue rouge sur le site Buta Connection. Page consultée le 29 juin 2016.. Le studio Ghibli laisse une grande liberté au réalisateur. Isao Takahata formule des avis et des conseils, mais laisse sa liberté à Dudok de Wit. Celui-ci indique que Takahata lui a conseillé en particulier“Au studio Ghibli, je me suis senti comme au sein d'un groupe d’amis”, Michael Dudok de Wit, entretien de Michael Dudok de Wit avec Cécile Mury dans Télérama le 21 mai 2016. Page consultée le 29 juin 2016. de donner plus d'épaisseur au personnage féminin, qui restait très mystérieux dans les premières versions du scénario, afin qu'elle ne reste pas .

Pendant l'écriture du scénario, Dudok de Wit effectue des repérages sur une île déserte dans les Seychelles, où il peut notamment filmer une tortue au moment de la ponte. Il déclare avoir tenté d'éviter la qui idéalise la vie sur les îles tropicales faites de palmiers et de ciel bleu.

Outre Dudok de Wit et Isao Takahata, le scénario est également conçu par une co-scénariste, Pascale Ferran, elle-même réalisatrice par ailleurs. Elle apporte un regard différent sur le film, puisqu'elle ne vient pas du monde de l'animation, et aide le réalisateur à surmonter les grandes difficultés que lui pose la conception du scénario. Dudok De Wit estime dans un entretien que .

Le film ne contient aucun dialogue. Les premières versions du scénario en contenaient, mais au fil de l'écriture, Michael Dudok de Wit et Pascale Ferran se rendent compte qu'ils ne sont pas indispensables et décident finalement de les supprimer«La Tortue rouge» vogue entre l'Extrême-orient et l'Occident, article de Caroline Vié dans 20 Minutes le 29 juin 2016. Page consultée le 29 juin 2016..

Storyboard Pour la conception du storyboard, Michael Dudok de Wit loue un appartement à Tokyo près du studio Ghibli et travaille six mois, en collaboration avec Isao Takahata qui contrôle le résultat final. Dudok de Wit rentre alors en France et la production du film proprement dite commence.

Production L'animation est dirigée par Jean-Christophe Lie, animateur et par ailleurs réalisateur (L'Homme à la Gordini, Zarafa)Dossier de presse de La Tortue rouge, 6.. Les dessins du film sont tracés au fusain et au crayon numérique, tandis que l'animation recourt parfois à des images de synthèse au rendu 2DDes films d'animation français prometteurs, article de Stéphane Dreyfus dans La Croix le 10 juin 2016. Page consultée le 25 juin 2016..

Les décors sont dessinés à la main sur un papier dont le grain transparaît à l'image. Les dessins des décors ont été conçus à la main, mais en utilisant des logiciels de dessin qui offrent des possibilités de contrôle des modifications accrues (qui évitent d'avoir à gommer) et facilitent les échanges entre les concepteurs du film répartis dans plusieurs pays.