Jean-François Chalgrin est un architecte français né à Paris le et mort dans la même ville le . Architecte emblématique du style Louis XVI caractérisé par sa monumentalité austère, il représente la phase dite « grecque » ou « dorique » du néoclassicisme. Chalgrin se distingue par l'ampleur de ses conceptions plus que par la précision des détails.
Biographie Jean-François-Thérèse Chalgrin naquit sur la paroisse Saint-Sulpice à Paris, dans une famille modeste, et reçut d'abord les leçons de Servandoni. Il s'inscrivit à l'Académie royale d'architecture parmi les élèves de Louis-Adam Loriot avant d'entrer en 1755 dans l'atelier d'Étienne-Louis Boullée.
Âgé de seulement dix-neuf ans, il remporta le grand prix d'architecture en 1758 avec pour sujet : . Cherpitel reçut le premier prix au titre de 1758 et Chalgrin participa au titre de l'année 1757, année où le prix n'avait pas été décerné, tandis que Gondouin et Jallier de Savault se partageaient le second prix.
Chalgrin séjourna au Palais Mancini à Rome de à , son zèle lui valant une prolongation de sa pension. Michel Gallet, Les Architectes parisiens du ,
À son retour en France, il fut employé comme inspecteur des travaux de la Ville de Paris sous la direction de Moreau-Desproux, ce qui lui permit de parfaire sa formation technique. Il aurait travaillé sur le piédestal de la statue équestre de Louis XV, commencée par Edmé Bouchardon et achevée par Jean-Baptiste Pigalle, qui fut inaugurée le V. Place de la Concorde. Les dates paraissent peu compatibles avec celles de son séjour en Italie. au centre de la nouvelle place Louis-XV (actuelle place de la Concorde). Il se lia à cette occasion avec Soufflot, qui construisait, derrière la façade dessinée par Gabriel, l'hôtel du Garde-Meuble, qui borde la place sur le côté nord, à l'est de la rue Royale. C'est probablement aussi à ce moment-là qu'il fut remarqué par le comte de Saint-Florentin, secrétaire d'État à la Maison du Roi.
Celui-ci lui fit demander en 1767 les plans de la nouvelle église Saint-Philippe-du-Roule à construire rue du Faubourg-Saint-Honoré. Si le projet de Chalgrin fut approuvé dès 1768 par l'Académie, il ne fut réalisé qu'entre 1774 et 1784.
Dans le même temps, entre 1767 et 1769, Chalgrin construisit pour le comte de Saint-Florentin l'hôtel de Saint-Florentin, à l'angle nord-est de la place Louis-XV. Cette réalisation établit sa notoriété. Il fut reçu à l'Académie royale d'architecture dès 1770 dans la et l'année suivante dans la , et jouit de la protection du duc de Choiseul. La comtesse de Langeac, maîtresse en titre du comte de Saint-Florentin, lui commanda la construction d'une élégante folie sur les Champs-Élysées, connue sous le nom d'hôtel de Langeac, qui fut terminée en 1773.
En 1770, à l'occasion du mariage du Dauphin et de l'archiduchesse Marie-Antoinette, le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d'Autriche, chargea Chalgrin de construire en matériaux provisoires une salle de bal dans les jardins de l'hôtel du Petit Luxembourg. Cette réalisation, très admirée, fit de lui un architecte à la mode.
Chalgrin eut, dès lors, une importante clientèle : Michel Gallet, Les Architectes parisiens du , Pour le ministre Bertin, dans sa propriété de Chatou, il effectua . (Michel Gallet, Les Architectes parisiens du , ). Il travailla à Neuilly pour le financier Radix de Sainte-FoixCelui-ci avait acquis en 1776 le château de Neuilly., pour le comte d'Orsay, pour la duchesse de Mazarin, pour la duchesse de Chaulnes…
vignette|Le comte de Provence.
Chalgrin entra au service du comte de Provence (futur Louis XVIII) dès la formation de sa Maison en , d'abord comme secrétaire du conseil des finances, de pair avec l'avocat Linguet, tout en sollicitant d'emblée une place dans l'administration des bâtiments du prince. Il n'obtint pas la place de contrôleur des bâtiments, qui échut à GilletArchives nationales, R5 56, État de ceux qui demandent des charges dans les bâtiments de Monseigneur le comte de Provence, mais il eut celle d'intendant des bâtiments – estimée à livres et aux appointements de livres par an – tandis que celle de premier architecte allait à Charles Lécuyer. Toutefois ce dernier se retira dès le en raison de son en Archives nationales, R5 3, , Mémoire du 12 mars 1773, cité par , . Chalgrin travailla également pour le comte d'Artois, quoique la responsabilité officielle de ses bâtiments incombât à Bélanger, et eut un moment le titre de Premier architecte de l'archevêque-électeur de CologneChalgrin voyagea en Allemagne. Une lettre adressée par lui au comte d'Angiviller est datée de Munich (Arch. Nat., O1 1293263)..
vignette|Marguerite Émilie Vernet, Chalgrin.
En 1776, Chalgrin épousa Marguerite Émilie VernetUn portrait par David a longtemps passé pour celui d'Émilie Vernet-Chalgrin ; il est en réalité celui de Charles-Louis Trudaine (Portrait de Madame Marie-Louise Trudaine, Paris, musée du Louvre). Chalgrin vivait séparée de son mari à l'époque de la Terreur mais, les commissaires de sa section ayant trouvé chez elle de la chandelle portant l'estampille de la maison de Provence, elle fut traduite devant le Tribunal révolutionnaire, condamnée à mort et exécutée. (Michel Gallet, Les Architectes parisiens du , ), fille du peintre Claude Joseph Vernet, ami intime de Soufflot. Ils eurent une fille, Louise-Josèphe Chalgrin (1777-1826). Il
En 1777, il fut chargé de restaurer la façade de l'église Saint-Sulpice, dont le fronton avait été frappé par la foudre : il le remplaça par la balustrade actuelle, dessina le monumental buffet d'orgue et édifia en outre la tour Nord (1777-1780).
Le , le libraire Hardy note dans son journal : « Ce jour on apprend que le sieur Chalgrin membre de l’académie Royale d’architecture, premier architecte et intendant des bâtiments de Monsieur demeurant rue Neuve des Petits Champs connu pour donner en toute chose dans le plus grand luxe venoit d’ouvrir une Banqueroute qu’on faisoit monter à trois cent mille Livres ; qu’il perdoit en conséquence la susdite place d’architecte de Monsieur qui venoit de lui donner pour successeur le sieur Louis ».
Pendant la Révolution, Chalgrin fut un instant détenu au Palais du Luxembourg, où il avait travaillé pour le comte de Provence et qu'il fut chargé, après le 9 thermidor, de réaménager pour y installer le Directoire. Il fut élu en 1799 à l'Académie des Beaux-Arts - (architecture), au fauteuil V, occupé précédemment par Charles De Wailly, et devint membre du conseil des Bâtiments civils.
Architecte des fêtes publiques sous le Consulat, il ordonna brillamment en 1802 les célébrations de la paix d'Amiens. En 1806, Napoléon le chargea de construire un monument à la gloire de la Grande Armée. L'arc de triomphe de l'Étoile a, pour l'essentiel, été conçu par Chalgrin, mais celui-ci mourut peu après le début effectif de la construction. Le projet fut modifié par Louis-Robert Goust et Mercier et la réalisation ne fut achevée qu'en 1836 sous la monarchie de Juillet.
Réalisations et principaux projets Projets non réalisés Projet pour le Prix de Rome (sujet : ), 1758Paris, École nationale supérieure des beaux-arts. Pour sa collection personnelle, le marquis de Marigny exigea des deux lauréats des copies de leurs projets, que l'Académie royale d'architecture, représentée par Franque, racheta plus tard à sa vente après décès. (Michel Gallet, Les Architectes parisiens du , ) : Michel Gallet, Les Architectes parisiens du , Projet pour la reconstruction de l'église Saint-Sauveur (démolie en 1787), Paris (), rue Saint-Sauveur : Chalgrin fut en concurrence avec Poyet, dont le projet fut agréé, Lequeu et Lemoine le Romain pour la reconstruction de l'église Saint-Sauveur. Michel Gallet, Les Architectes parisiens du ,
Réalisations Projets privés vignette|Hôtel de Saint-Florentin, Paris, 1767-1769.
Hôtel de Saint-Florentin (dit aussi de Talleyrand), Paris (), angle de la place de la Concorde et de la rue Saint-Florentin, 1767-1769 : Hôtel particulier construit pour le comte de Saint-Florentin, en respectant le plan d'ordonnance fixé par Gabriel pour les abords de la place Louis-XV. ibidem
vignette|Salle de bal provisoire à l'occasion du mariage du Dauphin, Paris, 1770 (musée du Louvre).
Salle de bal provisoire de l'ambassadeur d'Autriche, Paris (), jardins du Petit Luxembourg, 1770 (détruit) : À l'occasion du mariage du Dauphin et de l'archiduchesse Marie-Antoinette, Chalgrin construisit pour le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur d'Autriche, une sorte de basilique, similaire à celle que Victor Louis édifia, pour la même occasion, pour le compte de l'ambassadeur d'Espagne. Michel Gallet, Les Architectes parisiens du , Hôtel de Langeac, Paris (), angle de l'avenue des Champs-Élysées et de l'actuelle rue de Berri, 1773 (détruit) : Folie construite pour Marie-Madeleine de Cusacque, comtesse de Langeac, maîtresse en titre du comte de Saint-Florentin. L'édifice a été très étudié en raison du séjour qu'y effectua Thomas JeffersonLe relevé des plans et des façades extérieures est conservé à Paris et celui de la façade sur cour à Göteborg. Les Archives nationales conservent le bail consenti à Jefferson (MC XCVII-544) et le procès-verbal de saisie réelle de de Langeac. Enfin, les comptes du sculpteur François-Joseph Duret mentionnent la livraison du trophée de la porte cochère en 1773, ce qui permet de dater l'achèvement de l'édifice (Michel Gallet, Les Architectes parisiens du , ).. Séparée des Champs-Élysées par un fossé de 19 toises (environ )Félix de Rochegude, Promenades dans toutes les rues de Paris. arrondissement, Paris, Hachette, 1910, , la maison avait deux étages et vingt-quatre pièces principales dont deux salons de forme circulaire, l'un formant rotonde au centre de la façade, avec un plafond décoré d'une allégorie du char d'Apollon par Jean-Simon Berthélemy. Elle comportait également un niveau de sous-sols et était dotée du confort moderne sous forme de water-closetsHoward C. Rice, L'hôtel de Langeac, résidence de Jefferson à Paris, 1785-1789, Paris, Henri Lefebvre, 1947, in-4, br. 25 ill., .
vignette|Hôtel de Luzy, Paris, 1770-1776.
Hôtel de Luzy, Paris (), 6, rue Férou, v. 1770-1776Autrefois attribués à Peyre l'Aîné, les travaux de l'hôtel de Luzy ont été restitués à Chalgrin par Bruno Pons sur la foi du livre-journal de son décorateur attitré, le sculpteur François-Joseph Duret (Bibliothèque d'art de l'université de Paris, Fondation Jacques Doucet). C'est sur ce fondement que la date de 1776 est donnée par Michel Gallet (Les Architectes parisiens du , ). Jean-Marie Pérouse de Montclos date la reconstruction de l'hôtel de 1767-1770 (). : Transformation d'un hôtel particulier construit au , acheté en 1767 par le receveur général des finances d'Auvergne Étienne-Nicolas Landry de Freneuse en vue d'y loger sa maîtresse, l'actrice Dorothée Dorinville dite « Luzy » (1747-1830), de la Comédie-Française, qui reçut l'usufruit de l'hôtel. Elle y renonça dès 1778 et quitta le théâtre en 1781. L'hôtel eut ensuite plusieurs propriétaires au . Laissée à l'abandon après la Seconde Guerre mondiale, . La salle à manger (ancien salon de compagnie) et le salon ont conservé de belles boiseries datant de l'intervention de Chalgrin. Château de Neuilly, Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), 1776-1781Cyrille Sciama, art. cit., (détruit) : Transformations pour Maximilien Radix de Sainte-Foix, Surintendant des finances du comte d'Artois, acquéreur du château en 1776.
vignette|Fontaine Médicis, Paris (jardin du Luxembourg).
Hôtel Bonnier de La Mosson (dit aussi de Lude), Paris (), 56-60, rue Saint-Dominique (détruit) : Travaux dans un hôtel construit en 1710 par Robert de Cotte ; pour la duchesse douairière de Chaulnes née Anne-Josèphe Bonnier de La Mosson (1718-1787), fille d'un trésorier général des États de Languedoc, veuve de Michel Ferdinand d'Albert d'Ailly (1714-1769), duc de Chaulnes.