Reed Erickson, né le à El Paso au Texas aux États-Unis et mort le à Mexico, est un ingénieur mécanique, homme d'affaires, investisseur et philanthrope transgenre américain.
Il est connu pour sa philanthropie et surtout pour avoir fondé l', une organisation à but non lucratif de sensibilisation aux droits des personnes trans et à la recherche médicale sur la transition de genre.
Biographie
Enfance et éducation Reed Erickson naît à El Paso, le , avec les prénoms Rita Alma ou Rita Mae. Robert E. Erickson, né en Allemagne, et sa femme, Ruth Herzstein, qui pratique la science chrétienne, lui donnent une sœur, Roberta.
Lorsqu'Erickson est encore très jeune, sa famille déménage à Philadelphie dans le quartier de Olney. Son père y est propriétaire d'une fonderie de plomb, Schuylkill Industries.
Erickson fait sa scolarité Wagner Junior High et au Philadelphia High School for Girls. Il étudie à l'université Temple de 1937 à 1940 ; il y fait partie d'un réseau de lesbiennes de gauche qui l'appellent Eric et avec qui il reste en contact toute sa vie. En 1938, sa mère meurt.
En 1940, la famille Erickson déménage à Baton Rouge en raison des activités industrielles de son père, dont les principaux clients sont dans cette ville. Erickson étudie à la Louisiana State University (LSU), devenant en 1946 la première femme diplômée en ingénierie de l'établissement et travaillant en parallèle dans la fonderie de plomb de son père.
Début de carrière Au cours de ces premières années à Baton Rouge, Erickson commence une relation amoureuse avec une femme new-yorkaise venue travailler dans un hôpital militaire en Louisiane. Elle est Américaine de première génération, de parents juifs émigrés de Russie, et c'est elle qui transforme les sensibilités de gauche d'Erickson en véritable militantisme pour les droits civiques et le socialisme. Après 1946, le couple s'installe à Philadelphie où Erickson retrouve ses amies d'enfance, passant régulièrement les week-ends dans la maison de campagne de l'une d'entre elles. Les membres du groupe ne sont pas ouvertement lesbiennes dans leur vie quotidienne. Le couple travaille pour la campagne électorale d'Henry Wallace en 1948 et héberge Paul Robeson venu se produire en ville. En 1954, Erickson refuse de devenir informateur du FBI.
En raison du maccarthysme et de ses engagements, Erickson est mis sous surveillance par le FBI. Il travaille au sein d'une institution scientifique de Philadelphie. Quand l'institution découvre que sa secrétaire était membre du parti communiste dans son Allemagne natale, elle exige qu'Erickson la renvoie, ce qu'il refuse : les deux sont licenciés et Erickson ne parvient pas à retrouver un travail, à la fois en raison de cette histoire et de la perception des femmes ingénieures à l'époque.
Le couple déménage alors à Baton Rouge, où Erickson travaille pour l'entreprise de son père. Après un court moment, Erickson et sa compagne déménagent au Mexique, où ils passent près de deux ans avant de se séparer, restant très bons amis pour les décennies qui suivent. À son retour à Baton Rouge, Erickson réintègre l'entreprise familiale et lance ses propres projets commerciaux, dont une fabrique de chaises pliantes en métal et de bancs pour des stades, la Southern Seating Corporation. Robert Erickson prend sa retraite et déménage au Mexique, lui donnant les rênes de son entreprise.
Héritage et transition de genre À la fin des années 1950, Erickson ne s'habille qu'avec des vêtements masculins, y compris en public et en voyage, et porte les cheveux très courts. Il est possible que vers la fin des années 1950, il ait visité Casablanca et Tijuana pour y faire une mastectomie et peut-être prendre des hormones masculinisantes. Au sein de l'entreprise, il passe graduellement du prénom Rita au prénom Reed, ce qui ne fait pas de remous, possiblement parce qu'il en est le patron.
Après le décès de Robert Erickson en 1962, il contacte Harry Benjamin, spécialiste de la médecine des personnes transgenres, avec qui il commence ou continue sa prise de testostérone en 1963. Il fait au même moment sa transition sociale et administrative et se marie avec Daisy Harriman Lewis, dont il divorce l'année suivante ; en 1965, il épouse Aileen Ashton, et en 1965 il obtient son opération de réattribution sexuelle, une des premières de l'histoire du pays.
Erickson et sa sœur deviennent actionnaires majoritaires des entreprises de la famille, Schuylkill Products Co., Inc., et Schuylkill Lead Corp., et les administrent avec succès jusqu'à leur vente à Arrow Electronics en 1969 pour environ de dollars. Une partie importante de sa fortune vient de ses achats de terrain près de Baton Rouge et de leur revenus en pétrole. Sa fortune est estimée à de dollars à ce moment.
Il possède une colonie naturiste en Floride, s'intéresse au New Age et consomme des drogues psychédéliques. Il s'intéresse à la télépathie, notamment inter-espèces. Il estime que son meilleur ami est un léopard du nom de Henry, avec qui il vit pendant près de vingt ans, l'amenant avec lui lors de ses voyages d'affaires et qui cohabite avec plusieurs chats. vignette|Reed Erickson vit à Mazatlán une partie de sa vie. Il possède un ashram, le , à Mazatlán, au Mexique, où il se rend régulièrement. Il en a lui-même conçu les plans et l'a fait construire.
Il a aussi un appartement à New York pour ses voyages professionnels. Lors de ses visites, il voit souvent ses anciennes amies de Philadelphie, dont il s'éloigne finalement parce qu'il a fait son coming out et pas elles. Il se rend aussi souvent à Los Angeles.
Erickson Educational Foundation
En 1964, Reed Erickson fonde l'Erickson Educational Foundation (EEF), une organisation philanthropique à but non lucratif qu'il finance seul. Elle inclut deux autres fondations, une spécifiquement pour financer le travail de Harry Benjamin et l'autre, l', pour soutenir le travail de ONE Incorporated.
Le principal centre d'intérêt de l'EEF est la transidentité, bien que la fondation se penche aussi sur les thèmes de l'homosexualité et de la spiritualité New Age. Erickson nomme Zelda Suplee comme dirigeante de la fondation, bien qu'il en contrôle la direction stratégique, et qualifie souvent les fonds de fonds d'investissement pour l'humanité.
L'association est dissoute en 1975. Une tentative d'Erickson de la relancer en 1983 échoue en 1984.
Stratégie Dans les années 1960 et 1970, les personnes transgenres n'ont le plus souvent pas de réseau de soutien et font face à des personnes et institutions qui n'ont jamais entendu parler de la transidentité. L'Erickson Educational Foundation travaille donc à la sensibilisation du grand public. Fidèle à son approche par partenariats, l'EEF met aussi en avant les efforts de sensibilisation d'autres organisations aux États-Unis.
La stratégie de dons d'Erickson suit la tendance des associations homosexuelles de l'époque, qui consiste à fournir un soutien direct aux personnes appartenant à une minorité marginalisée tout en appuyant la politique de la respectabilité pour faire avancer le débat public. Zelda Suplee fait l'immense majorité des présentations, étant le visage public de la fondation. En , elle participe à huit conférences dans l'Est des États-Unis. Elle est souvent accompagnée de bénévoles transgenres, que Wendy McKenna identifie comme charismatiques, belles et avec un passing irréprochable, de sorte qu'il est « impossible de les voir comme d'un autre genre que celui par lequel elles se présentent ».
Activités de l'association pour les droits des personnes trans L'EEF publie des brochures éducatives pour les personnes trans et leurs familles, entre autres sur comment faire son changement de prénom à l'état-civil et où trouver des médecins pour une chirurgie de réattribution sexuelle. Elle sensibilise les professionnels médicaux, le clergé, le personnel d'application des lois, et les universitaires aux questions de transidentitéDevor, H. (2002).. Sa lettre d'information est totalement gratuite, avec parfois un appel aux dons.
L'EEF publie également deux livrets en partenariat avec son conseil juridique formé en 1970. Le premier document, publié en 1971, traite des procédures administratives incluant l'accès à l'emploi et à l'éducation, le changement d'état civil et que faire en cas d'arrestation. Le second livret, publié en 1974, s'adresse directement aux policiers pour répondre aux questions fréquentes au cours des interventions de l'EEF auprès des départements de police.
La fondation a plusieurs bureaux. Ses deux espaces ouverts au public sont à Baton Rouge et à New York, et les gens peuvent y accéder à des services accompagnement gratuitement. Reed Erickson lui-même propose des conseils par correspondance.
La fondation finance des reportages dans des journaux grand public comme Good Housekeeping, qui publie « Ma fille a changé de sexe » en partenariat avec l'EEF en 1973, et LOOK, qui publie « Les transsexuels : hommes ou femmes ? » en , pour une couverture moins sensationnelle et négative que jusqu'alors. Ce second article est le premier article en dehors de l'affaire Christine Jorgensen à vraiment faire connaître la transidentité au grand public. Zelda Suplee et les bénévoles acceptent toutes les demandes d'interview à la télévision et à la radio.
Erickson met en place des bourses pour des personnes et institutions intéressées par la recherche sur la transidentité et la réattribution sexuelle, ainsi que pour l'organisation de colloques sur le sujet. De 1964 à 1975, l'EEF fait don de plus pour des projets en lien avec l'accompagnement médical de la transidentité. La Fondation Harry Benjamin reçoit plus de au cours des années 1964 à 1968 et la Johns Hopkins Gender Identity Clinic reçoit environ de 1967 à 1973What Reed Erickson and the EEF did for transsexualism. (http://web.uvic.ca/~erick123/#transex)., soit l'intégralité de son financement initial.
Par ce biais, la fondation finance la création de départements de médecine de la transidentité à plusieurs universités, dont Johns-Hopkins, Stanford, l'université du Minnesota, l'université de Californie à Los Angeles et l'université du Texas à Galveston Island. De 1970 à 1972, l'EEF indique que les départements sur l'identité de genre sont passés de 6 à 12 universités sur la période. De la même façon que l'EEF n'envoie que des personnes au bon passing pour représenter les personnes transgenres auprès du grand public, les cliniques de changement de sexe sont encouragées à ne soigner que les personnes trans les plus socialement respectables et légitimes afin d'éviter tout scandale qui les mettrait en difficulté. alt=Logo de la WPATH.|vignette|Logo de la WPATH, dont la création a été permise par les dons d'Erickson. Le fonds permet à Harry Benjamin de publier Le Phénomène transsexuel en 1966, puis d'organiser les trois premiers symposiums de l'association professionnelle mondiale pour la santé des personnes transgenres en 1969, 1971 et 1973.
Mouvement New Age Dans les années 1970, Erickson, estimant que le mouvement pour les droits des personnes trans avance sur la bonne voie, décide de diversifier ses investissements pour soutenir des causes plus larges qui l'intéressent personnellement. L'EEF annonce donc en 1974 que la fondation continuera ses activités d'éducation mais cesse la publication de sa lettre d'information, de ses registres et de ses pamphlets éducatifs. Reed Erickson explique avoir toujours voulu financer les débuts de ce travail avant de passer à autre chose, et trouver que le sujet est devenu suffisamment connu pour que la recherche se finance différemment. Ses problèmes de santé l'empêchent de plus de bien diriger la fondation, et il connaît des premières difficultés financières, le forçant à limiter ses investissements.