La Casamaures est une villa située en France à Saint-Martin-le-Vinoux, commune du département de l'Isère en région Auvergne-Rhône-Alpes. Elle fait partie du paysage culturel de la métropole de Grenoble, sur le coteau du mont Jalla.

Cette villa a été construite au troisième quart du en style néo-mauresque, inspirée des décors ottomans, par le Grenoblois Joseph Jullien dit Cochard qui se ruina pour elle. En changeant de propriétaires maintes fois , elle décline et tombe dans l'abandon. En 1981, la maison avec une partie du jardin d'origine est achetée par l'artiste Christiane Guichard qui, depuis, gère les campagnes de restauration en la renommant La Casa Maures / Cas'amore.

Après avoir été inscrite à l'inventaire en 1985, la Casamaures est classée aux monuments historiques en 1986, et en 1992 pour l'ensemble de la parcelle. Elle représente le premier monument historique en « or gris » construit en France. À ses côtés, dernier témoin de l'ancien parc exotique, un magnolia vieux de a reçu le label « Arbre remarquable de France » en 2007.

La Casamaures est le siège de trois associations : Casamaures d'hier et d'aujourd'hui, créée en 1985, organise des visites guidées du monument, des événements culturels et des expositions ; l'Atelier Tournesol, créée en 1986, spécialisée dans la gnomonique, la sauvegarde et la création de cadrans solaires ; et Le tilleul de Sully, créée en 2001.

L'architecture est ancrée sur le rocher de Chartreuse, entre la ligne E du tramway et la N481 longeant l'Isère, et en haut, la rue de la Résistance (D104). L'entrée visiteurs est située en bas, côté jardins de l'orangerie, au .

Géographie Situation La Casamaures est située aux portes Nord de la ville de Grenoble, à Saint-Martin-le-Vinoux, commune du département de l'Isère.

Elle est bâtie au pied du mont Jalla sur le contrefort méridional du massif de la Chartreuse, aux abords du Parc naturel régional de Chartreuse. Côté Ouest, elle est bordée par les rives de l'Isère. Au sud, la dernière génération des fortifications de Grenoble édifiées en 1884, et encore existante, est distante de .

Accès et transports La Casamaures est longée par la route départementale 104Anciennement route impériale de Chalon-sur-Saône, la route départementale 104 est également appelée N 75 ou route Napoléon. Elle fait partie du parcours touristique de la route Stendhal. traversant la commune de Saint-Martin-le-Vinoux à l'Est. À l'Ouest, passent la N 481La route nationale 481 a changé plusieurs fois de nom en un siècle. L'ex-autoroute A48 a été construite à l'occasion des Jeux olympiques de 1968. L'ancienne route de Lyon longeant l'autoroute, avenue Général Leclerc sur la portion de Saint-Martin-le-Vinoux, localement renommée allée de La Casamaures est devenue une impasse de quatre mètres de large, qui se poursuit en piste cyclable sur . et la ligne E du tramway.

Depuis , la ligne E du tramway, relie Grenoble à l'arrêt « Casamaures – Village ». La gare ferroviaire de Grenoble est située au sud, à quinze minutes de marche.

L'entrée visiteurs du monument historique est côté rivière et jardins, au numéro , accessible aux piétons et aux cyclistes. Elle se trouve à environ de l'arrêt « Casamaures – Village » du tramway. On peut également stationner son véhicule au « parking-relais Esplanade ».

Contexte

L'orientalisme

vignette|alt=photo| par Amedeo Preziosi (1816–1882) entre 1850 et 1882. Au , en pleine époque coloniale, la mode orientaliste émerge dans toute l'Europe, avec la passion pour les turqueries et le Moyen-Orient. Les vétérans de l'armée d'Orient retournent en France les yeux pleins de minarets, d'arabesques et des élégances de l'Orient. À Grenoble, ville de garnison, est basée l'armée d'Orient, avec ses zouaves. Qui n'est pas parti, rêve des Mille et Une Nuits à travers les objets, les articles de mode et le mobilier d'importation. Les quotidiens de l'époque suivent la vie des artistes voyageurs et les botanistes recherchent l'exotisme dans les plantes.

Les écrivains content des histoires orientales (voir la préface des Orientales (1829) de Victor Hugo). Les artistes sculptent ou peignent des sujets orientaux, et souvent, dans leurs œuvres, ils mélangent objets d'époque et lieux divers. Plus qu'une école, les orientalistes ont une iconographie en commun.

C'est aussi l'époque des mystères d'Orient : Jean-François Champollion, considéré comme le « père de l'égyptologie », traduit les hiéroglyphes dès 1822.

L'architecture grenobloise en style néo-mauresque

vignette|upright|alt=photo : église Notre-Dame Réconciliatrice|Façade de l'église Notre-Dame Réconciliatrice. L'architecture néo-mauresque se présente comme un revival architectural qui voit le jour en Europe au par imitation du style des anciens Maures d'Espagne. Peu de distinctions étaient faites entre les éléments tirés de la Turquie ottomane et ceux qui provenaient d'Andalousie. L'orientalisme, comme l'art nouveau après lui, .

Dans la région grenobloise, ce sont surtout des militaires et des missionnaires chrétiens qui donnent l'impulsion de constructions orientalistes. Ainsi, le colonel de Beylié fait édifier la salle orientale qui porte son nom au musée de Grenoble ; le maréchal Randon fait bâtir en 1865 la chapelle homonyme en forme de marabout algérien où il sera enterré ; l'évêque de Grenoble Fava lance la construction dans la rue Joseph-Chanrion de l'église Notre-Dame Réconciliatrice au style mauresque.

Parmi les bourgeois et les lettrés, l'orientalisme pénètre à travers les décors, les peintures, les reliques et le mobilier, mais peu d'entre eux s'enthousiasment jusqu'à faire bâtir une maison ou une villa.

Les innovations : l'industrie de l'« or gris » et le bleu outremer artificiel

thumb|gauche|alt=photo : façade|Détail de la façade. des villas sous le Second Empire et notamment les stations thermales.

thumb|alt=photo : cimenterie|Vue d'ensemble des cimenteries de la porte de France.

En effet, si ce monument historique est protégé pour son style orientaliste, témoignage de l'engouement européen pour les cultures d'Orient, il est aussi protégé en tant que prototype préfabriqué en pierres factices, chef-d'œuvre des artisans-mouleurs de Grenoble. Durant les années de construction de La Casamaures, une technique novatrice apparaît, le « ciment moulé » en ciment naturel prompt. Elle permet d'imiter la pierre, mais à un prix moindre. Plusieurs grandes villes du Sud-Ouest conservent des façades ornées en pierre factice moulurée, outre Grenoble : Lyon, Valence, Marseille. Cette technique se répand dans les milieux populaires et bourgeois ou institutionnels, objet d’expérimentations diverses et officialise la révolution technique du ciment surnommé « l'or gris ». En 1817, la formule du ciment artificiel est découverte par le chercheur grenoblois, Louis Vicat (1786–1861)Louis Vicat ne dépose pas de brevet pour sa découverte de « l'or gris ». Le brevet sur le ciment Portland est déposé par l'Anglais Joseph Aspdin en 1824.. Au , la cimenterie est une industrie locale naissante, issue de la géologie iséroise. Les bancs argilo-calcaires nécessaires à l'exploitation du ciment et de la chaux sont faciles à trouver, tandis que les mines de charbon de la Mure sont proches et les cours d'eau qui descendent les massifs des Écrins et de Belledonne donnent l'énergie hydraulique nécessaire aux usines. En 1842, c'est sur le flanc méridional du mont Jalla, à Saint-Martin-le-Vinoux, qu'on découvre le Berriasien, un étage stratigraphique calcaire du Crétacé qui donne un ciment de très grande qualité. Ce gisement souterrain de ciment prompt naturel est exploité par la première usine cimentière de l'IsèreLa première exploitation industrielle du ciment en France date du 1827., celle de la Porte de France, à de la parcelle de terrain « La Guinguette » où est construite la villa.. En 1880, Grenoble est la première exportatrice de ciment en Europe, elle exporte jusqu'en outre-mer.

Les décorations de La Casamaures sont en bleu outremer artificiel, une autre innovation de son époque : le bleu Guimet est un pigment artificiel. Pour sa découverte en 1828, le fabricant de couleurs Jean-Baptiste Guimet fut récompensé par la Société d'encouragement pour l'industrie nationale.

Historique Le premier propriétaire : Joseph Jullien dit Cochard vignette|gauche|alt=photo : maquette de la villa et du jardin|Détail de la maquette réalisée par l' (2005) montrant l'entrée de l'orangerie, l’arboretum, les bassins et la villa en 1884. vignette|alt=plan : cadastre 1878|Plan du cadastre de 1878 du terrain de la Guinguette. Joseph Jullien dit Cochard ( à Grenoble – 1886 à Grenoble) est né le de l' de Mélanie Jullien, couturière, et de père inconnu. Entre 1817 et 1827 et de 1830 à 1861, Joseph Jullien travaille en qualité de maréchal-ferrant, comme son grand-père avant lui. Entre 1827 et 1830, il est lieutenant de cavalerie de la Garde nationale. En 1855 il se déclare marchand de bois. Il est membre de la société du « marteau et de l'enclume ». Après 1870, il est secrétaire des amis de « l'Alsace et Lorraine » pour qu'elles redeviennent françaisesPour comprendre le contexte, notons qu'un des membres de l'association des amis de « l'Alsace et Lorraine », Léon de Beylié, personnalité grenobloise, a écrit un livre, « l'Europe orientaliste » et donateur du musée de Grenoble.. Le , il épouse une couturière, Rosine Germain (1817–1846), qui meurt sans avoir eu d'enfant. Joseph Jullien se remarie en 1849 avec Jeanne-Marie Laverrière (1800–1873), une « marchande de nouveautés » qui a une boutique de mode sur la place Grenette. Ils vivent dans un appartement sur la place Grenette.

À cette époque, il est entrepreneur de messageries chez un certain Mazuyer, du service des dépêches entre Grenoble et Lyon. Les spéculations immobilières le portent à devenir, dès 1855, propriétaire rentier. La même année, il achète le terrain où construire sa villa de campagne, « La Guinguette ». Il perçoit encore des commissions sur le commerce des peaux : de 1861 à 1867, il s'occupe pour l'Administration de la Guerre, de « fourrage et pains de troupe à la ration » dans l'arrondissement d'Annecy et dans les départements de l'Ain, des Bouches-du-Rhône et de la Vienne. En 1870, Cochard fait partie de la « société des amis des arts » du musée de Grenoble. En 1887, son nom est gravé avec le nom de sa femme sur une plaque dans le hall de l'hôpital civil qui expose la liste des bienfaiteurs de l'établissement. En 1873, il n'a pas d'enfant de Jeanne-Marie, il devient veuf pour la seconde fois et elle ne lui laisse pas de fortune. Elle lègue aux sociétés de bienfaisance tout ce qu'elle possède. En 1878, ruiné par la construction de son palais orientaliste, il est contraint de céder la villa, puis son appartement de la place Grenette. À , il se marie avec Alexandrine, , mère de quatre enfants naturels. Il termine ses jours dans un appartement en location à l'Île-Verte. Son tombeau, en style néo-classique, se trouve dans le cimetière Saint-Roch (), où il est enterré avec ses deux premières épouses.. Son monument funéraire est à côté de son père présumé, Jean-Baptiste Cochard.

thumb|alt=gravure : illustration Néron et Cassamaure|Le Néron et La Casamaures, illustrés par l'abbé Guétal (1841–1892). vignette|Le Pieu (gauche) et l'Éperrimont (droite) depuis La Casamaures.