Tell Basta est le nom arabe de la ville antique de Per Bast(et) (en égyptien) que les Grecs nommeront Boubastis (Βούβαστις). L'actuelle ville de Zagazig se trouve juste au nord-ouest du site de Tell Basta.

La ville

Située dans le delta du Nil, à au nord-est du Caire, la capitale actuelle de l'Égypte, elle est connue pour avoir accueilli un sanctuaire de la déesse Bastet (aujourd'hui en ruine). On y a retrouvé une grande quantité de chats momifiés, témoignage du culte voué à cet animal en ce lieu.

Elle était la capitale du d'Égypte (L'enfant royal supérieur). Son nom, qui vient de l'égyptien antique Per Bastet (ou Per Bast), signifie « la maison de Bastet ».

Bastet ou Sekhmet était représentée sous la forme d'une déesse assise ou debout à tête de lionne. Elle fut assimilée à différentes déesses majeures de l'Égypte, comme Sekhmet ou encore Hathor toutes deux représentant, par ailleurs, deux aspects différents de la même divinité, la fille de Rê. Ainsi elle était étroitement associée à la mythologie solaire et apparaît dans les textes tardifs comme étant ramenée apaisée par le dieu Thot à son père sous la forme d'une chatte (voir le mythe de l'œil de Rê).

vignette|gauche|Bastet à tête de lionne ().

Les ruines de Bubastis s'étendent sur une surface de près de . Malheureusement, seule une petite partie du kom relevé au est accessible aujourd'hui aux fouilles, le reste des vestiges ayant été engloutis sous les cultures ou recouverts par l'essor continu de la ville de Zagazig.

Le site remonte pourtant aux temps prédynastiques. Une nécropole de cette période a été mise au jour au nord du temple de Bastet, non loin de la nécropole de l'Ancien Empire. À cette époque, la cité était le pendant du sanctuaire d'Hathor de Dendérah que l'on désignait également sous le nom de Per-Bast du Sud. La ville semble avoir été particulièrement embellie à la fin de cette période. En effet Téti et , pharaons de la , y fondèrent des temples du Ka, exemples uniques qui nous soient parvenus de l'extension du culte royal en dehors de la région memphite. Bastet apparaissait alors comme l'aspect léonin de la fille de Rê.

vignette|Statue de Bastet.

La ville possédait d'ailleurs un temple d'Atoum, dont on a retrouvé les vestiges au sud du kom actuel, et formait ainsi avec ceux de Bastet et de Mahès le siège d'une triade divine particulièrement honorée tout au long de l'histoire égyptienne.

Avec la conquête romaine, puis la fin de l'Antiquité, le site tomba dans l'oubli progressivement et ne reprit vraiment un rôle central qu'à partir du avec la modernisation du pays et la mise en valeur des terres riches du delta dans une économie qui devait alors absorber une croissance démographique rapide qui, par ailleurs, n'a cessé depuis. Cela explique pourquoi les vestiges sont disséminés au milieu de la ville moderne, un peu comme certains quartiers du Caire ou de l'Alexandrie d'aujourd'hui qui, à l'occasion d'un chantier ou d'une restauration, laissent parfois s'échapper des pans entiers de l'histoire de la ville.

C'est alors la course contre le temps qui s'engage et le plus souvent seules des fouilles de sauvetage permettent d'étudier un moment cette résurgence archéologique d'un lointain passé sur laquelle la ville moderne ne peut s'arrêter qu'un instant.

Lorsque les fouilles débutèrent à la fin du , les ruines de Bubastis présentaient alors l'aspect d'un gigantesque tell qui recouvrait ses vestiges et c'est précisément à l'occasion d'une de ces percées dépendantes du développement agricole de la région que la nécropole des chats sacrés de Bastet fut mise au jour au nord du site. La découverte était alors inédite et l'on retrouva, outre une quantité importante de momies du félin, des bronzes représentant la déesse sous sa forme de chatte qui ornent aujourd'hui les collections d'égyptologie de la plupart des musées. Il s'agit là sans doute d'une de ces « cachettes » aménagées par les prêtres qui régulièrement devaient vider l'enceinte du temple des innombrables ex-voto que les fidèles déposaient auprès de leur déesse.

Plusieurs de ces découvertes ont eu lieu depuis sur d'autres sites, la plus célèbre étant celle faite à Karnak dans une cour du temple d'Amon-Rê. Pour Bubastis, les enfouissements de ces « encombrantes » offrandes eurent régulièrement lieu, le temple faisant l'objet d'une dévotion particulière surtout à la fin de l'histoire pharaonique du pays.

Les nécropoles

Au sud du cimetière des chats, plusieurs koms indiquent l'emplacement des nécropoles de la ville, qui s'y implantèrent dès la période prédynastique. Des fouilles récentes menées par l'université de Zagazig ont permis d'étudier les niveaux de l'Ancien Empire dégageant plusieurs mastabas dont les dimensions importantes reflètent l'importance de la cité des premiers temps, mais également des sépultures plus humbles, très souvent intactes, livrant un mobilier funéraire pauvre, mais instructif sur les coutumes funéraires d'alors. Les corps étaient inhumés en position contractée la tête orientée à l'ouest et l'on plaçait autour d'eux des offrandes contenues le plus souvent dans de simples récipients en céramique. Cette pratique est d'ailleurs attestée jusqu'à la fin de l'Ancien Empire voire au-delà grâce aux inscriptions découvertes dans ces tombes.

Les tombeaux de la haute société bubastite étaient bien sûr beaucoup plus élaborés, prenant l'aspect de mastaba classiques, construits en briques crues, et dont les caveaux étaient souvent voûtés. Ces tombeaux nous ont révélé les noms et les titres de plusieurs dignitaires des , et s, jusqu'ici inconnus, et qui, au vu de leurs monuments funéraires, avaient été distingués par pharaon pour leur dévotion à Bastet.

vignette|Chat momifié. Ainsi, un directeur des prêtres du temple, Ânkh-haef, contemporain de , se fit aménager des appartements funéraires parementés de calcaire peint et inscrits de prières à Osiris et Anubis, premiers témoins des textes funéraires qui seront plus tard regroupés dans différents corpus que l'on désigne par le terme usuel de « Livre des Morts ».

Un peu plus au sud se trouve la nécropole du Nouvel Empire, dont les dimensions démontrent là encore que Bubastis était alors l'une des principales métropoles de la région.

En effet au Moyen Empire, la cité et ses temples ont été également privilégiés par les souverains de la . Un complexe palatial, peut-être rituel, est construit toujours dans le voisinage des nécropoles des périodes précédentes, au nord du temple qui lui, fait l'objet d'un programme architectural monumental au vu des vestiges qui y ont été retrouvés, même s'il est difficile d'en restituer l'aspect d'alors, tant le sanctuaire a été remanié aux périodes suivantes ou de s'assurer que ces vestiges proviennent bien de Bubastis, les blocs et colonnes ayant pu être remployés aux époques suivantes depuis d'autres sites délaissés, comme ce fut le cas pour certaines cités majeures du delta (voir plus bas).

Le palais du Moyen Empire

vignette|gauche|Chapiteau hathorique provenant du grand hall jubilaire d' à Bubastis. Œuvre du Moyen Empire - Musée du Louvre.

Le palais en question que l'on a hésité un temps à identifier comme un temple, est d'un plan assez complexe et d'une vaste envergure pour une ville qui, somme toute, n'était alors pas la résidence royale. Les vestiges mis au jour nous ont conservé son plan partiellement et subsistent sur les premières assises de briques crues qui le composaient. L'ensemble découvert couvre une vaste surface de , ce qui, rappelons-le, n'est qu'une partie du palais initial, le reste se trouvant sous la ville moderne actuelle. Cet imposant complexe se composait principalement d'une avant-cour donnant sur ce qui aurait pu être un pylône ou encore un portail ouvrant sur une cour péristyle d'accueil suivie d'une salle hypostyle comportant au moins six colonnes, et qu'il est séduisant d'imaginer plus vaste et comme étant la salle du trône.

De part et d'autre de cet espace public, divers bâtiments enfermés dans une enceinte assez épaisse devaient alors être consacrés aux diverses fonctions palatiales et administratives nécessaires à tout complexe royal.

L'un des éléments caractéristiques des palais de l'époque était la séparation nette entre le monde profane et royal, y compris au sein du palais, assurée par des murs isolant les différentes parties les unes des autres. Cela dénote une organisation administrative et fonctionnelle hiérarchisée, et dont l'accès était sans doute sévèrement contrôlé par une unique entrée aménagée dans chaque mur qui ceignait chaque ensemble. La partie la plus isolée et restreinte en termes d'accès étant probablement celle concernant les appartements privés de la famille royale, mais malheureusement cette partie n'a pu être dégagée.

Si l'on suit le schéma classique du fonctionnement du palais proposé par Stephen Quirke pour désigner ces différentes parties, pour celles préservées à Bubastis, nous aurions alors affaire, « seulement », aux ruines du palais externe (khenty), une partie de la salle d'audience (ouakhy), ainsi qu'une partie des greniers ou magasins (schena) qui assuraient le ravitaillement de la Grande Maison et pouvaient également stocker les revenus issus du commerce ou encore les tributs versés par les vassaux du Pharaon.

Cet ensemble est un exemple rare des complexes palatiaux édifiés au Moyen Empire par les souverains qui devaient donc se déplacer avec la cour dans les villes majeures du pays, manifestant ainsi une énergie et une activité royale qui cadrent bien avec la volonté affichée de réformer l'État à partir de la seconde moitié de la .

Une des raisons de cet intérêt et du développement de Bubastis est sans nul doute l'exploitation intensive des mines de la péninsule du Sinaï, ainsi que du légendaire pays de Pount, dont les expéditions maritimes ou terrestres pouvaient parfois comporter plus de . Il fallait donc une administration efficace et proche du terrain des opérations afin d'assurer leur ravitaillement, et Bubastis se trouvait idéalement placée comme base arrière de ces missions essentielles à l'économie du pays.

vignette|Ruines du palais du Moyen Empire. Selon le matériel retrouvé sur le site, ce palais semble remonter en effet au moins à et avoir été en activité jusqu'à la seconde période intermédiaire, dénotant un intérêt croissant de l'administration royale pour cette partie du pays, qui, déjà à l'époque subissait de profonds changements avec l'arrivée régulière puis la sédentarisation de populations venant de Palestine. Il fallut alors probablement sinon bloquer, du moins contrôler davantage ces flux migratoires dans le delta oriental dont on sait qu'ils débutèrent dès le début du Moyen Empire. À cette époque, les régions limitrophes étaient pour le reste sous l'influence de l'Égypte, et ces mouvements de populations ne devaient alors pas représenter un réel danger.

Cependant plusieurs fondations royales de la sont attestées dans la région, notamment sur le site de la future capitale des Hyksôs, Avaris. Les derniers souverains de la , peut-être déjà conscients du risque que cette « invasion » progressive représentait et qui pesait déjà sur l'équilibre des forces en présence, ont sans doute cherché à asseoir davantage leur autorité à travers ce complexe palatial, retardant un temps l'échéance et la rupture qui ne sera d'ailleurs consommée que près de deux siècles plus tard, le temps que l'autorité du pouvoir se désagrège progressivement sous la .

Bubastis tombera alors sous l'influence de ces « princes des pays étrangers » (Heka-khasout) qui, sous les et s, régneront sur tout ou partie du Double Pays.

L'apogée de Bubastis

vignette|Colonne papyriforme provenant de Bubastis - Musée du Louvre.