Édouard Detaille, né le à Paris, où il est mort le , est un peintre et illustrateur français.
Renommé pour ses scènes militaires et l'abondance de son travail en uniformologie, il est considéré comme un grand spécialiste de la peinture militaire française, et l'un des derniers maîtres du genre avant que celui-ci ne disparaisse progressivement au début du . Il s'inscrit dans la continuité des peintres néoclassiques et romantiques du Premier Empire et de la légende napoléonienne, comme François Gérard ou Horace Vernet, dont l'héritage est reçu favorablement dans l'art académique de la seconde moitié du . Il s'insère dans une démarche de représentation au plus près de la réalité, par son souci du détail historique et du respect de l'exactitude technique des actions réalisées par ses personnages, tout en cherchant à en dégager l'élément considéré comme essentiel.
Il devient célèbre en son temps par ses toiles représentant tragiquement et de façon parfois très crue la guerre franco-allemande de 1870, ainsi que les actes héroïques accomplis par les Français. Il est resté principalement dans la postérité grâce à son tableau de 1888 intitulé Le Rêve, qui exalte les gloires militaires passées dans le contexte politique d'après-guerre tendu entre la France et l'Allemagne.
Il vit principalement à Paris et Ville-d'Avray.
Le fonds d'atelier de l'artiste est conservé au musée de l'Armée à Paris depuis 1915.
Biographie La vocation de peintre de scènes militaires Édouard Detaille naît à Paris (ancien ) le Archives de Paris, fichier de l'état civil reconstitué, cote V3E/N 728, vue 27 / 66.. Son père, artiste amateur et ami des collectionneurs et des peintres, dont le peintre de guerre Horace Vernet, l'encourage à s'intéresser très tôt à l'art. Issu d'une famille proche des milieux militaires Édouard Detaille est scolarisé à Paris au lycée Bonaparte (l'actuel lycée Henri-IV). Il y révèle déjà par des illustrations dans ses cahiers de classe son aptitude peu commune au dessin et sa prédilection pour les sujets militaires, présente dès son enfance : . Il fait référence ici à son admiration pour Auguste Raffet et Nicolas-Toussaint Charlet, deux peintres de scènes du Premier Empire. Après avoir reçu son baccalauréat, il émet le vœu d'être peintre et est initialement proposé pour devenir l'élève d'Alexandre Cabanel.
En définitive, il est formé dans l'atelier d'Ernest Meissonier. : ce dernier, chargé de transmettre la proposition à Cabanel, apprécie si favorablement les croquis joints en exemple qu'il préfère le garder comme son propre élève. En entrant dans son atelier à Poissy, Detaille se lie d'amitié avec Charles Meissonier, le fils de son nouveau maître, et Lucien Gros, un autre de ses élèves. Il y travaille douze heures par jour et s'entraîne en réalisant des personnages en tout genre mais il réalise aussi lors de ses promenades des croquis de tout ce qu'il observe. C'est Meissonier qui lui fournit le sujet de sa première toile intitulée Un coin de l'atelier de qui est exposée en 1867. Detaille en profite ensuite pour accompagner son maître dans le Midi l'été de cette même année, et réalise sur place sa première toile militaire d'importance, Cuirassiers de la Garde ferrant leurs chevaux sur la route d'Antibes. Après ce coup d'essai, il expose pour la première fois un sujet militaire en 1868 nommé La Halte des tambours. Le tableau est acheté pour par un des modèles qui posaient régulièrement pour Meissonier, mais le jour même la princesse Mathilde le lui rachète . Cette œuvre, considérée comme par le critique d'art Edmond About, marque le début d'une longue et brillante carrière de peintre d'histoire avec une prédilection pour les scènes militaires ; il en devient d'ailleurs un spécialiste reconnu.. Il expose au total 26 fois au Salon, entre 1867 et 1912.
Un artiste soucieux de la réalité historique vignette|Attribué à Édouard Detaille, Carabinier de la Garde impériale du Second Empire (1911), huile sur toile, localisation inconnue.|alt=|upright La peinture d'Édouard Detaille se rattache à l'académisme et hérite de la tradition issue des peintres néoclassiques et romantiques de l'épopée napoléonienne. Il a la volonté d'être au plus près du réel comme dans ses représentations historiques des réalités tragiques de la guerre, en particulier celles de la guerre de 1870. Il dit à ce propos : Detaille peignait lentement et de manière méthodique, de façon à produire des œuvres aussi réalistes et précises que possible. Le critique d'art Marius Vachon considère que . Cependant, il note aussi le fait que et inclut l'artiste dans une école nouvelle poursuivant une certaine continuité depuis les représentations militaires méticuleuses d'Isidore Pils et vivantes d'Hippolyte Bellangé, mais bouleversée par une artistique : Par la nature militaire de la majorité de ses tableaux et des sujets traités, comme la guerre franco-prussienne de 1870-1871, il est considéré comme un des peintres de la revanche par la postérité. Or l'artiste reniait cette simplification :
Artiste-soldat durant la guerre de 1870-1871 Lorsqu'éclate la guerre de 1870, Detaille délaisse son travail en cours, une scène mondaine parisienne intitulée Le Moulin de Longchamp, et s'engage au d'infanterie mobile. En , il se trouve attaché à l'état-major du général Ducrot et participe aux combats aux environs de Paris. Il peut observer les régiments dans le feu de l'action sur la Marne et en profite pour prendre des notes et pour exécuter des croquis. Son frère Julien et son demi-frère Georges meurent lors de cette guerre : le premier tombe au combat et le second meurt en détention dans un camp de prisonniers situé à Dresde. Toutes ces expériences le marquent profondément, le souvenir restant prégnant malgré le temps et le conduisant à réaliser plusieurs années après certaines de ses toiles comme Le Salut aux blessés ! (1877), La Défense de Champigny-sur-Marne (1879), Le Soir de Rezonville (1884).
Avec Alphonse de Neuville, il produit en 1880-1883 deux grands panoramas de batailles : La Bataille de Champigny et le Soir de Rezonville. Après la faillite des sociétés gérant ces attractions, les toiles (120m x 15m) sont découpées en multiples morceaux, vendus individuellement lors d'une première vente en 1892, puis lors d'une seconde en 1896.
Un artiste engagé aux œuvres censurées vignette|La Défense de Champigny-sur-Marne ou Champigny, décembre 1870 (1879), huile sur toile, , New York, Metropolitan Museum of Art.|alt=
Les Vainqueurs et Un convoi allemand, scènes de la guerre de 1870 qui dénoncent des exactions du camp adverse, sont exclus du Salon de 1872 par mesure diplomatique à l'égard de l'Allemagne.
Il choisit en outre de s'autocensurer et de ne pas exposer au Salon une version transposée en peinture et dédicacée à Albert Goupil, d'un dessin issu de ses croquis et souvenirs de terrain, Un coup de mitrailleuse. Cette œuvre d'un réalisme cru représente des soldats allemands « hachés » durant la bataille. Elle reflète sa vive émotion, en réaction à l'hécatombe française et à la mort durant le conflit de son frère Julien âgé de et de son demi-frère Georges. Il s'appuie ici sur sa propre expérience d'un champ de bataille situé entre Villiers et Petit-Bry.
En 1877, l'œuvre Le Salut aux blessés ! qui dépeint des officiers allemands saluant une colonne de prisonniers français blessés doit .
Lorsque l'affaire Dreyfus éclate, Detaille, sans s'étendre publiquement sur le sujet, déclare en privé qu'il est antidreyfusard. Sa position semble être cependant plus nuancée par la suite au vu de ses lettres à ce sujet, dans lesquelles il semble troublé par les éléments accablant l'armée. Il a adopté cette position antidreyfusarde , selon l'historien de l'art François Robichon.
Voyages en Europe Désormais célèbre, il voyage en Europe entre 1879 et 1884. Il visite également la Tunisie en 1881 avec les troupes expéditionnaires françaises en qualité de sous-lieutenant. Durant ses voyages avec les militaires, il en profite pour approfondir sa connaissance de l'armée, ce qui lui permet d'avancer dans l'exécution des dessins et aquarelles de L'Armée française : types et uniformes de Jules Richard. En Angleterre, il peint une revue des troupes britanniques par le prince de Galles, qui l'achète et l'offre à la reine Victoria pour son jubilé de diamant en 1897. Cette dernière l'apprécie, et envoie à Detaille la croix du Jubilé pour témoigner de sa satisfaction. Il réalise aussi une scène montrant les Scotts Guards à Hyde Park. En 1901, devenu roi de Grande-Bretagne et d'Irlande en tant qu'Édouard VII, l'ancien prince de Galles avec qui Detaille s'était lié d'amitié demande, non sans une certaine flatterie et un humour bienveillant, à la comtesse Greffulhe de l'inviter à dîner chez elle dans son hôtel de la rue d'Astorg pour faire la connaissance du peintre, que ses experts qualifient de George Painter, Marcel Proust, Paris, Mercure de France, 1966, ..
Il devient grâce à ses voyages un proche du tsar Nicolas II et de la famille impériale russe..
Scènes de bataille du Premier Empire vignette|Charge de cavalerie : Vive l'Empereur ! (1891), Sydney, galerie d'Art de Nouvelle-Galles du Sud.|alt=
Dans les années 1890, Detaille peint de plus en plus de toiles inspirées de l'épopée napoléonienne, en particulier des scènes de bataille et des charges de cavalerie. Il utilise des uniformes et des accessoires d'époque pour parfaire l'exactitude de ses tableaux. Sa toile Sortie de la garnison de Huningue, le , représente le défilé français autorisé par les Autrichiens (à l'issue d'un traité mettant fin au siège de la ville en 1815) pour rendre hommage à leur courage au cours de cet engagement, sous le commandement du général Barbanègre face à la Septième Coalition. Detaille se sert de documents qu'il a retrouvés aux Invalides, ainsi que de ses propres observations de terrain pour reconstituer le site démantelé depuis la Restauration. Il emploie même des archives personnelles des familles des combattants pour accentuer le réalisme de la bataille, dont des papiers qui représentent des portraits de combattants français. Pour la représentation des chefs autrichiens, il se rend à Vienne afin d'y chercher des informations dans des bibliothèques et archives.
Il déjeune plusieurs fois chez le duc d'Aumale au château de Chantilly en compagnie d'Alphonse de Neuville ou du peintre Léon Bonnat. Le duc, qui s'intéresse aux sujets du Premier Empire, lui achète sa toile Le Colonel Lepic à Eylau le pour la somme de en , soit trois ans avant sa mort.. Ce tableau met en scène Louis Lepic, un des héros de la Révolution française et de l'épopée napoléonienne. Engagé dans les dragons en 1781 à seulement quinze ans et demi, il s'illustre tout d'abord à partir de 1793 dans le camp révolutionnaire par sa mansuétude durant la guerre de Vendée, en sauvant des civils et en recueillant une enfant de trois ans lors d'un combat contre l'Armée catholique et royale. Son deuxième haut fait, représenté dans le tableau, eut lieu durant la bataille d'Eylau : voyant des grenadiers à cheval baisser la tête face au déluge de balles ennemies, il s'élève le plus possible sur son cheval et, narguant le danger, s'écrie : Plus tard, encerclé avec ses cavaliers par les Russes qui lui somment de se rendre, il répond : et réussit à se libérer du joug ennemi.
Membre de l'Institut et président de Salon Il est élu membre de l'Académie des beaux-Arts en 1892, année durant laquelle il crée aussi la cape noire que portent les membres de l'Institut.. Président de la Société des artistes français entre 1896 et 1900., il contribue à la création du musée de l'Armée à Paris au travers de la société d'études La Sabretache., dont il est un des principaux fondateurs. Il est président de l'Institut pour l'année 1905..
Projet d'uniformes pour l'armée vignette|Défilé de 1912 à Longchamp.