La notion de sens (du latin sensus) en philosophie comporte de multiples aspects et convoque différents modes d'approche selon les domaines (métaphysique, linguistique, philosophie du langage…), les auteurs et les époques de l'histoire de la philosophie considérés. Descartes parle de bon sens comme d'un synonyme de la raison. À part pour Frege qui les , « sens » et « signification » sont équivalents. Lalande rappelle que dans la notion de « sens », « direction » et « tendance vers un but » sont aussi deux acceptions de la « signification ».

Divers aspects du mot « sens » en philosophie

Une définition générale du mot « sens » en philosophie est difficile étant donné la multiplicité des aspects considérés. Ainsi chez Descartes le « bon sens » est-il synonyme de « raison » André Lalande, entrée : « Sens », dans Vocabulaire technique et critique de la philosophie (1923), Paris, PUF / Quadrige, 1993, (volume 2), .. Autour de l'acception de « sens » comme « signification », par exemple d'un mot ou d'une phrase, il s'agit en premier lieu de l'.

À l'entrée « sens » du Vocabulaire technique et critique de la philosophie, André Lalande indique les divisions générales de cet article, qu'il estime , comme suit : le « sens » (allemand : ; anglais ) en relation avec la ; les tendances qui s'y rattachent ; la connaissance intuitive ; le jugement. Là se situent le bon sens, le sens commun, le sens moral. Dans la Critique de la raison pure, Kant appelle « sens intérieur » (innerer Sinn), opposé à « sens extérieur » (äusserer Sinn), (das Gemüth sich selbst oder seinen inneren Zustand anschaut). le « sens » (allemand : ; anglais ) en tant que « signification ». On ne distingue guère dans la langue courante . Dans son article (1892), Gottlob Frege oppose les deux mots Sinn et Bedeutung : Sinn correspond à la , tandis que Bedeutung correspond aux , mais Lalande ne voit là de la part de Frege : Bedeutung, malgré l'étymologie ( : indiquer, désigner), dit-il, présente un sens beaucoup plus large, qui équivaut le plus souvent à Significance en anglais. le « sens » (allemand : ; anglais ) comme .

En conclusion de son article, Lalande s'interroge sur susceptible de relier les diverses acceptions du mot « sens » : l'idée primitive serait celle de sentir, , d'après sensus en latin ; l'expression « les sens » à rapprocher de « sensuel » et de « sensualité » en est dérivée. De l'idée de pensée, de jugement viendraient d'une part, celle de , d'autre part celle d' : d'où les deux acceptions de « signification », celle de direction et de tendance vers un but (pour les sens 2 et 3), avec des comme dans les expressions « parler dans le même sens, en sens contraire », « agir dans le sens des instructions données par un chef », etc..

Étymologies « Sens » en français vient du latin sensus, substantif masculin (sensus, us, m.) qui signifie : 1. , d'où par exemple le « sens de la vue » (sensus oculorum ou sensus videndi). Le Gaffiot cite Cicéron : , « choses qui sont exposées à nos sens » et Lucrèce, pour qui sensus correspond à Félix Gaffiot, Le Gaffiot de poche, nouvelle édition revue et augmentée sous la dir. de Pierre Flobert, Paris, Hachette-Livre, 2001, .. De cette première acception de sensus, on passe au sens 2. . Ici, on trouve pour le « sentiment », l'acception , ainsi chez Cicéron : , « les sentiments communs à tous les hommes ». Au sens 3 de sensus, on a la « pensée », l' « idée », d'où en rhétorique, la , la , soit d'après cet exemple donné chez Quintilien : , « terminer une phrase par un verbe ».

D'après Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française, le mot « sens » est donc issu du latin sensus, formé sur sensum, supin de sentire, « percevoir (par les sens, l'intelligence) » (→ sentir). Mais dès l'ancien français, Alain Rey (dir.), « 1. Sens », « 2. sens », in Ray, A. (dir.), Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française], (1992), Dictionnaires Le Robert, 2000, tome 3, .. En ce qui concerne cette valeur 2 de « sens », il s'agit du germanique sinno « direction », plutôt au sens abstrait de .

« Sinn » en allemand se rapporte d'abord à Verstand (entendement, intellect, intelligence, discernement, jugement, raison) et à Wahrnehmung ([a]perception). Une signification antérieure renvoie au verbe fort sinnen, lequel, en vieux haut allemand, signifie streben (chercher à, [pré]tendre à, viser, rechercher, aspirer à...), begehren (désirer, convoiter, envier, ambitionner…). Sinnan en vieux haut allemand et sinnen en moyen haut allemand signifie die Gedanken auf etwas richten (diriger les pensées sur quelque chose), streben, begehren, est-il précisé à l'entrée « sinnen » du dictionnaire étymologique Duden Der grosse Duden. Etymologie (vol. 7), Bibliographisches Institut Mannheim, Dudenverlag, 1963, « Sinn », « sinnen », .Heinrich Mattutat, Weis / Mattutat. Wörterbuch der französischen und deutschen Sprache II. Deutsch-Französisch, Stuttgart, Klett Verlag, 1967 , passim.. À l'origine, Sinn réfère à gehen (aller, marcher, cheminer), reisen (voyager), à la « façon de marcher » (Gang), au « voyage » (Reise), au chemin (Weg). Au niveau reconstitué indo-européen (indogermanisch en allemand), la racine est *sent-, gehen (aller, marcher), reisen (voyager), fahren (se déplacer, aller en véhicule), « prendre une direction » (eine Richtung nehmen).

En allemand, le substantif féminin Bedeutung, « signification », « sens » (Sinn : sens ; Bedeutung eines Wortes : acception d'un mot), formé sur le verbe composé bedeuten, « signifier, vouloir dire », a pour étymologie le verbe simple deuten, diuten en moyen haut allemand et en vieux haut allemand qui correspond à zeigen (montrer, indiquer, désigner), erklären (expliquer), übersetzen (traduire); ausdrücken (exprimer), bedeuten (signifier, vouloir dire) Der grosse Duden. Etymologie (vol. 7), Bibliographisches Institut Mannheim, Dudenverlag, 1963, « deuten », .. Deuten, de même que ses équivalents en néerlandais, vieil anglais, suédois, reposent sur une dérivation du substantif germanique *þeudō-« Volk » (peuple), le sens fondamental de ce verbe étant « expliquer, rendre compréhensible, pour le peuple (rassemblé) » (für das [gesammelte] Volk erklären), à rapprocher étymologiquement de deutsch (en français : « allemand »).

En français, « signication » est Alain Rey (dir.), « 1. Sens », « 2. sens », in Ray, A. (dir.), Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française], (1992), Dictionnaires Le Robert, 2000, tome 3, .. Tandis que dans la langue courante, , le mot revêt après Saussure .

Connaissance intuitive : pensée, jugement

Sens en métaphysique

Sens en linguistique

Sens ou / et signication en philosophie du langage

« Sens » (allemand : Sinn, Bedeutung) en tant que « signification » correspond dans l'ensemble à ce que « veulent dire » ou et comprend primitivement, selon Lalande, l' , son .

Sens comme « signification »

Gottlob Frege : opposition sens / signication (Référence)

Dans son essai Sens et Dénotation, Gottlob Frege utilise le mot « sens » issu de la traduction du mot allemand « » pour l’opposer à la référence (ou dénotation) qui est l’autre partie de la signification, contenue dans le monde réel.

Frege observe que des énoncés qui ne désignent rien de réel sont tout de même compréhensibles. Il explique cela dans son essai Sens et Dénotation. en distinguant, dans la signification des noms propres (c’est-à-dire les mots ou groupes de mots ayant une signification), le sens et la dénotation. Cette dernière désigne l’objet dans le monde réel. Quand il n’y a pas d’objet dans le monde réel, il reste le sens : la signification dans la langue. Frege donne comme exemple qui a un sens, mais pas de référence dans le monde réel.

Évolution de la notion de « nom propre »

En philosophie du langage, le sens d’un nom propre ou d'une pensée est la partie de la signification contenue dans le langage.

À la même époque que Frege, Edmund Husserl imagine également ce concept de sens et affirme qu’il peut même s’appliquer aux expressions qui sont grammaticalement des noms propres (par exemple les prénoms), alors qu’il semble s’opposer au fait que donner un nom à quelque chose identifie cette chose directement. La création de la notion de sens vient donc s’opposer à la théorie de la référence directe.

Bertrand Russell, Ludwig Wittgenstein, John Searle (en 1963) puis Peter Frederick Strawson (en 1977) reprennent cette notion de sens pour l’expliquer comme étant une description plus précise sous-entendue par le nom propre, qui serait alors un raccourci. .

Plus tard, (en 1973) puis Georges Kleiber (en 1981) redéfinissent le sens d’un nom propre comme étant la que l’on pourrait abréger par « l’objet appelé [nom propre] ». Selon cette définition, le sens du nom propre Napoléon est « l’objet appelé Napoléon ».

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie (Par ordre alphabétique des noms d'auteurs)

Der grosse Duden. Etymologie (vol. 7), Bibliographisches Institut Mannheim, Dudenverlag, 1963, « Sinn », « sinnen », . Félix Gaffiot, Le Gaffiot de poche, nouvelle édition revue et augmentée sous la dir. de Pierre Flobert, Paris, Hachette-Livre, 2001, , entrée « 2 sensus,us, m. ». André Lalande, entrée : « Sens », dans Vocabulaire technique et critique de la philosophie (1923), Paris, PUF / Quadrige, 1993, (volume 2), . Heinrich Mattutat, Weis / Mattutat. Wörterbuch der französischen und deutschen Sprache II. Deutsch-Französisch, Stuttgart, Klett Verlag, 1967 . . Alain Rey (dir.), « 1. Sens », « 2. sens », in Ray, A. (dir.), Le Robert. Dictionnaire historique de la langue française], (1992), Dictionnaires Le Robert, 2000, tome 3, . Laurent Roussarie, « Sens et dénotation », in D. Godard, L. Roussarie et F. Corblin (éd.), Sémanticlopédie: dictionnaire de sémantique, GDR Sémantique & Modélisation, 2006, .

Articles connexes Sens (linguistique) Signification (philosophie) Sens commun Bon sens Sens (métaphysique) Raison Raisonnement Jugement (philosophie) Dénotation et connotation Intension et extension Référence (philosophie) Sens et dénotation

Liens externes CNTRL, « Définition de sens » I. 1.[Faculté, capacité] « Définition de sens » I. 2. [Orientation, direction]

Catégorie:Sémantique Catégorie:Philosophie de la connaissance Catégorie:Concept en philosophie du langage